M comme Meilleraye (la)

Un texte de Brigitte Billard Chroniques d’antan et d’ailleurs et Vouillé 14-18

Si comme moi la quête de vos ancêtres vous conduit à étudier les registres paroissiaux et les actes notariés autour de Beaulieu-sous-Parthenay, petite paroisse de Gâtine à quelques lieues au sud de Parthenay, sans doute allez-vous faire la connaissance de laboureurs ou de métayers qui vivent ou travaillent sur les terres du duché de la Meilleraye.

meilleraye_1.JPG
AD79 – Notaire Jean Simon – 3 E 1686

Soubs la cour du duché payrie de la melleraie a partenay pour mon seigneur le duc dudit lieu _ mazarin et mayenne pair de France

Actuellement, il ne reste que des ruines du château de la Meilleraye, à l’abandon depuis longtemps et que l’on voit déjà couvert de ronces sur les cartes postales du début du XXe siècle.

meilleraye_2

la meilleraye 2 bis.png
Musée du patrimoine de France

L’histoire du château de la Meilleraye, comme celle du duché de la Meilleraye, n’a duré qu’un temps. En moins de deux siècles, entre 1630 et 1790, un manoir comme tant d’autres est devenu un château somptueux, appartenant à une famille puissante, les de La Porte – La Meilleraye – Mazarin qui en l’espace de deux ou trois générations a disparu de l’histoire de France.

Bélisaire Ledain, l’historien incontournable du Poitou, finit ainsi l’article consacré au château dans le tome VII de Paysages et monuments du Poitou.

En un mot, ce château, qui n’a pas vécu deux cents ans et que les souvenirs du grand siècle et de l’homme illustre qui en est le principal fondateur auraient dû protéger, n’est même plus l’ombre de ce qu’il fut. C’est le squelette incomplet d’une construction renversée avant l’âge, mais d’où n’a pu complètement disparaître la trace de sa jeunesse et de sa grandeur passées.

meilleraye_3Revenons au début de l’histoire parallèle de la famille de La Porte et du futur château.

En novembre 1574, un certain Jean de La Porte, apothicaire à Parthenay, achète un petit manoir féodal, à proximité de la forêt de la Meilleraye. Il est l’un des fils de Raoul de la Porte, seigneur de la Lunardière, gouverneur de Parthenay vers 1530.

Jean n’a pas d’enfant, mais il a un frère, François de la Porte, avocat à Poitiers, puis à Paris où il devient conseiller du roi. Le 26 mars 1548, François de la Porte épouse Claude Bochard, fille d’un conseiller au parlement de Paris, avec laquelle il a une fille, Suzanne de la Porte. Après le décès de son épouse, il se remarie avec Madeleine Charles le 28 avril 1559. Avec elle il a cinq enfants, dont l’aîné est Charles de la Porte, héritier des titres de son grand-père, donc seigneur de la Lunardière, et également héritier de son oncle Jean, donc seigneur de la Meilleraye.

Charles Ier de la Porte s’installe à La Meilleraye à la fin du XVIe siècle, après le décès de son oncle Jean, inhumé le 19 janvier 1585 dans l’église Saint-Laurent de Parthenay. Malheureusement, les registres de l’église Saint-Laurent ne sont disponibles qu’à partir de 1587.

Le 15 mars 1596, Charles Ier épouse Claude de Champlain, avec laquelle il a un fils, Charles – ou Charles II comme on l’appelle souvent pour l’identifier – né en 1602 à Beaulieu-sous-Parthenay, paroisse dont les registres ne sont disponibles que depuis 1637, ou peut-être à Parthenay, sans qu’on ait de trace non plus.

Pendant ce temps, la demi-sœur de Charles Ier, Suzanne de la Porte, a épousé en 1566 un certain François du Plessis de Richelieu, conseiller d’État. L’alliance est importante, la famille est un peu plus aisée et en vue que la famille de La Porte, dont les origines sont plus modestes. On reste malgré tout sur des familles de noblesse de robe, ou de petite noblesse, comme on en compte beaucoup en France à l’époque où le pouvoir passe d’Henri IV à son fils Louis XIII. Suzanne va donner six enfants à son époux, dont l’avant dernier nait à Paris le 5 septembre 1585. On lui donne les prénoms de Armand-Jean, et on le destine à l’Église.

Peut-être avez-vous reconnu Armand-Jean du Plessis de Richelieu, futur duc de Richelieu, futur secrétaire d’État aux Affaires Étrangères, chef du gouvernement, bras droit de Louis XIII.

arbre.JPEG

Cardinal de Richelieu.jpg
Le duc de Richelieu, cousin germain de Charles II de la Porte, seigneur de la Meilleraye, qui a vingt ans de moins que lui, par Philippe de Champaigne — National Gallery, London, Domaine public, Lien

Sans vouloir nier les mérites de Charles II de la Porte, le futur maréchal de Richelieu et duc de la Meilleraye, il est probable que sa proche parenté avec le premier personnage qui n’est pas un prince de sang du royaume de France a joué un rôle majeur dans son ascension fulgurante – et donc dans la transformation du petit manoir provincial en superbe château. Les contemporains de Richelieu prétendaient que le célèbre homme d’État considérait son cousin germain comme une sorte de fils d’adoption.

C’est pourtant Charles Ier, l’oncle de Richelieu, qui fait commencer les travaux d’agrandissement et d’embellissement du château, dans les années 1620-1630. Puis Charles II continue d’embellir le château, comme plus tard à Versailles Louis XIV améliorera constamment le relais de chasse choisi par son père. À Beaulieu, une chapelle est construite en 1638, une orangerie en 1649.

Les habitants de Beaulieu-sous-Parthenay, parmi lesquels Jeanne Chaignon, mon aïeule, mariée en 1640 dans l’église paroissiale, profitent-ils des retombées économiques des travaux conséquents et dispendieux ? Qui est l’architecte du château, d’où viennent les ouvriers ? Je n’ai dans mes ancêtres, nombreux dans les bourgs alentour, que des paysans à différents niveaux d’aisance, jamais de maçons ou d’artisans. Pourtant il a dû y en avoir longtemps, puisque que la construction et l’embellissement du château s’est poursuivie pendant tout le XVIIe siècle.

Charles II de la Porte épouse le 26 février 1630 Marie Coeffier de Ruzé d’Effiat, dont le père est maréchal de France, avec qui il a un fils, Armand Charles de la Porte. En mai 1637, il épouse en secondes noces Marie de Cossé-Brissac qui ne lui donne pas d’enfants. Parallèlement, il est officier dans les armées du roi, dès 1628, où on le trouve colonel – à 26 ans environ – pendant le siège de La Rochelle. Son avancement dans l’armée de Louis XIII est rapide. Il devient Grand Maître de l’Artillerie, puis en 1639 Maréchal de France. À la tête de l’armée, il s’empare d’Arras, de Lens, de La Bassée, toutes villes prises à l’Espagne, et qui depuis sont restées françaises. Ses compétences militaires semblent réelles, et son avancement n’est pas totalement dû à sa parenté avec le cardinal de Richelieu.

D’ailleurs, quand Richelieu décède en 1642, Charles de la Porte, Maréchal de France, ne perd ni son prestige, ni sa gloire. Richelieu avait recommandé, semblerait-il, son cousin à son successeur, le cardinal Mazarin, et Charles de la Porte va tisser des liens au moins aussi privilégiés avec le nouvel homme fort de la France.

Mais désormais la famille de la Porte, ou de la Meilleraye comme on va maintenant les appeler, n’habite plus vraiment en permanence le château de la Meilleraye.

C’est à Paris que Armand-Charles de la Porte, seul héritier, épouse Hortense Mancini, nièce du cardinal Mazarin, le 28 février 1661, devenant ainsi duc de Mazarin. C’est à Paris aussi que meurt le duc de la Meilleraye, maréchal de France, le 8 février 1664. Armand-Charles de la Porte est maintenant duc de la Meilleraye, duc de Mazarin, époux d’une des plus jolies femmes de France, nous dit la rumeur, et peut-être aussi une des plus volages. Le duc de Mazarin, que Madame de Sévigné prétend fort laid, que ses contemporains trouvent bizarre et d’une dévotion austère, selon Bélisaire Ledain, s’installe à nouveau, seul, au château de la Meilleraye, où il vit modestement jusqu’à sa mort à l’âge de 82 ans, le 9 novembre 1713.

Le registre paroissial de Beaulieu-sur-Parthenay garde la trace des événements qui ont suivi ce décès.

meilleraye_4
Vue 27/262
meilleraye_5.JPG
Vue 28/262
meilleraye_6.JPG
Vue 28/262

En cette même année 1713, à Beaulieu-sous-Parthenay, mon aïeule Jeanne Baudet, veuve de 34 ans, vit avec sa mère, Jeanne Imbert, la fille de Jeanne Chaignon, et ses trois enfants, Pierre Bordier, Magdeleine Bordier et la petite Jeanne Bordier, 3 ans, elle aussi mon aïeule, fille posthume de Clair Bordier. Qu’auraient-elles pu raconter, ces trois femmes, sur ce qu’on a vécu ces jours-là dans la paroisse, les messes qu’on a dites pour le salut de monsieur le duc, cet homme qui avait côtoyé les puissants du royaume et était revenu vivre en Gâtine ?

Le duc de Mazarin a eu quatre enfants avec Hortense. Son fils Paul Jules de la Porte hérite du duché et du château de la Meilleraye, mais ne vient qu’épisodiquement au château, qui est géré par des hommes de confiance. Après lui, le château en 1731 passe à son fils Guy Paul Jules de la Porte qui l’abandonne complètement et en laisse la garde à Claude-François Gallas, chargé de veiller aux meubles et aux réparations contre cinq cents livres de gages annuels. Guy Paul Jules meurt à son tour en 1738, et laisse ses biens à sa fille unique, Charlotte Antoinette de la Porte, déjà veuve, et mère de la jeune Louise Jeanne de Durfort de Duras, qui en devient propriétaire le 12 mars 1738. À cette occasion est fait un inventaire des meubles du château, qui nous permet aujourd’hui d’avoir une idée de son agencement, de son luxe et de son mobilier. Pourtant, le château reste à l’abandon, quelques serviteurs s’occupent tant bien que mal de son entretien, et des chapelains continuent de dire la messe dans la chapelle. On trouve dans les registres paroissiaux la trace de quelques baptêmes ou mariages dits dans la chapelle.
Non entretenu, le château et ses meubles se délabrent. En février 1776, le comte d’Artois fait l’acquisition du duché de la Meilleraye, du château, et de la forge. Pourtant lui non plus n’essaie pas de le remettre en état et ne viendra y séjourner brièvement qu’une seule fois.
À la Révolution, le château est placé sous séquestre, puisqu’appartenant à un émigré. Doucement, la gloire passée du château et de la famille des La Porte va s’effacer.
Qui sait encore dans les villages de Gâtine alentour que jadis, sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV, fut édifié un magnifique château dont les propriétaires ont côtoyé les personnages les plus célèbres du royaume de France ? Qui le sait, à part les quelques généalogistes qui au détour d’un acte ont rencontré un métayer du duc de la Meilleraye, ou un notaire du duché pairie de la Meilleraye?

____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Sources et liens
• Gallica – Seigneurs et seigneuries en Gâtine poitevine – Le duché de la Meilleraye – XVIIe-XVIIIe siècle – par Jacques Peret – in Mémoires de la société de antiquaires de l’Ouest – avec une bibliographie très complète
• Abandoned-France – Château de la Meilleraye
• Archives de Parthenay – Les ducs de la Meilleraye
• Gallica – Paysages et monuments du Poitou, photographiés par Jules Robuchon – tome VII
• Gallica – Le maréchal de la Meilleraye – par A.-D. de La Fontenelle de Vaudoré
• Gallica – Histoire de la ville de Parthenay – par Belisaire Ledain
• Gallica – La Gâtine historique et monumentale – par Belisaire Ledain
• Geneanet – Geneastar – Arbre généalogique du Cardinal de Richelieu

4 commentaires sur « M comme Meilleraye (la) »

  1. Merci. Quelle Histoire !
    Mon ancêtre Antoine Guerry qui vécut à Beaulieu-sous-Parthenay de 1679 à 1739 était charpentier. Mais les belles heures du château semblent passer. Peut-être a-t-il hérité du savoir-faire utilisé pour le château?

    Aimé par 2 personnes

  2. Très bel article en effet. Je n’ai aucun ancêtre dans cette région de gâtine ce qui explique sans doute la raison pour laquelle je n’ai jamais croisé le duc de la Meilleraie. En revanche, je m’intéresse à l’histoire notamment à celle de Richelieu et du Québec et je me demande si Claude de Champlain aurait quelque rapport avec Samuel de Champlain fondateur de Québec en 1608. Que sait-on de cette brave dame ? Merci en tout cas pour cette page d’histoire très instructive.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s