Y comme Yprésis

Un texte de Francis LARROUY

Les voies antiques au travers de la Gâtine.

La géologie peut expliquer la création de ces chemins de communication.
1.pngUn fleuve nommé YPRESIS coulait il y a 50 millions d’années du centre de la France vers un vaste delta (actuelle Vendée) où il se jetait dans l’Atlantique. Il charriait des minéraux et empruntant la faille Vasles-Parthenay-Bressuire il déposera des sédiments.*
La faille de Secondigny est aussi importante ; celle ci a laissé une dorsale orientée sud est-nord ouest qui délimite la ligne de partage des eaux, au sud le bassin de la sèvre niortaise, au nord le bassin de la Loire. Ces points hauts sur des lignes de crêtes vont permettre l’établissement de chemins et les ressources minières seront exploitées dés la Préhistoire.
Le commerce va développer la création de ces voies notamment l’étain, particulièrement recherché par les Phéniciens (Liban) et les Romains.**
L’étain, ce métal indispensable à la fabrication du bronze, plus cher que l’or, était pratiquement absent du monde méditerranéen antique, mais se trouvait en abondance sur la façade atlantique de l’Europe, de la Galice espagnole à la Cornouaille britannique en passant par l’Armorique de Gaule, notre actuelle Bretagne. Très tôt, il fut transporté en Méditerranée par mer, sur les vaisseaux des Phéniciens, mais également il fut convoyé sur les chemins de terre de l’isthme gaulois, depuis l’Armorique jusqu’en la cité grecque de Massalia et de Narbonne, environ 600 ans avant notre ère.
L’étude de Jean Hiernard prouve une rivalité entre ces deux nations et les routes empruntées variaient suivant les convois pour éviter toute attaque. La route qui relie Nantes à Périgueux et la Méditerranée à pu être utilisée mais il n’y a aucune trace formelle. Ce sont les Romains qui vont créer la voie dite de Périgueux à Nantes passant par Rom et nommée chemin des Chaussées.
La première cartographie de notre région apparaît.

La Table de Peutinger

Cette Table, porte aussi le nom de Table théodosienne, c’est une copie réalisée au XIIIe siècle par des moines de Colmar à partir d’une carte romaine datant de vers 350, et probablement la copie d’une grande carte gravée dans le marbre à Rome, où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain. L’original est conservé à Vienne en Autriche.
Ce parchemin composé de 11 feuillets forme une bande de 6,82 m sur 34 centimètres de large. La première feuille nous intéresse puisque elle représente l’ouest de la France.

Sur cet extrait, on distingue Lemono (Poitiers) Sur la route de Burdigalo (Bordeaux) et passant par Rarauna (Rom). Lemono est à l’intersection de quatre routes dont une se dirige vers Portunamneto (Nantes) en passant par Ségora. Si Secondignacum n’apparaît pas sur la carte, les voies romaines l’ont ignoré mais de nombreux historiens pensaient que Secondigny était l’antique Ségora. LIEVRE démontrera en 1893 que cette supposition était erronée. Cette cité est dans le Maine-et-Loire.

2.jpg

L’itinéraire d’Antonin

Il donne la liste des étapes et des distances pour toutes les routes et villes qu’il cite. Ce document est à dater de la fin du IIIe siècle. Proche de la Table de Peutinger, il permet de la compléter et de la comprendre.
Il indique les bornes milliaires, pierres d’environ deux mètres de haut qui sont gravées du nom de l’Empereur, de l’année de son règne, du nom de la ville Romaine proche et de sa distance, elles se positionnent tous les mille pas.
Une étude du Lieutenant ESPERANDIEU sur ces bornes milliaires nous permet de voir une voie romaine traversant la Gâtine qui relie Rom à Nantes en passant près de Secondigny.

3.jpgDeux bornes décrites concernent cette voie. L’une située à Saint-Pierre-du-Chemin serait dans un musée de Nantes. LEDAIN la décrit comme un débris datant de Tetricus ou Tacite ce qui permet de dater cette voie ou sa réparation au IIIe siècle.***

4.png5La seconde borne est au Musée d’Agesci de Niort et vient de Rom, elle est parfaitement conservée et on y retrouve Tacite (3e ligne).

DESCRIPTION SOMMAIRE DU CHEMIN DE ROM À SAINT-PIERRE-DU-CHEMIN

De Rom la voie se dirige vers Vançais, sa largeur est d’environ 4 mètres, puis elle traverse Saint-Georges-de-Noisné en direction de Saint-Maixent et de Mazières .
De là elle continue vers Verruyes, tangente Saint-Pardoux direction Allonne et la forêt de Secondigny.
Elle rejoint le Beugnon puis Vernoux, L’Absie, Saint-Paul-en-Gâtine et quitte les Deux-Sèvres à Saint-Pierre-du-Chemin  le bien nommé.****

Ce « chemin des chaussées » est jalonné de lieux qui évoquent des camps romains, « La garde et la motte » sur Allonne, sur Secondigny, « les Chatelliers, la Caillerie » (caillis chemin en romain), « le Prieuré des bois » pourrait se situer sur une fortification romaine.

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Voie romaine restant à la limite de Secondigny et d’Allonne (non goudronnée) prés de la Frèmaudière Écureuil.

* JP Camuzard Société Historique de Parthenay et du Pays de Gâtine 2016/n°12
** Jean Hiernard : Corbilo et la route de l’étain Société des Antiquaires de l’Ouest 3e trimestre 1982 4e série tome XVI
*** BNF Gallica : Épigraphie Romaine du Poitou Belisaire Ledain
**** BNF Gallica : Les voies romaines dans le Département des Deux-Sèvres, Charles Arnault (mémoire de la Société de statistique du Département des Deux-Sèvres)
***** BNF Gallica : BISSEUL DE BLAIN, De quelques voies romaines du Poitou.

3 commentaires sur « Y comme Yprésis »

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