P comme Pamproux et son village Vieilpain

Un texte de Michèle RIVIÈRE

Écrire l’histoire de la maison où j’habite à Pamproux m’a donné envie d’en savoir plus sur le passé du village de Vieilpain. D’après le « Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres » de Bélisaire Ledain, le village de Vieilpain s’écrivait Viel Pin en 1568, Villepin en 1573, Veilpin en 1603 et Vieilpin.

Je me suis intéressée de très près à un document probablement unique dans le département des Deux-Sèvres. En 1776, le curé Pierre Joseph Gaultier, prêtre en la paroisse de Pamproux de 1747 à 1784, a réalisé un recensement des familles du bourg et des 16 villages existants à l’époque. C’est une mine de renseignements sur les familles de Pamproux. Le curé Gaultier y note les noms, prénoms, dates de baptêmes, de mariages, de sépultures, les métiers, et surtout la religion des habitants, maison par maison, en commençant par la première, la cure. Les valets et les servantes, au service des habitants, y figurent également ainsi quel leur résidence dans la paroisse ou ailleurs.
À la fin du registre, le curé Gaultier a reporté une table alphabétique des habitants et leur numéro de maison. Il est en ligne sur le site des AD 79. (1)

Il existait 2 paroisses à Pamproux : Saint-Martin de Pamproux et Saint-Maixent de Pamproux. Le curé Gaultier était aidé d’un vicaire, François Boyer. Pamproux dépendait de l’archiprêtré d’Exoudun et de l’évêché de Poitiers. On peut penser que ce document avait comme but le dénombrement des paroissiens catholiques et surtout des protestants.
L’Édit de tolérance n’a été signé par Louis XVI à Versailles qu’en 1787. Il autorisait les pasteurs à tenir des registres de baptêmes, mariages et sépultures des protestants, leur permettant d’avoir un état civil. Mais la religion officielle restait le catholicisme. D’après le recensement du curé Gaultier, il y avait 351 maisons dont 265 dans le bourg de Pamproux et 86 réparties dans les 16 villages. Ainsi, dans le village de Vieilpin (orthographe de 1776), il y avait 7 maisons du n° 271 à 277, habitées majoritairement par des protestants et peu de catholiques.

La maison 271 (2) était habitée par Magdeleine SENVET ou SAIVET, née à Rouillé (Vienne) en 1716, baptisée catholique. (3) Elle est mariée avec MAYE Daniel Germain, catholique, en 1737, à Pamproux, paroisse de Saint-Martin, par le curé La Michelière d’après leur acte de mariage. (4). Son mari est né en 1705 à Pamproux, (5) et il est veuf de Jeanne Martineau. Son métier de laboureur consistait à travailler la terre. En effet, de petits propriétaires possédaient des terres qu’ils souhaitaient transmettre à leurs enfants. La fable de Jean De La Fontaine « Le laboureur et ses enfants » nous éclairent sur ce métier. (6) En 1776, Magdeleine MAYE est veuve et vit avec ses 5 enfants. Elle déclare au curé Gaultier être protestante ainsi que ses 5 enfants qui ont été baptisés au prêche. Cependant 3 enfants sont présents dans 3 autres maisons du bourg : les maisons 266, 267 et 289.

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En effet, la maison 266 est le moulin à eau de la Ronze (Actuellement la Ronce, propriété privée). Le meunier employait le fils, Jean MAYE, âgé de 32 ans. Dans la maison 267, Pied Frouin, autre moulin au bord du Pamproux, on retrouve Pierre MAYE, second fils du couple, âgé de 33 ans. Ce moulin est devenu une ferme privée. Et dans la maison 289, village de la Ville-Dé, actuellement, la Villedieu-du-Perron, proche de Vielpin sur la route royale n°3, vit Louise, la dernière fille de la fratrie, âgée de 26 ans, servante, chez le couple ROUX Jean, laboureur, et THIOT Jeanne, qui n’ont pas d’enfants, mais un neveu et un valet. Tous sont protestants.
Le pain ; c’était la vie et il restait l’alimentation principale de la population. Le meunier était un personnage important dans le village. Jusqu’à la Révolution, le seigneur oblige les habitants du village à utiliser le moulin banal qu’il soit à eau ou à vent. Le meunier touche en guise de salaire une rétribution en nature, « la mouture ». Il travaille avec un apprenti qui va chercher le grain dans les fermes. (7)

La maison 272 (8)) était occupée par BONNET Jean, né le 28 septembre 1724 à Pamproux, (8) baptisé catholique et GATINEAU Louise, née le 20 mars 1729 à Pamproux, (9) baptisée catholique. Laboureur, ils sont mariés, par le curé Aymard, le 7 février 1752 dans la paroisse Saint-Léger de Saint-Maixent d’après leur acte de mariage, signé par le vicaire Rinet, dans lequel sont mentionnées leurs abjurations et en particulier celle pour leur fille Magdeleine (10) âgée de 12 ans. Ils ont 5 enfants vivants avec eux et un valet, ROULEAU Jacques, âgé de 32 ans, dont les parents habitaient la maison 321 dans le village de la Connonière de l’autre côté de la route royale précédemment citée.

2Dans la maison 273 (11) vivaient MOUSSAULT Jean Charles, né le 4 octobre 1736 à Bénassais (maintenant Benassay en Vienne) et baptisé catholique par le curé Brault. (12). Garçon teinturier, il a épousé GUITTON Marie, née le 6 août 1741 à Salles, baptisée catholique (13), le 19 août 1760 à Pamproux (14) par le curé Pierre Joseph Gaultier. Le père de Marie Guitton était maître sergier ; c’est-à-dire tisserand.
Les métiers de la teinture étaient très diversifiés. Il y avait les teinturiers de grand et bon teint, de petit teint, de soie, de laine. Au XVIIIème siècle, la teinturerie n’est pas un travail isolé mais elle est liée à la fabrication des étoffes, donc aux tisserands.
Ils ont eu 5 enfants, tous baptisés catholiques à Pamproux. Une servante, Magdeleine GUENIGAULT vivait chez eux. D’après ce recensement, elle n’avait pas de famille à Pamproux. Une sixième fille est née le 3 mars 1777 et baptisée catholique à Pamproux.

3.jpgLa maison 274 (15) était habitée par PIESSE Richard, journalier, né en 1733 ou 1734 à St Germier. Il se déclare baptisé protestant Il a rencontré HYPEAU Gabrielle, baptisée protestante en 1738. Ils se sont mariés en 1772 au prêche. Ils ont eu 2 enfants baptisés au prêche. Le métier de journalier, homme ou femme, signifiait travailler à la « journée » chez un artisan, un commerçant ou un patron agriculteur. Ce terme était encore employé au XXe siècle dans certaines provinces françaises. La mère de PIESSE Richard, CAILLON Michelle, vivait avec eux et se déclare également protestante. Elle est née aux environs de 1704.

4.jpgDans la maison 275 (16) se trouvait MARTIN Daniel, laboureur, célibataire et sans enfant. Il a été baptisé protestant le 13 février 1729 à Pamproux. Le laboureur est un paysan qui possède au moins un attelage et les prête à ceux qui n’en ont pas. C’est un personnage important dans les villages. Mais à la Révolution le terme de laboureur va disparaître au profit de celui d’agriculteur. Un valet, ROULEAU Pierre habitait avec lui. Il a aussi été baptisé protestant le 22 ou 23 juin 1758 à Pamproux.

5.jpgLa maison 276 (17) était occupée par BESVIN ou BAIVIN Louis, maréchal, né, protestant, le 8 avril 1748 à Pamproux et baptisé catholique le 2 février 1752 (18). Il a été marié le 20 février 1776 au prêche de Pamproux, par le pasteur Gamain, (19), avec MARTIN Louise, née le 17 octobre 1734 et baptisée catholique (20) par le Curé Drouhaut à Pamproux. Elle est décédée protestante le 2 mai 1777, selon le recensement de 1776. Ils n’ont pas eu d’enfants. Vivaient avec eux un valet FERRAND Louis né protestant aux environs de 1753 à Pamproux et une servante GUESSARD Françoise née protestante aussi en 1758 à Pamproux. Ces deux personnes n’avaient pas de famille à Pamproux en 1776.

6.jpgLa dernière maison 277 (22) du village de Vieilpain était habitée par BERNARD Jean, tisserand, né en 1708, environ, à Rouillé (86) et baptisé protestant, décédé à Bougon (79), et marié avec Marguerite BABINEAU, décédée au moment du recensement de 1776. Ils ont eu 4 enfants dont l’aîné, Jean, baptisé catholique, le 18 janvier 1746 à Pamproux (23) par le curé Drouhault, contrairement à ce qu’il est mentionné. (Protestant). Âgé de 30 ans, il résidait à Bougon en 1776. Les trois autres enfants sont baptisés protestants au prêche de Pamproux.

7Comme il l’écrit au début du registre, (24), Baptiste Souché, domicilié à la Jarrye, village de Pamproux, en 1882, la visite a dû être faite vers le mois d’août 1776 et ne comprend que la paroisse de Pamproux. Baptiste Souché suppose l’existence d’un supplément fait en 1781, ainsi qu’un registre des naissances, dont il serait fait mention dans ce présent document.

Dans la table, à la fin du document, à partir de la lettre P, l’écriture n’est plus la même. Baptiste Souché, comme il l’écrit, a complété cette table en septembre 1882 à La Jarrye.
D’autre part, sur les 38 habitants du village de Vieilpain, dont 4 sont dans une autre paroisse ou autre maison, il y a 31 protestants et 7 catholiques. Ces derniers étaient dans les maisons 272 et 273.

Pour terminer ce travail, je ne résiste pas à l’envie de reproduire les signatures des curés Aymard, Brault, Drouhaud, Gaultier, Lamichelière curé de Saint-Martin de Pamproux, du vicaire Rinet et du pasteur Gamain.

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Retrouvée également au milieu des actes, la prise de possession de la paroisse Saint-Maixent de Pamproux par le curé Pierre Joseph Gaultier le 6 août 1747 (25) à la suite du curé François Drouhault certainement souffrant car il est décédé le 2 décembre 1747 à Pamproux. (26).

15Travailler sur ce document rare qu’est le recensement de 1776 de Pamproux a été un véritable plaisir. On peut remercier le curé Gaultier de l’avoir réalisé.

Sources :
1. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776
2. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 65/104
3. AD86 Rouillé BMS 1716-1723 Vue 1/94
4. AD79 Pamproux Saint Martin BMS 1731-1740 1 MI EC 28R55 Vue 34 et 35/53
5. AD 79 Pamproux BMS 1700-1710 1 MI EC 28R51 Vue 34/88
6. Carnets-voyage.com/carnets-famille-annexeslaboureur.html
7. Blog « Le meunier et les moulins ».
8. AD 79 Pamproux BMS Abjurations 1679-1781 1 MI EC 28R53 Table Vue 63/126
9. AD 79 Pamproux BMS Abjurations 1679-1781 1 MI EC 28R53 Table Vue 67/126
10. AD 79 Saint Maixent L’Ecole Saint Léger (Paroisse de) BMS 1740-1764
16 R 493 Vue 257 et 258/542
11. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 66/104.
12. AD 86 Bennassay BMS 1724-1739 E DEPOT 21GG4 Vue 181/193
13. AD 79 Salles BMS 1713-1765 1 MIEC 323R858 Vue 96/169
14. AD79 Pamproux BMS 1753-1762 1 MIEC28R52 Vue 135 et 136/181
15. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 66/104
16. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
17. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
18. AD 79 Table 1 MIEC 28R53 Vue 92/126
19. AD 79 2 MI 10 Registres du Désert N° 9509 Vue 87/120
20. AD 79 1 MIEC 28R52 Vue 93/142
21. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
22. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
23. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1 MIEC 28R52 Vue 31/113
24. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
25. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1 MIEC 28R 52 Vue 47/113
26. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1MIEC 28R 52 Vue 50/113
Wikipédia mesgenealogies.blogspot.com/2013/04/metierlaboureur.html

O comme Oiron

Un texte de Xavier CHOQUET (Nids de MOINEAU)

À Oiron, un mort peut en cacher un autre.
En ce mois de décembre 1865, dans la commune de Oiron, Jacques Cottenceau se prépare à aller travailler. Il est né le 12 février 1801 (23 Plûviose an IX) à Saint-Chartres et est le fils de Louis Cottenceau et de Louise Bonnière. Sa vie se passe dans un minuscule huis-clos entre Saint-Chartres et Oiron, un mariage à Brie, le 8 juin 1822 avec une fille de Oiron Jeanne Fardeau, fille de Louis et Jeanne DEPOIX puis installation définitive à Leugny près de sa belle-famille dès 1823. Des enfants, la vie lui en a donné : Jeanne (1823), Alexandrine (1824), Augustin (1827), Clémence et Armand (jumeaux 1831), Pierre (1833), Louise (1835). La vie ne l’a pas épargné non plus, il perd Jeanne, Clémence, Armand et Pierre en bas âge et Augustin son fils, décèdera à Montauban le 14 novembre 1848 à l’âge de 20 ans à l’armée au sein d’un régiment de chasseurs. Alexandrine épousera un Dauneau de Saint-Léger-de-Montbrillais (Vienne) ; Jeanne épousera Maurice Thibault de Oiron et restera à Leugny auprès de ses parents. Il perd sa femme, Jeanne, le 26 août 1855.
Nous sommes le 2 décembre au matin, Jacques malgré son âge continue son travail de journalier et prend la route, accompagné de Maurice Thibault, son gendre et de Jean Pelletier, son voisin, il est 8 heures, direction le bourg et sur la route entre Leugny et le bourg de Oiron dans la zone de champs dite « le Sorbé » (aujourd’hui rue de la Grillère), Jacques Cottenceau s’effondre.

64653558_628755857599588_213157577633038336_n.pngIl est mort. Son décès est déclaré et la nouvelle fit rapidement le tour de Leugny parmi ses plus proches voisins.
Le 3 décembre sont organisés les obsèques de Jacques Cottenceau.

64329883_1300173280152128_2240113924932370432_n.pngParmi les porteurs du cercueil ses plus proches comme le veut la tradition dont son voisin François Binville. Ce natif de Leugny fils de Louis Binville et Anne dite Nanette Fourreau, âgé de 47 ans a toujours vécu à Oiron. Il côtoie la famille Cottenceau depuis quasiment sa naissance le 20 septembre 1818. Il se marie à Ouzilly-Vignolles dans la Vienne avec Marie Rousseau en 1853. Je ne lui connais qu’un fils François né en 1856 avec descendance.
Nous sommes le 3 décembre, il est 15 h, les obsèques de Jacques Cottenceau suivent leur cours et le cercueil est porté à travers le bourg quand soudain, le cortège s’écroule. François Binville est mort sur le coup. Son décès est constaté que le lendemain certainement par la stupeur de l’événement.

64914097_832704870430923_9011729152453115904_n.png
Voilà comment la mort a endeuillé par deux fois le village de Leugny, nul doute que le village s’est souvenu de ces deux hommes durant quelques années.

N comme (la) Négrerie et Négressauve

Un texte de Jacqueline TEXIER

Novembre 1992, la famille est réunie pour l’enterrement de mon oncle, frère de mon père, dans le cimetière de la Négrerie. Un de mes oncles maternels s’étonne en découvrant ce petit cimetière niché dans la campagne. Pour y accéder, il faut prendre un sentier cabossé qui traverse un petit bois. Entouré de vieux murs de pierres sèches, au milieu des champs, ce cimetière est en mauvais état. Seul, un cyprès veille sur lui. Une trentaine de vieilles tombes, la plupart délaissées, résistent comme elles le peuvent au temps qui passe.
L’inventaire de Mérimée le mentionne dans les textes du XIXe siècle comme étant celui des réformés, situé sur la commune de Saint-Martin-lès-Melle. Il apparaît sur le plan cadastral en 1832 et son mur de clôture est construit en 1846.
Le Guide du Poitou protestant (Geste Éditions) le cite comme étant le « cimetière des pendus ». Outre les protestants, on y enterrait aussi les suicidés refusés par l’Église catholique.

1.JPGMa famille paternelle était protestante. Dans ce petit cimetière, reposent au moins 15 membres de la famille de mon père, sur 4 générations. Mon trisaïeul, né en 1817, y a été enterré en 1901. De sa tombe et de celle de sa femme décédée en 1907, ne subsistent que des morceaux de pierres brisées sur lesquelles leurs noms sont gravés.

2Mes arrière-grands-parents et grands-parents y sont aussi enterrés. Ma tante, née en 1924, y repose depuis 2011. C’est la dernière à y avoir été enterrée.
Mon oncle maternel, qui en 1992 découvrait ce petit cimetière, s’est aussi étonné du nom du lieu-dit, « la Négrerie ». Nom d’autant plus étonnant que figure au cadastre, un kilomètre plus loin, le champ du Plan Négrier. Enfin, distant de quatre kilomètres de la Négrerie, on trouve le petit bourg de Négressauve.
Pendant une huitaine d’années, j’y ai passé toutes mes vacances d’été, chez mon oncle et ma tante. Ma grand-mère qui vivait chez eux, y est décédée. Certains de mes ancêtres y ont vécu où y sont nés.
Ce petit bourg a la particularité d’être sur 3 communes : Saint-Martin-lès-Melle, Saint-Romans-lès-Melle et Verrines-sous-Celles, en plein cœur de mon pays mellois natal, dans le sud des Deux-Sèvres.

Je me suis toujours interrogée sur la signification de ces noms : Négressauve et la Négrerie. Pourquoi de tels noms en Poitou ? Y avait-il un rapport avec le trafic d’esclaves auquel participait le port de La Rochelle, distant d’une soixantaine de kilomètres ? Ou, tout simplement, ces noms faisaient-ils référence à la couleur noire (nègre en patois poitevin) et désignaient quelqu’un aux cheveux noirs ou à la peau basanée ?
La carte de Cassini de 1750, fait état de » Naigressauve » et de « la Nègrie » en pays mellois. Sur le plan cadastral de 1830, on trouve le village de Négressauve et la Nègrerie dans leur orthographe actuelle.
Mon envie de faire de la généalogie est née dans le cimetière de la Négrerie et avec la généalogie est venue l’envie de comprendre la toponymie des lieux.

Le hasard d’une lecture, un article intitulé « Né esclave à Saint-Domingue et mort libre à Griffier (sud Deux-Sèvres) », et les conseils avisés de Danièle, si précieuse pour me guider dans mes recherches, m’ont plongée dans l’histoire de l’esclavage à Saint-Domingue.

La Rochelle, port majeur du commerce triangulaire, a participé activement à la traite négrière, particulièrement au XVIIIe siècle. La destination première de ce port était Saint-Domingue. Nombre de Poitevins partis aux Antilles, ont participé au peuplement blanc des îles au XVIIIe siècle et à l’exploitation des caféières et plantations sucrières.
3.JPGParmi eux, Jean-Baptiste Andrault. Né en 1743 à Saint-Sauvant (au sud de la Vienne), il rejoint son frère Gabriel à Saint-Domingue en 1765. Gabriel, notaire, est propriétaire depuis 1750 d’une caféière située dans les mornes de Fond-Baptiste au nord de Port-au-Prince. Jean-Baptiste travaille avec son frère et devient surveillant de la plantation jusqu’au décès de celui-ci en 1770.
En 1775, il épouse à Nantes Anne Louise Vallot, fille de riches négociants, puis il repart à Saint-Domingue. Il devient propriétaire, achète une nouvelle caféière et acquiert une charge de notaire.
En 1784, il revend son étude et devient notaire honoraire à Saint-Domingue.
La gestion de la vente du café en France s’organise avec ses beaux-parents. Jusqu’à 180 esclaves travailleront sur ses plantations. Ils étaient à nombre à peu près égal, des hommes et des femmes mais aussi des négrillons et négrites (enfants âgés de moins de 14 ans). Il y avait également des infirmes et des « vieux ».
Après le décès de sa femme en 1778, il rentre en France avec sa fille et une « mulâtresse », Henriette, qui s’occupe d’elle depuis sa naissance. Elle mourra en France en 1790. Enterrée à Saint-Sauvant dans la Vienne, on trouve sur sa tombe « Henriette, négresse appartenant à M. Andrault l’Américain, qui était colon à Saint-Domingue, originaire de Melle ».
Rentré en France, il confie la gestion de ses caféières à l’un de ses neveux, Bernard. Quatre autres neveux le rejoindront à Saint-Domingue ainsi que plusieurs cousins. L’essentiel des informations qui nous sont parvenues est issu de la correspondance laissée par Jean-Baptiste Andrault avec ses neveux. Pendant 25 ans, les échanges sont nombreux et montrent les aspects de la vie coloniale. Cette correspondance lui permet de surveiller de loin sa plantation car bien des décisions doivent être prises par ses neveux.
Elle nous permet aussi de connaître la vie des blancs sur la caféière, comment vivaient les esclaves, leurs conditions de travail, leur état de santé. On y trouve aussi les naissances, les maladies, les décès, les accidents… et bien sûr, tout ce qui concerne les travaux, les intempéries, les récoltes et ce qu’elles rapportent.
Jean-Baptiste Andrault et ses neveux se perçoivent plutôt bienveillants et soucieux du sort de leurs esclaves. Pour preuve selon eux, il y a peu de tentatives d’évasion (marronnage) mais les lettres font cependant état de coups de fouets et autres punitions.

Le lien avec Négressauve et la Nègrerie me direz-vous ?

À son retour en France, Jean-Baptiste Andrault cherche un lieu où s’installer. Il acquiert le logis du Petit-Bois à Saint-Martin-lès-Melle, à quelques kilomètres de la Nègrerie et de Négressauve. Il acquiert aussi une grande partie des terres de la Nègrerie. En 1789, il participe activement à la rédaction du « cahier de doléances, plaintes et remontrances » dans la salle du prieuré de Saint-Martin-lès-Melle. Il devient député suppléant du Tiers de la sénéchaussée de Poitiers. Enfin, il est l’un des commissaires du Roi qui se voient confier la tâche de mettre en place l’administration du département des Deux-Sèvres. Élu président du district de Melle en 1790, il devient maire de Saint-Martin-lès-Melle en 1794.
Parallèlement, il acquiert des biens nationaux, surtout d’origine ecclésiastique.
Pendant toute cette période, il continue à échanger avec ses neveux sur la situation de ses caféières qui le préoccupent beaucoup.
Aux colonies, les ateliers d’esclaves s’insurgent, dont celui de Fond-Baptiste. En 1796, les caféières sont incendiées. Au vu des dépenses que leur coûte l’occupation de l’île, les Anglais décident de séquestrer toutes les plantations des colons absents. Les caféières de Jean-Baptiste ne sont pas épargnées et sont mises en adjudications.
Jean-Baptiste meurt en 1798. Sa fille, qui avait épousé l’un de ses cousins Pierre Andrault, perd une partie de sa fortune coloniale mais les acquisitions des biens nationaux de son père ont solidement établi sa richesse en France. Installée au château de Chaillé tout proche, après avoir quitté le logis du Petit-Bois, elle assiste à « cette fin du monde créole de Saint-Domingue », qu’elle avait connu enfant.

Bien sûr, rien ne laisse supposer que notre colon Jean-Baptiste ait un lien avec le nom du lieu où reposent mes ancêtres mais la généalogie n’est-elle pas faite d’imaginaire à partir de faits, petits ou grands, supposés ou avérés…

Sources :
Livre de la Société historique, tome 10.
Bulletin municipal Vivre à Melle n° 80 – octobre 2008.
Article Nouvelle République « Sur les traces d’un esclave »

M comme Meilleraye (la)

Un texte de Brigitte Billard Chroniques d’antan et d’ailleurs et Vouillé 14-18

Si comme moi la quête de vos ancêtres vous conduit à étudier les registres paroissiaux et les actes notariés autour de Beaulieu-sous-Parthenay, petite paroisse de Gâtine à quelques lieues au sud de Parthenay, sans doute allez-vous faire la connaissance de laboureurs ou de métayers qui vivent ou travaillent sur les terres du duché de la Meilleraye.

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AD79 – Notaire Jean Simon – 3 E 1686

Soubs la cour du duché payrie de la melleraie a partenay pour mon seigneur le duc dudit lieu _ mazarin et mayenne pair de France

Actuellement, il ne reste que des ruines du château de la Meilleraye, à l’abandon depuis longtemps et que l’on voit déjà couvert de ronces sur les cartes postales du début du XXe siècle.

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Musée du patrimoine de France

L’histoire du château de la Meilleraye, comme celle du duché de la Meilleraye, n’a duré qu’un temps. En moins de deux siècles, entre 1630 et 1790, un manoir comme tant d’autres est devenu un château somptueux, appartenant à une famille puissante, les de La Porte – La Meilleraye – Mazarin qui en l’espace de deux ou trois générations a disparu de l’histoire de France.

Bélisaire Ledain, l’historien incontournable du Poitou, finit ainsi l’article consacré au château dans le tome VII de Paysages et monuments du Poitou.

En un mot, ce château, qui n’a pas vécu deux cents ans et que les souvenirs du grand siècle et de l’homme illustre qui en est le principal fondateur auraient dû protéger, n’est même plus l’ombre de ce qu’il fut. C’est le squelette incomplet d’une construction renversée avant l’âge, mais d’où n’a pu complètement disparaître la trace de sa jeunesse et de sa grandeur passées.

meilleraye_3Revenons au début de l’histoire parallèle de la famille de La Porte et du futur château.

En novembre 1574, un certain Jean de La Porte, apothicaire à Parthenay, achète un petit manoir féodal, à proximité de la forêt de la Meilleraye. Il est l’un des fils de Raoul de la Porte, seigneur de la Lunardière, gouverneur de Parthenay vers 1530.

Jean n’a pas d’enfant, mais il a un frère, François de la Porte, avocat à Poitiers, puis à Paris où il devient conseiller du roi. Le 26 mars 1548, François de la Porte épouse Claude Bochard, fille d’un conseiller au parlement de Paris, avec laquelle il a une fille, Suzanne de la Porte. Après le décès de son épouse, il se remarie avec Madeleine Charles le 28 avril 1559. Avec elle il a cinq enfants, dont l’aîné est Charles de la Porte, héritier des titres de son grand-père, donc seigneur de la Lunardière, et également héritier de son oncle Jean, donc seigneur de la Meilleraye.

Charles Ier de la Porte s’installe à La Meilleraye à la fin du XVIe siècle, après le décès de son oncle Jean, inhumé le 19 janvier 1585 dans l’église Saint-Laurent de Parthenay. Malheureusement, les registres de l’église Saint-Laurent ne sont disponibles qu’à partir de 1587.

Le 15 mars 1596, Charles Ier épouse Claude de Champlain, avec laquelle il a un fils, Charles – ou Charles II comme on l’appelle souvent pour l’identifier – né en 1602 à Beaulieu-sous-Parthenay, paroisse dont les registres ne sont disponibles que depuis 1637, ou peut-être à Parthenay, sans qu’on ait de trace non plus.

Pendant ce temps, la demi-sœur de Charles Ier, Suzanne de la Porte, a épousé en 1566 un certain François du Plessis de Richelieu, conseiller d’État. L’alliance est importante, la famille est un peu plus aisée et en vue que la famille de La Porte, dont les origines sont plus modestes. On reste malgré tout sur des familles de noblesse de robe, ou de petite noblesse, comme on en compte beaucoup en France à l’époque où le pouvoir passe d’Henri IV à son fils Louis XIII. Suzanne va donner six enfants à son époux, dont l’avant dernier nait à Paris le 5 septembre 1585. On lui donne les prénoms de Armand-Jean, et on le destine à l’Église.

Peut-être avez-vous reconnu Armand-Jean du Plessis de Richelieu, futur duc de Richelieu, futur secrétaire d’État aux Affaires Étrangères, chef du gouvernement, bras droit de Louis XIII.

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Le duc de Richelieu, cousin germain de Charles II de la Porte, seigneur de la Meilleraye, qui a vingt ans de moins que lui, par Philippe de Champaigne — National Gallery, London, Domaine public, Lien

Sans vouloir nier les mérites de Charles II de la Porte, le futur maréchal de Richelieu et duc de la Meilleraye, il est probable que sa proche parenté avec le premier personnage qui n’est pas un prince de sang du royaume de France a joué un rôle majeur dans son ascension fulgurante – et donc dans la transformation du petit manoir provincial en superbe château. Les contemporains de Richelieu prétendaient que le célèbre homme d’État considérait son cousin germain comme une sorte de fils d’adoption.

C’est pourtant Charles Ier, l’oncle de Richelieu, qui fait commencer les travaux d’agrandissement et d’embellissement du château, dans les années 1620-1630. Puis Charles II continue d’embellir le château, comme plus tard à Versailles Louis XIV améliorera constamment le relais de chasse choisi par son père. À Beaulieu, une chapelle est construite en 1638, une orangerie en 1649.

Les habitants de Beaulieu-sous-Parthenay, parmi lesquels Jeanne Chaignon, mon aïeule, mariée en 1640 dans l’église paroissiale, profitent-ils des retombées économiques des travaux conséquents et dispendieux ? Qui est l’architecte du château, d’où viennent les ouvriers ? Je n’ai dans mes ancêtres, nombreux dans les bourgs alentour, que des paysans à différents niveaux d’aisance, jamais de maçons ou d’artisans. Pourtant il a dû y en avoir longtemps, puisque que la construction et l’embellissement du château s’est poursuivie pendant tout le XVIIe siècle.

Charles II de la Porte épouse le 26 février 1630 Marie Coeffier de Ruzé d’Effiat, dont le père est maréchal de France, avec qui il a un fils, Armand Charles de la Porte. En mai 1637, il épouse en secondes noces Marie de Cossé-Brissac qui ne lui donne pas d’enfants. Parallèlement, il est officier dans les armées du roi, dès 1628, où on le trouve colonel – à 26 ans environ – pendant le siège de La Rochelle. Son avancement dans l’armée de Louis XIII est rapide. Il devient Grand Maître de l’Artillerie, puis en 1639 Maréchal de France. À la tête de l’armée, il s’empare d’Arras, de Lens, de La Bassée, toutes villes prises à l’Espagne, et qui depuis sont restées françaises. Ses compétences militaires semblent réelles, et son avancement n’est pas totalement dû à sa parenté avec le cardinal de Richelieu.

D’ailleurs, quand Richelieu décède en 1642, Charles de la Porte, Maréchal de France, ne perd ni son prestige, ni sa gloire. Richelieu avait recommandé, semblerait-il, son cousin à son successeur, le cardinal Mazarin, et Charles de la Porte va tisser des liens au moins aussi privilégiés avec le nouvel homme fort de la France.

Mais désormais la famille de la Porte, ou de la Meilleraye comme on va maintenant les appeler, n’habite plus vraiment en permanence le château de la Meilleraye.

C’est à Paris que Armand-Charles de la Porte, seul héritier, épouse Hortense Mancini, nièce du cardinal Mazarin, le 28 février 1661, devenant ainsi duc de Mazarin. C’est à Paris aussi que meurt le duc de la Meilleraye, maréchal de France, le 8 février 1664. Armand-Charles de la Porte est maintenant duc de la Meilleraye, duc de Mazarin, époux d’une des plus jolies femmes de France, nous dit la rumeur, et peut-être aussi une des plus volages. Le duc de Mazarin, que Madame de Sévigné prétend fort laid, que ses contemporains trouvent bizarre et d’une dévotion austère, selon Bélisaire Ledain, s’installe à nouveau, seul, au château de la Meilleraye, où il vit modestement jusqu’à sa mort à l’âge de 82 ans, le 9 novembre 1713.

Le registre paroissial de Beaulieu-sur-Parthenay garde la trace des événements qui ont suivi ce décès.

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Vue 28/262

En cette même année 1713, à Beaulieu-sous-Parthenay, mon aïeule Jeanne Baudet, veuve de 34 ans, vit avec sa mère, Jeanne Imbert, la fille de Jeanne Chaignon, et ses trois enfants, Pierre Bordier, Magdeleine Bordier et la petite Jeanne Bordier, 3 ans, elle aussi mon aïeule, fille posthume de Clair Bordier. Qu’auraient-elles pu raconter, ces trois femmes, sur ce qu’on a vécu ces jours-là dans la paroisse, les messes qu’on a dites pour le salut de monsieur le duc, cet homme qui avait côtoyé les puissants du royaume et était revenu vivre en Gâtine ?

Le duc de Mazarin a eu quatre enfants avec Hortense. Son fils Paul Jules de la Porte hérite du duché et du château de la Meilleraye, mais ne vient qu’épisodiquement au château, qui est géré par des hommes de confiance. Après lui, le château en 1731 passe à son fils Guy Paul Jules de la Porte qui l’abandonne complètement et en laisse la garde à Claude-François Gallas, chargé de veiller aux meubles et aux réparations contre cinq cents livres de gages annuels. Guy Paul Jules meurt à son tour en 1738, et laisse ses biens à sa fille unique, Charlotte Antoinette de la Porte, déjà veuve, et mère de la jeune Louise Jeanne de Durfort de Duras, qui en devient propriétaire le 12 mars 1738. À cette occasion est fait un inventaire des meubles du château, qui nous permet aujourd’hui d’avoir une idée de son agencement, de son luxe et de son mobilier. Pourtant, le château reste à l’abandon, quelques serviteurs s’occupent tant bien que mal de son entretien, et des chapelains continuent de dire la messe dans la chapelle. On trouve dans les registres paroissiaux la trace de quelques baptêmes ou mariages dits dans la chapelle.
Non entretenu, le château et ses meubles se délabrent. En février 1776, le comte d’Artois fait l’acquisition du duché de la Meilleraye, du château, et de la forge. Pourtant lui non plus n’essaie pas de le remettre en état et ne viendra y séjourner brièvement qu’une seule fois.
À la Révolution, le château est placé sous séquestre, puisqu’appartenant à un émigré. Doucement, la gloire passée du château et de la famille des La Porte va s’effacer.
Qui sait encore dans les villages de Gâtine alentour que jadis, sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV, fut édifié un magnifique château dont les propriétaires ont côtoyé les personnages les plus célèbres du royaume de France ? Qui le sait, à part les quelques généalogistes qui au détour d’un acte ont rencontré un métayer du duc de la Meilleraye, ou un notaire du duché pairie de la Meilleraye?

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Sources et liens
• Gallica – Seigneurs et seigneuries en Gâtine poitevine – Le duché de la Meilleraye – XVIIe-XVIIIe siècle – par Jacques Peret – in Mémoires de la société de antiquaires de l’Ouest – avec une bibliographie très complète
• Abandoned-France – Château de la Meilleraye
• Archives de Parthenay – Les ducs de la Meilleraye
• Gallica – Paysages et monuments du Poitou, photographiés par Jules Robuchon – tome VII
• Gallica – Le maréchal de la Meilleraye – par A.-D. de La Fontenelle de Vaudoré
• Gallica – Histoire de la ville de Parthenay – par Belisaire Ledain
• Gallica – La Gâtine historique et monumentale – par Belisaire Ledain
• Geneanet – Geneastar – Arbre généalogique du Cardinal de Richelieu

L comme Louin et son village, Ripère

Un texte de Mauricette LESAINT

La carte postale de Ripère : 14 juillet 1908, le jeu de la poêle

1.pngDans ce jeu, une pièce était collée sur le fond d’une poêle noircie par la suie. Le joueur devait récupérer cette pièce sans utiliser ses mains. L’ustensile était accroché à une corde tendue entre deux fourches. C’était astucieux pour perturber les efforts du joueur et alimenter les rires du public.
Ces jeux furent pratiqués à Ripère, le 14 juillet, jusque dans les années 1950, course en sacs, course de brouettes, course à l’œuf, l’œuf cru posé sur la cuillère serrée entre les dents ne devait pas tomber, etc. C’était surtout une fête pour les enfants encadrés et encouragés par le village.

Pourquoi cette carte postale dans ce coin de Gâtine en 1908 ?
La fête nationale du 14 Juillet fut instituée par la IIIe République en 1880, et devait être célébrée dans tout le pays. Elle avait aussitôt posé problème et parfois continue de le faire dans l’ouest, déchiré par les guerres de Vendée un siècle plus tôt.
Je ne sais pas quelle fut la réaction immédiate de Ripère à cette injonction. Mais en 1908, la fête fut si belle qu’elle fit l’objet de la seule carte postale de Ripère.

Mais qui connait Ripère ?

2 bisRipère n’est qu’un hameau, un gros hameau de la commune de Louin, dans le triangle Parthenay, Thouars, Bressuire, près de la D 938 reliant Niort et Thouars. Le chef-lieu Louin frôle la limite nord-est du territoire communal, Ripère se situe au sud-ouest. Ripère est à plus de sept kilomètres de Louin mais seulement à un kilomètre de Maisontiers (commune et paroisse voisine). Surprenante cette commune bicéphale !
Avant 1792, les actes paroissiaux concernant Ripère se rédigeaient tantôt à Louin, tantôt à Maisontiers avec « Ripère » ou « Ripère de Louin » inscrit dans la marge des actes.

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Carte de la commune de Louin empruntée avant transformation à https://memoiredelouin.fr/

Les hameaux de Ripère, la Martinière, l’Herpinière, la Bironnière, Jaunasse, la Taverne, les Bezennes, les Frères et les Frênes sont regroupés dans la partie sud-ouest de la commune. Ripère, le plus important, comptait une trentaine de feux. Ce n’était que de petites borderies avec quelques vaches, chèvres et moutons, les indispensables artisans, maréchal et charron ainsi qu’épiceries et cafés.
Cet éloignement du chef-lieu a souvent posé problème à cette commune de Louin qui a imaginé des solutions parfois définitives. Les relevés de conseils municipaux retracent ces difficultés. En 1853, il y eut un projet de « cession » de Ripère, la Bironnière, Jaunasse, la Martinière et même le Coudray, soit la moitié ouest de la commune, au profit de Maisontiers. Puis en 1866, ce fut encore un projet de « démembrement »
toujours au profit de Maisontiers. Mais le divorce ne devait pas être souhaité par les deux parties, il n’a pas eu lieu. Ripère est toujours dans la commune de Louin.

L’école de Ripère

C‘est en 1881-1882 que les lois Jules Ferry rendirent l’école gratuite, l’instruction obligatoire et l’enseignement public laïc.
Dès 1882, avec François Guéruchon maire, les élus choisirent d’implanter une école de hameau à Ripère « pour cause de déplacements fatigants des gamins des villages
environnants». Il est à remarquer que l’étude se fit sur les écoles de Louin et Maisontiers, dont les populations respectives étaient alors de 1 200 et 300 habitants.
Voici, concernant Ripère, des extraits du « rapport de l’Inspecteur d’Académie sur les écoles de hameau construites à l’aide du crédit du un million alloué par l’État au département des Deux-Sèvres (arrêté ministériel du 27 novembre 1882). »
Deux tableaux donnent la situation scolaire : en 1883-1884, avant l’ouverture de l’école, en 1884-1885 l’année suivante ; puis suivent d’autres informations sur le village…
4.pngL’école s’est ouverte à la rentrée 1884. Le rapport indique 76 élèves sur la seule classe de Ripère. Chapeau, M. l’instituteur ! Le nombre total des enfants fréquentant les écoles citées Louin, Maisontiers, Ripère, passa de 209 à 245 avec l’ouverture de l’école de Ripère, soit 17 % en plus. Les chiffres donnés par les recensements étant stables, j’attribue cette augmentation à l’obligation de la scolarité pour tous.
Quel était donc le taux de scolarisation à Ripère avant ces lois ? Je n’ai rencontré aucune signature de Ripérens avant cette période, ni à Louin, ni à Maisontiers…
Pour Ripère et ses enfants, cette école fut un immense cadeau de la IIIe République. 5.pngEnfin, filles et garçons furent soumis aux mêmes règles et objectifs. Ripère eut une école «géminée», filles et garçons étudiaient ensemble dans la même classe, mais un grillage les séparaient sur la cour ; « ouf, la morale était sauve ! ». Pourtant, ces élèves empruntaient les mêmes trajets pour venir à l’école. Cette école de hameau a instruit jusqu’en 1972 les enfants de l’ouest de la commune, ceux de Ripère, la Martinière, l’Herpinière, la Bironnière, Jaunasse, Ratil et autres fermes… Le mercredi fut le jour de congé et non le jeudi comme c’était la règle nationale. Mercredi, c’était le jour du grand marché aux bestiaux de Parthenay.
Pour la vie religieuse, Ripère resta tourné vers Maisontiers, et les enfants de Ripère furent baptisés, catéchisés par son curé. Son cimetière a continué d’accueillir les habitants de Ripère et son garde-champêtre attendait le corbillard à la « frontière » communale pour vérifier le plombage du cercueil.
Au milieu du XXe l’école religieuse de filles de Maisontiers scolarisait une partie des filles de Ripère. Les autres furent la source de relations tendues entre l’instituteur de Ripère et le curé de Maisontiers. Les séances de catéchisme n’étaient jamais le mercredi jour de congé, c’était le matin avant 9 h ou le midi entre 13 et 14 h, juste avant les heures de classe. Le dessous des guerres scolaires…
Ripère est toujours aussi loin de Louin…

La résistance : le monument de Ripère.

6.pngAprès la seconde guerre mondiale, les écoliers se regroupaient autour de l’institutrice Mlle Morin, pour les commémorations, devant le monument au milieu du village. Ils scandaient «mort pour la France» à l’appel de chaque nom.
N’OUBLIEZ PAS
DÉPORTÉS
BONET Arsène
GEANTET Casimir
CAILLAU Ernest
GRIMAULD Marcel
COMBATTANTS
CHARGY Alfred
COUSIN Eugène
1939-1945

Le parachutage du Bois de dix-heures.
«Si je meurs, venge-moi» fut le message de la BBC.

7Dans la nuit du 24 au 25 juillet 1943, les 17 femme et hommes de l’équipe constituée par Daniel Bouchet médecin de Saint-Loup-sur-Thouet, du mouvement Organisation Civile et Militaire (OCM), réceptionnèrent et transportèrent trois tonnes d’armes parachutées au bois de Dix-Heures à proximité de Maisontiers. Une partie des armes fut cachée à Ripère par Arsène Bonet. Une première arrestation eut lieu le 9 août. Les autres membres du groupe furent arrêtés en octobre, et parmi eux, ceux de Ripère et Maisontiers. La plupart furent déportés. Daniel Bouchet, notre médecin de Saint-Loup, déporté, revint de Buckenwald.
Arsène Bonnet (déporté et mort à Mulsen en septembre 1944) et Fernand, l’enfant du jeu de la poêle, étaient frères ; ils vécurent à Ripère. J’étais à l’école avec le plus jeune fils de Casimir Geantet, déporté et mort à Hradichko en mars 1944. Camille GUINDON, qui participa lui aussi au parachutage du bois de Dix-Heures, était le maréchal du village, notre voisin et un homme fort apprécié.
Ils étaient des enfants de Ripère, ont fait l’apprentissage de la vie dans ce village où ils furent élèves dans la classe unique de l’école…

Et Ripère aujourd’hui ?

8Plus de cris d’enfants dans la cour d’école, plus d’enclume qui résonne, plus de cafés avec leur jeu de boules, le car transporte les enfants vers leur école, le charron est devenu entrepreneur menuisier, on prend sa voiture pour aller travailler… c’est le Ripère du XXIe.
La société de boules en bois résiste. Hommes et femmes se retrouvent toujours avec la même gaieté dans les concours où résonne encore le patois d’ici.
« I sus une droillère d’ quou village, et olé là qu’i é grandi. »
(Je suis une fille de ce village, et c’est là que j’ai grandi.)
Dans mon souvenir, enjolivé probablement par l‘éloignement, Ripère était un village sans église, sans château, loin des pouvoirs, marqué par notre histoire nationale ; c’était un village indépendant, vivant, porteur de symboles forts.
C’est dans ce contexte qu’est né mon rêve : que TOUS les enfants puissent s’asseoir sur les bancs d’une même école pour se connaître, se respecter et savoir vivre ensemble.

Sources
https://memoiredelouin.fr/
https://conservatoiredelaresistance.vpweb.fr/r-gion-de-parthenay
https://www.thinglink.com/scene/507491635601342464
https://amicale-py.wixsite.com/boule-en-bois
– Instruction publique Rapport de l’Inspecteur d’Académie sur les écoles de hameau construites à l’aide du crédit du un million alloué par l’état au département des Deux Sèvres (arrêté ministériel du 27 novembre 1882)
– « Si je meurs, venge-moi » : mémoires d’un agent de la Résistance Dr Daniel Bouchet Editions U.P.C.P. Geste paysanne
– Et bien sûr les Archives départementales des Deux-Sèvres

L comme Louin et l’hypogée gallo-romain

Un texte d’Emmanuelle PHAN (Des vies de gens d’avant)

Louin, village du nord des Deux-Sèvres. Vous arrivez au bourg par le sud, par exemple vous arrivez de Saint-Loup-sur-Thouet, ou bien vous arrivez de Ripère qui fait l’objet de l’article de Mauricette. Vous arrivez vers le bourg donc, et juste après le cimetière, à votre gauche, vous remarquez une grille qui protège une construction en pierre, et sur la grille il y a un panneau : Hypogée gallo-romain (IVe siècle).

1.pngLa grille est ouverte. Entrez, vous avez le choix entre descendre ou monter. Si vous descendez, plusieurs marches vous mènent dans une sorte de crypte souterraine, il fait frais, il fait humide, et il y a deux cercueils en pierre, un grand et un petit, avec un couvercle en forme de triangle. Remontez, au dessus de cet édifice souterrain, un terrain qui révèle les fondations d’un bâtiment, un genre de temple.

Pour visiter, vous allez voir cette vidéo de art lyb ou alors, suivez-moi si vous n’avez rien contre les vidéos totalement amateur et toutes pixelisées.

Donc, vous êtes dans un hypogée.

Mais qu’est-ce qu’un hypogée?

Hypogée, nom masculin mais qui finit quand même par ée, comme lycée, mausolée, musée, pygmée, scarabée et une trentaine d’autres mots, liste complète ici.
Un hypogée, en archéologie, c’est une construction souterraine destinée à des sépultures (portail lexical CNTRL)
Vous êtes dans un hypogée daté du IVe siècle, découvert en 1898. Il a été refouillé et restauré en 1994, selon le site Mémoires de Louin.

Et il y a encore du monde là-dedans?

J’ai des souvenirs personnels de l’hypogée car j’ai passé à Louin tous les étés de mon enfance. C’était dans les années 1970-1980. Je me souviens du froid, de l’humidité, et de la trouille quand même. On descendait dans un tombeau, faut dire.
Ma mère se souvient qu’elle aimait bien y aller, enfant : “on s’amusait à y crier pour entendre la résonance” . La question essentielle, c’est celle que ma nièce de 9 ans nous a posée lors de notre visite, en mai dernier : “et il y a encore les gens, dedans ?”.

2À la découverte du site, en 1898, il y avait un squelette dans chaque sarcophage.
Ma sœur était toute petite dans les années 1980. Elle croit se souvenir, de façon très ténue, des couvercles posés sur les sarcophage, ébréchés, et qu’elle regardait par les fissures pour voir si “il y a encore du monde, là-dedans”.
Ma mère pense que dans les années 1960, les couvercles étaient posés à côté et que clairement, il n’y avait plus de squelette.
C’est ma grande-tante, toute petite, vers 1940, qui se souvient qu’il y avait beaucoup d’eau autour des cercueils, et les squelettes dans les sarcophages. Je me demande si c’est possible, les squelettes encore là dans les années 1940, ou si c’est l’imagination de l’enfant.
La lettre de l’architecte du département au préfet des Deux-Sèvres, datée du 15 septembre 1915 précise que l’architecte était à Louin la veille et a observé de l’eau dans le grand sarcophage, et que “on voyait, d’ailleurs, très bien les ossements qui y ont été laissés ainsi que dans le petit sarcophage.”

Je lance un appel à mémoire auprès des lecteurs : jusqu’à quand les ossements ont-il été visibles ?

Gratter avec une fourchette et un cimetière mérovingien

Le site de l’hypogée, c’est aussi la partie du dessus, le champs dans lequel aujourd’hui on a la trace de ce temple de forme si particulière. Ma mère me raconte, années 1955-1960 :

« Gamines, disons vers 8-10 ans, avec ma sœur et B, un ami du coin, on décidait de temps en temps d’aller « gratter » à l’hypogée.On grattait donc près de la grille d’entrée dans un talus de terre rouge bien dégagé, car une route, celle qui mène à Champeau, avait été creusée, sûrement à partir d’un chemin et là, on trouvait systématiquement des morceaux d’os que l’on ramenait triomphalement pour les mettre dans la vitrine des parents de l’ami. Le père nous avait expliqué qu’il y avait eu là-bas un cimetière gallo-romain, et que ces morceaux d’os étaient sûrement des os humains. Ça qui nous procurait un effroi délicieux… Je me suis depuis creusé la tête pour me rappeler avec quoi on grattait. Pas avec les ongles tout de même, ni avec des bouts de bois. Et ça m’est revenu peu à peu : avec des couverts de cuisine empruntés sans trop demander la permission. Pour être plus précise, je me revois descendre la rue avec une fourchette. »

Précisons cependant, ceci a eu lieu il y a 70 ans. Aujourd’hui, de telles recherches sauvages tomberaient sous le coup de la loi.

Le tombeau manque un peu de déco

À sa découverte, le site renfermait des objets. La demande de classement de 1902 mentionne que les tombeaux contenaient, en plus des ossements, “des lambeaux d’étoffes ainsi qu’une grande urne en verre blanc irisé absolument intacte”.
On apprend par le site Mémoire de Louin qu’un[e?] archéologue originaire de Paris a acquis cette urne, ou vase, ou amphore au mois de mai 1915, pour la somme de 500 francs de l’époque. La lettre de l’architecte du département datée du 15 septembre 1915 précise le nom de l’acquéreur : M. Granier.
Voici le dessin de l’urne, par le père Camille de la Croix qui a fouillé le site à sa découverte. Je me suis posé la question de la taille de l’objet. On a le format de la planche (36 cm, mais j’ai rogné les marges) et la note “urne en verre demi grandeur”, j’interprète que l’original faisait une soixantaine de centimètres de long. Êtes-vous d’accord ?

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Caveaux funéraires gallo-romains, Louin (Deux-Sèvres)

Dans la lettre du 15 septembre 1915, on apprend en outre que M. Granier n’a pas fait d’offre d’achat aux propriétaires du terrain pour le grand sarcophage en marbre. Rétrospectivement, je dis ouf !
Ce ne serait pas tout. Le site Mémoires de Louin rapporte que “d’après une information orale (…) transmise de génération en génération, des bijoux auraient été trouvés… Que sont-ils devenus ?”
Évidemment vu d’aujourd’hui, cela nous semble hallucinant de vendre des objets trouvés dans un tombeau du IVe siècle, n’est-ce pas. C’était il y a un siècle. La décision de classement monument historique date du 28 octobre 1916.

Photographies

L’hypogée a-t-il été dessiné, photographié au cours du siècle dernier ? Je n’ai trouvé aucune représentation de l’hypogée sur les cartes postales anciennes de Louin (le fonds Camille de la Croix cité en source reste à explorer).
Dans ma collection familiale, j’ai mis la main sur cette photographie de l’hypogée. Elle date des années 1930.

4J’en profite pour vous présenter ma famille : la femme, c’est mon arrière-grand-mère. Elle s’appelle Marie Chauvin. L’homme est mon arrière-grand-père, Marcel Coulon. Tous deux sont nés en 1892 à Paris. Le garçon le plus à gauche, c’est leur fils Robert Coulon (1919, Paris) ; la fille avec des tresses est leur fille, et c’est aussi ma grand-mère, Madeleine Coulon (1921, Paris).
Le jeune garçon le plus à droite n’est pas identifié, il s’agit vraisemblablement soit de Robert Morteau né en 1918 ou de son frère André Morteau né en 1915. Ma famille vivait à Paris et venait à Louin pour les vacances d’été, dans une maison qu’ils louaient à la famille Morteau.
La photo peut dater de l’été 1934 ou d’un été précédent.
En voulant prendre une photographie de l’hypogée sous cet angle, je me suis rendu compte que le photographe doit être positionné au milieu de la route. Pas qu’elle soit très passante en 2019, et sûrement bien moins dans les années 1930, mais bien sûr, cela ne favorise pas les photos.

Lecteurs, avez-vous connaissances de photographies anciennes de hypogée ?

Comment le visiter

Si vous passez aux environs de Louin, vous pouvez aller voir l’hypogée. Arrivez par Saint-Loup-sur-Thouet, et après le cimetière, vous verrez la grille à gauche, et le panneau qui indique hypogée gallo-romain (IVe siècle). Si vous prenez une photo, faites gaffe à la route. À ma connaissance, la grille est toujours ouverte.

Pour aller plus loin

Qui sont l’adulte et l’enfant enterré là ? Pourquoi ont-il eu le droit à une telle sépulture ? Quels étaient leur religion, leurs rites funéraires ?
Qu’est-ce que ce temple dont on voit les fondations sur la partie haute ? Qu’y avait-il à Louin à cette époque ? Y a-t-il eu un cimetière mérovingien ensuite ?
Quelle est l’importance du site de Louin en archéologie, pour l’étude des sépultures, l’étude des sarcophage, celle des techniques de fabrication de sarcophage (taille de pierre), de l’extraction et du transport de pierres, etc. ?
Comment le site a-t-il été découvert (1898), dans quelles circonstances ? Quelle est l’histoire de la famille propriétaire du lieu, les familles Moreau, Favreau, Baranger ? Qui est le père Camille de la Croix, archéologue de la région qui a étudié le site ? Qu’a dit la presse à l’époque de la découverte ? Que s’est-il passé ensuite, quelles ont été les tentatives pour préserver le site, que nous apprend le dossier de classement monument historique (1916) ?

Parmi ces questions, certaines n’ont pas de réponse – je doute qu’on puisse connaître la biographie des occupants des sarcophages (mais qui sait, rêvons). Mais il y a aussi des articles de vulgarisation, des travaux de recherche, des données brutes, qui permettraient d’éclairer l’un ou l’autre des aspects. J’ai bien pensé, au départ, creuser tous les aspects de ces questions et d’en rendre compte dans cet article – c’était très ambitieux. À défaut, voici une liste des sources avec des commentaires.

Articles et thèses

Guillaume Rougé. Les sarcophages entre Loire et Pyrénées : observations et études par des critères techniques et morphologiques. Archéologie et Préhistoire. Université Michel de Montaigne – Bordeaux
L’introduction donne des informations sur le contexte géographique et historique, et sur les problématiques liées aux sarcophages. Les sarcophages de Louin font partie de la base des quelques 1800 sarcophages étudiés par l’auteur, des éléments sont à rechercher dans toute la thèse (faire une recherche “Louin”)

Duval Noël. Un curieux mausolée du IVe siècle en Pannonie et le mausolée de Louin dans le Poitou. In: Bulletin Monumental, tome 148, n°2, année 1990. pp. 205-207; https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1990_num_148_2_4298
Article court, qui fait un parallèle entre l’édifice construit au dessus de l’hypogée de Louin et un mausolée de la même époque en Hongrie

Duval Noël. Romains et barbares entre Loire et Gironde : VIe- Xe siècle. Catalogue de l’exposition au Musée Sainte-Croix de Poitiers (6 octobre 1989-28 février 1990). Commissaires : B. Boissavit- Camus et M. Rerolle. In: Bulletin Monumental, tome 148, n°4, année 1990. pp. 443-447;
Article à consulter pour éclairer sur le contexte, je pense

Nice Alain. Typologie des inhumations. In: Revue archéologique de Picardie. Numéro spécial 25, 2008. La nécropole mérovingienne de Goudelancourt-lès-Pierrepont. pp. 47-78;
Thèse que je voulais consulter pour voir s’il y avait des éléments pour comprendre le sujet des inhumations. Elle est peut-être totalement hors de notre sujet, à voir

Fonds Camille de la Croix

Les archives du père Camille de la Croix, qui a étudié le site à sa découverte en 1898, ont été déposées aux Archives départementales de la Vienne et, oh joie, numérisées et indexées. INCONTOURNABLE. Site sur le fonds du père de la Croix
Grâce à l’indexation par lieu, on peut aisément consulter toutes les pièces qui ont rapport à l’hypogée. Je pense avoir vu des croquis, des coupures de presse, et sûrement plein d’autres choses.

Dossier de protection monument historique

Le dossier de Classement, sur le site du ministère de la culture (base Mérimée) et à partir de la fiche, consulter les deux documents numérisés : l’arrêté de protection numérisé (c’est juste la décision de classement, 2 pages, 28 octobre 1916) et surtout le dossier de protection, qui contient des lettres.

La fiche de l’hypogée de Louin

  1. 5 août 1902 demande de classement adressée par le chef du bureau des monuments historiques Lucien Paté (du ministère des Beaux-Arts, si je comprends bien) à l’Inspecteur général. Réponse du 9 août 1902 ou du 23(?) 1903. Une page.
  2. La lettre ci-dessus indique que sont joints une lettre de l’architecte Deverin et quatre calques. Ils ne sont pas dans le dossier numérisé.
  3. 15 septembre 1915, Niort. Lettre de l’architecte du département (des Deux-Sèvres) au préfet des Deux-Sèvres. L’architecte rend compte de sa visite à Louin, décrit l’état de l’hypogée, les travaux qu’il y aurait à effectuer, et indique que les propriétaires sont disposés à céder l’hypogée, son contenu et le terrain de quatre ares pour 300 francs au département. 4 pages, beaucoup de détails.
  4. 13 septembre 1916. Lettre du préfet des Deux-Sèvres au sous secrétaire d’Etat des Beaux-Arts. Il demande l’inscription aux monuments historiques.
  5. 7-8 octobre 1916. Rapport de la commission des monuments historiques, séance du 20 octobre 1916 (tampons du 8 et 9 octobre 1916) – conclusion en marge : classement adopté.

Grand public

Crédits photos

Wikimedia common, Google street view. Les photos non légendées sont de l’auteur de l’article ou de ses archives familiales.

 

K comme Kilos de charbon à Saint-Laurs

Un texte de Sylvie DEBORDE (L’arbre de nos ancêtres)

« Saint-Laurs, c’était les corons,
les hommes, des mineurs de fond
… »

Rien ne laissait penser que ce petit village du sud Gâtine, à la limite de la Vendée, devienne un jour une terre minière.
Au début du XIXe siècle, Saint-Laurs est une commune d’un peu plus de 500 habitants, composée de nombreux villages dispersés au gré des vallons. Parmi mes ancêtres paternels, certaines branches ont toujours vécu ici, en tout cas aussi loin que remontent les actes paroissiaux : ils s’appellent Morisset, Pipet, Renoux, Sacré, Vincent, Guéry, Babin…
Le bassin houiller de Vendée, qui se prolonge jusqu’à Saint-Laurs, est connu depuis longtemps mais avant le XIXe siècle et les débuts de l’industrialisation, nul ne s’y était vraiment intéressé. C’est en Vendée que les premiers forages sont lancés. À Saint-Laurs, il faut attendre 1837 pour que le marquis de Nettancourt-Vaubécourt, un ancien officier des armées impériales originaire de Lorraine, sollicite l’octroi d’une concession de 327 hectares sur la commune et celle voisine du Busseau. Après quelques essais infructueux, le premier puits est ouvert en 1840, bientôt nommé puits Saint-Laurent, il sera aussi le dernier fermé en 1916. Ensuite viendra l’ouverture du puits Sainte-Marie en 1842, mais il fermera en 1860 car il est peu productif et dangereux. Le propriétaire fera ensuite forer le puits Sainte-Clotilde et enfin le puits Sainte-Claire en 1862.Saint_laurs_mine_saint_laurent_CP_1905
Cependant, le gisement de Saint-Laurs est limité : la production tourne autour de 670 tonnes en 1840 pour atteindre 9 240 en 1849, puis 20 000 tonnes à la veille de la guerre de 1870. Ensuite viendra le déclin de l’histoire minière en Deux-Sèvres avec la baisse de la production.
Outre l’insuffisance du gisement, dans un premier temps les voies de communication pour acheminer le charbon sont rares. Bientôt, le combustible va aussi être utilisé localement dans les fours à chaux. En 1891, c’est un tiers de la production qui leur est destinée et la mise en service de la ligne de tramways Saint-Laurs/Parthenay va faciliter le transport vers d’autres fours.
Si au départ le marquis de Nettancourt n’emploie qu’une cinquantaine de mineurs, au fil des ans ce chiffre approchera les 250 (dont des enfants) avant de baisser régulièrement jusqu’à la fermeture. Le recrutement se fait d’abord sur la commune (pour près de la moitié) et les environs, ensuite d’autres hommes venus de toute la France mais aussi de l’étranger (de Pologne notamment), viendront compléter ce contingent. La population passera de 526 à 1 315 en 1906. Parmi ces hommes, 3 de mes ancêtres ont travaillé au fond des galeries : mon arrière-grand-père, Auguste Morisset, son père Jean Morisset et un autre arrière-arrière-grand-père, Baptiste Sacré.

Dès 1852, Jean Morisset alors âgé de 20 ans descend à la mine. Il part la même année au service militaire mais à son retour il reprend le chemin des puits. Il se marie en 1859 avec Augustine Vincent, une jeune couturière du village. Jean garde cet emploi encore quelques années puis, selon les actes, il est aussi cultivateur. Comme beaucoup d’autres, il va occuper ces 2 fonctions : les anciens paysans se font mineurs mais gardent leur activité agricole, une façon d’améliorer un peu leur quotidien et de faire bouillir la marmite ! Jean s’éteint en même temps que la mine, il meurt en 1916, à l’âge de 82 ans et sur son acte est noté qu’il est fermier.
Son fils Auguste ne fera qu’un bref passage au fond de la mine. Avant son mariage il est domestique à Ardin. En 1898, il épouse Fleurentine Morisset et ce n’est qu’après ses noces qu’il revient à Saint-Laurs et entre à la mine.  Il y passe peu de temps puisque dès 1901 il est propriétaire exploitant et il le restera.
Quant à Baptiste Sacré, mon autre arrière-arrière-grand-père, il travaillera très ponctuellement comme porion. Je trouve mention de cette profession le concernant sur un seul acte, 4 ans après son mariage, il a alors 34 ans, il vit au bourg de Saint-Laurs et est mineur. Il semble surtout avoir été cultivateur et toujours dans la même commune.

Jean Morisset est donc celui qui a le mieux connu la vie difficile au fond des puits. Bien sûr, les dangers sont nombreux : le puits Sainte-Marie par exemple connaît dès le départ d’importantes infiltrations d’eau qui provoquent des dégâts. Les accidents sont fréquents mais Jean ne semble pas avoir été pris dans un coup de grisou ou un éboulement. Et tout cela pour un salaire très bas. Pourtant, petit à petit, les hommes vont s’organiser. Très vite, ils créent une caisse de prévoyance pour aider les malades et les blessés. À partir de 1864, le droit de grève n’est plus un délit et les « gueules noires » vont rejoindre le syndicat de la mine voisine de Faymoreau en 1895. Plusieurs grèves importantes marquent l’histoire de la mine de Saint-Laurs. Surtout celle de 1896, la première et la plus longue, elle commence le 4 février pour s’achever le 14 mars. Un mouvement long mais hélas ! les travailleurs n’auront quasiment rien obtenu ! Jean a-t-il participé à ses mouvements ? Difficile à dire, en tout cas pour l’instant je n’ai pas trouvé son nom dans les documents que j’ai pu consulter concernant les accidents et les grèves.

Saint_laurs_cafe_du_midi_mines_greve_CP
Cette parenthèse minière n’a changé le village que pour près un siècle, le dernier puits ayant fermé en 1916. La population qui avait doublé est aujourd’hui retombée à 567. Les cafés qui s’étaient ouverts – la commune en comptera jusqu’à 15 – ont tous disparus. Aujourd’hui, les traces de ce passé sont peu nombreuses et en traversant la campagne on ne devine guère l’activité qui a fait battre un temps le cœur de cette bourgade. Alors, pour retrouver une peu de cette histoire, je vous invite à aller faire une balade sur les pas de ces mineurs grâce à cette fiche randonnée, mais aussi à écouter le témoignage d’un ancien mineur (diffusé le 17 décembre 1996 – INA).

Sources :

– Le site de la commune de Saint-Laurs http://www.saintlaurs.fr/index.html 
– Le dossier de l’inventaire Poitou-Charentes sur les mines de Saint-Laurs
– Michel Montoux. L’histoire de Saint-Laurs

J comme (la) Jarge de Sidonie

Un texte de Danièle BILLAUDEAU

Elle cousait à la Jarge, Sidonie,
Des nappes et des serviettes,
Des chemises à bretelles
Avec ou sans dentelle,
Des gros draps de coton cousus par le milieu,
Brodait le jour échelle,
Le point de tige et celui de bourdon,
Garnissait étagères et vieux lits à rouleaux.
Sidonie à la Jarge,
Cousait et brodait son trousseau.

La « Jarge » ? Oui, mais laquelle ? Parce que lorsqu’elle brodait à sa fenêtre, Sidonie regardait en direction de Pioussay, mais, quand elle quittait sa grande propriété par l’arrière, elle foulait les terres de Lorigné.

Pour tenter de satisfaire ma curiosité, j’ai consulté l’acte de partage anticipé qui fut passé entre les époux Billaudeau/Sicaud, arrière-grands-parents paternels de Sidonie, et leurs six enfants en mars 1862. Il ne nous aide en rien ou plutôt il confirme la situation particulière de la propriété, assise sur les deux communes mais aussi sur deux cantons, puisque Pioussay dépend de Chef-Boutonne tandis que Lorigné est rattachée à Sauzé-Vaussais.
Dans la liste des quatre-vingts biens constituant la masse à partager, nous trouvons au premier point : « La principale chambre d’habitation située à la Jarge de Pioussay » tandis qu’au dernier point, nous avons « une maison en location située à la Jarge de Lorigné ».
Quoiqu’il en soit, Sidonie n’y est pas née puisqu’elle a vu le jour au village de la Rogneuse à Pioussay, en 1890. Le recensement de 1891 nous apprend, qu’alors âgée de six mois, elle y vit avec sa jeune maman, Marie Robert, âgée de 18 ans, son grand-père maternel, Gatien Robert âgé de 47 ans, veuf depuis quelques mois et ses arrière-grands-parents maternels, Pierre Robert, cultivateur de 73 ans et Marie Demondion, sa femme. François Billaudeau, père de Sidonie, n’y est pas mentionné. Mais aux recensements suivants, elle a déménagé puisque nous la retrouvons à la Jarge  de Pioussay en compagnie de ses deux parents cette fois-ci.
Pour les besoins de l’article, j’ai donc appelé ce village « la Jarge de Sidonie » qui, à son époque, était le carrefour de tous les possibles puisqu’au moment des frairies*, les prétendants quelque peu éméchés arrivaient par les deux côtés : de la Chebassière, en passant par le Sauvage, il ne leur restait qu’à traverser la grande plaine de contestation où tournaient autrefois les ailes d’un moulin Billaudeau et ils arrivaient à la Jarge par des lieux de rendez-vous incontournables, soit au choix, la croisée de Pisse-Poule ou le carrefour de Quou d’aïasse**.
Les chemins de la Jarge par l’autre côté, passaient par Cache-Peneuil***, traversaient les brousses, les ouches et les pâtureaux par la pointe des mulassiers. Les galants de Sidonie à la Jarge, arrivaient par tous les côtés, s’y fouaillant même parfois, à coups de branches de châtaigniers, jouant à qui serait le plus beau, le plus fort et surtout le premier dans le cœur de la jolie fille qui tardait à trouver son « bachelier**** ».
Mais Sidonie, fille unique dans la grande propriété, obtint à Chef-Boutonne, son diplôme d’institutrice et ne s’en laissa pas conter. Celui qui déjoua tous les pièges, arriva par la Charente via la forêt de Tessé et Sidonie convola à Pioussay, le 25 août 1920, à l’âge de 29 ans. Son unique enfant, naquit à la Jarge de Pioussay neuf années plus tard, soit le 3 février 1929. Mais, Sidonie ne se remit pas de cette naissance tardive. Elle s’éteignit à Niort le 6 février suivant, abandonnant au nouveau-né, ses belles chemises brodées et sa grande propriété avec les ouches et les noyers, les belles châtaigneraies parfumées avec le bois taillis de la Chebassière aux de Lauzon qui en faisaient partie. Elle avait 38 ans.

Fut-elle inhumée dans le cimetière de Pioussay ? Je n’ai pas vérifié. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’elle n’a pas rejoint les membres de sa grande famille inhumés dans la petite église Saint-Martin qui, sur la place du village, arbore fièrement son clocher peigne et ses modillons, parce que la pratique des inhumations dans les églises était interdite officiellement depuis 1776 pour des raisons de salubrité publique et peut-être également parce que c’était un moyen dérangeant d’affirmer son identité quand les registres pastoraux vous étaient interdits.
Sous le premier banc à gauche, juste devant le chœur, subsiste encore une plate tombe, fort bien entretenue, portant les traces parfaitement lisibles, d’un lointain collatéral de 20 ans, fils de Marc Billaudeau, notaire et arpenteur de Ruffec, l’ancêtre direct de Sidonie.

3.jpgÀ ce jour, une seule tombe est identifiée dans l’église, mais les registres paroissiaux nous apprennent que huit membres de sa famille y furent inhumés de 1683 à 1767, soit pendant quatre générations consécutives, tous originaires du beau village de la Jarge de Sidonie. Nous y trouvons par ordre chronologique :

1. Pierre Billaudeau. On peut lire le texte suivant gravé dans la pierre :
cy-gist le corps de Pierre, fils de Marc Billaudeau notaire et
Harpanteur, aagé de 20 ans inhumé le 23 septembre 1683. Priez
Dieu pour son âme.

2. François Billaudeau, frère du précédent, est inhumé dans l’église de Pioussay le 21 juillet 1692, âgé d’environ 35 ans, fils de Marc et de feue Marie Brissonneau, époux de Renée Besson, elle-même inhumée le 21 mai 1720 dans l’église de Lorigné.

3. Marc Billaudeau, notaire de Ruffec, père des deux précédents, demeurant à Lorigné est « inhumé dans mon églize [de Pioussay] le 22 février 1688 aagé de 71 ans ». (vue 139/284)

4. Marie Ayrault, est inhumée dans l’église de Pioussay le 18 novembre 1702 à l’âge de 25 ans, femme de Jean Billaudeau [qui suit] de la paroisse de Lorigné (vue 203/284)

5. Jean Billaudeau, [fils de François et petit-fils de Marc qui précèdent] demeurant au village de la Jarge, âgé de 69 ans, a été inhumé dans l’église [de Pioussay] « sur le coté droit de la grande porte en entrant, le 12 janvier 1747 » (vue 62/175)

6. Jeanne Billaudeau, demeurant à la Jarge, fille de feu Jean [qui précède] et de Françoise Riché [qui suit] a été inhumée dans l’église [de Pioussay] le 6 mai 1753, âgée de 30 ans. (Vue 119/175)

7. Françoise Riché, demeurant à la Jarge, âgée de 67 ans, veuve de Jean Billaudeau [qui précède] a été inhumée dans l’église, le 11 mai 1753 en présence de ses trois enfants, Louis, François et Jean qui signent (vue 119/175), c’est-à-dire 5 jours après sa fille Jeanne.

8. Jean Billaudeau, tailleur, âgé de 48 ans, [fils de Jean et Françoise Riché qui précèdent], veuf de Marie Bernard et époux de Louise Repain, demeurant à la Jarge, a été inhumé dans l’église [de Pioussay] le 6 août 1767 en présence de Louis Billaudeau qui signe. (vue 20/203).

Compte tenu des dates et des âges au décès, on devine en filigrane, un certain nombre de drames dans cette très vieille famille de la Jarge.

Pendant qu’à Pioussay on « dépouille » les registres paroissiaux et que l’on restaure les peintures murales de la jolie petite église romane, on découvre au Québec que trois pionniers de Nouvelle France, seraient originaires de Pioussay tandis que les de Lauzon de la Chebassière (enfin leurs cousins de Bignoux dans la Vienne) y fournirent deux intendants au milieu du XVIIe siècle.

Lorsqu’en 2008, la municipalité fut sollicitée pour contribuer au grand projet régional des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, Pioussay fit alors cause commune avec Celles-sur-Belle et contribua au financement d’un des nombreux tonneaux qui firent la traversée vers Québec à partir du vieux port de la Rochelle, en grande pompe et précédés du Belem. Ce tonneau de circonstance portait un message : « Attendons des nouvelles des Bilodeau, Beneteau et Bellefaye souhaiterions les accueillir à Pioussay ».

Ce fut chose faite en 2012 : un autobus grand confort s’arrêta sur la place du village avec à son bord, trente-cinq Bilodeau québécois qui avaient répondu à l’invitation. Huit bougies allumées furent déposées sur l’autel, pour huit probables cousins ensevelis dans l’église. L’ave maria s’éleva sous les voûtes romanes et on inaugura à la Jarge une plaque commémorative à la mémoire de Jacques Billaudeau, l’enfant du pays parti au XVIIe siècle qui contribua au peuplement de la Nouvelle France. Pour faire bonne mesure et n’oublia pas les deux autres pionniers, Beneteau et Bellefaye, on planta encore un érable pour célébrer l’amitié franco-québécoise. Comme nous étions le 14 juillet, on lâcha dans les airs des ballons blanc et bleu du Québec, en guise de feu d’artifice de plein après-midi.

J’allais clore mon récit en insérant les initiales brodées de Sidonie. Mais voilà qu’en y regardant de plus près, je vois dans la partie basse de la guirlande, un indice supplémentaire : un avion qui s’élance à la conquête de l’ouest. Sidonie faisait-elle des rêves prémonitoires ou bien est-ce le fruit de mon imagination débordante ? En tout cas, c’est ainsi que la Jarge de Sidonie, lieu de rencontres des mauvais garçons éméchés, devint officiellement à Pioussay, le 14 juillet 2012, un « lieu de mémoire » international dans une commune deux-sévrienne de trois cents âmes.

  •  Sources :
    Archives privées
    Registres BSNMD Pioussay et Lorigné
    Cadastre napoléonien – section B dite de la Jarge
    Recensements de populations Pioussay et Lorigné
    Acte de partage anticipé entre Louis Billaudeau / Jeanne Sicaud son épouse et leurs enfants – Notaire PARIS – Cote 3E 10040

* Festivité consacrée au divertissement et à la bonne chère, aussi fête patronale de village.
** Ajeasse en poitevin ou encore pie en bon français de la République
*** Guenilles
**** Son amoureux

I comme Instituteur à Saint-Germier

Un texte de Claudette BRANGIER

Oui, de ce village de Gâtine en Deux-Sèvres, toute ma famille paternelle est issue. Deux tantes et quelques cousines et cousins y vivent encore. Et tous les ans à Pâques, depuis une trentaine d’années, nous perpétuons le repas annuel que ma grand-mère avait instauré. Et savez-vous où ? Et bien, nous organisons celui-ci dans l’ancienne école de la commune, transformée en salle des fêtes.

Nos enfants et petits-enfants font revivre la cour de récréation pour l’occasion ! Les premiers arrivés attendent les retardataires, toujours les mêmes ces retardataires ! Tels les instituteurs ou institutrices qui attendaient leurs élèves !

—  Ah oui, comme certains écoliers qui venaient en classe à reculons me dit Lucien, l’aîné de mes oncles !
Au fait, les tatas et tontons, vous avez bien connu cette école, vous y avez usé vos fonds de culotte de 1935 à 1957, Papa a passé son certificat d‘études en 1943 ici et vous l’avez suivi ! Parlez-moi donc  de cette école, quels instituteurs y ont enseigné et à quand remonte sa construction ?
J’ai lu avec attention le livre de Michel Fournier et je peux vous parler de l’histoire de l’école me dit Lucien.

Saint-Germier était une paroisse pauvre, l’enseignement était donc réduit à sa plus simple expression. Jusqu’en 1789, tous les textes d’archives sont d’origine ecclésiastique. Même au-delà de la période révolutionnaire, sur les registres de l’église de Saint-Germier, on constate que de nombreux témoins ne savaient signer, ils faisaient une croix. Il a fallu attendre 1810 pour trouver le premier instituteur : Jean Godeau, ancien marchand de grains de la Villedieu-de-Comblé, complètement ruiné suite à des spéculations malheureuses. Dépourvu de diplôme, mais possédant une certaine instruction, il était devenu maître d’école à l’abbaye des Châteliers de Fomperron. Il s’installa dans le bourg de Saint-Germier vers 1810 et il devint instituteur vers 1812. À partir de cette période et jusqu’en septembre 1815, sa signature figure sur presque tous les actes d’état civil. Il conquit très vite l’estime de la population et en 1817, le village le choisit comme maire. Il exerça ces deux fonctions jusqu’en 1835 ainsi que celle de secrétaire de mairie. Celles-ci ne devaient pas être très lucratives à l’époque puisqu’il serait décédé à l’âge de 80 ans dans un dénuement complet. Le second instituteur après 1835, Louis Virlain, charron à la Villedé de Pamproux, exerce à titre privé d’abord, puis à titre public, ayant obtenu apparemment le diplôme exigé. Il fut révoqué, paraît-il, en 1840 ou 1842, pour affaire de mœurs. Le 19 octobre 1847, Pierre Hippolyte Moreau, né à Arçais le 7 mars 1824 se marie avec Rose Angeline Rossard native de Coutières, il réside à Saint-Germier et est instituteur. Son comportement ne sera pas toujours exemplaire, en effet, en 1864, une lettre de M. l’inspecteur primaire de Parthenay relate à l’inspecteur de l’académie que M. Moreau est ivrogne et frondeur. En mars 1867, M. Chauvet, instituteur à Fors, est nommé à Saint-Germier. C’est lui d’ailleurs qui s’investira particulièrement pour la construction de l’école.

Ensuite, les instituteurs et institutrices se sont succédé sans interruption notable. En voici la liste : M. Augustin Bétin en octobre 1872, M. J.P. Poineau et Mlle M.J. Vairon en octobre 1873, M. J. Flatreau en octobre 1878, Mlle S. Coureault en janvier 1878, M. et Mme Frédéric en 1880, Mlle M.L. Desmoulins et Mme Brémont en 1882, M. Michot, M. et Mme Marché en 1885, M. et Mme Rivard en 1888, M. Bonneau en 1891, Mme Proust en 1893, M. Soulard en 1894…

Les pauvres, ils ne travaillaient pas dans de très bonnes conditions à Saint-Germier : Dans la pièce servant de classe, il n’y avait pas de mobilier, seuls des bancs disposés autour de la salle étaient faits « de  planches et de fonds de charrettes ». L’école était plus fréquentée l’hiver, les enfants étant retenus le plus souvent aux travaux des champs l’été. Quand les grands ne venaient pas en classe, les enfants de 4 à 5 ans venaient les remplacer, ce qui faisait grimper le nombre des présents alors que la salle ne pouvait réunir que 38 enfants. Les enfants qui n’avaient pas de places assises devaient se tenir immobiles pendant des heures. Problèmes conséquents à régler par l’instituteur !

Monsieur Soulard, instituteur, décrit les conditions de travail des maîtres et leur salaire moyen : « Leur condition matérielle a été longtemps très précaire, vu le petit nombre d’enfants fréquentant l’école. La situation pécuniaire s’améliore sensiblement à partir de 1850. Selon les chiffres relevés au budget, le salaire moyen était de 600 F de 1852 à 1862. L’instituteur, presque toujours secrétaire de mairie, tirait de ce fait quelques ressources supplémentaires. En 1882, l’instituteur touchait 1 000 F et l’institutrice 800 F ». Ce n’était pas encore l’égalité des salaires !

À son entrée à l’école, généralement à 8 ou 9 ans, l’enfant allait s’asseoir sur des bancs sans table placés le long des murs de la classe. Un livret de lecture, appelé charte, lui était remis. Le maître le faisait lire individuellement, plusieurs fois par jour, selon le temps dont il disposait. Chaque élève apportait, pour lire autre chose, ce qu’il voulait ou ce qu’il pouvait (vieux almanachs, anciens actes notariés, livres religieux…). L’enfant commençait à écrire lorsqu’il lisait presque couramment la charte. La leçon d’écriture, était individuelle également. Le modèle était tracé par le maître sur le recto et le verso d’une page du cahier de l’élève. Une page était écrite le matin, l’autre le soir, les cahiers étaient très propres et l’écriture généralement bonne. Le calcul, oral puis mental, était enseigné depuis le début. Il fallait savoir lire, écrire et compter par 2, par 3, par 4 et par 5 pour passer à l’étude de la numération et aborder les 4 opérations. Peu nombreux étaient ceux capables de faire sans erreur ces 4 dernières et encore plus rares, ceux qui connaissaient les fractions et résolvaient les problèmes un peu complexes. Les exercices étaient rarement corrigés. Les dictées et devoirs donnés aux meilleurs élèves, l’étaient toujours individuellement. L’enseignement de la composition française a été négligé jusqu’en 1870. On ne parlait pas de travaux manuels, ni de gymnastique.

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Mobilier et matériel de l’école en 1869 (AD79)

Il y avait peu de récompenses, le bon élève devait se contenter de la satisfaction du devoir accompli. Par contre, les punitions étaient variées : le blâme infligé à part ou devant les camarades, la privation partielle ou totale de sortie, la retenue en classe, la mise à genoux sur le banc ou à côté de l’estrade, la mise au piquet le long du mur avec les mains sur la tête ou les bras étendus. L’instituteur avait recours également à la gifle, au tirage de cheveux et oreilles, à la baguette ou large règle plate servant à frapper la main étendue ou sur le bout des doigts de l’écolier.

Moi je pourrais vous parler de l’école dont la construction fut un véritable cauchemar pour la commune. J’ai effectué des recherches il y a quelques années pour alimenter le bulletin municipal » me dit Gilbert, le cadet de mes oncles :

Premier épisode

En 1866, la commune de Saint-Germier n’a toujours pas de véritables écoles et jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce problème fera l’objet de longs débats du conseil municipal. M. Moreau Hippolyte, ancien instituteur, offre en 1867 une maison pour servir de classe.

Deuxième épisode

Mais la loi du 10 avril 1867 sur l’instruction primaire oblige les communes de plus de 500 âmes à entretenir deux écoles distinctes. La municipalité émet un avis favorable pour la construction de la maison d’école de garçons à Saint-Germier. Suite à l’enquête de 1868, aucune observation n’est formulée, le dossier est alors transmis à l’Inspection départementale qui s’opposera au projet parce qu’il ne respecte pas les préconisations de la loi en cause puisque chaque commune à l’obligation d’entretenir une école pour les garçons, une autre pour les filles, décision qui va faire basculer les décisions du conseil municipal.

On forme une commission chargée de choisir un terrain convenable pour l’établissement de ces deux dites écoles et un architecte pour dresser plans et devis. Une mission d’arpentage est confiée à M. Chauvet, instituteur à Saint-Germier pour un champ situé près du bourg au lieudit « le Vigneau », section A N° 352 du plan, contenance : 1 ha 15 a, appartenant à M. Pierre Artault, propriétaire à Saint-Germier. À noter que la publication légale s’effectue auprès de la population à son de clochette le 18 octobre 1869 et le sous-préfet de Parthenay donne son avis favorable le 13 novembre suivant. Mais il y a urgence, puisque la maison où se situe actuellement l’école publique n’appartient point à la commune, qu’elle ne convient nullement à sa destination présente et que le bail à loyers expire le 29 décembre 1870, il serait souhaitable selon le conseil municipal que l’ouverture puisse avoir lieu en septembre 1870.

Le 22 Février 1870, le conseil municipal approuvant plans, devis et cahiers des charges produits par l’architecte, accepte le projet tel qu’il a été conçu, mais le financement des 21 850 F représentant l’acquisition du terrain et le cout de la construction incluant tout de même un modeste mobilier de classe, reste à définir. La municipalité financera sa part en levant un impôt extraordinaire et on établit une demande de secours à hauteur de 14 844 F, laquelle est validée par le conseil départemental. Mais le ministère de l’Instruction publique à Paris estime que la subvention sollicitée est excessive, invite la commune à réduire son devis tout en conservant aux services une installation convenable ou qu’elle augmente sa part contributive.

Troisième épisode

C’est alors le retour à la case départ où il est envisagé d’acquérir la maison du sieur Moreau qui vient de décéder. Les biens du défunt dévolus à son épouse Mme Veuve Moreau font alors l’objet d’un document d’arpentage1, une situation provisoire qui a pour mérite de conserver les mêmes locaux jusqu’à la fin du bail et la construction de l’école. Ladite maison est estimée à 6 477,50 F et acceptée à l’unanimité par le conseil municipal. Mais de nouvelles difficultés apparaissent : l’immeuble de M. Moreau est grevé d’une quinzaine d’hypothèques2, la municipalité renonce à l’acquisition face aux aléas de successions.

Que faire ? Deux maires ont déjà laissé leur mandat, monsieur le curé s’en mêle3, pourtant la maison Moreau ne pouvant être acquise, une occupation provisoire de celle-ci est demandée parce que faute de logement, l’enseignement de la République ne pourra plus être dispensé à partir du 29 septembre 1871. C’est alors que le bail est reconduit par tacite reconduction, çà laisse 1 an pour voir venir… L’affaire ne s’arrête pas là, la situation n’est pas réglée en janvier 1872. Les propriétaires menacent d’intenter un procès contre la commune si les lieux ne sont pas vidés au 29 septembre suivant.

Quatrième épisode

On en revient alors au projet de construction initialement trop coûteux et le ministère de l’Instruction publique revoit sa copie en portant son secours à 10 000 F, soit 5 000 F par école. Le préfet autorise alors l’acquisition4 par la commune, d’une parcelle de 30 ares dépendant d’un champ appelé le Vigneau appartenant aux époux Artault, propriétaires au Breuil, estimée à 1 350 F, le reste sera financé par un impôt extraordinaire échelonné sur 12 ans à partir de 1873. Mais comme les choses marchent plutôt bien, monsieur le maire en profite pour envisager l’adjonction d’une mairie qui serait construite en même temps que l’école et sollicite une nouvelle subvention en juillet 1872. Les bâtiments d’écoles entrent enfin en service le 1er octobre 1873. Une institutrice laïque est nommée pour diriger l’école des filles, tout va donc pour le mieux. Sauf qu’il pleut dans la maison, que la construction réalisée à l’économie présente de nombreuses malfaçons5, et que la réception n’a pu avoir lieu dans ces conditions. Pour mettre le bâtiment en état, des travaux supplémentaires s’avéreront nécessaires, mais pour les financer, il faudra souscrire un prêt de 7 100 F à la Caisse des dépôts et consignation, lequel emprunt sera remboursé par l’impôt.

La réception définitive a enfin pu avoir lieu le 20 décembre 18756, soit 8 ans après le début des péripéties, mais l’aventure a porté ses fruits puisqu’au recensement d’août 1882, la commune de Saint-Germier compte 643 habitants, dont 129 enfants d’âge scolaire : 76 garçons et 53 filles. Tout marche pour le mieux, en 1887, la construction d’une classe supplémentaire pour les filles est réalisée après accord d’un emprunt de 5 800 F.

À partir de la loi de 1905 (séparation des Églises et de l’État), l’enseignement scolaire dans la commune s’est développé normalement avec une nette amélioration dans l’acquisition des connaissances.

Et bien, nous y avons passé du temps dans cette école, mais nous ne savions pas que l’ouverture de celle-ci remontait à 1873 et que la municipalité avait essuyé toutes ces difficultés.

Très bien, mais c’est l’heure de passer à table ! disent plusieurs d’entre nous.

En fin de soirée, Magali, la plus jeune de mes cousines, s’interroge : « Savez-vous quand a fermé cette école ? ». Elle nous précise : « Je suis née en 1975, j’ai été scolarisée en 1979, et à cette époque, il y avait classe unique à Saint-Germier. Le car scolaire passant au Breuil au bout de mon chemin, mes parents m’ont scolarisée à l’école primaire de Ménigoute ». En effet, la classe unique a perduré quelques années et l’école publique a fermé définitivement en 1984. La mairie a réagi rapidement en donnant une nouvelle vocation à ce bâtiment puisque deux ou trois ans plus tard, il était transformé en salle des fêtes. « Et, oui, notre premier repas de famille a eu lieu ici en 1988 ».

L’exode rural vers les zones urbaines a entraîné une baisse démographique à partir de 1950, entraînant avec elle la fermeture des écoles et petit à petit la mort du village.

Sources :

    • A.D. 79
    • Cadastre Napoléonien
    • Série O 6 20-2172
    • Série 1T
    • Un village de la gâtine des Deux-Sèvres de Michel Fournier
    • Notice écrite en 1902 par M. Soulard, instituteur
    • Histoire des communes des Deux-Sèvres de Maurice Poignat

1 – Pour la parcelle désignée au plan cadastral sous N° 121, 122, 123, 44, 107 de la section B.
2 – Document émis par le conservateur des hypothèques et visé par le maire de Saint-Germier, M. Allard, le 12 août 1871
3 – Lettre du 1er Septembre 1871 de M. le curé Ledoux à M. le Préfet
4 -Entrée en jouissance de la commune le 10 avril 1872, maire : M. Allard. Publication légale dans l’Écho de Parthenay le 21 juillet 1872, acte rédigé chez Maître Jarrasse.
5 – En février 1875, une minute relate l’état déplorable des 2 maisons d’écoles.
6 – P.V. effectué le 20 décembre 1875 par le sieur Clovis Daunay de Ménigoute par suite de l’adjudication passée le 14 avril 1872 (A. Neau, architecte à Parthenay), montant des travaux 22 826,03 F ramené à 20 543,43 F (rabais de 10%), acompte versé 18 500 F, reste à verser 2 043,43 F.

H comme Hôpital de Château-Bourdin

Un article de Stéphane Dallet

Un lieu pieux et charitable

Faut-il rappeler qu’un hôpital, jusqu’au XIXe siècle, n’est ni plus ni moins qu’un « lieu pieux et charitable où on reçoit les pauvres pour les soulager en leurs nécessités », pour reprendre la définition de Furetière (1693) ? Aux pauvres, on peut ajouter les malades contagieux, car hôpitaux, léproseries et maladreries se confondent sous l’Ancien régime. L’hôpital de Château-Bourdin a ceci de particulier qu’il a été fondé dans un hameau de Gâtine, loin des grandes routes, et que malgré son isolement, il a conservé au fil des siècles sa vocation d’accueil et de secours, depuis l’aumônerie originelle jusqu’à l’« EHPAD » moderne. L’existence d’une aumônerie à Château-Bourdin est aussi particulièrement ancienne puisqu’elle remonte à la fondation d’un prieuré au 12e siècle par les seigneurs de Parthenay. Le prieuré noir de Château-Bourdin appartenant à l’Ordre de St-Benoît dont les moines portent l’habit noir est ensuite rattaché à la Maison-Dieu de Parthenay, mais l’aumônerie reste administrée par les chevaliers de St-Lazare de Jérusalem.

Un nom gravé dans la pierre : Jean Legeay

En 1606, un nommé Jean Legeay seigneur de la Nouhe et de Grand Ry (en Allonne) fait rénover ou agrandir la vieille aumônerie comme le rappellent les inscriptions gravées sur deux pierres de granit, l’une sur la façade de la chapelle Notre-Dame des Neiges alias des Froidures, l’autre dans le mur du bâtiment devenu la maison de retraite de Château-Bourdin. À l’époque, le prieur se nomme Pierre Legeay, sans doute un proche parent du donateur. Cette famille Legeay qui n’a pas beaucoup intéressé les généalogistes des Deux-Sèvres aurait quitté la Gâtine après le mariage en 1648 d’un autre Jean sieur de Grand Ry avec une dame Calixte de Hillairin de Mortagne-sur-Sèvre. Les Legeay semblent s’être acclimatés au Bocage où on retrouve un certain Calixte Legeay qui se marie à Combrand en 1684.

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Jean Legeay, fondateur en 1606, façade de l’hospice

L’édit de Louis XIV

En 1695, Louis XIV, qui vient de retirer aux ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de St-Lazare l’entretien des maladreries et léproseries, fonde ou plutôt refonde l’hôpital de Château-Bourdin, en même temps que l’aumônerie d’Allonne et la maladrerie de Champdeniers, en leur attribuant des biens et revenus supplémentaires « pour être employés à la nourriture et entretien des pauvres malades (…) à la charge de satisfaire aux prières et services de fondation ». Jusqu’à sa mise en vente comme bien national à la Révolution, l’hôpital de Château-Bourdin a été administré par des marchands, de simples laboureurs souvent, de la paroisse, c’est-à-dire de St-Pardoux, tandis que les malheureux, malades et indigents qui y trouvaient refuge étaient « gouvernés » par des dames laïques.

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Plaque à l’entrée de l’hospice

Les revenus de l’hôpital

Un livre de comptes des années 1716-1718 détaille les revenus de l’hôpital. Par exemple, le tènement de la Petite Rambaudière à St-Pardoux doit chaque année à Noël 5 boisseaux de seigle, quatre livres de beurre, deux chapons, quatre poules, deux oisons, 15 sols, un denier en argent ; celui de la Billaudière et de la Renaudière : 48 boisseaux de seigle, 54 boisseaux d’avoine, « deux biaud », « un croc pour charroyer avec quatre bœufs », 9 sols un denier en argent ; les Touches : 24 boisseaux de seigle et 6 chapons ; la Baudière : deux chapons et deux sols en argent ; la Gestière : un boisseau de seigle quérable à chaque fête de St-Michel ; d’autres tènements fournissent du bois, du vin, etc. Les métayers doivent aussi des journées de travail pour faucher et charroyer le foin.

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La croix de Malte, symbole de l’Ordre de St-Lazare de Jérusalem (façade de l’hospice)

Des administrateurs recrutés à St-Pardoux

Parmi les fermiers et administrateurs en charge des biens temporels de l’hôpital de Château-Bourdin, on trouve en 1703 René Beaujour et Pierre Dufour qui afferment, en représentation de Jacques Augier curé de St-Pardoux et prieur de Château-Bourdin, la métairie de la Petite Rainière et la borderie de la Rambaudière à St-Pardoux, des prés situés près de la Bibardière, un fief de vigne appelé les Bourdinières à Louin (près de St-Loup qui approvisionne en vin la Gâtine) et un bois taillis dépendant de l’hôpital de Château-Bourdin. Dans les années 1710, c’est Jean Cadet bordier à la Petite Roche de St-Pardoux et fabriqueur de la paroisse qui s’occupe des affaires de l’hôpital en association avec le curé Louis Brissonet, son oncle. Plus tard, c’est Jacques Moreau laboureur à la Salmondière qui administrera l’hôpital. Cependant, on sait qu’en 1665, avant l’édit royal, le curé de La Boissière-en-Gâtine, André Bernardeau, confiait déjà à ses neveux la gestion des coupes de bois dépendant de l’aumônerie.
Mises en vente comme tous les biens de l’église pendant la Révolution, les terres de l’hôpital ne trouvent pas acquéreur… et lui sont rendues en vertu du décret du 2 brumaire an IV. L’administration est alors confiée à la toute nouvelle municipalité de St-Pardoux qui s’oppose énergiquement à la réunion du très modeste hôpital de Château-Bourdin à ceux de Parthenay et Melle et obtient du préfet de garder l’autonomie de l’établissement et d’engager sa réorganisation. L’hôpital de Château-Bourdin survit donc à la Révolution ! Bien que modiques, ses revenus suscitent la convoitise puisqu’un certain Louis Pierre Pineau cultivateur à la Roche (à ne pas confondre avec Pierre Louis Pineau, son père, qui fut maire de la commune) est poursuivi pour malversations par les administrateurs de l’hôpital et condamné à un an de prison.

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L’une des ailes de l’hospice devant la chapelle de Notre-Dame des Neiges

Des gouvernantes laïques puis religieuses

Au XIXe siècle, on fait la différence entre hôpital et hospice. C’est donc cette deuxième appellation qui s’impose. Quelques religieuses, les Catrouillettes, du nom de l’abbé Catroux qui a fondé les Filles de la charité du Sacré-Cœur de Jésus, s’installent à l’hospice de Château-Bourdin. La chapelle, restaurée en 1779, est reconstruite en 1869 puis on bâtit en 1876-77 les salles destinées aux vieillards, alors qu’il est souvent question de supprimer cet hospice qui, selon Georges Picard, n’est plus qu’un établissement religieux. Pourtant, le 16 février 1900, le Conseil du diocèse de Poitiers vote à l’unanimité le maintien des religieuses qui gouvernent et soignent les vieillards de l’hospice de Château-Bourdin. Les effectifs du personnel et des pensionnaires de l’hôpital de Château-Bourdin ont toujours été très réduits dans ce village reculé de Gâtine. Avant les bonnes sœurs du XIXe siècle, on ne connaît que trois gouvernantes des pauvres : la veuve Jeanne Gaurry « qui a gouverné ledit hospital avec zèle et édification » décédée en 1763 à l’âge de 65 ans, la demoiselle Catherine Benoist qui lui succède puis Marie Baudet pendant la Révolution.

Qui sont les pensionnaires ?

L’hôpital possède un cimetière où les aumôniers et les curés de St-Pardoux enterrent les « pauvres » qui sont des locaux, contrairement aux mendiants, vagabonds, soldats, prisonniers de toutes origines qui viennent mourir dans les grands hôpitaux urbains. C’est le cas, par exemple, d’un nommé Juin de 72 ans inhumé en 1778 dans le cimetière « en qualité de pauvre, étant venu de la paroisse de Champdeniers » ; de Jean Charpentron âgé de 45 ans et de Pierre Baffou, septuagénaire, qui terminent leur vie à l’hôpital en 1784 et 1787, eux aussi Gâtineaux d’origine. Idem pour Nicolas Blais qui décède en 1793 à l’hôpital « où il était comme pauvre domicilié depuis longtemps ». Jusqu’aux années 1930, l’hospice reçoit une poignée de vieillards, d’invalides et d’aliénés et héberge un temps une école. En 1836, 9 « mendiants » dont six femmes et un enfant vivent à l’hospice. En 1838, l’hospice héberge trois « aliénés » dont une jeune femme, Marie Françoise Bachelier issue d’une famille de cercleurs de Château-Bourdin et mère célibataire d’un petit garçon et Louis Moreau, un ancien soldat de 74 ans souffrant de démence. En 1872, cinq petites orphelines de 7 à 9 ans y sont élevées par quatre bonnes sœurs. En 1876, l’hospice est une école où étudie une dizaine de pensionnaires de la commune dont aucune ne paraît orpheline. Il y a toujours autant d’élèves en 1881 mais aussi une invalide de 46 ans. L’école déménage et les sœurs hospitalières s’occupent d’une pensionnaire de 60 ans en 1886, de trois vieilles femmes en 1891, de quatre pensionnaires en 1901 dont un nonagénaire et Olive Robin une « idiote » de 45 ans, fille d’un tisserand de la Grande Roche de St-Pardoux dont les frères, eux aussi idiots, ont été internés à l’asile des aliénés de Niort. Olive Robin et une vieille femme sont les seules pensionnaires en 1906. En 1934, il n’y a plus qu’un seul vieillard à l’hospice de Château-Bourdin !

Une vieille paillasse, une couverture crasseuse et déchirée

En 1885, il y a trois femmes à l’hospice dont une paralytique qui, d’après Georges Picard « avait fait à l’hôpital l’abandon de son mobilier et qui était relativement bien installée, mais les autres lits de la salle commune, où se tenaient les autres malades étaient de véritables grabats, l’un composé d’une vieille paillasse dont les deux extrémités portaient sur des rondins de bois à brûler, le milieu reposant directement sur le sol humide et d’une couverture crasseuse et déchirée. Pas de feu. » En réalité, les six bonnes sœurs qui occupaient à l’hospice dirigeaient volontiers les malades vers celui de Parthenay. D’après Maurice Poignat, l’hospice de Château-Bourdin était le moins peuplé de Gâtine en 1844 avec 5 pensionnaires contre 81 à Parthenay et 43 à Ménigoute. Un autre pensionnaire de l’hospice, hélas anonyme, mérite d’être cité. Il s’agit du nommé M…, instituteur privé habitant l’hospice (a priori ni malade, ni indigent) qui en est expulsé le 24 juin 1851 par décision du conseil municipal. La « rumeur publique » l’accusait d’immoralité.

Fait divers à Château-Bourdin

Pour terminer, rappelons ce fait divers un peu oublié qui eut lieu à Château-Bourdin en février 1900. Il témoigne de l’intolérance religieuse qui avait cours dans une Gâtine très catholique. Un évangéliste protestant et son épouse qui avaient loué une salle à Château-Bourdin pour y faire une conférence ont bien failli être lynchés par une foule menée par le sacristain, le suisse et plusieurs chantres. S’étant échappé par une porte dérobée, le couple se réfugie dans l’auberge de Guichard qui ferme portes et fenêtres pour protéger ses hôtes. Les fenêtres sont brisées et la porte enfoncée, l’aubergiste et le maréchal-ferrant venu à son secours sont roués de coups. Le journaliste ne dit pas comment le couple de protestants s’en est sorti…

Sources : archives notariales, hospitalières et privées, presse ancienne (AD79)
Bélisaire Ledain, Histoire de Parthenay et la Gâtine (1859)
Georges Picard, L’hospice de Château-Bourdin (1934)
Maurice Poignat, Histoire des communes des Deux-Sèvres
Paul Dauthuile, L’école primaire dans les Deux-Sèvres depuis ses origines jusqu’à nos jours (1904)