V comme Vive l’école à Verruyes : du temps des rois à celui des premiers Hussards de la République

Un article de Caroline CESBRON

Cette année, le thème choisi pour le #ChallengeAZ collaboratif organisé par #Généa79 est l’enfance. Pendant la mienne, j’ai passé un bon nombre de vacances, dans la maison en face de l’école du hameau de l’Aujardière à Verruyes, en plein pays de gâtine poitevine.  Mais bon sang, c’est bien sûr ! L’école, les écoliers … et Verruyes !
Et pour éviter un trop long texte, l’article s’arrête aux débuts de la IIIe République… À suivre, donc !

L’école ? C’est Charlemagne ! Mais Carolus Magnus, c’est en l’an 800 environ et l’école ne sera pas – avant longtemps – pour tous et encore moins pour toutes. Si au temps des châteaux-forts, à partir de 1179, les évêques ont l‘obligation d’entretenir une école au chef-lieu de leur diocèse, ce n’est qu’au XVe siècle que sont développées les écoles non plus seulement en villes mais aussi dans les campagnes et c’est à partir de 1680 qu’apparaissent les premières écoles gratuites, tenus par les curés.

Croyant et maître d’école ou instructeur – Ancien Régime

Verruyes ne déroge pas à la règle et il est fort possible que sa commanderiede Saint-Rémy soutenait des classes ou des écoles des environs, gérées par les curés, les vicaires ou encore des « maîtres d’école »1.

Le 11 décembre 1733 décède ainsi à Verruyes, Jean Roy, âgé de 61 ans, maître d’école. Il est mon Sosa 1006 et, sans source encore certaine, peut-être issu d’une famille protestante convertie au catholicisme à la fin du siècle précédent. La forte proportion de protestants dans la région quelques décennies plus tôt a certainement contribué à ce développement précoce, même balbutiant, de l’instruction publique : la lecture de la Bible est le fondement de la pratique de la Religion prétendue Réformée, et a permis probablement le bon niveau d’instruction des générations suivantes.

En 1786 dans un testament passé devant Maître Jean Bonnanfant, l’un des témoins, René Sauzeau, est déclaré comme étant instructeur de jeunes gens et sacristain (1) .

Au sein de la communauté, le maître d’école est doté d’un rôle, d’un statut et d’un prestige fort, souvent en lien avec la religion.

Les balbutiements d’une école laïque et gratuite – Période révolutionnaire

En 1790, deux tiers des Français ne savent encore ni lire ni écrire.  À Verruyes, idem ! Mais c’est lors de cette époque révolutionnaire que les choses commencent – timidement – à changer. À partir du 30 mars 1793, les communes de plus de 400 habitants ont l’obligation d’ouvrir une école, et en septembre, les ecclésiastiques sont interdits d’enseignement. Le 19 décembre de la même année, l’école primaire devient obligatoire et gratuite pour les filles et les garçons. Mais dans cette période troublée, retours en arrière et contradictions sont de mise et le 25 octobre 1795, l’école redevient payante (2). Bref… accéder à l’école, gratuite ou non, reste encore compliqué, et à la charge des communes ou des parents. 

Pierre Bernard, l’instituteur pionnier de Verruyes – Directoire et premier Empire

En 1797, l’article 4 du décret de la Convention du 29 frimaire an II de la République stipule que « les citoyens et citoyennes qui se vouent à l’instruction ou à l’enseignement de quelque art ou science que ce soit seront désignés sous le nom d’instituteurs ou institutrices ».

À Verruyes, le 13 Germinal An V (2 avril 1797), Pierre Bernard présente ainsi la commission d’instituteur que lui a attribuée le jury d’instruction qui a vérifié ses capacités et ses compétences. Et si le Baron Dupin écrit en 1801 que « les écoles du premier degré sont en petit nombre et très mal organisées. À défaut de citoyens instruits qui voulussent se charger de cette honorable mais pénible fonction [d’instituteur], on a été obligé de la confier à des hommes dont le très grand nombre sait tout au plus tracer passablement des lettres.(3) »,le nouvel instituteur semble avoir cependant toutes les compétences et deviendra maire de Verruyes quelques années plus tard. 

À cette époque, ils sont tout au plus 24 instituteurs dans l’arrondissement de Parthenay pour seulement 600 élèves et encore les mois d’hiver uniquement !

Verruyes, qui est une commune importante en Gâtine avec ses 1 450 habitants, est choisie le 13 floréal an XIII (le 3 mai 1805) pour être le siège d’une école primaire communale et c’est tout naturellement Pierre Bernard, le seul instituteur du canton, qui, dès sa création, y assure l’enseignement. L’école doit aussi accueillir les élèves de Saint-Georges-de-Noisné (1 280 habitants), Clavé (560 habitants) et Saint-Lin (405 habitants), trois communes avoisinantes (4).  En 1809, Pierre Bernard est décrit comme « un homme zélé, ayant peu de moyens. Il enseigne alors à 15 élèves pour un salaire très modique de 100 Francs.(5) »

Mais où enseignait-il à cet auditoire plus que restreint et qui de plus, devait rarement être au complet, entre les chemins impraticables l’hiver et les moissons à faire l’été ? Il semble que la toute nouvelle mairie et l’école occupaient des dépendances du presbytère. Mais les conditions d’enseignement y sont difficiles, le local s’apparente à une cave, manquant d’air et de lumière (6). Peut-être est-ce déjà le serre-bois de la cure dont on propose la réparation en 1832 ?

À Verruyes, comment obéir à la loi Guizot – Monarchie de Juillet

En 1832, François Guizot, nommé récemment ministre de l’Instruction publique, prépare une loi en faveur de l’instruction primaire adoptée le 28 juin 1833. Entre autres mesures, il y a celle qui oblige toutes les communes de plus de 500 habitants à avoir une école de garçons… Bon, les filles, on verra plus tard !

En Gâtine, « la commune de Mazières était la seule de tout le canton qui fût «  très bien disposée pour l’école « . Trois autres étaient « assez bien disposées ». Cinq étaient « peu disposées ». Une était « mal disposée ». Une autre demandait à réunir ses élèves à ceux d’une commune voisine. La commune de Verruyes enfin s’offrait à réparer le serre-bois de la cure qui pourrait tenir lieu de local scolaire, dès que le curé aurait accepté de s’en priver temporairement.(7)» On sent de la part de nos Verruycquois la volonté de ne pas trop en faire, peut-être parce qu’ils en avaient déjà fait plus que les autres auparavant ? Les instituteurs commencent à se succéder : en 1834 c’est désormais Louis Largeau qui occupe le poste. De 1833 à 1848, le nombre des écoles primaires en France passe de 10 000 à 23 000 et elles accueillent désormais près de 50 000 élèves, soit 1 % de la population scolaire (2).

École laïque versus école religieuse, les débuts à Verruyes – second Empire

Plan d’un projet d’école à Verruyes – ©Alberic Verdon

En 1853, l’Empereur ouvre des crédits d’un montant de deux millions de Francs pour encourager les communes à engager des travaux et venir ainsi en aide aux ouvriers privés de travail. A Mazières, on évoque alors la construction d’une école.  A Verruyes, ce ne sera qu’en 1863 que l’école disposera (enfin !) d’un bâtiment adéquat pour accueillir plus d’une centaine de garçons.(6) 

Peut-être le projet s’est-il accéléré parce qu’en 1859 la congrégation de l’Immaculée Conception avait déposé un projet d’implantation d’école religieuse. Il faut aussi rappeler que la loi Falloux, en 1850, sous la présidence du prince Napoléon reconnaît deux types d’écoles, privées et publiques, demandent aux communes de plus de 800 habitants d’ouvrir une école de filles et permettent aux congrégations d’ouvrir des établissements d’enseignement catholique.

Enfin ! L’école laïque, obligatoire et gratuite pour tous à Verruyes – IIIe République

En 1871 en France, 78 % des hommes et 66 % des femmes savent désormais signer leur acte de mariage.(2)
Et c’est en 1874 qu’est créé le diplôme de la fierté scolaire, le certificat d’études primaires qui sera, pendant des décennies, le Saint Graal de tout enfant et de sa famille. 
C’est surtout plus pragmatiquement, la fin des études et le début d’une vie active, précoce, très souvent non choisie.
À Verruyes, le projet d’école religieuse pour filles préparé par la Congrégation des filles de la Croix de La Puye dans la Vienne est en cours depuis 1873. Désormais cohabiteront pendant des décennies à Verruyes école religieuse et laïque avec des hauts et des bas comme sur le reste du territoire.

Car un véritable big bang est lancé par Jules Ferry avec ses lois sur l’instruction publique : dès 1880, laïcisation des manuels scolaires, suppression des aides de l’Etat aux écoles catholiques et débuts de l’instruction morale et civique. Et en 1882, la loi Ferry instaure l’obligation scolaire pour les enfants de 6 à 13 ans.

À Verruyes, les choses vont rapidement évoluer… Deux écoles mixtes en sus de celle du bourg vont être créées, dans les villages de la Millancherie et de l’Aujardière.

À suivre…


1 : Naissance de la République aux portes de la Vendée, Georges Bobin , 1990 – Hérault Éditions
2 : Contexte, Thierry Sabot, 2007 – Éditions Thisa 2017
3 : Mémoire statistique du département des Deux-Sèvres, Etienne Dupin, An 9 – Imprimerie des sourds-muets
4 : L’école primaire dans les Deux-sèvres depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui, Pierre Dauthuile, 1904 – Imprimerie Th. Martin, Niort
5 : Histoire de la Gâtine poitevine et de Parthenay – Albéric Verdon
6 : Le patrimoine de Gâtine, Stéphanie Tézière – Association Atemporelle
7 : Mon village, ses hommes, ses-routes, son école -1848-1914 ; Roger Thabault – Les presses de sciences politiques

2 commentaires sur « V comme Vive l’école à Verruyes : du temps des rois à celui des premiers Hussards de la République »

  1. Quel long chemin pour arriver à l’école de la 3e république, à Verruyes et ailleurs ! Enfin, l’instruction pour tous, riches et pauvres, garçons et filles… vite, la suite !

    Aimé par 1 personne

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