N comme Naissance et arrangement : l’enfant illégitime de Gabriel Boussy et Marie Barron

Un article de Xavier CHOQUET

L’enfance peut dès le départ être compromise par l’illégitimité. Beaucoup d’enfants illégitimes ont fini par des avortements, des infanticides ou des abandons. Mais le cas ici présent nous amène à un arrangement en bonne et due forme chez le notaire. Marie Barron, domestique chez Gabriel Boussy a défendu ses droits et a tenu à défendre ses intérêts et ceux de l’enfant à naître.

Dans un premier temps voici l’acte notarié figurant dans le registre paroissial de Saint-Martin-de-Mâcon, baptêmes, mariages et sépultures pour la période 1750-1779, vues 147 et suivantes.

Eglise de Saint-Martin-de-Mâcon, Wikipédia

Aujourd’hui treizième jour de septembre 1775 avant midi.

Par devant nous, Jean Nallis, notaire en la sénéchaussée royale de Saumur et arpenteur juré, seul en résidence des paroisses de Mascon, Montbrun, Louzy et Sainte Verge, soussigné.

A comparu Marie Barron, fille demeurant en qualité de domestiques en la maison de Gabriel Boussy, garçon laboureur demeurant à Mayé, paroisse de Mascon.

Laquelle a par ses présentes, volontairement déclaré que le dit Boussy profitant de l’ascendance qu’il avait sur elle et de sa faiblesse d’esprit en qualité de maître que par l’âge qu’il a au-dessus d’elle ; lequel étant âgé au moins de 29 ans, la comparante n’en ayant que 28, il l’aurait par ses caresses amoureuses réitérées et sous de vaines promesses qu’il ne l’abandonnerait jamais, séduit en sorte qu’elle se trouve enceinte de ses œuvres par le commerce charnel qu’elle a eu avec lui quelques temps après les fêtes de Noël dernières.

Cette séduction, l’état malheureux en lequel elle se trouve et les édits et déclarations du roi, l’oblige et la force de faire la présente déclaration qu’elle affirme devant nous, dit notaire, être très sincère et véritable et n’avoir eu commis l’œuvre de chair avec d’autre qu’avec le dit Boussy, laquelle dite déclaration, affirmation et serment elle offre en cas de besoin réitéré par devant tout juges qu’il appartiendra et pour être dans le cas de se pourvoir contre lui comme étant son séducteur et l’auteur de sa grossesse et pour le faire condamner par les voies ordinaires aux frais de ses couches et à se charger de l’enfant qui naîtra d’elle et aux dommages et intérêts qu’ils résultent de sa séduction et gravidation, et enfin pour lui avoir ravi son honneur et sa réputation, ce qu’elle proteste incessamment faire, pour quoi fait expresses réserves de tous ses dus, droits, actions et demandes contre le dit Boussy, son ravisseur.

A l’instant est intervenu le dit Gabriel Boussy, lequel après lecture et communication à lui, par nous dit notaire, faite de la déclaration ci-dessus, a déclaré la bien savoir et entendre et de bonne foi reconnu qu’elle était sincère conséquemment qu’il était l’auteur de sa grossesse de la dite Marie Barron et que cette dernière se trouvait enceinte de ses œuvres, que cependant s’était sans force ni violence et même d’un commun accord qu’ils avaient commis l’action charnelle ensemble, ce qui fait et eu égard leurs âges, qualités et facultés, qu’elle ne peut exiger de dommages et intérêts contre lui par ce moyen ou il ferait actionné pour cela, de sa part, il proteste s’en défendre en temps et lieu.

Les parties ayant considéré que les procès souvente fois causent la ruine de ceux qui les entreprennent et de leur postérité pour lequel évite, et à tous frais et contestations, elles sont convenues et demeurées d’accord de ce qui suit, savoir est que ladite Marie Barron promet et s’oblige se charger de l’enfant à naître d’elle, de le nourrir, soigner et entretenir et l’élever en la région catholique, apostolique et romaine et de le mettre en état de gagner sa vie suivant sa condition.

Laquelle se décharge dès à présent, comme dès lors, à pur et à plein le dit Gabriel Boussy, ainsi que de ses frais de couches et de dommages et intérêts, et renonce à jamais lui en faire aucunes questions ni demandes. Ce fait et sans tirer à conséquence, pour et moyennant le prix et la somme de trois cents livres et trois douzaines de bleds froment, mesure de Thouars, à quoi a été amiablement composé, que le dit Gabriel Boussy a promis et s’est obligé à lui bailler et payer en trois termes, à savoir, cent livres et la douzaine de bleds froment, immédiatement après son accouchement, cent autres livres, six mois après et les cents livres restants, vu an et après les dits six mois, au moyen de quoi, et en faisant les dits paiements, le dit Boussy demeurera totalement quitte envers la dite Barron.

Ce qui a été respectivement voulu, consenti, stipulé et accepté par les dites parties, lesquelles pour l’entière exécution et accomplissement obligent tous leurs biens présents et futurs renonçant à toute chose à ses présentes contraires dont relève consentement, volonté et requêtes, les avons jugés et condamnés par le jugement et la condamnation de notre cour au pouvoir et juridiction de laquelle elles se sont soumises.

Fait et passé en notre étude du village de Chenne, paroisse de Montbrun, le dit jour et an de l’autre part, en présence de Michel L’Herbet, vigneron au dit Chenne, sise paroisse de Montbrun, et Jacques Chauvin, maréchal, demeurant au bourg et paroisse de Mascon. Témoins requis et appelés, lecture faite, nous ont déclaré, lesdits parties et témoins ne savoir signer, de ce interpellés et enquis, fort les dites Boussy et Chauvin qui se sont avec nous soussignés.

Constat s’oblige que le dit Boussy de fournir en vue expédition des présentes à ses frais et en parchemant à ladite Barron dans huitaine prochaine, comme aussi convenus que les quittances qu’il conviendra donner des paiements qui seront faits de la somme et des bleds mentionnés en ses dites présentes seront aux frais du dit Boussy, ainsi que tout le coût et expédition comme dit des susdites présentes, jugés comme dessus.

La minute est signée Gabriel Boussy et Chauvin et Nallis, notaire royal soussigné vers qui elle est restée icelle contrôlée à Thouars, le vingt-sept septembre 1775, reçu vingt-deux sols et cinq deniers pour la déclaration, plus deux livres seize sols pour l’obligation, signé Demege, chargé d’écrire de la Contre, renonçant, signer le tout pour valoir.

Un mot rayé nul.

Situons un peu les protagonistes principaux de cette affaire :

Gabriel Boussy est né le 23 février 1746 à Saint-Martin-de-Mâcon, il est le fils de Barthélémy Boussy et de Jeanne Sorin. Les Boussy sont une famille de propriétaires terriens sur Saint-Cyr-la-Lande et Saint-Martin-de-Mâcon, Michelle Bassereau, la mère de Barthélémy, rend l’aveu d’une des parties du fief de la Touche de Saint-Martin-de-Mâcon en 1724. Il décède le 5 décembre 1807 à Saint-Martin-de-Mâcon.

Marie Barron/Baron est née le 24 juillet 1746 à Saint-Martin-de-Mâcon et est la fille de Denis Baron et de Martine Depoy. (On notera au passage que l’ascendance d’âge de Gabriel sur Marie est quasiment inexistante n’étant que de quelques mois). Famille de cultivateurs, journaliers principalement. Elle décède le 23 janvier 1785 à Oiron.

Il existait apparemment une assez grande différence de classe sociale entre Gabriel Boussy et Marie Baron, au moins assez grande pour qu’un mariage précipité ne résolve pas la question. En effet, Gabriel Boussy épousera le 8 janvier 1781 à Thouars, Marguerite Nallis (famille éloignée du notaire mais laboureurs) dont descendance, et Marie Baron épousera le 30 juin 1778 à Saint Martin de Mâcon, Jean Fortuné veuf de Vincende Courtois (apparemment sans descendance).

L’arrangement prévoit 300 livres de dédommagement et 12 bleds froment. Même si on suppose la bonne situation de Gabriel Boussy, ce n’est pas rien non plus. Aujourd’hui cette somme de 300 livres avoisinerait les 4 500 euros et les 12 de bleds froment que je suppose être des sétiers, cela variait selon les régions mais pouvaient correspondre jusqu’à plus de 1 800 litres. À cela s’ajoute tous les frais notariés à la charge de Gabriel Boussy.

On notera que l’arrangement divisa la somme en trois parties selon la vie de l’enfant, ce qui, vu la mortalité infantile assez haute, pouvait conduire à une somme moindre pour Gabriel Boussy.

Mais qu’est devenu cet enfant ? Gabriel(le), naît le 22 septembre 1775, fille naturelle de ses père et mère qui renvoient à l’acte notarié retranscrit ci-dessus. La vie de Gabrielle durera quelques jours et elle sera enterrée le 4 octobre 1775.

La vie de la paroisse fut assez tumultueuse à cette époque puisque quelques années plus tôt le curé Demondion, exposa la situation d’une autre paroissienne Marie Thubineau qui était enceinte à Louis Jounault, maître en conseil (voir vue 140 du même registre) où une solution devait être trouvée pour éviter la mauvaise réputation.

3 commentaires sur « N comme Naissance et arrangement : l’enfant illégitime de Gabriel Boussy et Marie Barron »

  1. Bravo d’avoir déniché une histoire aussi inattendue ! On imagine les faits et sentiments qui ont conduit à un tel acte : pour l’un, des ressources matérielles pour cet enfant à naître, pour l’autre l’oubli de cet enfant… Qui a gagné ?

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