F comme (La) Forêt-sur-Sèvre et Jacques Bujault, l’enfant du pays

Un texte de Nicole BONNEAU

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Source AD79 47 Fi 895

La Forêt-sur-Sèvre est une petite ville située dans le département des Deux-Sèvres. Elle est traversée par la Sèvre Nantaise. Si je vous parle de cette commune, c’est qu’elle a vu naître un homme célèbre, Jacques BUJAULT.

On le prénomma Jacques, comme son père et son grand-père. En réalité, son acte de baptême mentionne Jacques-Pierre, né et baptisé le 1er janvier 1771 à « la forest sur Sayvre ».

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Source AD79, BMS La Forêt-sur-Sèvre 1771-1792

Le grand-père, avocat au Parlement, était sénéchal de la baronnie de La Forêt-sur-Sèvre et sénéchal de Saint-Marsault en 1768. Son fils, lieutenant sénéchal de La Forêt en 1787, fut l’un des deux délégués locaux à l’assemblée du tiers état en 1789 à Poitiers.
Rares sont les documents sur l’enfance et l’adolescence de Jacques Bujault. Il fut écolier à la Forêt-sur-Sèvre, puis alla au collège à Angers. Il avait 18 ans lorsque la Révolution éclata.
En février 1791, lorsque les troubles éclatèrent dans les districts de Châtillon et de Thouars, le jeune Jacques prit les armes pour défendre les administrateurs de ces districts dont faisait partie son père. Au cours de cette même année, il devint imprimeur et libraire à Niort, en s’associant à Louis Averti, un ancien professeur au collège de l’Oratoire de Niort. Le 26 juin 1792, il épousa Catherine Rosalie Dalavault, fille de Jean, marchand chamoiseur et de Marie-Anne Naudin. Le 4 juillet 1792, à l’appel de « la Patrie en Danger », Louis Averti et Jacques Bujault s’engagent. On les retrouve à Niort en 1794. Louis Averti abandonne son imprimerie, qui sera vendue en 1798.
Dès 1795, Jacques se mit à étudier la jurisprudence. Profitant des dispositions de la loi du 17 ventôse an VIII qui avait rétabli l’ordre des avoués supprimé en l’an II, il ouvrit une étude d’avoué, tout en plaidant comme avocat, ce qui était possible à l’époque. Il devient défenseur officieux devant le tribunal de Niort. Mais, une fois l’imprimerie vendue en 1798, il s’installe à Melle.

Le tribunal de cette ville, avait à l’époque une grande importance. Il arrivait au premier rang des tribunaux des Deux-Sèvres, pour le nombre des affaires traitées, bien avant ceux de Niort, Parthenay et Bressuire. Il y avait alors 6 avoués à Melle.
Jacques Bujault n’aimait pas les procès, il préférait mettre les plaideurs d’accord et parlait souvent gratuitement. Fermeté, franchise, probité, lui valurent très vite une notoriété importante. Quant à sa ténacité, elle était légendaire : jamais il ne se décourageait. Très apprécié en haut-lieu, il refusa en 1808, la nomination de conseiller-auditeur à la cour d’appel de Poitiers.
Sa vie à Melle, en pays agricole, la pratique de ses clients de la campagne melloise, lui ont appris à bien connaître les gens, à se rendre compte de leurs conditions de vie et de leurs besoins. Leur langage, leurs mœurs et leurs traditions lui étaient familiers.
Cette connaissance des gens de la terre, fera la force de l’écrivain-laboureur et fera mieux comprendre à l’homme politique qu’il perd son temps lorsqu’il est ailleurs qu’avec ses métayers et ses amis paysans.

En 1810, il achète trois métairies dans le canton de Celles-sur-Belle : Saint-Médard, sur la commune de ce nom, la Forêt et Chaloüe sur celle de Sainte-Blandine. Elles sont en friches. Son idée est de mettre en application avec ses métayers, les préceptes qu’il défend depuis toujours. Il observe, conseille, fait des essais et des expériences, car il se veut avant tout pratique. Conscient aussi de la misère engendrée par l’ignorance et la routine, il va commencer une sorte d’apostolat, pour tenter d’aider les cultivateurs en les instruisant.

En 1825, il cède son étude d’avoué et s’installe à Chaloüe, sa terre de prédilection. Il quitta donc le barreau pour les champs. Il a pris conscience que parmi tous les livres et travaux consacrés à l’agriculture, aucun ne s’adresse directement à ceux qu’il importe d’instruire au plus vite : les paysans et parmi eux les enfants.
Rappelons qu’il fut écrivain toute sa vie. Depuis le Projet d’amélioration de l’agriculture, jusqu’aux Pétitions contre l’abus des foires et des marchés en passant par les Mémoires, les Notices, les Guides, les Traités, les Leçons et les Lettres sur l’élevage des mules et sur les haras, c’est par dizaines que se comptent les œuvres de Jacques Bujault.

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Source Gallica

Mais c’est son almanach, Le Grand Almanach du cultivateur, qui lui valut la notoriété et même la gloire. Tout ce qu’il avait préparé, pensé, rêvé, il va le réaliser. Ce petit livre de 3 sous, ira sous les toits les plus obscurs. Par sa qualité de style, simple, familier imagé, vivant, inimitable et parfois primesautier, il va toucher et faire vibrer les cerveaux et les cœurs. Et quelle habileté aussi de faire intervenir des personnages, représentant des défauts comme des qualités, dans des scènes assez cocasses, au milieu desquelles on trouve le précepte le plus sérieux. La routine, ennemie de tout progrès, c’est M. Routinet du village d’Hurluberlu, commune de Tout-y-Faut. La paresse, c’est Pierre Peaulâche et Jean Baillau… Quant à l’ivrognerie, source de tous les maux, c’est Boissansoif et Jamaisous qui en sont les représentants :
« Le chemin du cabaret est le chemin de l’hôpital » ou « Fais comme notre âne qui ne boit qu’à sa soif » disait Maître Jacques !
Il écrit pour être utile, n’hésitant pas à utiliser des termes de patois poitevin, pour mieux se faire comprendre.
L’Almanach devint le compagnon quotidien. Il renseignait sur les phases de la lune, auxquelles la croyance populaire attachait (et attache encore !) une grande importance.
Il donnait aussi l’heure du lever et du coucher du soleil, les horaires des marées, les dates des foires et des ballades et parlait des travaux saisonniers.
Maître Jacques disait pour se justifier : « L’homme des champs a du sens et du jugement parce qu’il est forcé d’observer continuellement la nature ».
L’Almanach valut à son auteur, les félicitation des agronomes les plus éminents de son époque. Le tirage atteignit 500 000 exemplaires.
Sa dernière œuvre, à laquelle il tient le plus, après l’Almanach, est le Guide des comices et des propriétaires. Il précise ses observations et ses conseils sur les cultures et le bétail et présente ses dernières idées sur l’organisation de la profession agricole. Enfin un de ses derniers vœux, est que l’on crée une fête de l’agriculture.
« Cette fête doit se distinguer des ballades et des autres réunions autrement on oublierait son origine. N’importe l’âge, le rang ou le sexe, chacun devra porter un épi ou une fleur des champs. La jeunesse et l’enfance pourront se parer de guirlandes et de couronnes.
Ne négligez rien pour instituer et faire passer dans les mœurs, la fête de l’agriculture, c’est le meilleur moyen d’honorer le peuple et de lui rappeler qu’on s’occupe de lui ».

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Source Gallica

Jacques Bujault mourut le 24 décembre 1842 à Chaloüe. Je veux être enterré le plus simplement possible, comme un pauvre laboureur. Si ma femme et mes légataires le veulent, car je ne leur en fais pas une obligation, ils élèveront sur ma tombe, une petite colonne en fonte, sur laquelle on gravera en lettres creuses ces mots :

« Maître Jacques Bujault, laboureur,
auteur de l’Almanach et du Guide des Comices »

Il ne voulait point d’autre titre que celui de laboureur. Il y attachait plus d’importance qu’à la Croix de la Légion d’honneur qui lui fut décernée en 1840, sans qu’il l’eût sollicitée.

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