P comme Pamproux et son village Vieilpain

Un texte de Michèle RIVIÈRE

Écrire l’histoire de la maison où j’habite à Pamproux m’a donné envie d’en savoir plus sur le passé du village de Vieilpain. D’après le « Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres » de Bélisaire Ledain, le village de Vieilpain s’écrivait Viel Pin en 1568, Villepin en 1573, Veilpin en 1603 et Vieilpin.

Je me suis intéressée de très près à un document probablement unique dans le département des Deux-Sèvres. En 1776, le curé Pierre Joseph Gaultier, prêtre en la paroisse de Pamproux de 1747 à 1784, a réalisé un recensement des familles du bourg et des 16 villages existants à l’époque. C’est une mine de renseignements sur les familles de Pamproux. Le curé Gaultier y note les noms, prénoms, dates de baptêmes, de mariages, de sépultures, les métiers, et surtout la religion des habitants, maison par maison, en commençant par la première, la cure. Les valets et les servantes, au service des habitants, y figurent également ainsi quel leur résidence dans la paroisse ou ailleurs.
À la fin du registre, le curé Gaultier a reporté une table alphabétique des habitants et leur numéro de maison. Il est en ligne sur le site des AD 79. (1)

Il existait 2 paroisses à Pamproux : Saint-Martin de Pamproux et Saint-Maixent de Pamproux. Le curé Gaultier était aidé d’un vicaire, François Boyer. Pamproux dépendait de l’archiprêtré d’Exoudun et de l’évêché de Poitiers. On peut penser que ce document avait comme but le dénombrement des paroissiens catholiques et surtout des protestants.
L’Édit de tolérance n’a été signé par Louis XVI à Versailles qu’en 1787. Il autorisait les pasteurs à tenir des registres de baptêmes, mariages et sépultures des protestants, leur permettant d’avoir un état civil. Mais la religion officielle restait le catholicisme. D’après le recensement du curé Gaultier, il y avait 351 maisons dont 265 dans le bourg de Pamproux et 86 réparties dans les 16 villages. Ainsi, dans le village de Vieilpin (orthographe de 1776), il y avait 7 maisons du n° 271 à 277, habitées majoritairement par des protestants et peu de catholiques.

La maison 271 (2) était habitée par Magdeleine SENVET ou SAIVET, née à Rouillé (Vienne) en 1716, baptisée catholique. (3) Elle est mariée avec MAYE Daniel Germain, catholique, en 1737, à Pamproux, paroisse de Saint-Martin, par le curé La Michelière d’après leur acte de mariage. (4). Son mari est né en 1705 à Pamproux, (5) et il est veuf de Jeanne Martineau. Son métier de laboureur consistait à travailler la terre. En effet, de petits propriétaires possédaient des terres qu’ils souhaitaient transmettre à leurs enfants. La fable de Jean De La Fontaine « Le laboureur et ses enfants » nous éclairent sur ce métier. (6) En 1776, Magdeleine MAYE est veuve et vit avec ses 5 enfants. Elle déclare au curé Gaultier être protestante ainsi que ses 5 enfants qui ont été baptisés au prêche. Cependant 3 enfants sont présents dans 3 autres maisons du bourg : les maisons 266, 267 et 289.

1.jpg

En effet, la maison 266 est le moulin à eau de la Ronze (Actuellement la Ronce, propriété privée). Le meunier employait le fils, Jean MAYE, âgé de 32 ans. Dans la maison 267, Pied Frouin, autre moulin au bord du Pamproux, on retrouve Pierre MAYE, second fils du couple, âgé de 33 ans. Ce moulin est devenu une ferme privée. Et dans la maison 289, village de la Ville-Dé, actuellement, la Villedieu-du-Perron, proche de Vielpin sur la route royale n°3, vit Louise, la dernière fille de la fratrie, âgée de 26 ans, servante, chez le couple ROUX Jean, laboureur, et THIOT Jeanne, qui n’ont pas d’enfants, mais un neveu et un valet. Tous sont protestants.
Le pain ; c’était la vie et il restait l’alimentation principale de la population. Le meunier était un personnage important dans le village. Jusqu’à la Révolution, le seigneur oblige les habitants du village à utiliser le moulin banal qu’il soit à eau ou à vent. Le meunier touche en guise de salaire une rétribution en nature, « la mouture ». Il travaille avec un apprenti qui va chercher le grain dans les fermes. (7)

La maison 272 (8)) était occupée par BONNET Jean, né le 28 septembre 1724 à Pamproux, (8) baptisé catholique et GATINEAU Louise, née le 20 mars 1729 à Pamproux, (9) baptisée catholique. Laboureur, ils sont mariés, par le curé Aymard, le 7 février 1752 dans la paroisse Saint-Léger de Saint-Maixent d’après leur acte de mariage, signé par le vicaire Rinet, dans lequel sont mentionnées leurs abjurations et en particulier celle pour leur fille Magdeleine (10) âgée de 12 ans. Ils ont 5 enfants vivants avec eux et un valet, ROULEAU Jacques, âgé de 32 ans, dont les parents habitaient la maison 321 dans le village de la Connonière de l’autre côté de la route royale précédemment citée.

2Dans la maison 273 (11) vivaient MOUSSAULT Jean Charles, né le 4 octobre 1736 à Bénassais (maintenant Benassay en Vienne) et baptisé catholique par le curé Brault. (12). Garçon teinturier, il a épousé GUITTON Marie, née le 6 août 1741 à Salles, baptisée catholique (13), le 19 août 1760 à Pamproux (14) par le curé Pierre Joseph Gaultier. Le père de Marie Guitton était maître sergier ; c’est-à-dire tisserand.
Les métiers de la teinture étaient très diversifiés. Il y avait les teinturiers de grand et bon teint, de petit teint, de soie, de laine. Au XVIIIème siècle, la teinturerie n’est pas un travail isolé mais elle est liée à la fabrication des étoffes, donc aux tisserands.
Ils ont eu 5 enfants, tous baptisés catholiques à Pamproux. Une servante, Magdeleine GUENIGAULT vivait chez eux. D’après ce recensement, elle n’avait pas de famille à Pamproux. Une sixième fille est née le 3 mars 1777 et baptisée catholique à Pamproux.

3.jpgLa maison 274 (15) était habitée par PIESSE Richard, journalier, né en 1733 ou 1734 à St Germier. Il se déclare baptisé protestant Il a rencontré HYPEAU Gabrielle, baptisée protestante en 1738. Ils se sont mariés en 1772 au prêche. Ils ont eu 2 enfants baptisés au prêche. Le métier de journalier, homme ou femme, signifiait travailler à la « journée » chez un artisan, un commerçant ou un patron agriculteur. Ce terme était encore employé au XXe siècle dans certaines provinces françaises. La mère de PIESSE Richard, CAILLON Michelle, vivait avec eux et se déclare également protestante. Elle est née aux environs de 1704.

4.jpgDans la maison 275 (16) se trouvait MARTIN Daniel, laboureur, célibataire et sans enfant. Il a été baptisé protestant le 13 février 1729 à Pamproux. Le laboureur est un paysan qui possède au moins un attelage et les prête à ceux qui n’en ont pas. C’est un personnage important dans les villages. Mais à la Révolution le terme de laboureur va disparaître au profit de celui d’agriculteur. Un valet, ROULEAU Pierre habitait avec lui. Il a aussi été baptisé protestant le 22 ou 23 juin 1758 à Pamproux.

5.jpgLa maison 276 (17) était occupée par BESVIN ou BAIVIN Louis, maréchal, né, protestant, le 8 avril 1748 à Pamproux et baptisé catholique le 2 février 1752 (18). Il a été marié le 20 février 1776 au prêche de Pamproux, par le pasteur Gamain, (19), avec MARTIN Louise, née le 17 octobre 1734 et baptisée catholique (20) par le Curé Drouhaut à Pamproux. Elle est décédée protestante le 2 mai 1777, selon le recensement de 1776. Ils n’ont pas eu d’enfants. Vivaient avec eux un valet FERRAND Louis né protestant aux environs de 1753 à Pamproux et une servante GUESSARD Françoise née protestante aussi en 1758 à Pamproux. Ces deux personnes n’avaient pas de famille à Pamproux en 1776.

6.jpgLa dernière maison 277 (22) du village de Vieilpain était habitée par BERNARD Jean, tisserand, né en 1708, environ, à Rouillé (86) et baptisé protestant, décédé à Bougon (79), et marié avec Marguerite BABINEAU, décédée au moment du recensement de 1776. Ils ont eu 4 enfants dont l’aîné, Jean, baptisé catholique, le 18 janvier 1746 à Pamproux (23) par le curé Drouhault, contrairement à ce qu’il est mentionné. (Protestant). Âgé de 30 ans, il résidait à Bougon en 1776. Les trois autres enfants sont baptisés protestants au prêche de Pamproux.

7Comme il l’écrit au début du registre, (24), Baptiste Souché, domicilié à la Jarrye, village de Pamproux, en 1882, la visite a dû être faite vers le mois d’août 1776 et ne comprend que la paroisse de Pamproux. Baptiste Souché suppose l’existence d’un supplément fait en 1781, ainsi qu’un registre des naissances, dont il serait fait mention dans ce présent document.

Dans la table, à la fin du document, à partir de la lettre P, l’écriture n’est plus la même. Baptiste Souché, comme il l’écrit, a complété cette table en septembre 1882 à La Jarrye.
D’autre part, sur les 38 habitants du village de Vieilpain, dont 4 sont dans une autre paroisse ou autre maison, il y a 31 protestants et 7 catholiques. Ces derniers étaient dans les maisons 272 et 273.

Pour terminer ce travail, je ne résiste pas à l’envie de reproduire les signatures des curés Aymard, Brault, Drouhaud, Gaultier, Lamichelière curé de Saint-Martin de Pamproux, du vicaire Rinet et du pasteur Gamain.

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Retrouvée également au milieu des actes, la prise de possession de la paroisse Saint-Maixent de Pamproux par le curé Pierre Joseph Gaultier le 6 août 1747 (25) à la suite du curé François Drouhault certainement souffrant car il est décédé le 2 décembre 1747 à Pamproux. (26).

15Travailler sur ce document rare qu’est le recensement de 1776 de Pamproux a été un véritable plaisir. On peut remercier le curé Gaultier de l’avoir réalisé.

Sources :
1. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776
2. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 65/104
3. AD86 Rouillé BMS 1716-1723 Vue 1/94
4. AD79 Pamproux Saint Martin BMS 1731-1740 1 MI EC 28R55 Vue 34 et 35/53
5. AD 79 Pamproux BMS 1700-1710 1 MI EC 28R51 Vue 34/88
6. Carnets-voyage.com/carnets-famille-annexeslaboureur.html
7. Blog « Le meunier et les moulins ».
8. AD 79 Pamproux BMS Abjurations 1679-1781 1 MI EC 28R53 Table Vue 63/126
9. AD 79 Pamproux BMS Abjurations 1679-1781 1 MI EC 28R53 Table Vue 67/126
10. AD 79 Saint Maixent L’Ecole Saint Léger (Paroisse de) BMS 1740-1764
16 R 493 Vue 257 et 258/542
11. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 66/104.
12. AD 86 Bennassay BMS 1724-1739 E DEPOT 21GG4 Vue 181/193
13. AD 79 Salles BMS 1713-1765 1 MIEC 323R858 Vue 96/169
14. AD79 Pamproux BMS 1753-1762 1 MIEC28R52 Vue 135 et 136/181
15. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 66/104
16. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
17. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
18. AD 79 Table 1 MIEC 28R53 Vue 92/126
19. AD 79 2 MI 10 Registres du Désert N° 9509 Vue 87/120
20. AD 79 1 MIEC 28R52 Vue 93/142
21. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
22. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
23. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1 MIEC 28R52 Vue 31/113
24. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
25. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1 MIEC 28R 52 Vue 47/113
26. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1MIEC 28R 52 Vue 50/113
Wikipédia mesgenealogies.blogspot.com/2013/04/metierlaboureur.html

3 commentaires sur « P comme Pamproux et son village Vieilpain »

  1. Merci pour cette retransmission. L’an passé nous avons eu François David , prêtre « journaliste » de La Boissière-Thouarsaise maintenant Lageon, et voici Pierre Joseph Gaultier prêtre « recenseur ». Nos curés instruits nous lèguent de jolis pans de notre histoire.

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