Les pierres tombales de l’église de Caunay

L’église Saint-Pierre-aux-Liens de Caunay est une jolie église romane que j’ai découverte par un après-midi de juin.

On entre dans l’église par la porte latérale sud ; à l’intérieur, de grands murs nus, au crépi blanc, la charpente est apparente, directement sous les toits, de simples bancs de bois, sans dossiers. Une église d’une extrême simplicité.

Dans l’ancien dallage, plusieurs pierres tombales témoignent de l’histoire des seigneurs locaux, comme précisé dans le livre Mémoires/Société  Historique et scientifique des Deux-Sèvres -1914 [1] :

  • 1647 : la plus ancienne,
  • 1651 : René CUVILLIER, seigneur de la Madeleine
  • 1716 : Catherine SIMON
  • 1731 : Marie Gabrielle JUILLIOT DE LA PENISSIERE

La pierre tombale, la plus ancienne, datée de 1647, comporte un blason mais pas d’épitaphe.

La pierre tombale de René CUVILLIER, dont le haut est abimé, comporte un blason et une épitaphe difficile à déchiffrer ; le dépliant sur l’église  de Caunay, disponible sur internet, indique que cette pierre tombale date de 1651 et que René CUVILLIER est sieur de la Madeleine. Après quelques recherches, j’ai trouvé des précisions sur cette famille dans le Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, Tome 2/ Beauchet-Filleau via Gallica page 787 :

RENÉ, sr de Champaisière, mort célibataire et inhumé à Chaunay; on lisait sur sa tombe: «Ci-gist « le corps de René Cuvillier, sr de la Champaizière et «de la Madelaine,âgé de 55 ans, qui décéda le 26 « août 1651. Priez Dieu pour son âme».

Une petite rectification : René CUVILLIER a été inhumé à Caunay et non Chaunay !  Mais ces informations m’ont été fort utiles pour déchiffrer l’épitaphe !

CY GIST LE [COR]

  PS DE [RENE]

 CUVILLER [SIE]

  UR DE LA C[HAMPAI]

  ZIERE ET DE LA

  MAGDELAINE

AAGE DE

55 ANS   Q[UI DECE]

DA LE 26 AOUT

16[51 PRIEZ DIEU

POUR SON AME]

Et toujours selon le Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, Tome 2/ Beauchet-Filleau [2], René serait le 5ème enfant de :

1.—Cuvillier (François), sr de Boislebon (St-Sauvant, Vien.), avocat en Parlement, ancien sénéchal de la terre de Chemerault (Brux, Vien.), suivant quittance du 4 nov. 1614, fut sénéchal de la châtnie de Limalonges (D.-S.) avant 1618. Né à Chaunay vers 1550, il épousa vers 1590 Marie NAU.

 Je n’ai pas pu retrouver l’acte de décès de René CUVILLIER, le registre de Caunay de 1625-1729 comportant des lacunes sur les Sépultures.

La troisième pierre tombale est celle de Catherine SIMON, fort abimée également, avec une épitaphe et un blason ou deux blasons presque effacés :

CY GIST LE CORPS DE

 DEFUNTE DAME CATHERINE

 SIMON FEMME ET EPOUSE

 EN SON VIVANT DE MESSIRE RENE

DE RECHIGNEVOISIN DE GURON

CHEVALIER …

 BRILLACC LA MA

 GDELENE ET AUTRES

 PLACES ET FONDATE

 UR DE CETTE EGLISE

LAQUELLE EST DEC

 EDEE LE 13 DE 9BRE

 L AN 1716 PREIS DIEU

POUR SON AME

J’ai retrouvé l’acte de décès de Catherine SIMON dans le registre de Caunay de 1625-1729 :

Le treizième jour de novembre 1716  a esté décédé et a esté inhumé le lendemain après avoir reçu les sacrements Dame Catherine SIMON en son vivant femme de Mre René DE RECHIGNEVOISIN … chevalier DE GURON âgée de vingt quatre ans inhumée dans l’église de Caulnay en présence de Mre Gabriel DE RECHIGNEVOISIN  Mre Pierre DUPOND sieur de la Coudre et mres les Curés de Mairé Pliboux Vanzay qui se sont soussignés aveque moy

BMS 1625-1729 Vue 099/251

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/58825/vtaab46e9a93e7fdf7f/daogrp/0/199

La quatrième pierre tombale est celle de Marie Gabrielle JUILLIOT DE LA PENISSIERE  de 1731 :

CY GIST LE CORPS DE

 DEFUNTE DAME MARIE GA

BRIELLE JUILLIOT DE LA PENISSIERE  

EPOUSE DE MESSIRE RENE

DE RECHIGNEVOISIN SIEUR

DE[ CHAMPAZ]AISE

LA MAGDELENE ET

PLACES AUTRES AAGEE

DE 43 ANS DECEDEE

LE 18 9BRE 1731  PRIEZ

DIEU POUR SON AME

J’ai retrouvé son acte de décès  dans le registre de Caunay :

L’an de grace mille  sept cent trente et un le dix neuf novembre 1731  a esté inhumé en l’église de cette paroisse le corps de Marie Gabrielle JUILLOT DE LA PENISSIERE agée de cinquante ans ou environ de son vivant femme de Messire René DE RECHIGNEVOISIN seigneur de GURON fait les jour & ans susdits en présence de Jean FAYDY charpentier Louis MARSAT milicien Jean BEGUIER métayer de la Pelinerie Jean … de la Mousseliere … et plusieurs autres qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquis …Plusieurs signatures donc celle de C.AYMARD, Curé de Caunay

BMS 1729-1743 Vue 018/086

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/58825/vtafd7c7cbee80548c0/daogrp/0/18

Je retrouve, là, la belle signature de Charles AYMARD, qui fut curé de Séligné de 1718 à 1729 puis curé de Caunay et dont je parlerai dans un prochain article sur les curés de Séligné. Il fut inhumé dans l’église de Caunay le 12 juin 1751, mais malheureusement sa pierre tombale n’est plus visible de nos jours.

On peut remarquer que l’âge indiqué sur la pierre tombale, 43 ans, diffère de celui précisé dans l’acte de décés, 50 ans !

Marie Gabrielle JUILLOT (JULIOT/JULLIOT/JUILLIOT), Dame de la Pénissière, était, selon l’Armorial général d’Hozier [3], la première femme de René de RECHIGNEVOISIN, chevalier de Guron (ou Gurat).

Selon l’Armorial général d’Hozier, « René de Rechignevoifin de Guron, Ecuyer, Seigneur de Caunay, de la Madelene, du Breuillac & demeurant à Caunay près Sauzé en Poitou, fit hommage au Roi le 28 Juillet 1723 pour les Fiefs & Seigneuries de Caunay & du Breuillac, mouvans du Château & Comté de Civrai. Il tenoit le dernier de la Dame Garnier fa mère, qui l’avoit acquis du Seigneur de Chateaucouvert. Il avoit époufé :

 1°. par contrat du 2 juin 1721 Marie-Gabrielle Juliot, veuve de Louis David, Ecuyer, Seigneur du
Fief, Meftre de Camp de Cavalerie, Chevalier de l’Ordre Militaire de Saint-Louis, fille de Salomon Juliot, Ecuyer, Sieur de la Pénifiére, & de Gabrielle Gilbert fa femme :

2°. par contrat du 30 Mars 1736 Renée-Simonne du Rousseau, nièce de Charles-Louis du Rouffeau-de Fayolles, Curé de Saint Jean Baptifte de Limallonge, depuis Prieur de l’Abbaye des Alleux en Poitou, fille de Pierre du Rousseau, Ecuyer, Seigneur de Fayolles, & de Marie -Anne Prévost de Touchimbert fa femme;

Et de ces deux mariages font venues fix enfans, savoir :

Premier Lit : Pierre-Gabriel de Rechignevoifin qui suit,

Second Lit :

– Pierre-Charles de Rechignevoifin, Ecuyer, né le 14 Novembre 1738.

– Charles -Louis de Rechignevoifin, Ecuyer, né le 16 Avril 1743.

– Dide-Anne-Elisabeth de Rechignevoifin, née le 24 Janvier1737.

– Marie-Anne de Rechignevoifin, née le 27 Septembre 1740.

– Suzanne de Rechignevoifin, née le premier Août 1744. »

Catherine SIMON, inhumée en 1716 dans l’église de Caunay était peut-être la première femme de René de RECHIGNEVOISIN bien qu’elle ne soit pas citée dans les livres référencés.

Après quelques recherches, j’ai trouvé :

  • l’acte de mariage de René DE RECHIGNEVOISIN X Louise Catherine SIMON/SYMON en date du 16 mars 1711 en l’église Saint-Saturnin de Saint-Maixent :

L’an mille sept cent onze le seiziéme mars  …. Messire René DE RECHIGNEVOISIN escuiller chevalier de Gurat âgé de vingt et un ans de la dite paroisse de Caulnay et damoiselle Catherine Louise SIMON de cette paroisse et leur ai donné la bénédiction nuptiale en présence de Messire René DU PIN seigneur de la Guérivière curateur aussi cousin dudit Sieur RECHIGNEVOISIN Pierre DU PONS sieur de La Cour Louis René DU PIN et Pierre GARNIER et autres soussignés avec les deux époux et épouse

BMS 1711-1721 vue 010/359

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/58825/vta64c81dcd9a597026/daogrp/0/10

  • Ainsi que les actes de baptême de leurs deux filles Catherine Angélique, le 24 janvier 1713 à Caunay et Marie Catherine, le 19 février 1714 à Saint-Maixent l’Ecole.

Les témoins présents au mariage, l’âge du marié, les parrain/marraine des filles semblent confirmer le fait qu’il s’agit bien de René DE RECHIGNEVOISIN qui avait épousé en 2e noces Marie Gabrielle JUILLOT.

Outre les tombes signalées dans le livre Mémoires/Société  Historique et scientifique des Deux-Sèvres -1914 [1], on peut voir également :

  • Trois pierres tombales avec un blason gravé sans épitaphe,
  • Une pierre tombale avec deux épitaphes difficiles à déchiffrer car partielles et en mauvais état, située au pied de la pierre tombale de René CUVILLIER,
  • Une autre pierre tombale avec une épitaphe partiellement effacée.

On peut situer CAUNAY sur la carte de Cassini [4] :

Sources :

[1] Mémoires/Société  Historique et scientifique des Deux-Sèvres -1914

[2] Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, Tome 2/ Beauchet-Filleau via Gallica

[3] Armorial général, ou Registres de la noblesse de France (Volume 15) Auteur : Hozier, Louis Pierre d’, 1685-1767

[4] Carte de Cassini : Feuille 68 Charroux : le sud-est (La Mothe-Saint-Héray, Melle…)

[5] Sources: Caunay.pdf  www.poitiers.catholique.fr/parvis

Un commentaire sur « Les pierres tombales de l’église de Caunay »

  1. Superbe recherche. Merci, d’autant que sur la carte de Cassini j’ai repéré le lieu Meilleray, à proximité des Alleuds, et que cela m’a rappelé le nom du Maréchal Duc de la Meilleray, illustre deux-sévrien s’il en est, pour lequel j’ai trouvé un historique complet sur l’intéressant site Infobretagne.com

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s