P comme Pourquoi ?

Un texte de Jacqueline Texier

Chère Marie-Louise,

Je t’écris aujourd’hui car je me pose tant de questions. Au fur et à mesure de mes recherches, je te découvre et je voudrais comprendre.

Tu es mon sosa n°13, c’est pourquoi j’ai choisi de ne donner que ton prénom car ton histoire est encore trop proche et trop sensible pour une partie de la famille.

Tu es née à Maillé en Vendée, aux portes du Marais poitevin, au bout du marais dit « mouillé ». De toi on n’a jamais rien dit. Les plus jeunes s’interrogeaient mais ne posaient pas de questions et les plus âgés se taisaient. Ce n’était pas un secret puisque tout le monde savait, mais le sujet était tabou dans la famille, c’est pourquoi j’ai voulu tenter de comprendre ce qu’a été ta vie.

Au travers des actes, j’ai vu que ton père né en 1814 à Charly dans le Cher et ta mère née en 1825 à Semblançay en Indre-et-Loire sont arrivés à Maillé vers 1850. Ton père, maçon et tailleur de pierres, y est venu pour la construction de l’écluse du port de Maillé.

Source Delcampe

Ils ont eu neuf enfants, un fils Emmanuel décédé à un mois en 1851 puis deux filles Marie-Rose née en 1852 et Marie-Louise en 1853, qu’ils ont  légitimées le jour de leur mariage en janvier 1854. Marie-Louise est décédée en octobre 1854 et le quatrième enfant, Édouard, est né en novembre de la même année. Toi, tu es née en 1857, cinquième enfant à qui on a donné le prénom de ta sœur décédée. Ensuite sont arrivés, Clémentine née en 1859 et décédée à 4 mois, Maurice né en 1860, Jacques en 1862 et décédé à 2 mois et enfin Marie-Modeste, née en 1865 et décédée à 1 mois.

Tu es devenue mère à ton tour à 25 ans, fille-mère comme on disait alors et comme cela apparaît sur certains recensements. L’histoire s’est répétée sept fois. Tu as eu sept enfants, tous enfants naturels. Quand l’aîné est né en 1883 tu avais 25 ans et 42 à la naissance du dernier enfant en 1899. Que s’est-il donc passé dans ta vie, pourquoi n’y a-t-il jamais eu de papa ?

À la naissance de ton premier enfant, tu vivais chez tes parents et c’est ton père qui l’a déclaré à la mairie. Pour les six autres enfants la déclaration a été faite par la sage-femme puisque tu habitais seule. Tu les as tous reconnus dans les jours ou les semaines qui ont suivi leur naissance, cinq garçons et deux filles. Trois ans séparent tes quatre premiers enfants, Alexandre né en 1883, Marguerite en 1886, Régine en 1889 et Marcel en 1892. Ensuite, deux ans séparent Omer né en 1894 et Abel en 1896. Enfin, Edmond voit le jour en 1899.  Le père de tes enfants n’était-il que de passage de façon régulière ? J’ai trouvé des photos de quatre de tes fils, je les ai observées bien des fois ces photos, cherché un détail, une expression qui me permettent de comprendre. Ils se ressemblent tous, est-ce à toi qu’ils ressemblent tes garçons ou à leur papa ?

Sur les actes de naissance et les recensements, tu es, selon les années, journalière, ménagère, servante, lavandière et, sur le dernier recensement en 1911, tu n’as alors que 54 ans, tu es sans profession et tu élèves ton dernier fils et ton petit-fils né en 1907, enfant naturel de ta fille Régine. Comment as-tu pu les élever ? Où as-tu trouvé la force ? Petits, est-ce que tu les emmenais avec toi en journée ? L’histoire familiale rapporte que vous viviez pauvrement et que la nuit tu braconnais l’anguille dans le marais pour leur donner à manger.

Source Delcampe

L’aîné avait un parrain, je n’ai pas trouvé trace d’un parrain ou d’une marraine pour les autres. Au moins deux de tes enfants ont eu leur certificat d’études. Toi-même tu avais une belle signature appliquée. Vous étiez donc instruits. Comment as-tu trouvé le  courage pour mener de front la survie de la famille, l’instruction des enfants et le travail ?

Au fil de mes recherches, je vois bien que la vie ne t’a pas épargnée. En plus de la dureté de ta condition, tu as perdu deux fils à la Grande Guerre. Alexandre, mort à 32 ans dans le Pas-de-Calais en septembre 1915 et Abel, mort dans l’Oise à 20 ans en novembre 1916, l’un et l’autre inhumés dans des cimetières militaires distants de 30 kilomètres. Tu sais, je suis allée voir la tombe de tes garçons, je suis aussi allée voir leurs noms gravés sur les monuments aux morts, l’un à Maillé, l’autre à Sansais dans les Deux-Sèvres. Ces visites ont été un grand moment d’émotion pour moi, alors toi, comment as-tu pu vivre avec ces chagrins ?

Marcel, quant à lui, est mort des suites de ses blessures de guerre en 1933. Tu n’étais plus là pour vivre cette nouvelle épreuve puisque tu es décédée à 62 ans en avril 1919, seule dans un hôpital. Ton plus jeune fils était encore engagé au Maroc, tes autres enfants dispersés dans diverses régions de France. On dit dans la famille que tu as été enterrée dans une fosse commune car indigente. Je n’ai pas pu le vérifier, il n’existe pas de registre qui puisse le confirmer. Le dernier acte où tu figures avant ton décès est l’acte de mariage de ton fils aîné qui s’est marié en 1912 à Coulon près de Sansais, cérémonie à laquelle tu assistes. Malgré mes recherches, je n’ai pas découvert de photographie de ce mariage, document précieux  sur lequel j’aurais  peut-être pu te trouver.  En allant sur Geneanet, j’ai fait connaissance avec un de tes arrière-petits-fils. J’ai échangé avec ce cousin lointain qui est dans la même ignorance que moi te concernant. Sa grand-mère ne parlait pas de la famille et mon grand-père, jusqu’à sa mort à 87 ans, n’a jamais été à l’aise avec l’histoire de sa naissance.

As-tu choisi cette vie difficile ou l’as-tu subie ? As-tu été abusée par de belles paroles ou as-tu vécu une belle histoire d’amour ? Ton âge me fait douter. Tu n’étais plus une enfant à la naissance de ton fils aîné et déjà relativement « âgée » quand ton dernier enfant est né.

Même aujourd’hui, je n’ose te demander si tous tes enfants avaient le même père. Ce ou ces pères savaient-ils ? As-tu eu la fierté de ne rien dire ni demander ? Comment as-tu fait ?

Je me pose ces questions car aujourd’hui, bien qu’une femme puisse mettre au monde et élever seule ses enfants sans regards malveillants,  les difficultés financières et la précarité demeurent pour un bon nombre d’entre elles. En tant que femme vivant en 2020, je ne peux qu’admirer ton courage et ta force et avoir une pensée pour toutes ces femmes qui, comme toi, ont dû élever seules un ou plusieurs enfants. Vos vies, pour la plupart, ont été pénibles. En plus de la misère et de la difficulté à assurer le quotidien de vos enfants, vous aviez à supporter le regard désapprobateur des autres. Les enfants quant à eux devaient subir les moqueries et les brimades liées à leur statut d’enfant naturel. Je me souviens des propos de mon grand-père…

Chère Marie-Louise, ce voyage dans ton histoire je l’ai fait pour toi, pour mon grand-père, pour tes enfants et petits-enfants… et pour moi. En mettant la lumière sur toi et sur ta vie, j’ai voulu donner du sens au travail que je fais en recherchant les origines et le parcours de  ma famille.

En m’adressant aujourd’hui à toi, je veux te rendre hommage. Je t’imagine droite, forte et digne malgré ton statut de  fille-mère  qui n’était pas enviable et je me sens fière d’être de ta lignée. Pour moi, tu es une Grande dame.

Niort, le 20 août 2020
Jacqueline, ton arrière-petite-fille

O comme Olive (Marie Olive), ma grand-mère

Un texte de Claudette Brangier

Marie, Olive Parnaudeau est née le 30 août 1904 au Breuil de Saint-Germier où son père, Eugène Parnaudeau y est cultivateur, celui-ci a 25 ans. Sa mère, Léontine Adéline Artault est âgée de 22 ans. Ses parents se sont mariés le 14 octobre 1903 à Saint-Germier. Tout laisse à penser que Marie est leur premier enfant, comme le recensement de 1906 peut le laisser supposer.

Recensement 1906 de Saint-Germier (AD79)

Et non, elle n’est pas la première fille du couple. Une fille, Eugénie, née le 10 mai 1898,  de père inconnu, déclarée par les parents de Léontine Artault, a été reconnue par sa mère Léontine, le 6 janvier 1899. Née hors mariage, elle sera reconnue enfant légitime lors de l’union de Léontine Artault et d’Eugène Parnaudeau, ses parents. Eugénie est élevée par les grands-parents Artault et vit avec ceux-ci au Grand-Bourgaillard de Saint-Germier.

Recensement 1906 de Saint-Germier, le Grand-Bourgaillard (AD79)

En mars 1909, une autre sœur, Adrienne, verra le jour au Breuil alors qu’en décembre 1909, leur père Eugène décède subitement, il n’a que 30 ans. Marie n’a que 5 ans et Adrienne ne connaîtra pas son père… Voilà Léontine, seule, avec ses 2 enfants en bas-âge pour assumer toutes les tâches de la ferme. Heureusement, ses beaux-parents vivant également dans le hameau du Breuil vont beaucoup aider pour les travaux des champs et seront d’un secours précieux pour élever Marie et Adrienne. 

Marie va sur ses 10 ans quand cette année-là surgissent de nombreux évènements très graves : tout d’abord les attentats de Sarajevo, suivis de l’assassinat de Jean Jaurès et en août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Pendant ces conflits, Marie poursuit sa scolarité à l’école publique de Saint-Germier, elle est une élève assidue, studieuse. Elle excelle en orthographe, et connaît par cœur tous les départements français avec leurs préfectures et sous-préfectures. Elle obtiendra aisément son certificat d’études mais pas question de continuer, il fallait des bras pour travailler à la ferme !

À l’automne 1918, les écoles des Deux-Sèvres sont touchées de plein fouet par l’épidémie de grippe espagnole, ce virus très contagieux atteint beaucoup de jeunes adultes, les mobilisés sont à la fois les victimes et les vecteurs de propagation de la pandémie. Marie se souvenait que l’école de garçons de Reffannes avait signalé plusieurs décès de cette grippe infectieuse et que le préfet avait ordonné la fermeture de plusieurs établissements scolaires. Et déjà, le savon de Marseille était cité pour l’hygiène durant cette contagion…

 Elle a toujours gardé une bonne mémoire des choses : lorsque je me trouvais en vacances alors qu’elle avait la cinquantaine, elle était infaillible, je me plaisais à l’interroger sur les départements et leurs préfectures, les réponses étaient toujours précises… Je jouais souvent à la maîtresse d’école, elle en profitait pour me faire une leçon de grammaire, conjugaison ou d’orthographe, de façon ludique. D’ailleurs, plus tard, étant adulte lorsque je lui écrivais ou envoyais une carte, je soignais mon orthographe, je ne voulais surtout pas la décevoir !

Elle va épouser Alphonse Desré le 21 juin 1924 à Saint-Germier. Le couple va exploiter la ferme du Breuil et au recensement de 1936,  la famille s’est déjà bien étoffée, puisque 4 garçons sont nés et Léontine et Eugénie (sa mère et sa sœur aînée)  vivent également sous le même toit. La naissance d’une fille en 1937 puis d’un dernier garçon en 1945 viendront compléter la fratrie. La quarantaine passée, Marie a bien du mérite, elle participe aux travaux des champs, elle assume les tâches domestiques, élève des cochons, des volailles (poules, canards, oies), des lapins, assure l’entretien du linge et de la maison, suit la scolarité des six enfants et doit nourrir tous les jours dix personnes, quelle belle tablée !

Des moments difficiles et très intenses l’attendent pendant les conflits de la guerre de 1939 à 1945. Son beau-frère, Ernest Chaigneau, le mari de sa sœur Adrienne, sera fait prisonnier en Allemagne pendant cinq ans. Sa sœur reste donc seule avec ses deux filles en bas âge (4 et 9 ans) sur la ferme voisine. L’entraide se met en place, Alphonse va faire le travail de la ferme chez son beau-frère. Pour les gros travaux des champs, les moissons, ses quatre fils aînés (pourtant jeunes, à peine 10 ans pour le plus jeune) vont venir l’aider. Et le plus jeune qui a 85 ans à ce jour s’en souvient encore ! à la même période, les Chauvin vivaient également dans le village du Breuil. Le mari de Marie Chauvin, cousine de la famille et marraine du fils Lucien, avait une petite santé et était en difficulté pour réaliser la totalité des travaux de la ferme. Alphonse, solidaire de ces cousins, venait en aide également dans cette famille. Cette période a été très éprouvante pour toute la famille, et surtout pour Marie qui se retrouvait bien seule pour accomplir toutes les tâches à la ferme, elle a dû se mettre à la traite des vaches, en plus de soigner les animaux et volailles. Sa sœur, Eugénie, était illettrée, elle parlait très peu mais elle était courageuse, elle donnait un coup de mains pour nourrir les volailles et les lapins. Et Léontine, leur mère, participait à sa façon aux labeurs, elle restait en cuisine préparer les repas et dresser la table. Ces dures années ne leur ont laissé aucun moment de répit, même les dimanches n’étaient pas jours de repos !

La brouette, le garde-genoux et le battoir
Les lingères et la « ponne »

Marie a connu la corvée de lessive, fin des années 1950 jusqu’au début des années 1960. C’est avec de la cendre qu’elle tentait de redonner un semblant de propreté, pas de produits de lessive comme de nos jours ! La grande lessive ou bugeaille organisée 2 à 3 fois par an, était certainement la tâche ménagère la plus lourde. Pour obtenir un linge propre, il fallait le mettre à tremper, le faire bouillir, le battre, le rincer, l’essorer et le faire sécher au grand air… Aidée de sa belle-mère, elle passait la journée à faire bouillir le linge dans la grande cuve en pierre, la ponne. Elles avaient, au préalable, déposé au fond de celle-ci, la cendre,  le gros linge puis le linge plus fin ou « menu » et rempli d’eau. Elles arrosaient le linge régulièrement avec le jus de lessive ou lessi, retiré en bas de la cuve. Le lendemain, Marie devait s’occuper de charger tout le linge refroidi dans des ballins propres, chargés dans la mue, direction le lavoir situé après le jardin au milieu d’un pré en contrebas derrière la ferme. Et là, c’était le rinçage des draps, blouses, mouchoirs, camisoles… agenouillée dans le garde-genoux après avoir battu le linge avec le battoir en bois. Il restait donc à faire sécher toute cette quantité de linge, et je me souviens, il y en avait partout ! dans le haut du pré, sur les haies, par terre à même l’herbe !  Le beau temps sec était primordial, évidemment !!

La recette du mijhé

Pour cette bugeaille, sa sœur Adrienne, ainsi que les voisines habitant le Breuil, venaient aider, alors Marie préparait le déjeuner pour toutes ces lingères. Celui-ci se composait essentiellement d’un mijhé au vin bien sucré, d’un farci à l’oseille avec des œufs durs ou d’un rôti de porc et le tout était transporté dans un grand panier recouvert d’un torchon blanc.

Battages à Saint-Liguaire

Autre moment fort pour ma grand-mère : la période des moissons et battages, jusqu’en 1962. Chaque année, elle participait au ramassage des gerbes de blé dans les champs, gerbes qu’il fallait décharger dans la cour de la ferme puis les entasser en meules (ou mailles). Lorsque la batteuse, le tracteur, le monte-paille se mettaient en branle, la cour de la ferme devenait une ruche bourdonnante et bruyante au milieu d’une poussière impressionnante. L’entraide des voisins, une bonne vingtaine, était indispensable pour assurer les différents postes, gerbes, sacs de grains, paillers et le battage durait deux ou trois jours. Marie était aux commandes pour assurer le service de boissons, organiser les différents repas… Les conserves, pâtés et fromages faits à la ferme étaient utilisés et servis à table et plusieurs jours auparavant, Marie préparait des volailles, des rôtis, confectionnait des gâteaux. Le dernier repas marquant la fin des battages était l’occasion de faire la fête, ambiance mais aussi solidarité, convivialité étaient au rendez-vous ! à cette époque, j’avais 8 à 10 ans et je ne voulais à aucun prix rater cet événement, j’adorais aider à cuisiner, servir et débarrasser.

Un autre événement où la présence de ma grand-mère était indispensable : la cuisine au cochon. La décision de tuer le goret se prenait souvent à l’automne ou au début de l’hiver. L’animal devait atteindre un bon poids, environ 300 livres. Dès que la date était fixée, il fallait préparer les pots, bocaux, terrines ou pâtissières, saloirs… La bête était tuée le matin, c’était Alphonse qui le saignait, le nettoyait, le vidait et le dépeçait. L’animal égorgé, la maîtresse de maison récupérait le sang qui pissait par saccades dans une poêle à long manche. Ensuite, elle dirigeait le nettoyage des boyaux, gros travail de lavage, rébarbatif puis préparait les boudins, surveillait leur cuisson, il fallait qu’ils soient cuits à point !  Le lendemain, c’était la préparation des pâtés, saucisses, rôtis, morceaux de lard,  jarrets salés et jambons à essuyer, sécher, frotter avec du sel et des aromates. Pour cela, les femmes (voisines, cousines) passaient du temps à mouliner les chairs, le hachoir vissé au bout ou sur le côté de la table de cuisine, elles pesaient les épices selon le poids de viande puis Marie vérifiait l’assaisonnement. Une partie du  pâté était déposée dans les terrines ovales, le dessus étant garni de feuilles de laurier, un couvercle les recouvrait. Et tous ces pâtés étaient cuits dans le four à pain. L’autre partie était conservée autrement, le pâté était tassé dans les bocaux fermés hermétiquement par une rondelle de caoutchouc puis cuit à l’aide du stérilisateur en prenant bien soin de protéger et maintenir les bocaux avec des torchons pour éviter la casse.

Pour Marie, vers 1960, des difficultés supplémentaires vont naître puisque son mari, Alphonse, va être très malade. Il subira une trachéotomie, il ne pourra plus parler, pour communiquer avec lui, ce sera avec une ardoise. Le dernier fils n’a que 15 ans lorsqu’Alphonse décède en 1961. Elle se retrouve bien seule pour faire tourner l’exploitation et pour élever ce dernier enfant, lui trouver une situation. Elle reste discrète et avec son fort tempérament, elle se débrouille tant bien que mal. Elle a l’esprit de famille, elle aime se retrouver parmi les siens, sans doute pour y puiser les forces nécessaires à continuer… Le dimanche midi, elle invite souvent les enfants et petits-enfants, elle sait faire le bonheur des siens avec des choses simples. Au menu du dimanche, c’était souvent un pot-au-feu, une poule au pot, de la langue de bœuf sauce madère ou de la fraise de veau sauce vinaigrette. Ses desserts favoris étaient le broyé servi avec des fruits au sirop, le gâteau aux noisettes ou bien le gâteau fait de petits beurres trempés dans du café surmontés d’une petite crème au beurre…

Quand sa mère décède en juin 1964, elle restera seule avec sa sœur Eugénie. Finalement, Marie se sera occupée d’Eugénie toute sa vie, alors qu’aux dires de certains fils, sa sœur Adrienne s’était engagée à la prendre également. Ma grand-mère, au grand cœur, n’a jamais voulu d’histoire, Adrienne ne se manifestant pas, elle n’a pas voulu la lui imposer et elle ne s’est jamais plainte de cette situation. Arrivant à la soixantaine, elle va laisser l’exploitation de la ferme à son fils Michel et elle va se retirer près de chez sa fille dans le bourg de Saint-Germier. L’esprit de famille est toujours aussi fort. Tous les ans, nous lui rendions visite pour lui souhaiter la bonne année et ses arrière-petits-enfants se souviennent encore de leurs étrennes, un paquet de chocolats au lait ou praliné et deux clémentines. Malgré ses maigres revenus, elle n’oubliait personne, elle était généreuse.

Bien que la famille soit devenue nombreuse, elle arrivera encore à la réunir pour Pâques les premières années de retraite à Saint-Germier. Marie est donc à l’origine de notre repas de famille annuel, devenu institution, depuis 33 ans, bien qu’elle nous ait quittés en 1992. Quelle belle reconnaissance de la part de ses 6 enfants, 13 petits-enfants, 24 arrière-petits-enfants et 16 arrière-arrière-petits-enfants à ce jour !

N comme Nelly, Eva, Marguerite Fouillet dite Claire Sainte-Soline

La dame de Melleran

Un texte de Marguerite Morisson

Dix-huit ans ont passé depuis que, dans notre revue de mars 2002, était paru un article concernant ce personnage bien connu. Cette brillante intellectuelle, presque hors normes, (à 3 ans elle savait lire !), cette élève de l’école normale supérieure de Sèvres qui réussit une double agrégation de physique-chimie et de sciences naturelles, à une époque où les femmes n’avaient pas vraiment accès à l’instruction et à la culture en général et qui devint en plus une écrivaine bien connue, est peu à peu tombée dans l’oubli.

Le grand-père Barbeau

Nelly Fouillet est née à la fin du XIXe siècle, le 18 septembre 1891 à Melleran, dans la maison de son grand-père maternel, Pierre Barbeau, le forgeron du village. Ses parents, Pierre Armand Marie Fouillet et Henriette Léontine Barbeau sont instituteurs. Elle va donc les suivre au gré de leurs nominations dans différents villages des Deux-Sèvres.

La maison natale à Melleran

Si la famille Barbeau est de Melleran depuis plusieurs générations, la famille Fouillet par contre est originaire de la Gâtine. Pierre Fouillet est né le 5 mai 1867 à La Ferrière-en-Parthenay. Les générations antérieures sont de La Peyratte, Vautebis, La Chapelle-Bertrand ou Saint-Martin-du-Fouilloux.

Pierre Fouillet sort de l’École normale de Parthenay en 1886. Il est l’un de ces « hussards » de la République ; les lois Jules Ferry de 1881 et 1882 viennent d’être votées pour que l’école soit « Gratuite, Obligatoire et Laïque ». Son premier poste est à Terves. Mais la rentrée de 1890 se fait à Montalembert. Ce n’est sans doute pas vraiment un hasard puisque cette année-là, le 9 septembre 1890, il épouse à Melleran Henriette Léontine Barbeau, la fille du forgeron, une fille du sud du département.

Nelly lycéenne

Ils vont rester à Montalembert jusqu’en 1896, date à laquelle « l’instituteur d’élite » Pierre Fouillet est nommé à Rom ; ils vont y rester 14 ans jusqu’au 1er octobre 1910. La famille déménage alors à Saint-Romans-lès-Melle, ce sera le dernier poste du ménage Fouillet. Lorsque la famille quitte Rom, Nelly a 19 ans. Elle a brillamment terminé ses études secondaires au lycée de jeunes-filles de Niort, puis à Bordeaux et rejoint Paris et la prestigieuse école normale supérieure de Sèvres, d’où elle sortira professeur agrégé de sciences. Elle participe un temps à la recherche scientifique en chimie avec Camille Matignon, élève de Marcellin Berthelot.                                                    

Puis à son tour elle va se déplacer au gré de ses nominations qui la mèneront de La Châtre à Blois et à Paris au lycée Fénelon, en passant par Auxerre et Grenoble, pour finir à Fès au Maroc où elle terminera sa carrière de 1956 à 1958… le Maroc qui restera son pays de cœur avec la Grèce.

Le mariage (Archives Anne Gaud)

Vie privée

Là n’est pas vraiment le sujet de notre article. Mais on sait bien quels retentissements peuvent avoir les épreuves les plus intimes sur le cours d’une vie. Nous allons donc les évoquer rapidement.

Le 18 septembre 1918, à Saint-Romans-lès-Melle, Nelly Fouillet épouse Louis Coquard, artiste peintre originaire de l’Indre. Elle a 27 ans et lui 23 ans.

Le 16 novembre 1919 nait une petite fille, Paulette-Nelly. Mais esprit scientifique et esprit artistique sont-ils compatibles ? Assez vite, le ménage ne va pas très bien, mais le divorce ne sera prononcé qu’en juin 1941 à Versailles. Sans doute n’est-elle pas ressortie indemne de cette épreuve.

Sa fille, Paulette-Nelly, deviendra la même année 1941, l’épouse de Pierre Moinot, l’écrivain et académicien bien connu qui a donné son nom à la médiathèque de Niort et dont nous aurons l’occasion de reparler. Ils se marient à Saint-Romans-lès-Melle. Mariage convenu ?… car en réalité tous se connaissent très bien puisqu’ils sont cousins du côté Barbeau. Vous en aurez l’explication et la preuve avec le tableau réalisé en 2002 par madame Jacqueline Higelin-Moinot et reproduit à côté. Claire Sainte-Soline elle-même évoque d’ailleurs cette parenté dans son ouvrage « Les Années Fraîches ».

« Après une pause à La Pommeraie, chez nos cousins Moinot, nous nous élancions sur une route semblable aux montagnes russes, sur laquelle nous faisions des prouesses »

Mais les liens de parenté ne semblent pas avoir été suffisants ; très vite le couple Pierre Moinot et Paulette Coquard va se séparer. Pierre Moinot se remarie en 1947.

Les années passant, les parents instituteurs ont pris leur retraite et sont venus s’installer à Niort. En 1928, ils habitent rue René Cailler. Pierre Fouillet fut maire de Niort de 1932 à 1935.

C’est pendant cette période, en 1934, que va paraître le premier roman de Nelly Fouillet « Journée » et qu’elle va prendre le joli pseudonyme de Claire Sainte-Soline, en souvenir de ses années d’enfance, lorsque ses parents étaient instituteurs à Rom, tout près de ce village au nom poétique. Elle donne les raisons de son choix.

« Le vocable est féminin et je confie que je ne pouvais faire le choix que d’un surnom d’origine melloise, car j’adore les Mellois que je pense bien connaître et qui sont selon moi de caractère indépendant, l’esprit jovial et suprêmement amusants. »

Le bourg de Sainte-Soline

Pendant la guerre, Claire Sainte-Soline devenue un écrivain célèbre, vient enseigner provisoirement au lycée Fontanes à Niort. En 1942, elle fait même une conférence à l’Université Populaire à Niort.                    

Un écrivain fécond

À partir de 1934, les publications vont se suivre de très près, presque une chaque année.
1934 : Journée (Ed Rieder) chronique d’un village poitevin
1935 : D’une Haleine (Ed Rieder), récit d’une femme du peuple de Paris
1936 : Antigone ou l’Idylle en Crète (Ed Riede) récit d’un voyage en Grèce
1937 : Les Sentiers Détournés (Ed Rieder)
1938 : Le Haut du Seuil (Ed Rieder)
1940 : La Montagne des Alouettes (Presses Universitaires de France) chronique villageoise
1942 : Irène Maurepas (Presses Universitaires de France)
1943 : Petite Physique pour les non Physiciens (Presses Universitaires de France)
1944 : Et L’enfant que je fus (Presses Universitaires de France)
1947 : Belle (Presses Universitaires de France)
1950 : Le Mal venu (Ed Stock)
1952 : Le Dimanche des Rameaux (Ed Grasset) Une femme se libère de la tyrannie de son époux.
1953 : Reflux (Ed Grasset)
1954 : Mademoiselle Olga (Ed Grasset) recueil de nouvelles
1954 : Maroc (Ed Pierre Cailler Genève)
1955 : D’Amour et d’Anarchie (Ed Grasset) vie d’un couple d’artisans avant la 1re Guerre mondiale
1957 : La Mort de Benjamin (Ed Grasset) manque d’une seule voix le Prix Fémina
1959 : Castor et Pollux (Ed Grasset)
1961 : Le Menteur (Ed Grasset)
1962 : De la Rive étrangère (Ed Grasset), nouvelles écrites à la première personne
1964 : Si J’étais Hirondelle (Ed Grasset), tragédie où les personnages accomplissent un destin qu’ils réprouvent
1965 : Noémie Strauss (Ed Grasset) une femme perverse conduit ses amies au suicide
1966 : Les Années Fraîches (Ed Grasset) souvenirs autobiographiques d’une enfance solitaire et mal aimée
1969 : En Souvenir d’une Marquise (Ed Grasset posthume). Pardon pour les titres manquants.

C’est en 1958 qu’elle entra au jury du Prix Fémina. Mais n’oublions pas qu’elle siégea aussi en 1950 au jury du Roman Populiste, qu’elle fut vice-présidente du Penclub de France et qu’elle reçut l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur.

Outre l’admiration d’André Gide, ce qui n’était pas rien, c’est sans doute François Nourrissier, auteur contemporain et critique exigeant qui lui rendit le plus bel hommage : « … découvrir quelles passions sommeillent sous l’apparente banalité des lieux, des visages ; jeter vers les fonds ombreux de brusques coups de projecteur et nous offrir soudain, d’une honte, d’un secret, d’un désir informulé des images cruelles que nous n’oublierons plus. »

Malheureusement, malgré ces prédictions optimistes, Claire tomba dans l’oubli pendant de longues années. Et puis, petit à petit, ce fut un article dans la NR en 1997 : Enquête sur un écrivain disparu d’Yves Revert. En 2017 à Melleran pour le cinquantenaire de sa mort, on baptise l’école maternelle en présence de ses trois petites-filles et de son arrière-petite-fille.                                                                   

À Niort, une allée porte son nom. Dans notre département elle eut un indéniable succès et son joli pseudonyme reste connu…. mais c’était de la littérature féminine… d’une autre époque disait-on ! Et pourtant quelle richesse, quelle énergie, quelle clarté, quelle précision dans cette écriture de scientifique où se mêlent l’intuition littéraire, la finesse d’observation, l’intérêt pour les plus démunis et tous les êtres en souffrance. « Il y a trop d’inégalités par le monde. La misère des autres pèse sur moi » disait-elle.

Voici ce qu’en dit Michelle Clément-Mainard dans le fascicule « Signatures en Deux-Sèvres » édité en 1994 par le Conseil général des Deux-Sèvres : « Il n’y a ni fadeur, ni sentimentalisme, ni sensiblerie chez Claire Sainte-Soline. C’est au contraire une œuvre dérangeante, aux personnages ambivalents, où la grisaille du quotidien laisse entrevoir des fractures douloureuses de révoltes non abouties, de lâchetés inavouées, de violence sourde. Une œuvre où les seules douceurs semblent venir d’un amour de la nature qui fait entendre, en opposition à l’ambiguïté des rapports humains, ses harmonies sereines de lumière, de couleurs, de parfums. »                          

À Chef-Boutonne, « Le Toit aux livres »

Mais pendant toutes ces années de soi-disant oubli, il y avait en Deux-Sèvres, un endroit récemment découvert, où Claire Sainte-Soline n’était pas oubliée. Tout ce qui touche Claire Sainte-Soline est là, réuni en ce lieu extraordinaire, devenu par la volonté d’un homme, une bibliothèque où il a réuni non seulement l’œuvre de Claire Sainte-Soline, mais aussi d’autres écrivains du Mellois : Auguste Gault, Emilien Travers et bien d’autres… le fonds ethnographique de « la Vestegaille » groupe traditionnel, des écrits libertaires, des publications de L’école Moderne Française (pédagogie Freinet), les Girouettes et le vent, Gens du voyage, contes, poésies… il est impossible de tout nommer.                                                              

Mais la part belle revient à Claire Sainte-Soline, à laquelle le propriétaire des lieux voue une admiration sans borne. « Claire-Sainte-Soline, rebelle et indomptable » est le titre du livre qu’il lui a consacré et qu’il a présenté fin avril dernier à Chef-Boutonne. Le tirage est épuisé mais on peut le trouver à emprunter à la médiathèque Pierre Moinot de Niort.

Jean-Claude Pommier, le propriétaire des lieux a tout imaginé, tout fait, réuni les documents, les a agencés, disposés, assemblés par thème. Ce creux de maison situé en haut d’une venelle pentue, non loin des sources de la Boutonne est en plus un lieu presque historique : c’est la maison natale de Jean-François Cail, personnage important des Deux-Sèvres que nous avons déjà évoqué dans notre revue, devenu un pionnier de la Révolution Industrielle du XIXe siècle, constructeur de locomotives, de chemins de fer et du pont Alexandre III à Paris et dont l’hôtel particulier à Paris n’avait rien d’un creux de maison. C’est aujourd’hui la mairie du VIIIe arrondissement.

À Chef-Boutonne, son buste se dresse au milieu de la place Jean-François Cail et un lycée professionnel porte son nom. Sans doute n’avait-il pas oublié ses origines, puisqu’il fut un patron social créant maisons, écoles et sécurité sociale pour ses ouvriers. Un caractère bien trempé.

Mais de ce côté-là, Claire Sainte-Soline n’était pas en reste !… elle qui dut sans doute se battre pour s’affirmer dans le milieu scientifique essentiellement masculin. À cette époque, il n’était pas si simple d’être une femme agrégée et qui en plus, eut le culot de se lancer en littérature ! L’équivalent masculin existe-t-il ?

Claire à la fin de sa vie

Jusqu’à la fin de sa vie, elle garda son esprit indépendant, voire frondeur, rebelle et anticonformiste. « Seule, elle n’était elle-même qu’à ce prix ! » Seule, c’est ainsi que Claire Sainte-Soline eut à lutter contre un ennemi plus sournois encore. Pendant dix ans elle soigna un cancer du sein qui finit par avoir raison de sa résistance. Claire est décédée à Paris le 14 octobre 1967 dans le XIVe arrondissement. Mais elle fut inhumée à Niort, au cimetière des Sablières, où elle repose près de ses parents.

Souhaitons que ce modeste article aide à réveiller les souvenirs et surtout à prendre conscience que nous possédons ici en Deux-Sèvres des richesses littéraires dont l’auteure est une femme d’exception.

                                                                                                            

Sources :
Signatures en Deux-Sèvres
Wikipédia              
Jean-Claude Pommier et « Son Toit aux Livres » à Chef-Boutonne               
Notre revue n° 40 de mars 2002              

Remerciements à monsieur Jean-Claude Pommier qui m’a consacré du temps dans son « Toit aux Livres » dont la porte ne s’ouvre que sur RV. (Contact : 05 49 29 87 43)

M comme Marie Miot

Un texte de Marc Bouchet

Le 8 avril 1830, Marie Miot, par testament passé devant Me Granger, notaire à Verruyes, donne et lègue aux pauvres : « une rente perpétuelle de 20 doubles décalitres de blé, moitié seigle, moitié baillarge que je charge mon mari et après lui mes héritiers de leur payer sans retenue à compter du jour de mon décès et ainsi continuer d’année en année à la même époque et à perpétuité. » Outre ce don aux pauvres de Mazières- en-Gâtine, elle a fait un don à son mari et à sa filleule.

Qui est Marie Miot ?

Il est intéressant de noter que la famille de Marie est une famille de paysans modestes habitant Mazières-en-Gâtine.
Le 27 octobre 1792, un acte de partage avait été passé devant le notaire Bonnenfant par les membres de la famille Miot après le décès de François Miot, grand-père de Marie. François avait épousé en premières noces Jeanne Veillon, puis après le décès de cette dernière avait contracté mariage avec Marie Françoise Bonnet, épouse vivante au moment de l’acte de partage. Étaient présents à l’acte de partage, Jean Robert demeurant la Soultière, veuf de Charlotte Miot, fille décédée de François et Jeanne Veillon, représentant ses enfants mineurs, Louis Miot, bordier demeurant à Beauchamps, les mineurs François, Joseph, Madeleine, enfants de François et Marie François Bonnet, demeurant à la Lière, représentés par leur oncle maternel Joseph Bonnet. L’ensemble des domaines partagés par les parties ont été évalués en revenus de 50 livres. Réf. 3 E 14598

Marie est née à Mazières-en-Gâtine, le 16 nivôse an 6, fille de François Miot et Radegonde Dupont. Les témoins sont Pierre Dupont et Marie Bonnet. François Miot a épousé Radegonde Dupont, en l’an 2 et ils ont passé un contrat de mariage devant Me Proust, notaire à Verruyes, le 11 pluviôse de l’an 2. Chacun des deux époux apporte à la communauté une somme de 300 livres. Parmi les conditions du contrat, le couple accueillera ladite Bonnet, mère de Radegonde. François habite le village de la Lière et Radegonde au bourg de Mazières. Réf. 3 E 14600.

Le couple Miot-Dupont donnera naissance à quatre enfants, Marie ainsi que Joseph, Françoise et François qui sont décédés très tôt. En effet, le 2 nivôse de l’an 12, François Miot fait la déclaration de succession de Joseph, décédé à l’âge de 8 ans, le 8 thermidor de l’an 12. Et le dernier jour complémentaire de l’an 12, il déclare la succession de François. La mère de Marie décède le 16 floréal de l’an 11, à Mazières-en-Gâtine. Radegonde est âgée de 32 ans. Le 28 brumaire de l’an 14, devant Théodore Brunet juge de paix de Mazières-en-Gâtine, François Miot manifeste son intention de faire l’inventaire des meubles et effets de la communauté qui existe entre sa fille mineure et lui-même. Pour cela il réunit le conseil de famille afin de donner un subrogé tuteur à sa fille. Le conseil est composé de Louis Miot, demeurant Saint-Georges-de-Noisné au village d’Aurioux, oncle paternel de Marie, Jean Louis Russeil et Louis Russeil,  propriétaires, ses parents au 4e degré du côté paternel, demeurant à la Cointerie de Saint-Pardoux, Louis Dupont, maréchal au bourg de Mazières-en-Gâtine, son oncle maternel, Jean Bonnet, maire de Mazières, propriétaire, oncle maternel de Marie, à cause de Marie Dupont, son épouse et François Veillon, propriétaire, demeurant à la Glamière, commune de Saint-Pardoux, cousin au 4e degré du côté maternel. Réf. Justice de Paix de Mazières-en-Gâtine.

Le conseil de famille a nommé Louis Dupont, subrogé tuteur pour aider François Miot à faire le partage et l’inventaire. Pour connaître les biens possédés par Radegonde Dupont, il faut se référer à la succession déclarée par François Miot, le 29 vendémiaire an 12. L’acte de succession souligne que François est « père bienveillant de sa fille. » On trouve une somme de 500 francs reçue devant le notaire Beaudoin, à Parthenay le 26 pluviôse an 11. Réf. 3 E 12298. Plus la moitié de la somme de 500 francs, portée en l’acte obligatoire, passé devant Me Baschard, notaire à Secondigny, le 26 nivôse an 9. Réf. 3 E 8082. Plus la moitié de la somme de 500 francs, acte du même notaire Baschard, du 3 floréal an 9. Réf. 3 E 8082. Plus le quart d’une borderie sise à la Chabirandière, sise à Mazières-en-Gâtine, dont jouit verbalement Pierre Dupont, au revenu de 30 francs. Plus un mobilier d’une valeur de 200 francs. François Miot précise que son épouse est décédée sans vêtement.

En fait, François Miot a voulu que la succession de sa défunte épouse soit mise au clair avec sa fille mineure car il a le projet de se remarier. Et en effet, le 7 frimaire an 14, il épouse Marie Veillon, âgée de 38 ans, demeurant à la Veslière de Saint-Marc-la-Lande. La nouvelle épouse est veuve de René Pelletier, décédé le 7 nivôse an 11. Elle élève ses 3 enfants, nés de son premier mariage, soit Marie Madeleine âgée de 15 ans, René âgé de 11 ans et Pierre qui a 8 ans. Un acte de tutelle a été passé,le 28 brumaire an 14, aux termes duquel Marie Veillon, conserve la tutelle de ses enfants mais François Miot est nommé cotuteur. Les deux époux ont passé un contrat de mariage devant Me Baraton, notaire à Champdeniers, le 14 frimaire an 14.

Le 6 mars 1813, François Miot, atteint selon ses propres mots « depuis quelques mois, d’une maladie grave dont il craint le plus funeste effet », décide d’émanciper sa fille Marie, son unique héritière, alors âgée de 15 ans. Ayant jugé que la jeune fille a atteint l’âge de raison, et qu’elle s’est toujours bien comportée, François estime qu’elle peut jouir par elle-même de ses biens meubles et peut percevoir le revenu de ses immeubles. Devant le juge de paix de Mazières-en-Gâtine, Théodore Brunet, il choisit un curateur pour sa fille en la personne de Joseph Miot, garde champêtre de la commune, et oncle de Marie. Ce curateur pourra l’assister et l’autoriser quand elle aura besoin. Réf. Justice de paix de Mazières-en-Gâtine. Le père de Marie a eu un juste pressentiment puisque le 26 avril 1813, François Miot décède à la Lière de Mazières. Son tuteur Joseph Miot a été garde champêtre à Mazières-en-Gâtine et à Saint-Marc-la-Lande. Il fut accusé de bonapartisme, en 1818, par une pétition rédigée contre lui. Il a été poursuivi pour accusation de corruption dans l’exercice de ses fonctions.  Nous avions fait, dans la revue du Cercle généalogique, un article intitulé L’affaire du garde champêtre de Mazières.

Et le 1er octobre 1813, Madeleine Veillon, en son nom et agissant pour Marie Miot, vient faire la déclaration de succession. Il leur est échu la moitié d’un morceau de pré et deux pièces de terre, situés à Sainte-Ouenne, le tout non affermé d’un revenu de 22 francs, au capital de 440 francs. Ainsi qu’une pièce de terre, non affermée, sise à Germond d’un revenu de 20 francs au capital de 200 francs. Et le 3 novembre 1817, Marie utilise son droit de passer gérer par elle-même ses biens en présence de Joseph Miot, elle afferme pour 7 années jusqu’en 1825, à Philippe Dion (ou Guion) et Marie Bonnet, son épouse, et à Jean Bonnet, frère de ladite Bonnet, demeurant à la Guittonnière, la métairie de la Bouctière. Marie a signé l’acte de fermage passé devant le notaire Bonnenfant.

Mariage de Marie

Marie épouse Pierre Bonnenfant, le 27 avril 1819, à Mazières-en-Gâtine. Pierre Bonnenfant est veuf de Marie Rose Gautier qu’il avait épousé à Vouhé, le 14 octobre 1813. Pierre Bonnenfant est un des cinq enfants de Jean Bonnenfant et Marie Couturier, tous les deux décédés. Jean Bonnenfant était notaire à Verruyes. Un contrat de mariage avait été passé devant Me Ardouin, notaire à Parthenay, le 29 septembre 1813. Pierre était domestique à la Martinière de Vouhé et Rose Marie habitait à Bois-Grolier. Il est à noter que Rose Marie Gautier savait lire et écrire puisqu’elle avait rédigé de sa propre main son testament en faveur de son époux, le 2 décembre 1813. Le dépôt du dit testament avait été fait en l’étude de Me Bernardeau, notaire à Parthenay, le 9 janvier 1814. Réf. 3 E. 13743. Un contrat de mariage a été passé le jour même du mariage, auprès de Me Pouzet, notaire à Mazières. Le futur époux apporte 3 500 francs provenant de la succession mobiliaire de ses père et mère ainsi que de son travail et de ses économies. La future épouse apporte 6000 francs de la succession mobiliaire de ses père et mère. Elle déclare apporter 3 500 francs, les 2 500 restants n’entreront pas dans la communauté, elle se les réserve pour elle, les siens, et ses héritiers collatéraux. Réf.  3 E.14683

Signatures des époux sur le contrat de mariage

Pierre Bonnenfant devient maire de Mazières-en-Gâtine. Il est nommé par le préfet des Deux-Sèvres, le 5 mai 1824, en remplacement du citoyen Vivier, démissionnaire. Et par arrêté du 17 mai, le sous-préfet de Parthenay nomme à son tour Pierre Bonnenfant, maire du dit Mazières.

Paysanne de Mazières-en-Gâtine (source AD79)

Marie est décédée le 6 mai 1830, au lieu de la Chabirandière de Mazières-en-Gâtine, âgée de 30 ans. La déclaration de son décès a été fait, le 7 mai, par Jean Auclair, garde champêtre, et Jean Vivier, domestique au château du Petit-Chêne. La déclaration de succession de Marie est faite au bureau de Parthenay, le 2 octobre 1830 par Jean Bonnet, demeurant à la Guillonnière de Mazières. Celui-ci représente, comme la défunte est décédée sans enfants, les héritiers de la famille Dupont et Miot. Les biens déclarés sont la borderie de la Chabirandière, exploitée par Pierre Bonnenfant, l’époux de Marie, borderie évaluée à 41 francs de revenus. Plus la moitié de deux champs situés aux Brossardières de Saint-Pardoux et le pré de la Mouline, situé même commune. Les biens acquis par la communauté Bonnenfant-Miot se composent de la moitié d’un pré situé à Saint-Georges-de-Noisné estimé à 9 francs 58 et d’un demi-champ situé à Saint-Pardoux, estimé à 10 francs. Et le 3 novembre 1830, Pierre Bonnenfant fait la déclaration de succession de son épouse défunte, soit la moitié du mobilier de la communauté, évalué à 900 francs 60, donc 450 francs 30. Il déclare aussi l’usufruit des immeubles délaissés par la défunte, c’est-à-dire 2 347 francs dont 117 francs 50. Réf. 3 Q-19/ 149, numéros 36 et 66.

Le 14 avril 1844, le conseil de fabrique de Mazières-en-Gâtine accepte le legs de Marie Miot. Auparavant, le 23 février 1844, le conseil municipal du dit Mazières s’était déjà réuni, sous la présidence de monsieur Alain Jorigné, maire, et après avoir affirmé son acceptation du legs, avait donné mandat pour faire les démarches nécessaires auprès des autorités impliquées par le don. Pierre Bonnenfant s’engage par écrit de sa propre main « à verser pendant sa vie et après lui ses héritiers » la rente de vingt double-décalitres de blé, moitié baillarge et moitié seigle. Les autorités locales, sous-préfet et préfet, et nationales, ministre de l’Intérieur, vont donner leur accord. Outre ce legs, Marie Miot avait aussi fait don de 250 francs pour faire dire des messes à son intention. Elle avait aussi donné 200 francs à l’église de Mazières. Elle avait également légué à sa filleule, Marie Eléonore Barlière, une rente viagère de 150 francs que son mari et les héritiers devraient payer jusqu’au décès de ladite filleule. N’ayant pas d’enfants nés de son mariage, Marie a pu vouloir faire bénéficier de sa générosité cette filleule.

Dans les registres de l’état civil de Mazières, on trouve le mariage de Marie Barrelière ou Barelière, le 23 septembre 1844, avec Jean Faucher. Ses parents habitent la Chabirandière de Mazières et parmi les témoins, on note la présence de Pierre Bonnenfant, parrain de l’épouse. On peut supposer qu’au baptême de  Marie Barelière, Marie Miot avait été marraine de cette dernière. Réf 4 E 179/ 6.

Et le 7 mai 1844, Le vicaire général du diocèse de Poitiers, de Rochemonteix, au nom de l’évêque, Mgr Joseph André Guitton, donne son autorisation au trésorier de la fabrique de Mazières-en-Gâtine, pour recevoir le don de Marie Miot. Toutes les références de ce don peuvent être consultées dans la série 4 O 152. Dons. Mazières-en-Gâtine. Après le décès de sa seconde épouse, Pierre Bonnenfant se remarie pour la troisième fois. Il lie union avec Marguerite Victoire Pineau, fille de François et Madeleine Texier, demeurant à la Martinière de Vouhé (où il avait été domestique lors de son premier mariage). Un contrat de mariage a été passé devant Me Guilhaud, notaire à Parthenay, le 2 juin 1834. Marie Victoire a signé le contrat de mariage. Réf. 3 E 12323.

Pour conclure, je veux souligner que, outre l’intérêt de la recherche sur le don fait par Marie Miot, j’ai trouvé dans cette famille Bonnenfant-Miot des femmes ou des épouses qui savaient lire et écrire.  Une chose pas si courante même au XIXe siècle.

L comme Louin et son épicière, Mme Billerot

Un texte d’Emmanuelle Phan (Des gens d’avant)

Dans les années 1950, Madame Billerot était une des deux épicières de Louin, village du nord des Deux-Sèvres, à mi-chemin entre Thouars et Parthenay, 709 habitants (Insee 2017)

L’épicière de Louin

Je connais Madame Billerot par le récit familial et quelques photos. Sur celle-ci, datée de 1956, elle se tient devant sa boutique, entourée de deux fillettes, ma mère et sa sœur. Mme Billerot avait alors 84 ans. Ma mère raconte : « nous l’aimions bien car quand nous entrions dans sa boutique avec mon grand-père, elle nous offrait des « bonbons haricots » de toutes les couleurs qu’elle tirait d’un grand bocal. » Elle avait un fils, Fernand, qui se chargeait de la distribution des journaux en porte-à-porte.

Mme Billerot devant son épicerie , 1956. Archives familiales

Ces photographies et souvenirs ont été précédemment communiqués au site Mémoire de Louin, page sur les portraits des commerçants.

Mais qui est vraiment Madame Billerot ?

On pense que Madame Billerot est veuve de guerre, me dit ma mère. Ou qu’elle y a perdu son fils. Ou son fils et son mari. – mais il n’y a qu’un Billerot sur le monument aux morts 1915. Y a-t-il un mystère Billerot ? Son fils est-il réellement son fils ? Au moment où j’ai commencé cette enquête généalogique, voilà les questions qui se posaient.
J’ai pu reconstituer une partie de la vie de Mme Billerot en exploitant des ressources disponibles au public : Archives départementales des Deux-Sèvres, cimetière de Louin.

La vie ordinaire d’une femme de sa génération

Au final, cet article raconte l’histoire d’une vie somme toute ordinaire, la vie d’une femme de sa génération, marquée par les drames personnels de la Première guerre mondiale, comme tant d’autres femmes.
L’épicière de Louin s’appelle Rose Angelina Bigot. Elle ne semble pas avoir vécu ailleurs qu’à Louin. Née en 1872, fille de cultivateurs, mariée à un cordonnier. Ils ont un fils unique d’abord, qui devient cordonnier lui aussi mais meurt pour la France à l’âge de 20 ans. Le père aussi mobilisé revient de la guerre et il leur naît un second fils en 1918, 3 ans après le décès de l’aîné. Mme Billerot devient veuve en 1929, elle a alors 56 ans et un fils de 11 ans. Je suppose que c’est à ce moment qu’elle devient épicière. Elle décède à l’âge de 93 ans (1965). Son fils lui survit une vingtaine d’années.

La vie avant la Première Guerre mondiale

1872. Naissance de Rose Angélina Bigot à Louin

Rose Angelina Bigot nait le 26 mars 1872 à Louin. Son père Jean Narcisse BIGOT, 35 ans, cultivateur. Mère Rose Dézanneau, 38 ans, sans profession. Le père ne signe pas. Les témoins sont deux Jean Voyer, l’un âgé de 48 ans, marchand, et l’autre âgé de 25 ans, maréchal. Ils signent tous les deux. Tout ce monde vit à Louin.

Transcription de l’acte de naissance :
L’an 1872, le 26 du mois de mars sur les 8 heures du matin
Par devant nous Jacques GUERUCHON, officier de l’État Civil de la commune de Louin canton de Saint-Loup département des Deux-Sèvres
Est comparu Mr BIGOT Jean Narcisse, âgé de 35 ans, demeurant à Louin, profession de cultivateur
Lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, né le 26 mars, sur les 2 heures du matin, en son domicile de lui déclarant et de DéZANNEAU Rose, son épouse, âgée de 38 ans, sans profession, demeurant à Louin, à qui il a été donné le prénom de Rose Angelina
Lesdites déclaration et présentation faites en présence de Mr VOYER Jean, âgé de 48 ans, demeurant à Louin, profession de marchand, et de Mr VOYER Jean âgé de 25 ans, demeurant à Louin, profession de maréchal, et ont les déclarant et témoins signé excepté le déclarant qui a déclaré ne savoir signer, le présent acte, après qu’il leur en a été fait lecture
Signatures : Voyer Jean, Voyer Jean
Mention marginale : décédée à Airvault, 16 mars 1965

Acte de naissance, Louin, 187.2 AD79 4 E 162/3

1894. Mariage de Rose Angelina Bigot avec Jean Théophile Billerot, à Louin

À son mariage, le 2 juillet 1894, Rose Angelina Bigot est âgée de 22 ans. Elle vit toujours à Louin, sans profession. Son père Narcisse Bigot est décédé depuis 3 ans (Louin, 13 août 1891). Sa mère, Rose Dézanneau, est âgée de 61 ans.
Rose Angelina Bigot a au moins deux frères aînés, témoins à son mariage : il s’agit de Jean et Paul Bigot, respectivement âgés de 33 et 30 ans, tous deux cultivateurs à Louin. Tous les deux signent, contrairement à leur père 22 ans plus tôt.
Les informations concernant les frères proviennent de ressources en ligne que je n’ai pas vérifiées : Jean (Jean Narcisse BIGOT) né vers 1860 serait à cette date déjà marié depuis 8 ans à Clémence MARSAULT (Louin,1887). Paul (Paul Désiré BIGOT), né vers 1863 se marie avec Marie Delphine GAILLARD trois ans après sa soeur (Louin 15 janvier 1895).

Signature sur son acte de mariage en 1894

Elle signe aussi, Angelina Bigot.
Le mari d’Angelina Bigot se nomme Jean Théophile BILLEROT. Âgé de 25 ans. Cordonnier à Louin. Cependant, sa famille vient d’ailleurs, de Saint-Martin-du-Fouilloux. Il signe Th Billerot (Théophile)

Concernant Saint-Martin-du-Fouilloux : j’ai été bien surprise de découvrir l’existence de deux communes portant ce nom, l’une dans les Deux-Sèvres (79420), l’autre dans le Maine-et-Loire (49170), deux communes distantes d’une bonne centaine de kilomètres. La naissance de Jean Théophile Billerot figure bien dans les registres du Saint-Martin-du-Fouilloux des Deux-Sèvres (18 mars 1869 4 E 285/3 vue 228)

Les deux Saint-Martin-du-Fouilloux (Google Maps)

Non seulement sa famille vient d’ailleurs, 30 km, mais ne sont pas des agriculteurs. Ses parents, Jean Pierre BILLEROT et Marie Louise CHARRON, sont dits marchands. Un autre acte nous apprend qu’ils sont plus exactement épiciers (mariage de Pierre Fridolin BILLEROT, 17 décembre 1894, Tours).

Mariage Bigot x Billerot, Louin, 1894. AD79 4 E 162/9

1895. Naissance de leur fils, Maurice Billerot

14 mars 1895, naissance de Maurice Raymond Delphin Roger BILLEROT à Louin. Son père Jean Théophile BILLEROT, cordonnier à Louin, et sa mère Rose Angelina BIGOT, sans profession. Témoins : Delphin BILLEROT, 24 ans, négociant, Parthenay (c’est le plus jeune frère de Théophile Billerot) et Delphin GAILLARD ; 42 ans, instituteur à Louin.

Naissance Maurice Billeroy, Louin, 1895. AD79 4 E 162/9

Cette naissance est la seule, du moins pour l’instant. À ma connaissance, Maurice Billerot est resté, de son vivant, l’unique fils du couple.

La vie de la famille Billerot jusqu’à 1914

Mari et fils cordonniers dans le bourg de Louin
Les recensements de Louin de 1901 et 1906, lorsque le fils Maurice Billerot a 6 ans puis 11 ans, nous confirment que Théophile Billerot reste cordonnier, patron, et Angelina Billerot sans profession. Ils vivent dans le bourg de Louin.

Recensements 1906 et 1911, Louin. AD79 6 M 213

Par sa fiche militaire, on sait que le fils, Maurice Billerot, était lui aussi cordonnier vers l’âge de 19 ans, en 1914.

Caractéristiques physiques d’après les fiches militaires
Les fiches militaires nous indiquent les caractéristiques physiques du mari et du fils.
Le mari, Théophile Billerot, a les yeux et sourcils châtain foncé, yeux roux, front haut, nez petit, bouche grande, menton rond, visage plein, taille 1m61, signe particulier : rousseur légère.
Le fils, Maurice Billerot, cheveux noirs, yeux bruns, front large, nez ordinaire, visage rond, 1m69, degré d’instruction 3 (ce qui signifie : possède une instruction primaire plus développée que juste savoir lire et écrire)
De 1895 à 1914, la future épicière de Louin Rose Angelina Billerot vit donc avec son mari cordonnier, un fils unique qui devient aussi cordonnier. Les archives ne permettent pas d’imaginer autre chose qu’une vie de famille plutôt tranquille. La Première Guerre mondiale va tout bouleverser.

La Première Guerre mondiale

1915. Le décès du fils, Maurice Billerot

Plaque de l’église de Louin

Maurice Billerot est mobilisé en décembre 1914 et décède le 8 octobre 1915, à l’âge de 20 ans. Il était soldat dans le 125e régiment d’infanterie, matricule 1023. Tué à l’ennemi à Loos, Pas-de-Calais. Voir sa fiche Mort pour la France dans la base Mémoire des hommes et sa Fiche matricule bureau de Parthenay, classe 1915, Matricule 1023, Archives départementales des Deux-Sèvres R 698 vue 36/725.
Sa fiche matricule indique qu’il est arrivé au corps le 17 décembre 1914, passé au 125e régiment d’infanterie à Poitiers le 15 avril 1915, tué à l’ennemi à Loos le 8 octobre 1915.
Le nom de Maurice Billerot figure sur le monument aux morts de Louin, au côté des 55 morts de 1914-18. Le site MémorialGenWeb m’apprend que Maurice Billerot figure aussi sur la plaque commémorative située dans l’église de Louin.

La guerre du mari

Voilà ce que nous apprend la fiche matricule du mari d’Angelina Bigot, Registres matricules > Bureau de Parthenay classe 1889,  Cote : R 647-1
Théophile Billerot a effectué son service militaire entre 1890 et 1893, avant de se marier. Certificat de bonne conduite accordé.
Lors de la mobilisation du 1er août 1914, il est âgé de 45 ans. J’ai l’impression qu’il ne reste mobilisé que 2 jours dans un premier temps, puis est appelé au 20e régiment d’artillerie le 16 novembre 1914. Il reste sous les drapeaux pendant 15 mois, jusqu’en février 1916. C’est pendant cette période qu’il perd son fils unique, Maurice Billerot.
Ensuite, il est en sursis et travaille alternativement à la maison Silard à Doué (Doué-la-Fontaine, 49) et à la maison Maurice à Châtellerault. Châtellerault et Doué sont situées à 50 – 60 km de Louin. J’ai recherché des traces des entreprises mentionnées. Il s’agirait de manufactures de chaussures :
Pour la maison Maurice : H. Maurice et E. Berthelemy, Manufacture de chaussures. Chaussures, cuirs, sabots et galoches, feutres et sandales. 8 rue Sainte Marthe à Châtellerault. J’ai repéré une facture de 1911 sur le site Delcampe.net
Concernant la maison Silard, des cartes postales toujours sur Delcampe montrent la sortie des ateliers de la maison Silard et fils (avant 1905). J’ai aussi repéré des factures de Silard et fils : « manufacture de chaussures cousues et clouées (A. Silard et Fils, Doué-la-Fontaine. 1911 et 1912) »
Ce travail en manufacture de chaussures est cohérent avec son métier (cordonnier) et ce que j’imagine du besoin de production de chaussures pendant cette guerre. Néanmoins, des précisions seraient bienvenues sur le contexte, si des lecteurs de cet article en ont. Il s’agit d’un homme de plus de 45 ans, en sursis, dont la fiche militaire retrace des activités liées à sa profession dans des usines situées plutôt loin de chez lui.  Voici l’extrait de la fiche matricule d’où je tiens les informations.

Extrait de la fiche matricule de Théophile Billerot. AD79 R 647-1

Le 16 mars 1917, il est « détaché dans ses foyers à Louin au titre de propriétaire exploitant ». Libéré définitivement du service militaire le 30 novembre 1918. Il est alors âgé de 49 ans.

La guerre d’Angelina

Quant à Rose Angelina Billerot, la future épicière de Louin, on ne connaît de sa guerre que le départ du mari au 3e mois de la guerre, celui de son fils de 19 ans au 4e mois de la guerre, la mort du fils au 7e mois de la guerre, le retour du mari à une forme de vie civile mais loin du domicile au 18e mois de la guerre et le retour définitif du mari au 29e mois de la guerre.

L’enfant de la fin de la guerre

Le mari d’Angelina Billerot rentre à Louin en mars 1917. Un an plus tard leur naît Fernand Jean Paul BILLEROT, vingt-deux ans après la naissance et trois ans après le décès de son frère aîné Maurice Billerot.
Fernand BILLEROT, né le 6 mars 1918 à Louin, décédé le 13 décembre 1989 à Airvault (source : base décès de l’Insee et mention marginale sur l’acte de naissance)
Découvrir cette naissance a été pour moi une surprise. Je ne peux que supposer que cela l’a été également pour eux et pour leurs proches.

Transcription de l’acte de naissance
Le 6 mars 1918, à 6 heures du matin, est né à Louin Fernand, Jean, Paul BILLEROT du sexe masculin de BILLEROT Jean Théophile, 49 ans, cordonnier, et de BIGOT Rose Angelina, 46 ans, sans profession, son épouse, domiciliés à Louin
Dressé par nous, le 7 mars 1918, 2h du soir, sur présentation de l’enfant et déclaration faite par le père
En présence de Augustin CORNUAU (…) instituteur demeurant à Louin, et de Louis CHILLOC(?) garde champêtre demeurant à Louin, témoins majeurs qui, lecture faite, ont signé avec le déclarant et nous, GUERUCHON François, maire de Louin

Naissance Fernand Billerot, 1918, Louin. AD79 AE 162/15

La vie d’après la guerre – 1918-1929

Quelle fut la vie d’après-guerre de Rose Angelina Bigot épouse Billerot, avec son mari revenu, son aîné décédé et un nouvel enfant ? Voici les quelques éléments dont j’ai connaissance par les archives accessibles en ligne et visites au cimetière de Louin.

Une vie en famille, 1918-1929

Faute d’éléments, je ne peux que supposer que la famille passe la première décennie d’après-guerre à Louin, le mari Théophile Billerot cordonnier, comme en 1918 ; la femme Rose Angelina Billerot mère au foyer ; un enfant à élever, Fernand.

La belle-mère à la maison ?

Peut-être la mère de Théophile Billerot vit-elle avec eux à Louin dans ses dernières années, 1923-1929. Retraçons son parcours, à la belle-mère. Elle s’appelle Marie Louise CHARRON.
En 1906, elle vivait encore avec son mari à Saint-Martin-du-Fouilloux (79). Elle aurait alors 62 ans. Je ne connais pas la date du décès du mari Jean Pierre Billerot.
En 1923, elle est déjà veuve mais vit encore à Saint-Martin-du-Fouilloux (décès de Clément Billerot, 7 juillet 1923, Bois-Colombes 92)
En 1926, elle aurait 82 ans. L’acte de décès d’un de ses enfants la rapporte domiciliée à Saint-Loup-sur-Thouet, à 3 km de Louin (décès de Fridolin Billerot à Tours, 1926).
En 1929, elle décède vraisemblablement à Louin, ou à Saint-Loup-sur-Thouet, ou dans les environs. Louise Charron repose au cimetière de Louin : Marie Louise CHARRON, veuve de Jean BILLEROT, 6 août 1844 – 2 Juin 1929.

Et les frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœurs ?

Pour être complet, il faudrait prendre des nouvelles de la famille proche du couple. Je n’ai pas recherché de manière approfondie, juste quelques informations glanées de ça de là, qui font l’impasse sur d’éventuelles sœurs d’ailleurs.
Côté Rose Angelina Bigot épouse Billerot, il y a au moins Jean et Paul BIGOT, ses frères. Aux dernières nouvelles ils sont cultivateurs à Louin et toujours à Louin en 1906 (recensement). Jean (Jean Narcisse) BIGOT, 14 juillet 1861- ?, marié en 1887 à Clémence MARSAULT;. Paul Désiré BIGOT, 1863 – ?, marié à Marie (Marie Delphine) GAILLARD à Louin le 15 janvier 1895. Je n’ai pas trouvé leurs dates de décès, ni recherché des enfants… donc, je ne peux rien dire sur une éventuelle proximité avec une famille proche, à Louin.
Côté Théophile Billerot, il y a au moins trois frères : Fridolin, Clément et Delphin Billerot. Eux n’étaient pas cultivateurs à Louin mais employés de commerce à Tours et négociant en confection à Parthenay (Clément). Tous ont été mariés, au moins Clément a eu des enfants dont un mort pour la France (Raymond Gaston Maurice Billerot 1894 – 1916). Je n’ai pas retracé leurs parcours.
Impossible ici encore de dire si les familles étaient proches, et de toute façon leur fréquentation ne pouvait pas être quotidienne au vu des distances : Tours 100 km, Parthenay 20 km. Les frères meurent en 1912, 1923 et 1926 … bientôt suivis par Théophile Billerot, en 1929.

Tombe Billerot, cimetière de Louin (photographie personnelle)

C’est le cimetière de Louin qui m’indique la date de décès de Théophile Billerot, le mari de la future épicière : Jean Théophile BILLEREAU, 11 mai 1869 – 4 juin 1929.
Théophile Billerot décède 2 jours après sa mère. Il avait 60 ans. Je ne me suis pas procuré les actes de décès. Je n’ai aucune idée de ce qui a pu valoir ces deux décès coup sur coup, le mari et la belle-mère d’Angelina Billerot.

La vie de Mme Billerot, veuve, après 1929

Les années 1930

Voilà Madame Billerot veuve. Elle a 57 ans et un fils de 11 ans. Je suppose que c’est à ce moment qu’elle devient épicière. En tous cas elle l’était en 1936 (recensement). Avait-elle des biens, des revenus ? Pour en savoir plus, il faudrait rechercher les documents de successions de son mari, de sa belle-mère et aussi retracer l’histoire de leurs propriétés, s’ils en avaient.
En 1931, Fernand Billerot est identifié sur la photo de classe de l’école des garçons. Site Mémoire de Louin  https://memoiredelouin.fr/images/stories/09_photosclasse/1931g.pdf rang du fond, enfant les plus à droite. Il a 13 ans.
1936, le recensement indique que Angelina Billerot, née en 1872, épicière, patron, vit avec son fils Fernand Billerot, né en 1918, profession néant. Elle a donc 64 ans et son fils en a 18.
1938, c’est l’année des 20 ans de Fernand Jean Paul Billerot. Il figure bien dans les registres de recensement militaire de Niort, matricule 968 R 945. Je n’ai pas essayé d’accéder à sa fiche militaire. Passe la Seconde Guerre mondiale, je n’ai aucune information sur la vie à Louin à cette période.

Les années 1960, et les photographies

Et donc je trouve Madame Billerot en 1959, toujours épicière avec ses 84 ans, sur la photographie présentée au début de cet article. L’épicerie, d’après ma mère, était à l’emplacement du 2(bis) rue André-Boutin. Il s’agissait d’une maison ancienne, démolie après la mort de madame Billerot, et remplacée par une maison moderne. Elle faisait angle avec l’actuelle rue du vieux puits et était attenante à la boucherie Boutin, qui fait partie de mes souvenirs à moi cette fois.
En 1959, son fils Fernand était âgé d’une quarantaine d’années. Dans les souvenirs de ma mère, tout le monde le connaissait bien car il passait chaque jour dans les maisons pour distribuer le journal La Nouvelle République. J’ai entendu à son propos qu’il était le simplet du village. Peut-être était-il atteint d’un léger handicap mental qui ne l’aurait pas empêché d’être intégré à la communauté.
En 1960 et 1961, deux photographies sont prises dans et devant la maison de mes grands-parents.

Mme Billerot, 1960 (archives familiales)
Fernand Billerot, 1961 (archives familiales)

Décès et sépultures

Tombe Billerot, cimetière de Louin (photographie personnelle)

Rose Angelina Bigot, Madame Billerot, décède à Airvault le 16 mars 1965 Elle était donc âgée de 93 ans. On m’indique qu’elle était alors en maison de retraite. Son fils Fernand Billerot décède le 13 septembre 1989 à Airvault – d’après les souvenirs de ma mère, il était dans la même maison de retraite que Madame Billerot. Le nom de Fernand figure sur la tombe familiale Billerot, entre Marie Louise Charron sa grand-mère et Jean Théophile Billerot son père. J’ignore où est la sépulture de Rose Angelina Bigot – y aurait-il une tombe familiale Bigot, à Louin, que je n’aurais pas repérée ?

Post-scriptum. Devant la tombe des Billerot dans le cimetière de Louin, en août 2020 : « CONCESSION EXPIRÉE. Le titulaire de cette concession est prié de se présenter d’urgence en mairie »

Connaissez-vous Hubert Claude Prouteau ?

M. Patrick-Charles Renaud cherche des renseignements sur Hubert Claude Prouteau, un aviateur des Deux-Sèvres pendant la Grande Guerre. Il nous explique pourquoi dans sa lettre ci-dessous.


Bonjour,

Paul Daum
Collection Imperial War Museum de Londres

Écrivain & historien, je travaille actuellement sur la biographie de Paul DAUM, maître-verrier de l’Art Déco à Nancy.  Il fut également Aviateur, Pilote et Commandant d’Escadrille durant la Grande Guerre.

Pour ce faire et outre les archives, je m’efforce de retrouver les familles de personnes ayant côtoyé Paul DAUM à un moment de leur vie. C’est ainsi que lors de mes investigations j’ai noté que l’un de ses camarades, un  » pilote intrépide « , était originaire des Deux-Sèvres, plus particulièrement de Beaulieu-sous-Parthenay :

Hubert Claude PROUTEAU né le 8 novembre 1893 à Beaulieu-sous-Parthenay au lieu-dit La Tillière où son père était cultivateur. Très tôt il se passionna pour l’aviation puisque, à la mobilisation en août 1914, il exerçait la profession d’Aérostier en région parisienne à Issy-les-Moulineaux. Il est ensuite devenu Pilote d’Avion au sein de l’Escadrille 28 commandée par Paul DAUM en 1918. Il fut décoré de la Croix de Guerre et qualifié en mai 1918  de « pilote expérimenté et très adroit comptant plus de 150 heures de vol sur les lignes ennemies et exécutant avec intelligence et courage les missions qui lui sont confiées. Est rentré plusieurs fois avec un appareil atteint par le tir de l’artillerie ennemie « . Il a été nommé au grade d’Adjudant Pilote le 21 avril 1918. Après la guerre, il a rengagé et poursuivi une carrière de pilote qui l’a conduit en Cilicie (Turquie) où il est décédé suite à un accident aérien survenu le 23 juillet 1920. Son acte de décès a été transcrit à la mairie de Beaulieu-sous-Parthenay en 1921 ;

Par conséquent,souhaitant retrouver la famille de  cet  » Aviateur oublié  » qui dispose certainement de documents (lettres, souvenirs écrits, etc.) voire photos, peut-être que des Membres du Cercle Généalogique des Deux-Sèvres ont eu l’occasion de le  » croiser  » lors de recherches ?

Vous remerciant de l’intérêt que vous voudrez bien porter à ma démarche,

Cordialement,

Patrick-Charles RENAUD


Si vous pouvez l’aider, merci de le contacter directement par mail ou téléphone.

Tél : 03.83.20.13.38 
patrick-charles.renaud@orange.fr

K comme Kaléidoscope pour 7 sœurs

Un texte de Mauricette Lesaint

Ce kaléidoscope contient des actes paroissiaux et des actes d’état civil, fragments de vie des sept sœurs. L’Histoire va le secouer et vont apparaître des actes SAGES ou FOUS.

Pour ne pas perdre le fil, j’écris le prénom des sœurs suivi du N° d’ordre, j’ajoute quelques tableaux, et tous mes commentaires sont en italique.

_______________________________

Chut ! Écoutons ces vieux écrits ! Tout commence le 14 octobre 1755 à Maisontiers, par le mariage de Jacques MIOT, laboureur et Françoise RENAULT ; ils ont juste vingt ans. C’est à Verrines de Gourgé, sur la rive gauche du Cébron, qu’ils s’installent et que naissent leurs enfants : Sept filles et seulement des filles ! Deux filles s’appellent Françoise comme leur mère, les cinq autres ont pour premier prénom de baptême Marie. J’ai déjà rencontré à Gourgé des prénoms en plusieurs exemplaires dans une même fratrie. J’ai ouï dire qu’ainsi, le diable ne s’y retrouvait pas. Quand Françoise la maman meurt le 20 avril 1778, la dernière, Françoise7, n’a que deux ans. Le père se remarie deux ans plus tard.

Puis est venu le temps des mariages ! 

Marie Magdelaine3 est peut-être décédée bébé, elle n’a laissé aucun acte. Les époux Jean et François ROUSSEAU sont frères, Jean et René BISLEAU sont aussi frères. Marie Anne5 meurt à 21 ans, le 18 décembre 1789, treize mois après son mariage. Début 1794, le remariage du père à nouveau veuf est le même jour que le mariage de Françoise7. Elles sont âgées de dix-huit à trente-sept ans. Marie1 l’aînée porte son septième enfant. Françoise2 et Marie Magdelaine4 en ont trois. La famille est toujours regroupée à Verrines de Gourgé et Jaunasse de Louin, deux hameaux voisins près du Cébron. Tout semble calme autour des sœurs…

Pourtant de lourds nuages se sont accumulés. Les guerres de Vendée, cette terrible guerre civile, ont embrasé la région. Dans les pages d’Histoire de ce coin de Gâtine se côtoient les écrits des belligérants. La femme du général vendéen Lescure raconte : « Il y avait à Amaillou, … un petit rassemblement de paysans qu’on avait formés pour la sûreté du pays ». Les 14 et 23 juin 1793, c’est d’Amailloux que sont lancées les prises de la ville de Parthenay. Westerman précise qu’il prend et reprend Parthenay les 20 et 30 juin et incendie Amailloux le 1er juillet.

Tout SEMBLE calme autour des sœurs ? L‘acte de naissance du petit Jean, fils de Marie Magdelaine4, le 28 mai 1793 dément ! C’est Françoise2 et son mari qui déclarent l’enfant à la mairie de Louin. Le père « François LAGARDE, bordier, leur voisin et beau-frère, ne pouvant agir, les avait chargés d’apporter son fils dont Marie MagdelaineMIOT sa légitime épouse est accouchée de ce matin ».   

L’officier public de Louin a inscrit sur 37 des 41 actes de naissances de 1793 « père ne pouvant agir », la même formule que pour François LAGARDE. En 1792 déjà, aucun père ne déclare son enfant, ils sont tous « absents »… Où sont les pères de cette commune ? Où est donc François LAGARDE ? Jaunasse est à deux lieues d’Amailloux. Est-il un de ces « hommes formés pour la sûreté du pays » ?

François LAGARDE, lui qui n’a pu déclarer la naissance de son fils le petit Jean, décède à l’infirmerie du Château de Niort le 16 février 1794 (28 pluviôse an second). Sa femme, Marie Magdelaine4 est veuve à 28 ans, mère de trois jeunes enfants.

Vite les registres, poursuivez ! Marie1 et Françoise7 accouchent de Louis et Marie Jeanne, les maris déclarent les naissances les 20 février 1794 et 20 mai 1795 à Gourgé. Et… elles quittent brusquement Verrines et Jaunasse ! Entre le 4 juin et le 18 août 1795, les sœurs sont à Boismé. Le registre de catholicité atteste leur présence. Y sont inscrits les baptêmes des deux bébés, Louis et Marie Jeanne. Y sont aussi inscrits, le mariage de Françoise7 avec René BISLEAU et le remariage de Jacques MIOT le père dont les actes civils ont été enregistrés à Gourgé le 21 janvier 1794. Le dernier acte de Boismé est le mariage de Marie Magdelaine4 veuve de François LAGARDE avec Mathurin GAUFRETEAU. Les sœurs et les trois beaux-frères René BISLEAU, Jean et François ROUSSEAU sont les témoins cités dans ces actes. Seuls, Marie Jeanne6 et son mari en sont absents.  
Cinq lieues séparent Verrines et Boismé qui fut le lieu de résidence du marquis de Lescure cité ci-dessus.
Pourquoi avoir attendu 18 mois pour baptiser Louis et faire bénir ces mariages ?  Les sacrements ont-ils été donnés une première fois par un prêtre assermenté puis renouvelés par un prêtre réfractaire ?

Peu à peu, la région s’apaise. La famille retrouve Verrines. Pas un mot sur Marie Jeanne6 depuis son mariage le 4 février 1794 jusqu’à cette date du 18 octobre 1795, quand meurt sa fille « naturelle » âgée de trois semaines à Verrines. Son mari Jean MIOT ne reconnaît donc pas cet enfant ! À Louin, le 7 septembre 1796 (21 fructidor an quatre), Marie Jeanne6 et Jean MIOT exposent que « depuis leur mariage, n’ayant pu jouir de la paix par incompatibilité de caractère, ils ont vu avec plaisir paraître la loi du divorce », cette loi du 20 septembre 1792 qui décrète la laïcisation de l’état civil et l’autorisation du divorce.  Marie Jeanne6 a 20 ans quand le divorce est prononcé le 4 brumaire an cinq (14 novembre 1796).  Les témoins sont toujours les trois beaux-frères. Le 30 mars 1797, Marie Jeanne6 a encore un enfant naturel reconnu par Pierre LEBLANC. Le mariage de Marie Jeanne6 et Pierre est enregistré un an plus tard à Gourgé, le 14 juin 1798. Ils auront six enfants qui mourront tous jeunes, aucun ne se mariera.

Le 29 juillet 1798, Marie1 ma sosa 33 met au monde son 9e et dernier enfant Pierre René, mon sosa 16. Le 14 novembre de la même année s‘éteint à 63 ans Jacques MIOT, mon sosa 66, le père. Parmi les neuf enfants de Marie, huit se marieront. Que de petits-cousins à venir !

Après la mort du père, les sœurs quittent toutes Verrines ⭐0
Marie1 et Jean s‘installent dans le hameau de Billy de Maisontiers ainsi que Marie Magdelaine4 et Mathurin. ⭐1-4
Marie Jeanne6 et Pierre se fixent au Bas-Mazière de Lageon ⭐6.
Les deux Françoise vont s’éloigner du Cébron. On suit Françoise2 et François avec les actes de mariage de leurs filles. Après Chiché et Geay, ils s’arrêtent enfin à la Boureliere de Luché-Thouarsais ⭐2.
Quant à Françoise7 et René, ils arrivent à la Brosse de Saint-Varent ⭐7 en 1804. René y meurt quatre ans plus tard. Françoise7 est veuve à 31 ans, mère de trois jeunes enfants. Elle attend dix ans pour se remarier avec Pierre DUBALLET. C’est lui qui déclare leur fils Louis né à la Brosse de Saint-Varent le 7 juillet 1817. C‘est le dernier mariage et la dernière naissance enregistrés.

Voici les couples en novembre 1815 :

Les derniers murmures des registres annoncent les décès : 

le 6 mai 1816, Marie Magdelaine4, 51 ans, à Niort,
         le 21 mars 1828, Marie Jeanne6, 56 ans, au Bas-Mazière de la Boissière-Thouarsaise,
                   le 28 octobre 1831, Marie1, 74 ans, à Billy de Maisontiers,
                            le 13 mai 1835, Françoise2, 75 ans, à la Bourelière de Luché-Thouarsais,
                                         le 9 mai 1852, Françoise7 , 76 ans, aux Brosses de Saint-Varent.

Marie Madeleine4 meurt à Niort cinq mois après son mari. Françoise2 est veuve depuis sept ans. Françoise7, la dernière des sept sœurs, s’éteint en 1852 à Saint-Varent, longtemps après son mari, dont l’acte de décès est rédigé en 1834 à Fontevrault.

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Les registres ont raconté la vie de ces sœurs, pendant près d’un siècle. Mais ils n’ont pas tout dit ! Les actes sont secs, ils indiquent les dates, les lieux, citent des personnes…  Mais il reste tant de questions ! Pourquoi tant de pères absents ou « ne pouvant agir » à Louin ? Pourquoi des actes de catholicité à Boismé quand on habite les communes de Gourgé ou Louin ? Pourquoi l’éloignement des sœurs qui ont vécu si proches ! Pourquoi des actes de décès à Niort, à Fontevrault ?  

Les registres n’ont rien dit des souffrances de Marie Magdelaine4, femme battue, dont la vie bascule une nouvelle fois, une nuit de décembre 1815. La Cour déclare que Magdelaine MIOT, « le 9/12 dernier vers 3 heures du matin, ayant été violemment menacée par le Sieur GAUFFRETEAU, son mari qui était rentré dans la nuit en état d’ivresse complète, et avoir attendu qu’il soit endormi, » pour « provoquer sa mort » … Le procureur du roi écrit : « Cette malheureuse femme a été poussée au désespoir par la mauvaise conduite et les mauvais traitements de son mari ». Mais la femme dépend de son mari. Rien ne la protège. Des hommes la jugent, ne lui accordent aucune circonstance atténuante. Marie Magdelaine4 est condamnée à mort le 14 mars 1816 et guillotinée le 6 mai 1816, à 10 h 30, sur la place de la Brèche à Niort.

Les registres n’ont rien dit non plus sur Françoise7. Elle est toute seule quand son mari Pierre DUBALLET est emprisonné à Fontevrault dans la « prison la plus dure de France, où un prisonnier sur sept a laissé sa vie ». Pierre DUBALLET « enfant trouvé sur le ballet de l’église de Saint-Jean-de-Thouars » sur son acte de baptême, est dit « Bâtard » sur son acte de décès transmis de Fontevrault à Saint-Varent.  J’ignore l’objet de sa condamnation.

 Alors, j‘imagine… J‘imagine ces sœurs, soumises, comme c’était la règle, à l’autorité du père, du mari, de l’église. Je les imagine dans toutes leurs tâches de femmes… Je les imagine désemparées par la mort de Marie Anne5 peut-être due à une grossesse ou un accouchement difficile. J’imagine Françoise2 près de Marie Magdelaine4 qui accouche avec un mari absent, et qui sera bientôt veuve… Je les imagine s‘entraidant encore et encore quand elles suivent en 1795 père et maris, tirant les enfants, portant les bébés, entre Verrines et Boismé en région insurgée. J‘imagine Marie Jeanne6 enceinte, désirant les suivre. J’imagine Françoise7 qui accueille Marie Jeanne6 avec ce bébé mourant. J’imagine Marie Jeanne6 qui divorce soutenue par les sœurs et beaux-frères. J’imagine la détresse de Marie Magdelaine4 face aux violences du mari. Et je les imagine face aux rouages de la justice…

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Quand Jacques MIOT et Françoise RENAULT ont vu naître leurs filles à Verrines, auraient-ils pu imaginer ces vies ? Victimes des guerres de Vendée, de la violence et de la justice des hommes, quel courage ces sœurs, épouses et mères, ont-elles dû déployer ! Mais… quels furent réellement leurs choix ?
Quand j’ai croisé Marie1 dans mon arbre, c’était « seulement » l’aînée d’une fratrie, prenant mon nom en se mariant, mère de neuf enfants, ayant vécu près de mon Ripère… et c’était déjà beaucoup !

J comme Jeunes et Jolies…

Un texte de Raymond Deborde

Il y a quelques mois les Archives des Deux-Sèvres ont proposé en Trésor d’Archives un document daté de 1810 classé alors « confidentiel » dans lequel le préfet du département dresse une liste de vingt jeunes femmes âgées de 14 à 39 ans, riches héritières de bonnes familles aristocrates ou bourgeoises qu’il serait bon de rallier à l’Empire grâce à des mariages judicieux.

Le tableau renseigne sur l’âge des jeunes femmes, le nom et la profession des parents, ainsi que sur la fortune et les biens que possèdent ces derniers, sans oublier d’évoquer la dot présumée pour chacune des filles et les espérances d’héritage. Un beau mariage n’étant pas uniquement une question d’argent, on n’oublie pas de donner « les agréments physiques ou les difformités, les talents, la conduite et les principes religieux » (catholiques pour la plupart) de chacune de ces demoiselles.

J’ai voulu savoir si ce projet avait été suivi d’effet et si des mariages avaient été arrangés pour rapprocher ces bonnes familles des tenants de l’Empire.

Sur les vingt jeunes femmes inscrites sur le tableau en 1810, quatorze sont mariées avant le 4 avril 1814, date de l’abdication de Napoléon. J’ai listé leurs beaux mariages dans l’ordre chronologique, indiqué leurs « agréments physiques ou difformités » et ajouté les quelques renseignements donnés par les actes sur les maris. Ces unions étaient sans doute pour la plupart arrangées : l’étaient-elles par les familles uniquement ou aussi par l’administration impériale ? À vous de vous faire une idée pour chaque cas. J’ai personnellement l’impression que ce document a servi pour concrétiser certains mariages.

  • Aglaé ESPINET (figure passable) épouse à 15 ans Laurent Alexandre Rouvier, 31 ans, docteur en médecine, père docteur, le 26 septembre 1810 à Niort
  • Émilie Antoinette Thibault de NEUFCHAISE épouse à 24 ans Henry Louis Charles Auguste d’Espaignes des Venelles, 28 ans, lieutenant-colonel, aide de camp employé à l’armée d’Espagne et chevalier de l’Empire, le 4 juin 1811 à Niort
  • Appoline Piet-Berton (figure et physique très agréable, éducation soignée) épouse à 20 ans  Saint-Aubin Agier, 29 ans, « entreposeur » général du département des Deux-Sèvres, père ancien magistrat et procureur impérial, le 17 juin 1811 à Niort
  • Catherine Piet-Lataudrie (figure et physique agréable) épouse à 40 ans Charles Pascal JOFFRION 41 ans, veuf et docteur en médecine, le 16 juillet 1811 à Niort
  • Élisa MAIN (figure et physique très agréable, éducation soignée) épouse à 17 ans Barthélémy LAURENCE, 24 ans, négociant-banquier, père négociant-banquier et ex-législateur, le 16 septembre 1812 à Niort
  • Sophie BRELAY (elle n’a rien qui puisse déplaire, élevée d’une manière un peu trop religieuse) épouse à 18 ans Pierre Jacques Parfait JUQUIN, 20 ans, propriétaire, père marchand, le 31 mai 1813 à Niort
  • Victoire Busseau (jolie figure, physique agréable) épouse à 22 ans Charles Jean Olivier PONTENIER, 20 ans, avocat à la Cour impériale de Poitiers, père président dudit tribunal, le 16 juin 1813 à Niort
  • Félicie Grellet-Desprades (figure et physique passable) épouse à 21 ans Charles Frédéric Auguste de CHANTREAU, 22 ans, propriétaire, père propriétaire et ancien capitaine au régiment d’infanterie du Hainaut, le 29 août 1813 à Faymoreau (Vendée)
  • Victoire Marcadière (figure et physique passable) épouse à 23 ans Vincent Denis Bodin, 28 ans, substitut du procureur impérial près le tribunal de 1re instance de l’arrondissement de Niort, père président de la Cour impériale de Poitiers, le 15 septembre 1813 à Niort
  • Éléonore Corbin (figure gâtée par la petite vérole) épouse à 27 ans Charles Édouard Jousselin, 29 ans, notaire impérial, père propriétaire, le 13 octobre 1813 à Niort
  • Rosine Marcadière (figure et physique passable) épouse à 22 ans Armand Marie Daguin, 28 ans, négociant, père ancien officier d’infanterie, le 22 novembre 1813 à Niort
  • Esther MORICEAU (figure passable) épouse à 34 ans Jean Hippolyte LAIDIN de la BOUTERIE, 38 ans, ancien officier et percepteur-receveur des contributions de Niort, père ancien magistrat et maire de Frontenay, le 23 novembre 1813 à Niort
  • Alexandrine Bernard (figure et physique agréable, éducation soignée, quelques talents pour la musique et le dessin) épouse à 20 ans Alphonse Marie Martin-Monteuil, 33 ans, propriétaire et maire de de la commune de Missé, père propriétaire, le 13 janvier 1814 à Niort
  • Lucile Morisset (figure et physique agréable, éducation soignée) se promet en mariage à 24 ans avec Pierre Théodore COUSSAUD de Massignac, avocat, père ancien conseiller du roi, le 23 janvier 1814 à Poitiers

Quatre jeunes femmes ont attendu la Restauration pour convoler en justes noces, le préfet impérial aura donc échoué pour celles-ci :

  • Pauline Bastard de Crisnay (figure et physique agréable) épouse à 21 ans François Étienne de MECHINET, 21 ans, propriétaire, père chevalier de l’Ordre royal, militaire de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment d’infanterie du Boulonnais, le 08 juin 1814 à Niort
  • Caroline Rouget-Gourcez (figure et physique très agréable) épouse à 21 ans Marie-Désiré Martin-Beaulieu, 25 ans, père propriétaire et premier adjoint  au maire de la ville de Niort, le 21 août 1816 à Niort
  • Clémence Chauvin-Hersant épouse à 23 ans Jean Joseph TONNET, 31 ans, capitaine d’artillerie et chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, père juge de paix du canton de Saint-Loup, le 25 septembre 1816 à Ardin
  • Pauline Frappier-Poiraudière (figure et physique agréable) épouse à 21 ans Louis Pierre Daguin, 37 ans, propriétaire, père ancien officier d’infanterie chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 10 juin 1817 à Niort

Deux enfin ne se marient pas :

  • Anne Poudret de Sevret décède le 11 janvier 1816 à Niort âgée de 33 ans
  • Lucrèce MORICEAU (figure passable) décède le 18 mai 1846 à Niort âgée de 69 ans

Marguerite Gérard (1761-1837), artiste peintre contemporaine du 1er Empire, a peint en 1804 un joli tableau intitulé La Mauvaise Nouvelle que j’ai choisi de mettre en illustration (et de rebaptiser). Les jeunes femmes de cette liste pour beaucoup n’ont pas eu leur mot à dire quant au choix du mari. Avaient-ils tous un physique agréable, une jolie figure, une éducation soignée ? Il est fort possible que ce fut une mauvaise nouvelle pour certaines quand elles ont découvert le nom et le visage de leur futur conjoint.

 Marguerite Gérard : Jeune Deux-Sévrienne découvrant le nom de son futur époux.

I comme Immortelle Catherine Martineau

Un texte de Raymond Deborde, L’arbre de nos ancêtres

Un des premiers actes qui a éveillé ma curiosité d’apprenti-généalogiste est le décès de mon ancêtre Catherine Martineau. Quand je l’ai lu dans les registres d’état civil de Pugny à l’année 1809, il m’était inconcevable de ne pas résoudre la question qui m’était posée : à quel âge réel est décédée Catherine Martineau ? Voici la transcription de cet acte (noms et orthographe corrigés) :

« L’an mille huit cent neuf et le trentième jour du mois de janvier devant nous Pierre Guérin, maire de Pugny faisant les fonctions d’officier public de l’état civil, est comparu Pierre Renaudeau, bordier et cabaretier demeurant dans le bourg de La Chapelle-Saint-Étienne, lequel m’a déclaré que Catherine Auger, sa grand-mère, est décédée aujourd’hui dans sa maison sur une heure après midi âgée de cent quinze ans. D’après cette déclaration et m’être assuré du décès de la dite feue Catherine Martineau veuve Auger, j’ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont délégués ce présent acte en présence 1° du dit Pierre Renaudeau petit-fils de la défunte âgé de quarante ans demeurant dans le bourg de La Chapelle-Saint-Étienne 2° de Jacques Renaudeau âgé de trente-six ans garçon domestique demeurant au village de la Grande Noullière commune de Moutiers-sur-Chantemerle petit-fils de la défunte, que le déclarant et le témoin ont déclaré ne savoir signer, de ce enquis à la mairie de Pugny les jour mois et an ci-dessus.

Guérin maire »

Et pour confirmer que j’avais bien lu, il y avait dans la marge « décès de Catherine veuve Auger âgée de 115 ans » en chiffres.

115 ans, nous ne sommes pas très loin du record de Jeanne Calment ! Une longévité remarquable surtout pour l’époque ! Si j’en crois les deux petits-fils, sa vie se serait déroulée sur 3 siècles. Elle aurait commencé en 1694, traversé tout le XVIIIe siècle pour s’éteindre en 1809. Il m’a donc fallu enquêter pour vérifier les dires des deux déclarants et, qui sait, pouvoir inscrire mon aïeule dans le livre des records.

Son acte de naissance qui est la preuve ultime est malheureusement introuvable. Par chance, j’ai découvert son acte de mariage : elle épouse le laboureur Pierre Auger le 19 février 1743 à Vernoux-en-Gâtine. Je ne me faisais pas trop d’illusions et la date de ce mariage m’a confirmé ce que je pensais bien avant : les 2 petits-fils avaient exagéré, sciemment ou pas, l’âge de leur grand-mère. En suivant leur estimation, elle se serait mariée à 49 ans. Et, comme elle a donné naissance à ses 10 enfants entre 1743 et 1760, au baptême du petit dernier, Pierre Auger, le 29 juin 1760 à Largeasse, elle aurait eu 66 ans, ce qui n’est évidemment pas crédible.

Il ne me reste plus qu’à essayer de rétablir la vérité, estimer l’âge réel de ma sosa 139 à son décès. Je sais grâce à son mariage qu’elle est la fille de François Martineau, tuilier à Secondigny, et de Catherine Bouffard. Ses parents se sont unis le 6 novembre 1708 dans l’église de cette paroisse et je leur ai trouvé 8 enfants. Ceux dont je connais la date de naissance sont tous nés à Secondigny. Les 3 aînés entre 1709 et 1713 et les 2 derniers en 1727 et 1730. Il se trouve que les années de 1716 à 1726 sont manquantes à Secondigny. C’est forcément dans ce laps de temps que sont nés les 3 enfants dont je n’ai pas trouvé l’acte, François, Françoise et Catherine, mon aïeule. Mon ancêtre s’est donc mariée à un âge compris entre 17 et 27 ans et elle a eu son dernier enfant entre 34 et 44 ans. À la fin de sa vie, elle paraissait sans doute très vieille et elle n’avait sans doute pas eu le loisir de compter les années qui passent. À son décès, elle avait entre 83 et 93 ans. Je n’ai donc pas découvert de centenaire chez mes ancêtres ; le petit-fils qui avait fait la déclaration était cabaretier, j’aurais dû me méfier davantage.

Catherine n’a en tout cas pas démérité. Arriver à un âge aussi avancé sans doute très proche des 93 ans, survivre à 10 grossesses, supporter si longtemps le travail éreintant de la ferme, traverser indemne les guerres de Vendée… ce n’était pas donné à beaucoup. Quelques années plus tard, au temps de la photographie et de la carte postale, elle aurait sans doute eu sa place parmi ces vénérables Deux-Sévriens !

Source et images : Site des Archives des Deux-Sèvres et de la Vienne

H comme Hélène Colin épouse Mayer

Un texte de Patrice Huleux

1915 : la guerre, celle que l’on appellera plus tard la Grande Guerre est là, aux portes de Paris. Les Parisiens ont peur : ils veulent fuir la capitale au profit de la campagne. Et parmi eux, deux femmes apparentées à la famille des Gennetières de Niort, vont venir se réfugier à Coulon, dans une maison sur le halage devenu le quai Louis Tardy, au numéro 64.  Nos deux Parisiennes sont la mère 68 ans et la fille 37 ans. Cette dernière étant née le 3 juillet 1878 à Paris 10e au domicile de ses parents 66 rue du Faubourg Poissonnière. Son père est dessinateur.

Mais de qui s’agit-il donc ? De Mme COLIN née BODSON et de sa fille Hélène COLIN, connue plutôt des anciens Coulonnais sous son nom de femme, Mme MAYER, mais qui a toujours signé ses toiles du nom de COLIN-LEFRANCQ. Elle épouse Charles Léopold MAYER à Paris le 21 octobre 1926. Aucun acte d’état civil, la concernant, ne porte le nom de LEFRANCQ.

Dès lors, Coulon abritait une grande artiste qui restera de longues années locataire de cette maison au bord de l’eau car, après la guerre, elle y revient en vacances chaque année. Elle vécut à Coulon durant la Seconde Guerre mondiale. C’est là que Jacques ALTMEYER-CARRIO dit Jacky, historien coulonais fait sa connaissance, ses parents et surtout sa grand-tante étant devenus ses amis. Sa mère posait pour elle durant de longues heures notamment pour le goûter au Marais exposé au salon des artistes français en 1934.

Mme MAYER a donc été conquise par la beauté du Marais. La preuve est là, sous nos yeux, concrétisée par un grand nombre de tableaux (40 exposés en 1942 à la Galerie Aubert) et notamment ceux des mairies de Coulon, Magné et Niort sans compter des œuvres se trouvant chez des particuliers.

Coulon et la Sèvre niortaise
Les lavandières

Mme MAYER était sans conteste une grande bourgeoise, raffinée certes, mais possédant un caractère bien trempé ne faisant pas de concession sur la tenue, le langage, la politique. Elle était surtout curieuse sur plus d’un point, on pourrait même dire contradictoire. À soixante-deux ans, tous les matins d’été, elle prenait son bain à la « cale » devant chez elle en maillot 1900. Très pudique bien sûr, elle ne faisait que se tremper quelquefois et remontait enveloppée dans son peignoir que tenait sa bonne, l’inénarrable Mme Jeanne, dévouée mais rouspéteuse.

Notre artiste était très lente pour tout. Le dimanche, elle n’apparaissait à la grande messe que tardivement, en général lors du prêche, avec des bruits de porte, des pas hésitants, des prie-Dieu renversés, ce qui mettait en rage le curé Dupont. Elle se plaignait du froid de l’église mais très pratiquante elle n’aurait jamais manqué un office. Par contre une fois les vêpres terminées, Mme MAYER et sa bonne Mme JEANNE, malgré le froid donnaient une « conférence » sous l’avancée de la petite porte au grand désespoir du curé.

Mme MAYER se plaignait de tout, sur tout ; il faut dire que, durant la guerre, les motifs étaient nombreux. On sentait la « bourgeoise » qui, auparavant à Paris, avait tout son confort, elle qui vivait rue Bassano, puis plus tard 1 rue François 1er à Paris VIIIe dans un très grand appartement. Or à Coulon, aucun confort à l’époque et les hivers de guerre 40-41 et 41-42 furent particulièrement froids.

Sans son œuvre picturale, certainement importante, mais dont nous ne savons le nombre (existe-t-il seulement un catalogue ?), cette artiste reconnue serait tombée dans l’oubli, raison pour laquelle j’écris ces quelques lignes comme un devoir de mémoire avec l’aide de Jacques ALTEMEYER-CARRIO, historien coulonnais, l’ayant connue et appréciée. Cependant son œuvre est cotée au guide Akoun (1998) cote des peintres au niveau de 20 000 francs. Madame COLIN-LEFRANCQ a vendu le Marais poitevin d’une manière aussi juste, aussi lumineuse, dans la traduction des verts au soleil couchant, lorsque ses rayons obliques inondent le marais d’une lumière tamisée. Voilà la raison pour laquelle notre artiste partait en bateau assez tard l’été vers 16 heures pour saisir sur le vif cet enchantement.

Pour satisfaire votre curiosité il suffit de relire les articles de critiques non moins érudits, parus dans le Mémorial des Deux-Sèvres, ou le Petit Courrier, ce dès 1926, où les talents de notre peintre sont mis en valeur : « Depuis plusieurs années beaucoup de peintres ont essayé de traduire le Marais de chez nous, mais tous ne l’ont pas compris… tout y est rendu avec vérité… tous les personnages sont vivants » (Petit Courrier du 31 mai 1944) – « Je pense que les plus élogieux compliments s’adressent surtout à ses talents de paysagiste »  (Mémorial des Deux Sèvres du 4 mars 1943) etc.

Sans bruit, comme elle était venue dans les années 15, elle disparut de Coulon, pour mourir certainement seule, le 8 juin 1968 à l’âge de 90 ans à Maisons-Lafitte. Elle est enterrée dans le caveau de sa famille au cimetière de Montmartre près de la place Clichy à Paris (19e division, 1re ligne, n°11 avenue Dubuisson). Pour mémoire, la mère de notre artiste est décédée à Coulon, quai Louis Tardy, le 21 août 1935.

Mais si la femme est oubliée, l’artiste restera vivante encore longtemps je l’espère. Si Mme MAYER est inconnue, Madame COLIN-LEFRANCQ vit encore grâce à ses nombreuses toiles qui ornent les mairies et intérieurs coulonnais et même au-delà je suppose. Une place de Coulon porte son nom depuis 2010 et l’énigme du nom de LEFRANCQ reste toujours à découvrir.