A comme Anges-Bertières de Fomperron

En patois : Les Ghibeurtères de Fompérin

Un texte de Claude BRANGIER

Les Anges-Bertières de la commune de Fomperron est un lieu-dit que j’affectionne particulièrement pour y être né au milieu du siècle dernier et y avoir vécu mon enfance et ma jeunesse.
Je viens vous parler de ses origines, de ses alentours et des souvenirs d’enfance qui restent encore gravés dans ma mémoire.
Comme ses sœurs voisines des Andraudières et d’Igeau, la ferme des Anges-Bertières se situe à proximité de l’ancienne abbaye des Châteliers fondée au XIIe siècle par les moines bénédictins.
L’histoire de ces fermes est très liée à celle de l’abbaye dont les moines très actifs défrichèrent une surface importante de bois et de landes pour y installer ce qu’ils appelaient des granges.
On trouve aussi d’écrit la dénomination de « Angebertières » en un seul mot sur certains baux, cartographies ou registres de dénombrement de la même façon que les Andraudières étaient au préalable nommées « Anges-Draudières ».
Concernant l’origine du nom de ces fermes, j’ose suggérer l’hypothèse qu’elle provient de « Landes ». Ces dites granges ont été installées par les moines sur des terres occupées par des landes. Il y avait peut être ainsi la grange des «  Landes Bertières » et celle des « Landes Draudières ». Une cartographie (1) mentionne le nom de « Lambertières (Fomperron) », et je fonde aussi mon idée sur le fait que sur l’ancienne commune de Coutières il y a un lieu-dit nommé Land’frère (voulant aussi dire : la maison ou la lande de frère) et sur la commune de Rouillé dans la Vienne deux lieux-dits portent les noms de « les Lambertières » et de « Landraudière ».

plan ppté culturelle de M Jean Pierre CAMUZARD
Le hameau des Trois-Moulins, avec un moulin à eau à deux roues, dépendait de l’abbaye des Châteliers. Non loin d’ici, dans mon enfance un carrefour de chemins était appelé « le Moulin à vent » et j’en ai découvert la raison à la lecture du plan napoléonien qui mentionne à cet endroit la présence du moulin à vent des Trois-Moulins.

Plan Napoleon Moulin à vent des Trois Moulins.png
En 1923, mes arrière-grands-parents et mes grands-parents achetaient les Anges-Bertières et la famille y est toujours présente, depuis 6 générations.

Aux Anges-Bertières, on élevait des oies qui étaient vendues avant la Noël au marché de Rouillé. L’élevage comptait 2 ou 3 jars et une dizaine d’oies reproductrices. Au plus grand calme dans un toit, ces oies couvaient en dormant les unes à côté des autres dans de larges bassines garnies de paille. Pour éclore, les œufs étaient souvent apportés dans la maison à coté du feu sous la surveillance de mon grand-père dont l’infirmité l’obligeait à ne pas sortir. Une bande d’une petite centaine d’oies allait bientôt animer la ferme. Le matin, elles traversaient l’étang pour aller se nourrir de la bonne herbe d’un pré. Le soir, elles faisaient le chemin inverse pour rentrer dans leur local où une épaisse litière les attendait. Une bonne litière et la traversée de l’étang deux fois par jour garantissaient un plumage de bonne qualité car la plume faisait partie de la production de cet élevage. Les oies étaient plumées 3 fois par an. Je revois ces femmes, joyeuses plumeuses, assises dans la grange dans un nuage de duvets, la tête enveloppée dans un fichu tenant d’une main une oie sur les genoux et de l’autre arrachaient les plumes d’un geste ample et sûr.

oies.png
Et si je vous parlais de l’élevage de mules (et de mulets) qui sont le produit de l’accouplement d’un âne et d’une jument dite poulinière. La difficulté de cet élevage était l’accouplement de deux animaux d’espèces différentes. D’abord, il fallait savoir si la jument était disposée à recevoir son compagnon. Pour cela, je me souviens qu’il y avait à Coutières un homme (2) qui possédait un étalon « siffleur ». Il allait dans les fermes faire « siffler » les juments pour savoir si c’était le moment de la saillie et la présenter à un âne pour la saillie. J’étais très jeune et cet étalon siffleur d’une robe bien noire me paraissait être une bête très imposante et très vive, et je craignais qu’il ne bouscule son maître qui était pourtant un homme de forte stature. La bride était ornée de pompons rouge vif et de grelots qui tintaient fortement. Le moment étant venu, la jument était attachée dans le noir. On surélevait l’âne sur de la paille et son maître l’excitait en sifflant, chantant, il y en avait un qui jouait du violon et on entendait même des jurons quand l’âne ne voulait rien faire ce qui nous faisait rire à gorges chaudes !!! Quelquefois, il fallait revenir le lendemain !!! Merci l’insémination artificielle !!!

Mon père nous parlait souvent de la façon dont il avait déjoué les Allemands lors d’une réquisition de chevaux pendant l’occupation : À leur demande, les fermiers avaient obligation de présenter leurs plus beaux animaux aux Allemands qui les prenaient ou pas. Pour s’y soustraire, il y avait la solution de cacher les animaux dans un enclos retiré de la vue de tout le monde, mais c’était très risqué. Mon grand-père et mon père avaient déjoué les Allemands et aussi les voisins car il ne fallait pas être remarqué à cause des dénonciations. Ce jour là, mon grand-père va présenter à Ménigoute deux de ses plus beaux chevaux en prenant le soin d’être bien remarqué sur son passage. Pendant ce temps-là, mon père se dirigeait vers Ménigoute avec des chevaux âgés par des chemins discrets. Dans le bourg de Ménigoute et dans la confusion, mon grand-père et mon père échangeaient leurs chevaux. Alors que mon grand-père présentait les vieux chevaux aux Allemands qui les refusaient, mon père revenait aux Anges-Bertières bride abattue avec les beaux chevaux sans se faire voir pour éviter de se faire arrêter. Et c’est ainsi que les beaux chevaux n’ont pas été réquisitionnés.

Vous pouvez venir randonner autour de ces hameaux en passant par l’étang des Châteliers, les Trois Moulins, Igeau, le Marchais, les Anges-Bertières, la Grande-Tuilerie, les Andraudières, etc. en parcourant ces chemins dont à l’avenir un moindre élagage des haies par les communes préserverait notre belle campagne.

(1) Propriété scientifique de M. Jean-Pierre CAMURARD
(2) Il avait la profession de « garde étalon »

5 commentaires sur « A comme Anges-Bertières de Fomperron »

  1. Merci pour cette page de souvenirs…Celui du plumage des oies à ravivé tant d’images et d’émotions!
    Petites filles, nous n’avons pas toujours pu éviter, ma sœur et moi, les pincements de fesses par ces maudites bestioles dont nous avions une peur bleue!

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  2. Merci Claude pour cet article concernant ce lieu où ont vécu mes aïeux jusqu’en 1840 date du décès de Paul Fleury:son fils Paul (mon oncle) y est resté quelques années avant que toute la famille Fleury migre aux Touches des Bourdinières de Vastes. C’est par son épouse Marie Jeanne Chaigneau que Paul Fleury l’ainé (mon aïeul) s’y était installé comme cultivateur en 1811.

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  3. Ceci me rappelle une histoire belge, non deux sévrienne…
    Arrivant en Anjou en 1963, on me demanda si j’étais du pays des oies blanches ou des oies grises. Ce qui rappelait une production d’oies mais aussi les influences religieuses de ce département.

    Aimé par 1 personne

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