V comme Vernoux-en-Gâtine

Un texte de Claudy Guérin

Elle est née dans mon village, il y a 150 ans et porte le même patronyme que mon grand-père maternel… ce qui a suscité bien des interrogations.

En 2013, lorsque j’ai découvert son acte de naissance à Champdeniers, j’ai jugé que nous ne pouvions être parents. Caniot, c’est son nom de jeune fille, comme mes ascendants tous nés à Vernoux-en-Gâtine, à la Fazillière exactement. Les Caniot de ma famille sont de cette terre, de ce nid de Gâtine. Des rouges diront certains… Des vanniers, pennassous, musiciens… Cette naissance à Champdeniers ne m’a pas inspirée et c’est ainsi que cet acte s’est endormi…

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Le village de la Fazillière

Mai 2019, je suis à la recherche de photographies et je remarque un dossier d’actes de naissance de… Champdeniers dont deux au nom de Caniot. Aucun souvenir.

3 juillet 1868, acte n°13 : naissance à deux heures du matin de Marie Ernestine Caniot, le 2 juillet, fille de François Caniot, quarante ans, aubergiste sur la grande place de Champdeniers et de Claveau, Marie-Raillière trente-trois ans, son épouse. Dans la marge, une note : Décédée à Nice (Alpes-Maritimes) le huit septembre 1959. La signature bleue du secrétaire d’alors se détache du décor avec élégance.
Comment ai-je pu oublier ces actes et ne pas entreprendre des recherches ? Sommes-nous parents ?

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Champdeniers, la grande place

En consultant le recensement de 1872 de Champdeniers, je découvre que le père de Marie Ernestine est bien né à Vernoux. Sur le registre en ligne et celui de la mairie, point d’actes pour cette fin 1827 qui s’arrête… en septembre. Sur le recensement, deux autres enfants nés à Niort.
C’est là que je les trouve, François et Marie, mariés en 1853. Un acte de notoriété précise à l’époque que François est né le 21 novembre 1827 à Vernoux-en-Gâtine, de Louis Caniot et Marie Grolleau, décédée en 1837… François avait alors 10 ans. Veuf très tôt, son père se remariera deux autres fois.
Ainsi, nous avons un lien de parenté ! Le grand-père paternel de Marie Ernestine, Louis Caniot, est le frère de mon sosa 96 ! Nous sommes cousins !
Les actes de naissance n’étant pas notés dans les registres cette fin d’année 1827, je ne risquais pas de trouver François… qui aujourd’hui s’invite chez moi.

Marie, la mère de Marie Ernestine, est vendéenne, née à Longèves au début du printemps 1835 de père et de mère inconnus, mise en hospice comme enfant trouvé. De ce côté-là, ce ne sera pas simple…
Longèves, Vernoux… 40 km, ce n’est pas le bout du monde… comment ces deux-là se sont-ils connus ? Une balade ? Un mariage peut-être ?
Sur le recensement je note que la petite Marie Ernestine, née à Champdeniers, a un grand frère, Paul et une sœur Marie-Louise, tous les deux nés à Niort. Ainsi la famille a vécu quelques années à la ville, rue Saint-Gelais puis rue du Four et rue Tripière… François y fut tour à tour domestique, journalier.

Je m’empresse alors de chercher les actes de ses frère et sœur et découvre qu’il y a eu d’autres enfants hélas décédés en bas âge, Marie Anne Henriette à 3 ans, Lucien Georges à 9 mois et Gustave Michel à 4 mois. Marie Ernestine est la sixième… née tout près d’ici, comme Eugène Louis en 1873.

Bien des drames ont accompagné le couple dans cette grande ville avant d’arriver à Champdeniers où le père a exercé le métier d’aubergiste.

Cette famille prend de plus en plus de place dans mes recherches… Il me faut savoir ce qu’il est advenu de chacun d’eux.

Paul Stanislas François, né le 8 mai 1856, a travaillé dans les chemins de fer. Je me suis rapprochée des archives des Chemins de fer, à Béziers, qui n’ont pu répondre favorablement à ma demande et m’ont invitée à contacter le Cercle généalogique des cheminots à Paris. J’aurais aimé consulter quelques documents sur le parcours professionnel de ce grand frère qui s’est marié à Clermont-Ferrand, le 9 décembre 1882 à Anne Retrus. Les parents n’assistent pas au mariage mais Marie Ernestine est-elle de la noce ? Sans doute pas… les voyages coûtent cher et les affaires de François ne sont pas au beau fixe. Pour preuve cette démarche au tribunal de Niort en décembre 1879 où le couple sera séparé de biens, l’affaire étant en liquidation judiciaire.
Je découvre alors que Paul meurt à 31 ans le 22 octobre 1887 à Niort, rue des Trois-Coigneaux. Sans enfant. À nouveau un deuil pour cette famille. Marie Ernestine perd le grand frère… elle a 19 ans.

La grande sœur, Marie-Louise, née aussi à Niort en 1861, est couturière. J’ai longtemps cherché où était cette sœur dont j’ai craint aussi le décès… mais un bon ami à moi, Raymond, m’a bien aidée avec Filae, et m’a très vite éclairée… Elle s’est mariée à Paris dans le 8e arrondissement où elle a exercé le métier de femme de chambre. Aucun membre de la famille n’est présent à la noce ce 11 avril 1889… Son mari est cocher et les témoins sont tous du monde de la domesticité. Ils auront un fils… Marie Louise meurt en 1903 à 42 ans, si loin des siens…

Eugène Louis, le plus jeune frère de Marie Ernestine, né comme elle à Champdeniers, sera typographe et se mariera à Saumur le 27 janvier 1914 où il décédera à 56 ans le 24 janvier 1930… sans enfant.
J’avoue que pour l’heure, je trouve bien des chagrins autour d’Ernestine…et bien des éloignements…
On se marie loin…et l’on meurt loin des siens.

Alors lorsque je lis, sur l’acte de mariage de Marie Ernestine à Azay-le-Brûlé qu’elle est institutrice à Beaulieu-sous-Bressuire, je sens comme un souffle de vie. Je me suis rendue aux Archives départementales et j’ai pu consulter son dossier professionnel ! Elle a été élève à l’École normale de Niort d’octobre 1883 – elle a 15 ans – à octobre 1886 puis, au 1er novembre 1886, elle est nommée à Breloux (La Crèche). C’est sans doute là qu’elle rencontre Jean Hippolyte Lezay de Mons, petit village d’Azay-le-Brûlé.

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L’école normale de filles à Niort

Le 1er janvier 1892, elle arrive à Beaulieu-sous-Bressuire. 20 avril 1892, elle épouse Jean Hippolyte à Azay et un an plus tard, le 1er février 1893, elle est nommée à Fors. C’est là que naît son fils, Paul Henry, le 15 juillet 1893… fils unique qui portera le prénom de son oncle Paul, le grand frère décédé si jeune…

Puis le 11 novembre 1894, Ernestine est nommée à Lezay ! Ça ne s’invente pas !
Le 1er octobre 1896, elle est à Celles-sur-Belle et ce jusqu’au 30 juin 1925, retraite oblige. Elle y sera institutrice puis directrice d’école ! Quel parcours !

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L’école de Celles-sur-Belle

Les notes de ce dossier sont importantes : j’apprends que sa mère est décédée à Niort, en 1902, d’une pneumonie et que Marie Ernestine a demandé un congé pour l’assister.
Son père quant à lui est décédé un an plus tard, aussi à Celles… Y était-il en visite pour voir le petit Paul Henry ?

Voici donc Marie Ernestine installée, institutrice. L’idée d’une photo d’école surgit soudain… 1896 – 1925, nul doute qu’il devait y avoir des photos d’école à cette époque. Je joins la mairie et fais part de mes recherches. La secrétaire me dirige vers quelques aimables personnes susceptibles de m’aider. Dans un ouvrage rédigé par Pierre Billard, Un siècle de vie à Celles, M. Georges Moyneault y écrit un texte sur l’école… où je peux lire quelques mots sur Mme Lezay ! Rien de plus émouvant que la découverte de ces notes où Marie Ernestine est là, bien vivante ! Point de photo… mais je ne lâche pas l’affaire !

Mes recherches se dirigent désormais vers Paul Henry, fils unique d’Ernestine et Jean Hippolyte. La bibliothèque de Geneanet regorge d’informations ! J’ignorais cette rubrique mais force est de constater que l’on y fait des trouvailles ! Ainsi, Paul Henry était « un bon élève, intelligent et laborieux » au lycée de Niort. Le Conseil général des Deux-Sèvres lui a plusieurs fois attribué des bourses… en 1906 entre autres où il a perçu la somme de 350 francs. Sa fiche militaire n’est pas moins intéressante… Son parcours pendant la Première Guerre est touchant… blessé en mai 1915 par une balle au bras gauche devant Loos (Pas-de-Calais), il sera temporairement réformé et terminera cette guerre par une mise à disposition au ministère de la Marine en vue d’une nomination au grade de commissaire auxiliaire de 3e classe de la marine.

Ces notes de fiche militaire apportent de l’eau à mon moulin. Dans la marge de son acte de naissance, à Fors en 1893, une note quant à son mariage, en juillet 1918 à Paris. Au cours de sa période militaire, Paul Henry se rendra régulièrement à Paris où il vivra dans le Ve arrondissement ; C’est là qu’il se marie à Aline, originaire de Bordeaux.
Il me reste à trouver les enfants ! C’est là que cette histoire prend un nouveau tournant.
Alors que je passe au peigne fin les actes de naissance du Ve arrondissement, de 1923 à 1932, je m’égare vers les actes de décès et tombe sur l’acte 317… transcription de Cholon (Cochinchine) Paul Henry est décédé le 30 octobre 1923, à l’hôpital de Cholon. Il a 30 ans.

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L’hôpital de Cholon

Jean Hippolyte Lezay, le mari de Marie Ernestine décède le 2 octobre 1925 à Mons, sur la commune d’Azay-le-Brûlé où il est né le 24 octobre 1860. Les documents concernant sa succession m’apprennent que Paul Henry et Aline ont eu une petite fille, Paule, née à Rio de Janeiro le 19 mars 1919 et qu’Aline s’est remariée.
Je découvrirai un peu plus tard que le jeune couple a eu un autre enfant, Claude, né à Celles en 1922 et décédé comme son père en 1923 au Vietnam.

Juste à la retraite, au décès de son mari, Marie Ernestine vit à Mons.

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La retraite de Marie-Ernestine Caniot (trouvée sur Gallica)

Je la retrouve au Château-d’Olonne en 1926 où le couple a fait l’acquisition d’une maison, rue Marceau Elle meurt à Nice le 8 septembre 1959. Elle a 91 ans.

Nous sommes loin de Vernoux-en-Gâtine, pays de François Caniot, père de Marie Ernestine. Je n’ai pas vraiment répondu à la demande du Challenge sur les lieux des Deux-Sèvres…
Dire alors que je ne pouvais renoncer à ces recherches qui au fur et à mesure étaient de plus en plus passionnantes. Marie Ernestine, dont j’ai découvert l’acte de naissance par hasard, m’a permis de chercher des actes loin de mon univers habituel. Elle m’a permis de prendre contact avec des associations, d’oser appeler des personnes que je ne connaissais pas. J’ai aimé cette fratrie qui, nous ne saurons pourquoi, s’est échappée de nos Deux-Sèvres pour se perdre loin de chez nous.
Dire aussi que j’ai eu récemment au téléphone, l’arrière petit-fils de Marie Ernestine, petit-fils de Paul Henry et que ce fut un moment émouvant.

J’ai le sentiment, en dehors du plaisir de la recherche, d’avoir relié Marie Ernestine à ses frères et sœurs. De les avoir retrouvés, raccordés, unis.
De les avoir ramenés un peu « Vers nous en Gâtine ».

https://www.aupresdenosracines.com/2016/04/enquete-sur-la-piste-dun-ancetre-cheminot.html
archives.beziers@sncf.fr
Cercle généalogique des cheminots : 9 rue de Château-Landon – 75010 Paris Tél. : 01.58.20.51.29 – S.N.C.F. : 71.21.29
genealogie.cheminots@laposte.net
Service Central D’État Civil du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères à Nantes
https://www.diplomatie.gouv.fr
Site Delcampe
Site Généanet
Un siècle de vie à Celles. Le Rochereau, la pierre et l’eau 1900 – 2000 – Pierre Billard – Imprimerie Les Maisons pour Tous à Niort (Novembre 2001)

Illustrations

1 / Vernoux-en-Gâtine (L’église ou le village de la Fazillière)
2/ Champdeniers
3/ L’école Normale de filles à Niort
4/ Celles-sur-Belle
5/ Doc Généanet retraite Marie Ernestine
6/ Cholon (Cochinchine)

13 commentaires sur « V comme Vernoux-en-Gâtine »

  1. de Vernoux à « VERS NOUS », la boucle est bouclée ! Quel beau voyage à travers la planète et ses sources archivistiques mal connues. Voilà un bel article qui confirme ma vision de la généalogie : un immense puzzle dont les morceaux ont été disséminés à travers le monde…

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    1. Merci! Je pensais travailler plus sur l’origine de ce bourg…mais la découverte de cet acte de naissance tout près de mon domicile m’a vraiment interpellée. Il m’était impossible de parler d’autre chose que de ce qu’il y avait « sur le feu »…Oui, les sources ne manquent pas!

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  2. Une recherche passionnante très bien racontée et agréable à lire. Nous avons tous des histoires comme celle-là et connaissons cette immense satisfaction d’avoir retrouvé une branche perdue, reconstitué une famille.

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    1. Merci Mauricette. L’arrière petit-fils, né au Vietnam, n’a pas connu sa grand’mémé…mais il a été touché je crois par cette histoire. Aucune photo pas même de son grand-père, Paul Henry…Mais je ne désespère pas de recevoir un jour, la photo de sa mère, la petite-fille née à Rio…

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  3. Claudy, j’ai demandé à ma cousine de Celles si elle connaissait quelqu’un qui aurait de vieilles photos de classe. Elle a eu la gentillesse de m’adresser des photos de classe de sa grand-mère prises vers 1914. Malheureusement les enseignantes ne figuraient pas sur ces photos, de même que sur les photos du livre de Mr BILLARD.
    J’ai un petit livre qui s’appelle « Se souvenir de Celles sur Belle et son canton ». Il y a une page avec un extrait de l’annuaire édition 1926 (sans doute fait en 1925) avec les services publics, les commerces et industries. Mme LEZAY est mentionnée comme directrice, et il y a 4 autres institutrices, et un directeur et un instituteur pour les garçons.

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  4. Ce nom Lezay m’a interpellée:
    En explorant les actes d’état-civil de ma famille (Famille Boinot ) je trouve souvent Florentin Lezay, instituteur à Thorigné, cité en tant que témoin. Mon grand-père, Marcel Boinot, dont j’ai retrouvé la correspondance de guerre, mentionne souvent Mr Lezay à qui on doit « demander conseil  » …
    Alors, je ne sais pas s’il y a un rapport avec les Lezay de ton article, mais si tu veux poursuivre tes recherches de ce côté , je peux t’envoyer quelques actes et lettres où il en est fait mention…

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  5. Bonjour,
    Je suis plus que touchée par votre article. Depuis un an je fais des recherches sur l’ascendance de ma grand-mère paternelle, Paule Lezay, fille de Paul Lezay et d’Aline C.
    J’imagine que vous avez été en contact avec mon oncle Bertrand.
    Je serai très heureuse de pouvoir échanger avec vous et vous remercie profondément de toutes les recherches que vous avez partagées.
    Cordialement.
    Maëlle

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  6. Bonjour,
    Je suis très touchée par votre article. Cela fait un an que je fais des recherches sur l’ascendance de ma grand-mère paternelle Paule Lezay, fille de Paul Lezay et Aline C. Ma grand-mère ayant été orpheline de père très jeune, nous avons peu d’informations sur la famille Lezay. Je recherche moi aussi des photos de Paul Lezay que ma grand-mère disait fort beau.
    D’après ce que je comprends vous avez été en contact avec mon oncle Bertrand.
    Je serai très heureuse d’échanger avec vous et vous remercie profondément du partage de vos recherches.
    Cordialement.
    Maëlle

    Aimé par 1 personne

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