X comme Série X : enfants abandonnés ou nés de père inconnu, famille Desré ou Deray

Un article de Marc BOUCHET

Dans la série X des Archives départementales des Deux-Sèvres, parmi les enfants abandonnés ou nés de père inconnu les patronymes Deray ou Derray (les orthographes varient au gré des déclarations) ont suscité mon intérêt.

Voici quelques cas d’enfants étudiés sans préjugés ni jugement moral, seule la curiosité m’a conduit dans ma recherche.

Mélina DESRÉ ainsi que ses enfants

Mélina Marie Louise est née à Secondigny de Marie Louise Pineau et de père inconnu, le 2 mars 1857. La déclaration a été faite par Marie Fallourd, sage-femme. Elle est inscrite dans l’acte sous le nom de Pineau.

Sa mère se marie le 24 janvier 1859, à Secondigny, avec Pierre Jean Desré. À l’occasion de ce mariage, l’époux et l’épouse reconnaissent Mélina Marie Louise comme leur propre fille.

Mélina prend donc le nom de Desré (Deré). Les parents habitent à la Chevauchère de Secondigny.

Mélina donne naissance à plusieurs enfants, nés de pères inconnus.

– Le 23 décembre 1878, la veuve Thibeault de Parthenay demande l’admission de Marie Louise, née le 22 décembre, fille de Mélina, célibataire, alors âgée de 21 ans, fille de Jean Deray (Derré) et Louise Pineau. La dame Thibeault a fourni quatre certificats, celui de naissance de l’enfant, son baptême, celui d’indigence et le dernier celui d’abandon. Mélina ne peut élever sa fille (Réf. Numéro matricule 1928).

Admission de Marie Louise Derré

En 1887, le 6 mars, à nouveau, Mélina, âgée de 29 ans, se présente devant le bureau d’admission de l’hospice de Parthenay. Elle déclare ne pouvoir élever son fils, Casimir Derray (Deré ou Desré), né le 4 mars à Parthenay. Après avoir fourni les quatre certificats, elle déclare faire la démarche en son nom personnel (Réf. Numéro matricule 2068). Casimir est né à la maternité de l’hospice de Parthenay. Le receveur économe de l’hospice, Aristide Cornuau, a fait la déclaration de naissance.

– Le 16 octobre 1882, Mélina se présente devant l’hospice de Parthenay. Elle demande l’admission de sa fille Marie Thérèse, née à Parthenay, le 13 octobre 1882. Mélina a fourni les quatre certificats, nécessaires à l’admission. Mélina n’est pas mariée et déclare ne pas pouvoir élever sa fille, à cause de son indigence. (Réf. Numéro matricule 1992).

Cette enfant sera confiée par l’hospice de Niort à la famille Poussard, demeurant à la Poussardière de Saint-Aubin-le-Cloud. Elle décède chez ses parents nourriciers le 27 février 1883, à l’âge de 4 mois.

– Le 9 octobre 1888, Mélina donne naissance à Alfred, né de père inconnu. Cette fois c’est le père de Mélina qui vient faire la demande d’admission à l’hospice, Parmi les raisons invoquées par son père, Mélina est atteinte « d’idiotisme ».

– Mélina a un denier enfant, né de père inconnu, le 23 juillet 1892.

Sans doute si Mélina était atteinte d’idiotisme, donc une femme un peu simplette, on peut penser que certains hommes abusaient de sa situation. Le 18 février 1902, après un interrogatoire conduit par le tribunal d’instance de Parthenay, Mélina sera déclarée « interdite de l’administration de sa personne » suite à de nombreux conflits familiaux. On lui donnera un tuteur pour gérer ses affaires. (Réf. 3 U 4 / 140).

Mélina Deray ou Desré est décédée à Venoux-en-Gâtine, à l’âge de 74 ans, le 20 mai 1932. Dans la table de successions de 1936, on précise qu’elle dépendait de l’assistance publique. 

Remarque : la grand-mère de Mélina, Louise Paul, était elle-même, née de père inconnue.

Marie Germaine DERAY

Acte n° 51. Le 12 décembre 1868, naissance de père inconnu à Saint-Aubin-le-Cloud de Marie Germaine. La déclaration a été faite par Jeanne Saivre, âgée de 48 ans, « qui a assisté à l’accouchement ». La mère de l’enfant est Marie Deray, âgée de 18 ans, servante à la Filature, hameau de Saint-Aubin. La mention marginale précise, le 14 décembre que la mère déclare reconnaître l’enfant.

Le 15 juin 1869, la femme Écale du Tallud, sans doute la nourrice, demande l’admission à l’hospice de Parthenay de Marie. La nourrice déclare ne pas pouvoir conserver l’enfant. Elle est incapable de remettre l’enfant à sa mère dont la demeure lui est inconnue. Marie Deray est admise provisoirement à l’hospice de Parthenay.

En fait la mère de Marie a abandonné l’enfant. Dans les registres de secours, on note que la mère âgée de 18 ans était orpheline de père et mère, sans ressources et sans asile. Elle était obligée de se gager pour gagner sa vie et avait quitté le pays.  Elle avait donc été contrainte de confier son enfant à une nourrice mais cette dernière l’avait portée à l’hospice car elle affirmait ne pouvoir plus s’en occuper.

L’enfant est placée à Azay-sur-Thouet dans la famille Bouchet où elle décède le 21 juillet 1869. La déclaration de son décès a été fait par Frédéric Bouchet, 51 ans, demeurant à la Mothe.

Frédéric Bouchet et son épouse Madeleine Drillaud avaient, selon les recensements de 1872, deux enfants Henri âgé de 8 ans et Victorine, âgée de 6 ans, plus une enfant de l’hospice, née à Niort, Christine, confiée à leur soin comme l’avait été Marie Deray.

Pierre Auguste DERÉ

Pierre Auguste nait le 20 mars 1878 à Saint-Lin de père inconnu et de Adeline Deré. La mère âgée de 22 ans, servante indigente est orpheline de père, a dû quitter son métier de servante. Sa seule ressource est de se retirer chez sa mère. Mais cette dernière ne possède rien et a 5 enfants, elle ne peut venir à son secours.

Le père d’Adeline, Jean Deray, tisserand, décédé à l’âge de 56 ans, le 17 mai 1876 à Saint-Lin ne possédait rien à son décès puisque le 17 décembre 1789, un certificat d’indigence a été fourni pour la succession au bureau de Parthenay.

Dans le registre d’inscription des enfants secourus provisoirement, il reçoit le numéro 2581.

Sa mère obtiendra une aide de 9 francs pour la 1re année, 7 francs la 2e année jusqu’à 3 ans. Puis l’aide financière diminuera : 6 francs pour la 4e année et ensuite 4 francs.

On peut penser que les mères de ces enfants, obligées de se gager comme le dit l’une d’elles, étaient des victimes d’hommes qui abusaient de leur ignorance et de leur naïveté.

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