P comme : Parthenay, aux origines du nom

Le 2ème article d’Albéric Verdon, responsable du site Histoire de la Gâtine poitevine et de Parthenay.

Les érudits du XIXe siècle ont attribué l’origine du nom de la ville de Parthenay à un romain du nom de Parthenius qui aurait possédé un domaine à Parthenay-le-Vieux. Qu’en est-il exactement ?

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Dessin de l’église Saint-Pierre de Parthenay-le-Vieux à la fin du XIXe siècle. Cet édifice des XI-XIIe siècles est postérieur à la création d’un lieu habité par un Parthénius. (Collection Yves Drillaud) 

Selon nos recherches sur Parthenay, le premier domaine d’un Parthenius se situerait au niveau de l’ancienne Croix-Bouc, au carrefour des rues du Docteur-Émile-Roux, de la Réole, Pierre de Coubertin et route de Pont-Soutain. La Croix-Bouc étant la déformation de Croix du Bourg. Nous considérons que Parthenay-le-Vieux devait être occupé vers le IXe siècle.

Quant au Parthenius, était-il romain, et d’où pouvait venir son patronyme ?
Tous les noms commençant par Parth, pourraient tirer leurs origines des Parthes, un peuple de l’actuel Iran. On peut également évoquer les Parthéniens, peuple Lacédémoniens né, durant la première guerre de Messénie, du commerce des jeunes femmes de Sparte (parthenoi) avec les esclaves. Méprisés par leurs compatriotes, les Parthéniens conspirèrent avec les Hilotes. Découverts et forcés de quitter Sparte, ils s’établirent en Italie sous la conduite de Phalante et bâtirent Tarente en 707 av. J.-C.
Divers lieux situés à l’est de la Méditerranée font références à Parthénius et l’on rencontre dans le Grand dictionnaire historique de Moréri de 1759, que ce nom était « donné à diverses rivières et cité par Strabon, Pline et Ovide. Il y en avoit un dans la Bithynie, appelé aujourd’hui Parthenai, comme le veut Moletius, ou Dolap au sentiment de le Noir : un autre dans l’Arcadie : un autre dans l’isle de Samos, & un autre dans la Sarmatie d’Europe ». On peut encore ajouter que Le Parthénios, dénommé également Fleuve de Bartin (Bartin Çayi), est un fleuve de Paphlagonie qui est une ancienne région côtière du nord de l’Asie Mineure. D’autre part, le Mont Parthénios est une montagne d’Arcadie au centre du Péloponnèse.
Venons-en maintenant aux personnages dénommés Parthenius que l’on rencontre dans l’histoire. Le plus ancien est un compagnon d’Énée, un prince de la légende troyenne attaché à la fondation de Rome.
Le Grand dictionnaire historique de Moréri nous fait encore connaître Parthenius de Nicée : « Poëte, vivoit au commencement du regne d’Auguste. Il composa un livre en prose, que nous avons en intitulé (titre en grec), dédié à Cornelius Gallus, gouverneur d’Egypte, qui est d’autant plus considérable, que toutes les narrations sont prises d’auteurs anciens, qui ne sont pas venus jusqu’à nous. Ce livre a été traduit en françois, par Jean Fornier sous ce titre : Les affections de divers amans. Cette traduction fut d’abord imprimée à Paris en 1555, avec les narrations d’amour de Plutarque. Elle a été réimprimée en 1743 à Paris, in-12. Parthenius composa l’éloge d’Arétas sa femme, & diverses autres pièces. On dit qu’il fut fait esclave pendant la guerre de Mithridate ; qu’il fut affranchi par Cinna, & qu’il mourut du temps de Tibere. S’il faut ajouter foi à tout ce que Suidas rapporte à ce sujet, il faut croire que Parthenius fut pris étant encore fort jeune, car il y a plus de 70 ans depuis cette guerre jusqu’à Tibere. Quoi qu’il en soit, on dit que Virgile fut son disciple, & qu’il imita de lui le poëme qu’on lui attribue, intitulé Mretum ; & il est sur que Tibere se plaisoit à l’imiter dans ses poësies. Ses métamorphoses pouroient bien aussi avoir été le fond de celles d’Ovide ».
Après Parthenius de Nicée, citons Parthenius de Chio, surnommé Chaos, un auteur Grec qui écrivit un traité de la vie de son père Thestor.
L’Italie conserve plusieurs souvenirs attachés à des Parthenius. On trouve tout d’abord sous ce patronyme un valet de chambre de l’empereur Domitien (empereur de 81 à 96). C’est peut-être le même qui est dit « grammairien, disciple de Denys, vivoit encore au temps de Domitien ». Plus tard, se rencontre aussi un eunuque chrétien dénommé Parthenius qui fut martyrisé en 250 et inhumé au cimetière de Callixte à Rome dans une crypte de 4 m de long sur 2,95 m de large en 304. La paroi de la crypte, aujourd’hui disparue, portait un graffiti dont l’inscription PARTENI MARTIRI.

Rapprochons-nous de notre époque et entrons maintenant en France. Ainsi, selon divers auteurs, un autre Parthenius aurait des origines aristocratiques et Arverne par sa filiation avec l’évêque de Limoges Rurice. Il pourrait être petit-fils de l’empereur Avitus, ou encore neveu d’Ennodius de la famille de Anicii, évêque de Pavie. Pour François Clément, historien bénédictin, Parthénius serait né à Arles quelques années avant la fin du Ve siècle. Christian Settipani le dit petit-fils de Firminus et il serait cité dès 485. Selon les auteurs, il aurait étudié à Rome ou à Ravenne. On le trouve en 507 à Arles puis en 508 à Ravenne comme ambassadeur de l’assemblée provinciale et représentant de la citée de Marseille. En 533, lorsqu’Arles est libérée par le préfet des Gaules, il reste à son poste parmi les fonctionnaires. En 536, passé sous la domination franque, il devient patrice voire Préfet des Gaules si l’on en croit Édouard Baratier. Appelé vir illustrissimus, il porte également la dénomination de magister officiorum atque patricius (maître des offices) pour la Gaule en 544. Il se retrouve représentant et principal conseiller de Théodebert 1er en 547. Il décède vers 548, juste après la mort de Théodebert 1er. Il aurait été lapidé par les Francs à Trèves car on lui reprochait une politique fiscale trop oppressante. Cependant, selon François Clément, le Parthénius lapidé à Trèves ne serait pas le maître des offices cité en 544.
Pour terminer, Grégoire de Tours cite un Parthenius évêque de Gévaudan entre 541 et 625. Il est alors connu pour ses querelles avec Palladius auquel le roi Sigebert avait donné puis ôté le gouvernement du Gévaudan.

Et qu’en est-il du Parthenius qui aurait donné son nom à la capitale de la Gâtine ?
Une question sans véritable réponse. Selon nous, il est peut probable que cet homme fut un soldat romain en l’absence de vestiges avérés de cette époque à Parthenay. Nous pensons plutôt que le Parthenius qui donna son nom à la capitale de la Gâtine vivait à l’époque mérovingienne ou carolingienne, mais qu’il pouvait avoir des origines romaines. Les recherches que nous venons de citer font état de plusieurs Parthenius au VIe siècle et l’un d’eux, ou un descendant, ne pourrait-il pas avoir un lieu avec le Parthenius qui donna son nom à Parthenay ?

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