Z comme Zoom sur la migration de la famille PRUNIER au Texas en 1842

Le Cercle Généalogique des Deux-Sèvres a accueilli les 11 et 12 octobre 2022 Janell B., une généalogiste américaine venue à notre rencontre pour remonter la branche de ses ancêtres, Pierre PRUNIER et Félicité TETRON, partis de Gâtine vers le Texas au milieu du XIXe siècle. Voici les informations transmises par Janel : « Pierre, fileur ou tisserand de laine, Félicité, sage-femme, et leurs enfants quittent le port du Havre en novembre 1842 à bord du navire Ebro, à destination de Galveston Texas. Pierre a déclaré avoir des fonds de 1 000 francs sur le manifeste. Le voyage était le premier d’une longue série dans le cadre d’un accord conclu par Henri Castro avec la République du Texas pour installer des citoyens français sur des concessions de terres dédiées. L’entreprise était connue sous le nom de colonie de Castro. »

Quelques informations sur le TEXAS et Henri CASTRO :

Événements de l’histoire du Texas

-1824 : Le Mexique devient République. La province du Texas est réunie à celle de Cohahuila.

-1827 : Les États-Unis font une offre pour acheter le Texas.

-1833 : Le général Santa Anna devient président de la République mexicaine.

-1835 : Les hostilités armées entre Mexicains et Texiens commencent en septembre de cette année.

-1836 : Le 1 février, le général Santa Anna entre au Texas à la tête d’une armée de 8 000 hommes environ. Le 2 mars le Texas se déclare indépendant du Mexique. Le 6 mars le fort Alamo est pris par les Mexicains. Le 21 avril la bataille sur les bords de la rivière Jacinto donne l’avantage aux Texans ; le général Santa Anna est arrêté ; il signe l’armistice et ordonne le retrait de ses troupes. Le 1er septembre, le général Houston est élu président de la nouvelle République. La Constitution est adoptée et la ville de Houston créée.

-1841 : Vote d’une loi concédant 640 acres de terre à chaque chef de famille et 320 aux célibataires ayant immigré avant le premier janvier 1842. Sam Houston est élu à nouveau président de la République.

-1842 : On passe des contrats avec des candidats européens dans le cadre de la colonisation du Texas ; l’un d’eux est Henri CASTRO.

-1845 : Le 29 décembre, le Texas devient le vingt-huitième État de la Confédération des États-Unis

-1846 : Le Mexique et les États-Unis se brouillent au sujet de la démarcation de la frontière du Texas ; la guerre commence sur les bords de Rio Grande et se termine au Mexique. La paix est signée en 1848.

Henri-CASTRO (1786-1865) comte, armateur et consul général de France dans la République du Texas, fut le fondateur le 1er septembre 1844 de la ville de Castroville (Texas). Né en 1786 à Bayonne, dans une famille juive d’origine portugaise, il fait la connaissance de Bonaparte à l’âge de 19 ans lorsque le gouverneur des Landes lui demande d’accueillir Napoléon, dont il va devenir membre de la garde impériale. En 1813, il épouse Amelia Mathias, une riche héritière puis part pour les États-Unis dans les années 1820 et se fait nommer consul de France dans la ville de Providence, dans l’État du Rhode Island puis prend la nationalité américaine en 1827.

Il obtient en 1842 le don de terres demandé à Sam Houston, président de la nouvelle République du Texas. Sur les 271 000 acres de terres reçues, Castro en obtint 38 000 pour son compte propre, sous réserve de réussir l’opération. Les territoires qui lui avaient été concédés étaient situés le long de la rivière Medina, 30 km à l’ouest de San Antonio.

Son premier navire chargé de 144 immigrants, l’Ebro, part du Havre le 2 novembre 1842 et arrive au Texas le 1er janvier 1843 : c’est le navire qui emmènera Pierre PRUNIER, sa femme et ses quatre enfants. Et plusieurs autres suivront.

Les célibataires avaient 128 hectares, les couples le double. Sous réserve d’avoir construit une maison, de cultiver six hectares, d’y résider, chacun devenait propriétaire. CASTRO aurait introduit en tout près de 2100 colons au Texas, ce qui en fait le second contributeur au peuplement après Stephen F. Austin.

Le recrutement des colons

Pendant qu’Henri CASTRO s’occupait des questions d’organisation, des agents furent chargés de démarcher des gens. Ils ratissèrent d’abord la région parisienne, puis plusieurs régions françaises en vantant les bienfaits de l’état du Texas avec les perspectives pour les contractants de pouvoir bénéficier d’une nouvelle vie.

Les premiers colons recrutés venaient essentiellement des départements de la Meuse, du Doubs, de la Haute Saône et de la région parisienne. Mais il y eut aussi des limousins tels les frères Grégoire et Joseph DELAROCHE, arrivés à la Nouvelle-Orléans le 19 février 1841. Grégoire avait entendu parler de ce projet de colonisation lors d’un de ses déplacements professionnels à Paris [1]. Ils rejoignirent Galveston et s’y installèrent sommairement pendant plusieurs mois. Les deux frères se joignirent ensuite au premier groupe de colons arrivés en janvier 1843.

Il y eut nos Deux-Sévriens (la famille PRUNIER/TETRON en 1842 et la famille CHEBRET/TETRON en 1846). Pour quelles raisons, les PRUNIER sont-ils partis ? Difficile à savoir ? Ils ne manquaient pas de moyens. Pierre PRUNIER avait affermé une maison à l’Absie en octobre 1842, juste avant de partir. Les documents de succession/ inventaire/ testament de Marie GARON, mère de Félicité et Jeanne TETRON, montrent qu’elle avait prêté aux deux couples la somme de deux mille deux cents francs.

Mais pour des raisons de stratégie (il valait mieux s’éloigner de Paris et de ses détracteurs), et aussi parce que le gouvernement du Texas se plaignit de l’extrême pauvreté des premiers immigrants, CASTRO décida ensuite de porter sa campagne dans l’est de la France. Il rechercha en priorité des gens du monde rural mieux habilités à faire fructifier la terre texane. Les agents recruteurs quadrillèrent alors les départements du Rhin et y trouvèrent du répondant : « Parmi toutes les causes d’ordre national et local ayant pu provoquer les départs des Alsaciens, le climat de lassitude, de désarroi et de pessimisme qui, au fil des années, a englué les gens dans un marasme épais, a pesé lourdement dans la balance ».

Le départ

En 1842, les émigrants à destination de l’Amérique choisirent de préférence Le Havre, car la distance était plus courte et donc le prix moins élevé que pour se rendre dans les ports de Hollande ou de Belgique. « Des scènes de charrettes, chargées d’ustensiles de cuisine, de nourriture et d’enfants -décrites par des écrivains et reproduites par des peintres-, ont pu frapper l’imagination de plus d’un migrant alsacien, éveillant en lui le désir d’aller voir ce pays, tant vanté par les Européens qui y avaient déjà débarqué. »

Les candidats du projet de colonisation partaient pour l’aventure. Contrairement à d’autres qui se rendaient dans des endroits déjà habités et aménagés, les immigrés allaient vers des territoires pratiquement vierges de toute civilisation. Manquant d’informations, peu de gens se doutèrent dans quelle galère ils allaient s’embarquer. « Pour certains, la traversée s’avéra fatale et plus d’un corps, n’ayant pu résister à la fatigue et à la privation, fut livré à la mer par le capitaine de bord. » 

L’arrivée sur la terre texane

Selon plusieurs ouvrages, après un voyage exténuant, les passagers de l’Ebro », arrivés à destination à Galveston le jour du Nouvel An 1843, ne purent cependant débarquer que le 9 janvier. Le mauvais temps avait rendu l’accostage très difficile.

« Pour les premiers immigrants de Castro, la surprise fut grande, lorsqu’ils apprirent que le plus gros du périple restait encore devant eux. Au bout d’une semaine d’attente, une goélette les mena jusqu’à Lavaca Bay. L’endroit était encore très primitif et peu accueillant. Un voyage par voie de terre, de plus de cent cinquante milles, pour atteindre San Antonio de Bexar, fut une nouvelle peu réjouissante pour ceux qui avaient pensé trouver rapidement un lieu d’ancrage sécurisant. Le climat humide provoquait fièvres et maladies chez beaucoup. Accrochée à l’idée de devenir propriétaires au Texas, une partie d’entre eux, cependant, continuait bravement le voyage au  rythme des chars à bœufs. Ainsi donc, après un voyage de soixante-quatorze jours en mer et le débarquement à Galveston, les immigrants furent surpris par le spectacle qui s’offrait à eux : des maisons ressemblant davantage à des hangars qu’à des demeures bourgeoises comme ils avaient pu en voir dans les ports en Europe, de vastes citernes en bois ou en briques qui, par temps sec, servaient à recueillir l’eau de pluie, des rues bordées de lauriers-roses et d’arbres odoriférants. »

Quelques familles, comme celle de Pierre PRUNIER, devant les difficultés qui s’annonçaient, avec de plus des incidents avec les indiens à la frontière du Texas, préférèrent aller à Houston pour attendre les développements plutôt que d’endurer de nouveaux voyages.

Castroville fut finalement fondée en 1844. Pendant le premier siècle de son existence, l’alsacien était parlé dans les maisons, les magasins et les tavernes. Aujourd’hui, seule une moitié des résidents de la ville, appelée parfois la « Petite Alsace du Texas, peuvent prétendre par leur origine descendre des premiers colons du temps d’Henri CASTRO.

Une grande partie de la ville a été déclarée District historique national afin de préserver l’architecture caractéristique de type alsacien d’une douzaine de maisons et de magasins avec leurs toits en pentes, notamment la maison Steinbach, une bâtisse à colombage construite en Alsace au XVIIe siècle et transportée au Texas en 1998.

Quel avenir pour la famille PRUNIER ?  La famille PRUNIER s’installa à Houston : la famille y est recensée en 1850.

Des documents de famille issus d’un arbre sous Ancestry montrent que les 640 acres que Pierre reçut comme « chef de famille », arrivé avant le 15 février 1847, lui furent attribués le 8 septembre 1851 et que le 22 novembre 1854, Pierre vendit sa terre dans la colonie à Justin Castonie, de Galveston, pour 200,00 $.

En 1858, Pierre PRUNIER, laboureur/fermier, fait sa déclaration d’impôts : il loue des terres irriguées, possède 80 têtes de bétail, mais pas de chevaux ni d’esclaves !

Le couple Pierre PRUNIER X Félicité TETRON a eu une grande descendance aux Etats Unis ; de nombreuses photos en attestent sur des arbres Ancestry. J’ai retenue celle de la famille Albert WEIMAN et Marie Molly PRUNIER, leur petite-fille et arrière-grand-mère de Janell.

Sources :

[1] « Adélaide et moi » de Daniel-Dujardin-Sadowy – Edition L’Harmattan.

[2] « … Et parmi les pionniers du Farwest il y avait des Alsaciens » de Jeannine Erny via internet

[4] « Emigration Alsacienne aux Etats-Unis 1815-1870 – Chapitre VIII les Alsaciens, Henri Castro et le Texas » Nicole Fouché, Editions de la Sorbonne

[5] « Castro’s Colony Empresario Development in Texas 1842-1865» by Bobby D.Weaver, Texas A&M University Press

[6] Documents/Photos sur Ancestry  dont Arbre  C_McClimon et documents sous Familysearch.

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8 commentaires sur « Z comme Zoom sur la migration de la famille PRUNIER au Texas en 1842 »

  1. Elle est surprenante, cette migration de la famille Prunier. Merci pour cette présentation très claire.
    Nous avons beaucoup voyagé et appris, avec ce joli thème « les migrations ». Ce fut un beau challenge. Merci à tous.

    Aimé par 1 personne

  2. I was amazed to come across these blog posts relating to Pierre PRUNIER and Félicité TETRON. They too are my ancestors, who I just started researching for my family tree. Marie Molly Prunier was my great-great Grandmother’s (Aurelia Prunier) sister. I’ve learned so much by reading these posts. Thank you for sharing the journey online.

    Aimé par 1 personne

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