Re-bénédiction du cimetière de Niort Notre-Dame en 1755

Un nouvel acte insolite trouvé dans le registre Niort Notre-Dame, qui vient alimenter notre fichier des « curiosités des registres des Deux-Sèvres ».

Le premier janvier  mille sept cent cinquante cinq, par commission expresse de Monseigneur L’évêque de Poitiers en datte d’hier nous avons solennelement procédé accompagné de Notre clergé avec les cérémonies annoncées par le rituel de la rebenediction du cimetière du côté du clocher de cette église, lequel avait été profané par effusion violente de sang humain avec scandale la nuit de la fête de Noel dernier ; le dit acte signé par Mres du Clergé ci-dessous

Piet chantre de N-Dame  Maistreau prêtre

François Charle Jourdain Decrissé Prêtre

Racapé…

BM 1755-1755 vue 003/050

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/58825/vta873d075a65f016c0/daogrp/0/3

Mais qu’est-ce qu’une ré-bénédiction de cimetière ? Et pourquoi ?

La re-bénédiction ou réconciliation d’un lieu sacré fait suite à une profanation. En principe une église ne peut être consacrée qu’une seule fois, sauf si elle est détruite par le feu. Mais si un lieu sacré (église, cimetière) est profané, il est considéré « pollué ». Avant qu’il ne puisse être de nouveau utilisé pour tout acte ou cérémonie sacrés, il doit être purifié par une cérémonie de réconciliation. La cérémonie de réconciliation est constituée de prières et d’aspersion d’eau bénite ; elle est plus ou moins longue et complexe selon l’acte qui l’a profané. Si vous voulez en savoir plus sur les cérémonies de réconciliation, vous pouvez prendre connaissance de l’article « Réconciliation du cimetière d’Usseau » publié sur notre blog le 11 mars 2021.

Dans le cas présent, le cimetière de Niort Notre-Dame a été « pollué » par un épanchement important de sang par la violence la nuit de Noël et avec scandale. Nous n’avons pas plus de précisions.

Mais Danièle Billaudeau, piquée de curiosité à la lecture de cet article, est allée voir les sépultures du 25 décembre 1754.

Elle y a trouvé à la vue 026/030 une inhumation :

« …  le corps de François Minson décédé d’hier âgé de dix huit mois, fils légitime du sieur Jean Minçon et de Marie Gravat, aubergiste ont assisté aux funérailles le père et François Bouhier qui se sont soussigné.

Jean Mainsson        François Bouhier »

Cet acte l’a interpellé en plusieurs points :

1 – Il est rédigé par deux personnes différentes (l’écriture change à partir de dix huit mois)

2 – La mère aubergiste n’assiste pas aux funérailles de son enfant de dix huit mois

3 – Le père signe (peut signifier une famille d’origine protestante).

Et si cet enfant de 18 mois avait été tué ? 

Ou bien mort de mort naturelle, lui aurait-t-on refusé une sépulture digne dans ce cimetière catholique (sépulture autorisée nuitamment et sans bruit) qui aurait occasionné un conflit ayant mal tourné ? 

Nous pourrions encore nous en poser des questions ?

Où se situe ce cimetière ancien situé « coté du clocher de l’église » ?

Hasard des recherches, lors de la visite de l’église Notre-Dame de Niort du 15 août 2021 faite par plusieurs dépouilleurs des registres de cette paroisse et adhérents du Cercle Généalogique des Deux-Sèvres, notre guide conférencière nous a donné des précisions sur les deux cimetières anciens situés l’un au nord de l’église Notre-Dame, l’autre au Sud, du côté du Clocher. Ces cimetières n’existent plus de nos jours, mais une personne présente dans l’église lors de cette visite nous a précisé qu’elle habitait dans une maison derrière ce clocher et que des voisins trouvaient parfois dans leurs jardins des restes de sépultures.

Vous trouverez ci-après le plan de l’église Notre-Dame et des deux cimetières attenants :

Source : « Les cimetières de Niort » par Léo Desaivre 1896 via Gallica

Extraits du livre :

La portion de la rue Bion comprise entre l’entrée du prieuré et  la rue petite Notre-Dame a remplacé une portion de l’ancien cimetière close au levant par un mur percé d’une porte, partant obliquement de l’angle de l’église pour se terminer en dedans de la rue petite Notre-Dame. La rue du Tourniquet était barrée en face de la grande porte de l’église par un mur à deux ouvertures et déjà cette rue ne se profilait point dans l’axe de la porte monumentale.

Tel était le petit cimetière séparé du grand par l’église.

Ce second terrain beaucoup plus vaste touchait au clos du prieuré et s’étendait dans toute la longueur de l’église. On voit dans le plan A, du côté de la rue Torse et du placiste, un mur complétement fermé qui n’a pas moins de trois alignements. S’il en était ainsi, le service de ce cimetière devait se faire par la porte du clocher ou quelque autre porte de l’église aujourd’hui bouchée  …

En somme, le grand cimetière occupait la rue de la Cure parallèlement à l’église et au-delà de cette rue, la portion du presbytère actuel comprise en dedans des remparts. 

Il n’est pas douteux que le cimetière de Notre-Dame n’ait été à l’origine beaucoup plus étendu. Des traces nombreuses de sépultures ont été relevées dans les caves de la maison Naud, portant le N°3 de la rue petite Notre-Dame, le champ des morts allait donc au-delà de cette rue à l’est, il devient fort probable que le placiste Notre-Dame en a fait parte. Au Nord, des travaux de canalisations exécutés, l’une de ces dernières années dans la rue du Tourniquet, mettaient au jour des cercueils de pierre et des ossements. Il faut dès lors admettre que tout l’îlot formé par les rues Bion, petite-Notre-Dame, du Palais et du Tourniquet, avait été occupé par  le cimetière avant de recevoir des maisons.»

Ci-après quelques informations sur le cimetière Extra-Muros de Notre-Dame données par Leo Desaivre :

Plan datant de 1773

« Il est difficile, avons-nous dit, de savoir si la création du cimetière extérieur précéda ou suivit l’aliénation d’une notable portion du cimetière contigu à Notre-Dame, occupée par des rues et des maisons au XVe siècle, sinon à une époque antérieure. Le nouveau terrain choisi pour les inhumations était situé hors de La Porte St-Jean, à l’angle des chemins de St-Florent et de St-Symphorien où une croix était plantée. Du troisième coté il confinait au bois d’Amourette. 

Vers 1680, des arbres avaient été plantés dans le cimetière ainsi qu’il en résulte d’une requête présentée au Conseil d’Etat par le Curé et les marguilliers de Notre-Dame en 1743, constatant la présence de quatre-vingts ormeaux de « l’âge de 60 ans, chancreux, gastés, creux et presque morts en cimes et en racines. » »

L’exiguïté des terrains contigus à Notre-Dame … porte à croire que son cimetière extra-muros fut pratiqué jusqu’à la Révolution. »

En effet lors de la séance du 11 janvier 1793,le Conseil Général de la commune de Niort « désigne des citoyens en charge de trouver un terrain propre à y placer le cimetière de la Paroisse Notre-Dame » et lors de la séance du 2 frimaire, décideque nul ne pourra être enterré « dans l’intérieur de la ville ».

Le Directoire du district de Niort prit le 28 pluviôse la délibération suivante :

« Considérant combien il serait dangereux de continuer les inhumations dans les cimetières qui sont dans le sein de cette commune, qu’il est prouvé que les exhalaisons des corps putrides qui condensent l’atmosphère, sont les principales causes des épidémies etc., etc., ouï l’agent national estime qu’il y a lieu :

1° De concéder à la municipalité de Niort le terrain désigné par les commissaires Grosgrain et Massé pour faire un cimetière ;

2° De l’autoriser à prendre dans le terrain voisin des pierres pour clôre ledit cimetière ;

3° Enfin de lui accorder les fonds nécessaires pris dans tel caisse qu’il appartiendra etc…».

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s