E comme : Éducation populaire

Aujourd’hui, l’article de notre ChallengeAZ est écrit par Marguerite Morisson. Celle qui fut longtemps présidente du Cercle généalogique des Deux-Sèvres a bien voulu nous raconter ce qui a marqué une grande partie de sa vie : sa participation aux activités de activités de l’UPCP (Union pour la Culture Populaire Poitou-Charentes-Vendée) dont le président fondateur fut André Pacher et dont l’apogée fut le spectacle « La Geste paysanne » à Verruyes en 1974 et 1976.

Éducation populaire ? C’est quoi ça ? Ah oui ! Ce « machin » fait pour distraire ceux qui n’ont rien à faire ! Et bien non ! À Verruyes ce « Festival National d’Animation Rurale » fut la brillante démonstration que l’éducation populaire était non seulement vecteur de notre culture, mais qu’elle apportait du bonheur aux gens, qu’elle ouvrait de nombreuses possibilités aux jeunes participants, donnait à chacun le sens du travail, de la solidarité et pouvait permettre de nouer des amitiés résistant au temps.

Verruyes, haut-lieu de la culture :
Tout est né d’une rencontre : un village et sa population, Verruyes, un auteur, un espace magnifique et une équipe, l’UPCP, (Union Poitou-Charentes pour la Culture Populaire) avec ses quarante associations réparties en Poitou-Charentes-Vendée et ses 3000 membres à ce moment-là.
1970 : L’UPCP a 1 an mais a déjà fait des stages et engrangé de très nombreux témoignages des anciens. Cette année là, Jean-Pierre Pottier, metteur en scène, CTP « Jeunesse et Sports », monte sur les bords de l’étang de Verruyes le « Livre vivant » de Jean Nazet : « La légende de Mélusine » présenté pour la première fois à Cherveux 25 ans plus tôt.

Ceci donne l’idée à André Pacher, président fondateur de l’UPCP, de mettre en scène l’histoire des « absents de l’histoire » comme il aimait à définir les paysans, auxquels il vouait une admiration et un attachement profonds.

1971 : Jean-Pierre Pottier et André Pacher unissent leurs efforts. Avec la participation des « Ballets Populaires Poitevins » et de la population de Verruyes, naît un spectacle, appelé « Les Paysans ». Devant le succès remporté, il est décidé de pousser plus loin cette expérience.

1974 : Après trois ans de travail, de recherches, de réunions, de discussions, textes, musiques, (choisies ou créées pour la circonstance) sont prêts. Il va falloir des soutiens et de l’aide matérielle. Le projet est ambitieux : mettre en scène sur 15 hectares, y compris le plan d’eau, l’histoire de la paysannerie.
Le bilan établi, donnera des nombres gigantesques: 53 000 heures de travail, 600 costumes, 12 points de diffusion pour la sonorisation avec 22 amplis, 3 km de câbles, 15 micros, sans compter les interphones et talkies-walkies.

Pour les éclairages, une tour de régie de 16 m de hauteur a été construite d’où sont commandés les 400 projecteurs de différentes puissances dispersés sur les espaces de jeu, alimentés par 12 km de câbles dont une grande longueur immergée dans l’étang (avec les précautions que l’on imagine) pour éclairer les lointains.
Sans oublier les 50 danseurs et danseuses chorégraphiés par Maurice Pacher.
Si l’on ajoute à tout cela une cavalerie de plusieurs dizaines de chevaux, une dizaine de tracteurs qui en fin de spectacle font un véritable ballet et les 3 ou 4 moissonneuses batteuses sur lesquelles sont juchés des danseurs pour le final, on peut avoir une idée de la démesure de l’entreprise !

Autre démesure l’intendance : 150 stagiaires à faire manger tous les jours… jeunes et travaillant beaucoup, se couchant tard et donc affamés ! Colette Pacher assura le service sans broncher !

En 1976 on remet ça :

Tant de travail pour une seule saison ? Tout est resté en place, on recommence… avec quelques petits aménagements. Cette fois il y aura 2 écrans géants mécaniques qui se lèveront ou s’abaisseront à la demande. Deux tours sont construites pour ceux qui vont projeter les diapos destinées à assurer un soutien visuel pour certaines scènes.

Ce sont 18 000 spectateurs en 1974 et 25 000 spectateurs en 1976 qui sont venus assister à ce spectacle extraordinaire, comme jamais encore il n’y en avait eu dans la région.

Il fut dédié à Jean Nazet, décédé en 1972. Jean-Pierre Pottier fut son élève et c’est bien lui qui est fut à l’origine de cette forme de spectacle.

Ce fut le livre vivant d’un peuple que l’histoire allait oublier.

Ces documents sont des coupures de presse qui ont aujourd’hui un âge respectable,
 d’où leur médiocre qualité.

Aujourd’hui, l’UPCP vit encore à travers ses deux plus beaux fleurons :

  • La « Maison des Cultures de Pays » ou « Maison André Pacher » à Parthenay. C’est là que sont conservées toutes les enquêtes faites au cours des stages UPCP pour le sauvetage de la tradition orale paysanne. C’est le CERDO ( Centre d’Etude Régional De l’Oralité ) qui gère ce fonds de 8 000 h d’écoute, 85 000 négatifs, diapos ou photos papier, 40 000 photos de reportage ethnographique.
    UPCP-Métives est l’organisateur des festivals et des animations qui ont lieu chaque années en Gâtine et qui ont acquit une notoriété nationale.
    Sans oublier les écoles de musique traditionnelle très actives en Gâtine.
  • GESTE éditions, l’autre beau fleuron, qui a su devenir incontournable au point d’avoir étendu son réseau de vente et de distribution dans tout le grand ouest, de la Bretagne aux Pyrénées. Bureaux au centre autoroutier de La Crèche, Librairies à Niort face aux Halles et à La Mude.

L’UPCP fut un mouvement d’Éducation Populaire, dont l’ampleur et la profondeur ont laissé des traces indélébiles dans toute la région du Poitou-Charentes, mais qui eut aussi un retentissement dans la presse parisienne de l’époque.
Deux ans plus tard, en 1978, Christine Authier eut le Grand Prix du disque de l’Académie Charles Cros, avec une chanson écrite par Maurice Pacher, auteur également de l’opéra-ballet « AUNIS » interprété par nos deux virtuoses de l’accordéon, Gérard Baraton (accordéon chromatique) et Christian Pacher (accordéon diatonique) et dansé par 4 danseurs-étoile des plus grands opéras de la planète, de Moscou à Rio et de Milan à Paris et Versailles et ceci en 2018 !
De très nombreux jeunes de l’époque, devenus un peu moins jeunes maintenant, ont trouvé une situation intéressante dans l’activité qui leur plaisait (techniciens de l’image ou du son, gestionnaires ou comptables de structures culturelles ou administratives, responsables d’évènements culturels ou de structures régionales et même luthiers ; d’autres sont carrément devenus des artistes réputés, comme l’accordéoniste Gérard Baraton, la chanteuse Christine Authier, le musicien multi-instrumentiste Jean-François Bercé, ou encore Yannick Jaulin dont la réputation n’est plus à faire.

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Un commentaire sur « E comme : Éducation populaire »

  1. Ohlalaala quelle émotion ! Mon grand père a figuré dans celui 1971 et moi dans celui de 1976 un an après son décès (tableaux des jacqueries et guerre de Vendée) … une ambiance incroyable à verruyes pendant cet été écrasé par la canicule ! souvenir indélébile … quarante ans après ! Peut être que mon attachement à ce pays de terres gâtées et aux gens qui l’habitent vient de cette année là en fait ? Merci merci pour cet article

    Aimé par 1 personne

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