P comme Patronymes improbables

Un article de Marie-Isabelle FEMENIA

Mes patronymes improbables ont été donnés à des enfants naturels, tous élevés par leur mère, avec parfois même un père connu, mais n’ayant porté le nom ni de l’une ni de l’autre.

Pourquoi ce jour-là ai-je cherché le nom de ROUBERTIE dans le moteur de recherche de GENEA79, alors que je savais bien qu’il n’y avait qu’un fils ROUBERTIE ayant vécu dans les Deux Sèvres à Ensigné et Niort ? Tout n’étant pas indexé, j’ai bien retrouvé les actes d’Ensigné comme prévu, mais il y avait un acte en plus, une naissance à Noirterre en 1797. Ça ne pouvait pas être de ma famille puisque mon ancêtre Nicolas né à Toulouse arrivait justement cette année-là à La Rochelle où il se maria l’année suivante.

Que dit la fiche ? Naissance de Jean-Pierre ROUBERTIE fils de Nicolas !!!

Allons voir l’acte. Il s’agit en fait d’un acte de catholicité, le baptême de Jean Pierre, fils de Nicolas ROUBERTIE dit BRIVE qui s’est dit être le père comme il l’a déclaré par une lettre de La Rochelle en date du 24 avril 1797.

Où est le patronyme improbable me direz-vous ? C’est que l’acte de naissance à Noirterre a été reconstitué sous forme de tableau avec le nom de l’enfant anonyme : Jean Pierre (dit BRIVE), le nom du père : inconnu, et le nom de la mère : Madelaine JOUBERT.

Donc lors de son mariage Jean Pierre est appelé Jean Pierre dit BRIVE, et ses cinq enfants seront BRIVE. Son seul fils est devenu menuisier comme Nicolas, qui faisant sans doute son tour de France de compagnon s’est arrêté à Noirterre ou Bressuire, puis à La Rochelle, cette fois définitivement. Je ne doute pas que ce Nicolas soit mon ancêtre car il était le seul porteur de ce nom à La Rochelle. Pourquoi avoir pris le surnom de Brive alors qu’il venait de Toulouse ? Sans doute a-t-il repris le surnom de son père, originaire des environs de Brive, qui s’est arrêté et marié à Toulouse après la naissance de trois enfants naturels légitimés par le mariage, le premier étant Nicolas dont l’acte de baptême ne mentionnait pas le nom des parents.

Avec son épouse, Nicolas a eu 10 enfants dont 9 garçons mais seul le dernier a perpétué le nom jusqu’à nos jours, nom qui dans le Marais Poitevin est devenu ROUBERTY. Quand ça ne veut pas !

Merci à la personne qui a dépouillé les registres de catholicité de Noirterre. J’ai fait une belle découverte grâce à elle.

L’épouse de Nicolas, Marie Jeanne LAMBERT n’avait qu’un frère plus jeune, Marie-Denis qui a prénommé son premier enfant, Pierre Orange Bollivar en 1836. Je me suis longtemps demandé pourquoi, jusqu’à ce que je découvre qu’il avait existé bien antérieurement un Orange Balivard  LAMBERT, fils d’une cousine germaine de Marie Jeanne et Marie Denis.

Rosalie LAMBERT a eu cinq enfants naturels avec le négociant rochelais François Léon VEXIAU qui avant de mourir épousera Rosalie et légitimera les trois enfants survivants.

Les deux premiers, Orange Balivard LAMBERT et Cadet Balivard LAMBERT ont été déclarés de père inconnu et ont porté le nom de leur mère. Les trois suivants ont été reconnus par leur père, mais ont pris le nom de BALIVARD : Léon BALIVARD, Charles Léon BALIVARD et Pierre Camille BALIVARD. Les trois survivants légitimés sont devenus Orange Balivard VEXIAU, Charles Léon VEXIAU et Pierre Camille VEXIAU.

Pourquoi BALIVARD ? Orange BALIVARD étant né le 17 décembre 1797, la seule explication que j’ai trouvée est que le 7 octobre 1797 avait eu lieu la première représentation d’une pièce de théâtre intitulée « Le sot intrigant ou la manie d’être quelque chose » et le principal personnage de cette pièce était M. Balivard. Peut-être le négociant VEXIAU avait-il vu et aimé cette pièce ? Avait-il de l’humour (noir ?) pour donner à ses enfants le nom d’un sot intrigant ?

Partons dans le Marais poitevin. Mon ancêtre Marie Rose BACHELIER qui ne s’est jamais mariée, y a mis au monde deux enfants naturels :

– Jeanne née en 1793.

À son mariage en 1816 avec un vétéran des guerres napoléoniennes, elle est appelée Jeanne BACHELIER. À la naissance de ses deux premiers enfants en 1816 et 1818, elle est toujours Jeanne BACHELIER. À la naissance des enfants suivants de 1821 à 1831, elle n’est plus que Jeanne, sans nom de famille. À partir de 1850 dans les actes de mariage de certains de ses enfants, elle devient Jeanne MAGNE. Elle décède en 1874 sous le nom de Jeanne MAGNÉ, fille de défunte Jeanne (erreur dans le prénom) BACHELIER et de père inconnu. Pourquoi MAGNÉ ? Je l’ignore. C’est à la fois un nom de village et un nom de famille. Y aurait-il un rapport avec le père supposé ?

– Jean René né en 1807.

Il est dit Jean René, enfant inconnu, lequel enfant est né de Rose BACHELIER.

À son mariage, il est Jean RENÉ, fils de Rose BACHELIER et de père inconnu. Il décède sous le nom de René BACHELIER. Il a deux fils.

Le premier fils est Jean, fils de Jean RENÉ. Il se mariera et décédera sous le nom de Jean RENE. Il ne transmettra pas le nom de RENÉ car il n’aura qu’une fille décédée en très bas âge.

Le deuxième fils est René Philippe fils de Jean René BACHELIER. Il portera toujours le nom de BACHELIER et sera connu comme Félix BACHELIER. Mais sur son acte de mariage, il signe Félix RENÉ. À la naissance de son premier enfant, il signe Félix BACHELIER, puis déclare de pas savoir signer, avant de se réapproprier le nom de BACHELIER. Alors que presque toute la famille est restée dans le même village, le seul garçon BACHELIER a fait sa vie à Casablanca.

Je précise que Jeanne et Jean René ont été élevés par leur mère, ont toute leur vie vécu au même endroit, ensemble, et ont certainement été reconnus par leur mère puisqu’ils figurent comme héritiers sur sa déclaration de succession.

Avec ce cas, il semble qu’il y avait une volonté de ne surtout pas donner le nom de la mère à un enfant naturel. Et j’avoue que Jeanne qui se retrouve sans nom, et Jean RENÉ, enfant lui bien légitime de la génération suivante, qui porte le fardeau d’avoir un prénom en guise de nom, m’ont fait de la peine.

Photos :

Archives des Deux-Sèvres BMS Registres de catholicité Noirterre 1791-1797 côte 1 J 272 vue 45/46

Archives de Vendée NMD L’Ile d’Elle an X-1809 côte AD2E 111/3 vue 189/259

2 commentaires sur « P comme Patronymes improbables »

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