Challenge de l’été : la vallée aux grenats en 79

Un texte de Ginette Savariaux

Pour les amoureux de la forêt de l’Hermitain et ceux du pays pèlebois, cette vallée n’est pas inconnue, mais pour toutes les autres personnes qu’en est-il ? Si j’ajoute vallée de Chambrille, j’espère allumer quelques éclairs de plaisir et de désir dans la prunelle de vos yeux !

Ces deux vallées sont situées dans le sud des Deux-Sèvres sur la commune de La Mothe-Saint-Héray. Elles se sont formées il y a près de deux millions d’années à la suite d’un abaissement géologique.

Il en résulte, dans la zone qui nous intéresse, un relief tourmenté avec ces deux vallées profondément encaissées, pourvues d’éperons rocheux constitués de granite et de micro-schistes à grenats.

Le ruisseau traversant les micro-schistes qui brillent au soleil reçut le nom de « Champ Brille » alors que son affluent prit l’appellation de « Ruisseau aux Grenats » en référence à la pierre semi-précieuse, le grenat, incrustée dans le micro schiste.

Ce milieu favorise le développement de nombreuses espèces de plantes, allant de la callune sur les sols pauvres, secs et arides en passant par l’orchis mâle et à l’aulne glutineux en bordure des ruisseaux sur des sols humides et riches en alluvions.

La faune y est également remarquable : salamandre tachetée, rosalie des Alpes, lucarne cerf-volant.

Le ruisseau de Chambrille prend sa source à Font-Querré sur la commune de La Couarde, il va ensuite rejoindre la rivière de la Sèvre à La Mothe-Saint-Héray alors que le ruisseau aux grenats prend sa source non loin de Barbecane et de Trémont et rejoint le Chambrille dans la vallée.

Nous pourrions en rester là et vous dire qu’en 1901 la ligne de tramway reliant Saint-Maixent-l’Ecole à Melle passait en ce lieu et vous inviter à nous promener sur ce qui reste de cette ligne en allant jusqu’au carrefour des Quatre-Routes lieu où le train s’arrêtait, puis continuer jusqu’à la Cantine et refaire le trajet des « ballades aux muguets ».

Même si les rails ne sont plus visibles, il reste le sentier rafraîchissant car sa frondaison est haute et dense.

Le plus mystérieux reste à venir car une légende est née sous la plume d’un monsieur Henri Caillon qui fut percepteur à La Mothe-Saint-Héray de 1878 à 1903. Il fit éditer en 1885 un livre intitulé « La légende de la Dame de Chambrille ».

N’ayant rien retrouvé de cette édition et de ce monsieur, je vous livre le résumé de cette légende mystérieuse qui est peut-être née d’un évènement particulier dont il aurait eu connaissance ou bien de son imaginaire fertile ou de celle de la population ?!

« Au château de Font-Querré, aux abords de la source du Chambrille, le propriétaire Amaury avait une fille d’une grande beauté prénommée Berthe. Celle-ci tomba amoureuse de son jeune voisin Guy de Trémont et l’amour de Guy pour Berthe était réciproquement tendre et passionné.

Le jeunes gens commencèrent à vivre intensément ce grand amour et firent des tas de promesses rimant avec toujours !

Mais le seigneur voisin, tenant la place de La Mothe-Saint-Héray, le baron Tutebert de Chambrille, compagnon d’arme et ami d’Amaury, étant veuf, demanda la main de Berthe et l’obtint. En ces temps reculés, les filles devaient se soumettre aux ordres de leurs pères.

Berthe et Guy furent effondrés de douleur mais Berthe devint Madame de Chambrille.

Quelques temps plus tard, les deux jeunes gens ne purent résister à la fougue de leur passion amoureuse et se donnèrent rendez-vous la nuit, à mi-chemin entre leurs demeures respectives, dans la vallée près du ruisseau.

La dame de Chambrille

Les rendez-vous se multiplièrent, les amants prolongeaient leurs ébats jusqu’à l’aube et ne se quittaient que lorsqu’ils entendaient le chant du coq du Payré, le plus matinal de tous.

Mais le baron de Tutebert, âgé, était soupçonneux et après une rapide enquête alla se cacher près du lieu de rendez-vous des deux amants, juste après le coucher du soleil.

Un moment plus tard, au clair de lune, il put vérifier que ses soupçons étaient fondés et, fou de rage, il se jeta sur eux et les poignarda.

Berthe de Chambrille en fut clouée sur place et se pétrifia, elle devint le rocher qui porte son nom : « La Dame de Chambrille ».

Guy de Trémont, mortellement blessé se traîna comme il put en remontant la vallée afin de rentrer à son logis, laissant sur son passage le ruissellement de son sang. Les petites gouttes de sang devinrent des petits grenats, cailloux charriés depuis ce temps par le ruisseau qui a creusé la vallée en prenant le nom de « Vallée aux Grenats ».

Guy ayant perdu tout son sang, mourut non loin de son logis de Trémont. Depuis lors, malgré tout, le ruisseau aux Grenats vient mêler ses eaux au ruisseau de Chambrille, comme si les deux jeunes amants continuaient à s’unir et à se prodiguer de douces caresses. »

Une roche plate, ressemblant à une dalle sépulcrale pourrait être sa tombe. Elle se trouve sur la rive droite de la Vallée aux Grenats, à hauteur du pavillon de chasse appelé « La Maison Blindée ».

Alors, si vous passez par la forêt de l’Hermitain, celle qui m’a vu naître et grandir, venez rendre visite à Berthe, cette dame de Chambrille qui perdit sa vie par amour !

Vous pourrez également admirer ces petits cailloux scintillants et remonter le ruisseau jusqu’à la tombe supposée de Guy et rendre hommage à son courage.

C’est un belle légende, un peu triste certes mais qui rend le lieu et paysage encore plus attrayant !

Sources : site officiel de La Mothe-Saint-Héray
Autres lieux à découvrir :
– sur cette commune, l’Orangerie et le Moulin l’Abbé
– à Souvigné, le château de Bois Guérin et le musée de la Ruralité et de la Coiffe
– à La Couarde, le centre Jean Rivierre pour la généalogie protestante
– à Beausssais, la maison du protestantisme poitevin.

Si après la lecture de l’article de Ginette vous voulez découvrir de vos propres yeux le site de Chambrille, le musée du Poitou protestant de Beaussais y organise trois balades au mois d’août. Les renseignements sont sur l’affiche !

Un commentaire sur « Challenge de l’été : la vallée aux grenats en 79 »

  1. Encore un article qui donne envie de prendre le train pour visiter des lieux charmants.
    Tous ces articles seront-ils un jour réunis en une plaquette à laisser à nos petits-enfants ???
    MERCI pour ces bons moments de lecture

    Aimé par 1 personne

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