Baptême par césarienne à Moutiers-sous-Chantemerle

Marc Bouchet a déniché aux Archives départementales des Deux-Sèvres un fait divers extraordinaire et tragique qu’il nous fait partager ci-dessous : le baptême d’un embryon par césarienne après le décès (supposé) de la mère. Âmes sensibles s’abstenir !

naissance de César
Naissance de César (anonyme XIVe siècle) – source Wikipédia

Le 17 décembre 1828, le maire de Moutiers envoie une lettre au préfet des Deux-Sèvres, en réponse à un précédent courrier du 13 décembre, pour lui donner le compte-rendu des conditions dans lesquelles le curé desservant la paroisse avait eu « l’imprudence de fendre le ventre » de Marie Rousseau, enceinte de trois ou quatre mois, sans doute pour baptiser l’embryon, « par bonne intention pensant sauver son âme ».

Le décès de la femme n’avait pas été constaté par un chirurgien ou un médecin. On avait pensé qu’il était de la compétence du maire de le faire.

Monsieur Vrignaud, maire, avait consulté le père Courjaud, beau-père de la défunte pour connaître la vérité. Le curé desservant avait fait « cette opération » contre l’avis de l’époux de la défunte.

Le premier magistrat de Moutiers affirme qu’il avait demandé au beau-père s’il s’était bien assuré du décès de sa belle-fille avant le commencement de « cette opération ». Il lui a répondu affirmativement et qu’elle était décédée dans ses bras.

Pour ne pas faire de peine à monsieur le desservant et pensant que « cette affaire » (à noter l’euphémisme pour désigner une acte qu’on qualifierait aujourd’hui de barbare) se passerait dans le secret, le maire n’a pas cru bon de faire de rapport qu’il aurait dû remettre à qui de droit.

Après la lettre du préfet, il a pris de nouveaux renseignements. Il a consulté une fille du voisinage qu’il ne nomme pas. Cette fille lui a dit être entrée dans la maison du dit Courjaud au moment où le prêtre était occupé à faire cette « opération », qu’elle était tombée « comme pâmée et hors d’elle ».

Le maire a alors écrit au curé qui a prétendu avoir agi avec prudence et « n’avoir fait que ce sa conscience lui avait dicté de faire » : seule la femme Rousseau, mère de la défunte, et lui savent au plus juste comment cette opération s’est passée.

Et le maire de conclure sa lettre en soulignant que « d’après tous les rapports, il parait certain que monsieur le desservant a fait cette action, mais il l’a faite par bonne intention » pour sauver une âme. Mais il a causé dans le pays un grand scandale.

Marie Rousseau était décédée quelques mois auparavant, le 8 octobre 1828, âgée de 28 ans. Elle était la fille de Louis Rousseau et l’épouse de Jacques Courjaud.

Réf. Série 11F 40 Archives départementales des Deux-Sèvres.

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