Sosa 2022 ? Tout en double voire plus !

C’est La Drôlesse (du blog La Drôlesse) qui nous propose son Sosa n° 2022 aujourd’hui.

Emery Juin , XVIIe siècle, Gâtine poitevine

 Si en janvier, nous sommes en plein hiver, je vous propose un peu de printemps, voire d’été, avec mon ancêtre Sosa n° 2022 pour vous souhaiter une année nouvelle plus sereine que les deux précédentes.

J’ai ainsi le plaisir de vous présenter Emery Juin.

2022            Emery JUIN
1011              Françoise Juin
505                Françoise Moreau (ou Morin)
252                Jacques Michel Couturier
126                Jacques Couturier
63                   Madelaine Couturier
31                   Madelaine Justine Goudeau
15                   Marie Louise Niveau
7                     Marie Louise Babin
3                     la mère de La Drôlesse
1                     La Drôlesse

2022, vous l’aurez remarqué, se place clairement sous les auspices du chiffre 2, du double, présent ici trois fois.  Et bien pour mon Sosa du même millésime, c’est un peu la même chose !

Emery est en effet deux fois mon Sosa, le père de deux enfants – dont la mère est Andrée Margnat -,  seuls connus à ce jour et qui, adultes, se sont mariés deux fois.

Il est aussi présent dans trois des branches de mon arbre, car non seulement content d’être mon Sosa n° 2022 et n° 1560, et ainsi l’ancêtre de mes deux grands-parents maternels, il est de surcroît un double Sosa de ma grand-mère maternelle Marie-Louise Babin.

Ascendance de la mère de la Drôlesse

Tous les éléments  connus à ce jour de la vie d’Emery le sont grâce aux contrats de mariage passés par son fils Louis Jean Juin  (Sosa n° 780 et n° 972) lors de ses deux mariages.

À Mazières-en-Gâtine, Louis a ainsi contractualisé chez notaire le 30 juin 1695 sa première union avec Françoise Girault, et a priori son père était encore vivant.  Puis veuf très rapidement, Louis se remarie avec Marie-Françoise Pelletier (Sosa n° 781 et n° 973)  le 13 avril 1696, le contrat de mariage portant  l’indication qu’Emery était décédé.

Françoise Juin (Sosa n° 1011), la fille aînée d’Emery et Andrée, la sœur de Louis,  s’est mariée elle aussi deux fois, mais seul le contrat de mariage de sa seconde union a été relevé. En 1734, il ne nous apprend rien sur ses parents, Françoise, la mariée, est alors âgée de 71 ans, et veuve de Pierre Moreau (ou Morin, Sosa n° 1010).

En partant de l’âge de Françoise et Louis Juin à leurs décès, il est possible de définir leurs dates supposées de naissance : respectivement aux alentours de 1663 pour l’une et 1667 pour l’autre.

En résumé… Emery serait donc décédé entre le 30 juin 1695 et le 13 avril 1696, né dans la première moitié du XVIIe siècle en Gâtine poitevine, aux alentours de Saint-Georges-de-Noisné et Verruyes (pour l’une, les actes sont lacunaires à cette période, et pour l’autre, ils n’existent pas avant 1701). Probablement paysan, très certainement aisé donc peut être laboureur, il se serait marié avec Andrée Margnat – qui peut aussi s’écrire Margnacq ou Marniac – avant 1663, année de naissance supposée de leur premier enfant connu, Françoise.

De manière très intuitive, il pourrait s’avérer qu’Emery – ou sa femme – soit issu d’une famille protestante ou nouvellement convertie à la religion catholique apostolique et romaine ce qui expliquerait aussi les difficultés à les trouver dans les archives de l’État civil tenu par les curés de paroisse. D’autres branches présentes dans mon arbre, notamment protestantes, semblent vouloir s’entremêler avec celles d’Emery et Andrée. Les recherches et les vérifications sont en cours.

Enfin, pour tenter d’en savoir plus sur Emery, peut être est il amusant de décrypter le sens de son prénom et de son nom ?

Emery vient de la langue germanique, et est composé de deux mots (encore un double !) : heim et rick, qui signifient maison et roi. Était-il roi chez lui ? Probablement.  À cette époque,  les femmes avaient peu de pouvoir.

Sa fête est célébrée le 4 novembre en hommage à saint Emery, le fils de saint Étienne de Hongrie et de sainte Gisèle, qui vécurent au XIe siècle.

Selon Geneanet, le patronyme Juin a  aussi 2 (toujours !) origines possibles : soit il fait référence au mois de juin, à un enfant trouvé à cette époque de l’année ou né à cette période de l’année, soit il s’agit d’une variante de l’ancien nom de baptême, Jovin, provenant de Jovinus, un diminutif de Jovis, Jupiter en somme, rien de moins ! C’est aussi dans deux départements (encore !) français , les Deux-Sèvres (sans commentaire 🙂 !) et la Manche (je rappelle qu’il en faut deux pour faire une chemise, un pull, un manteau …), que le nom de Juin est le plus porté.

Emery était-il double dans son comportement ? Car si on en croit l’analyse du caractère des Emery proposée par Le journal des femmes et prenoms.com, sa personnalité pouvait peut être s’avérer contradictoire : pour le premier site, il s’agit d’un enfant jovial et volontaire, le genre de personne qu’on aime avoir pour ami, doux et attentif,  pour le second, les Emery sont aussi décrits comme combatifs, qui aiment gagner et réussir, fiers de leur personne, exigeants et peu tolérants.

Selon qu’il était en société ou à la maison, Emery était-il peut-être les… deux ? Ah et quand on arrive en juin, en fait, nous en sommes à  la moitié de l’année 😉

La Drôlesse – Janvier 2022

L’ânerie du chirurgien aux boutons d’or

Bien qu’il ne soit pas très difficile à lire, je ne résiste pas au plaisir de retranscrire cet acte trouvé dans un registre de Germond (BMS 1721-1757, vue 87/195). J’ai juste adapté l’écriture aux règles actuelles.

Le 13 juillet 1738 a été inhumé dans le tombeau des prieurs à la droite du chœur dans l’église de Germond Annet Chalmette, prieur de Germond, après avoir reçu tous les sacrements et avec une résignation admirable quoique dans des grandes souffrances causées par l’ânerie du chirurgien nommé François Denis de cette paroisse qui lui appliqua des oignons de bouton d’or pilés sur les jambes pour les faire fluer, ce qui les lui brûla entièrement et ce en présence de toute la paroisse qui n’a néanmoins pas signé Ph Corraud

François Denis, responsable du décès d’Annet Chalmette qui était prieur de Germond depuis 17 ans, est pourtant qualifié de maître chirurgien quand il se marie, le 26 novembre 1736, à l’église Saint-André de Niort avec Jeanne Pouzin. Leur union est féconde puisque 9 enfants naissent à Germond entre 1737 et 1752. Hélas, 7 d’entre eux (au moins, peut-être tous) meurent en bas âge ; je n’ose supposer que ce soit encore à cause d’âneries de leur chirurgien de père, les décès des jeunes enfants étant chose courante autrefois. Je perds la trace des malheureux parents le 23 décembre 1752, au dernier enterrement d’enfant.

Le prieur Philibert Corraud qui a rédigé l’acte de sépulture de son collègue n’a sans doute pas dû choisir François Denis comme praticien mais il a quand même réalisé les nombreux baptêmes et nombreuses sépultures des enfants du chirurgien. Il est à peu près certain que Philibert Corraud a également évité d’être soigné avec des boutons d’or pendant les 41 ans qui ont séparé la mort d’Annet Chalmette de son propre décès le 13 août 1779 à Germond à l’âge vénérable pour l’époque de 80 ans.

Et quant à moi, je regarderai désormais d’un autre œil le joli bouton d’or.

Mon SOSA 2022

Après Mauricette Lesaint, c’est Jean-Pierre David (adhérent 1663) qui nous emmène sur les traces de son Sosa 2022. L’occasion de découvrir ou redécouvrir le vieux métier de faiseur de bois chantant.

2022 : Pierre CHABOCEAU
1011 Hilaire CHABOCEAU x François CHASTIN
505 : Marie CHASTIN x Jean JOLLY
252 : Jacques JOLLY x Jacquette LEAUD
126 : Jacques JOLLY x Marie AUDURIER
63 : Marie-Louise JOLLY x Jacques DECOUX
31 : Marie Julienne DECOUX  x René Pierre GUIGNON
15 : Rose GUIGNON x Alexis CAMUZARD
7 : Françoise CAMUZARD, ma grand-mère maternelle

Pierre CHABOCEAU est né le 2 janvier 1622 à Azay-sur-Thouet, fils de Pierre et Marie CHAUVIN

Il exerce la profession de « faiseur de bois chantant ». Il s’unit, le 7 octobre 1669 – à 47 ans –  à Jeanne GIRARD 19 ans ! Cinq enfants répertoriés :  Pierre, Hilaire, Jeanne, René et Renée. Il décèdera entre 1686 et 1693.

L’intérêt de Pierre c’est sa profession. En effet, à cette époque, on trouve à Azay-sur-Thouet un grand nombre de professionnels du « bois chantant » : tourneurs, faiseurs, vendeurs qui utilisaient ce bois « résonnant » (épicéa, érable sycomore ondé, etc) pour le négoce ou la fabrication d’instruments de musique.

Pour mieux connaître ce métier, voici un lien vers un article sur le bois chantant à Azay paru sur le site de l’association « Histoire et patrimoine de Secondigny en Deux-Sèvres ». Pierre CHABOCEAU y est cité parmi ceux qui exercent cette profession :
– Jacques ROUSSEAU, marchand de bois chantant, 1664
– François BARRAULT, faiseur de bois chantant, 1668
– MORISSET, tourneur de bois chantant 1668
– POUSSARD, faiseur de bois chantant, 1668
– GELIOT, tourneur de bois chantant, 1668
– Jean JANVRET, faiseur de bois chantant, 1668
Pierre CHABOCEAU, maître faiseur de bois chantant, 1669
– René BRACONNIER, faiseur de bois chantant, 1669  – hameau de Beaupuits, paroisse d’Azay
– BARRAULT, faiseur de bois chantant, 1669 – la Jousselinière – Azay
– SEIGNEURET, faiseur de bois chantant, 1670 – La Verdoisière – Azay
– Jean AUDOUIN, faiseur de bois chantant, 1673
– Charles JULLIOT, « maître tourneur en bois chantant », 1649, La Draire d’Azay-sur-Thouet.

Et si vous voulez en savoir encore davantage sur ce métier, vous pouvez aussi consulter le site La Gâtine poitevine d’Albéric Verdon qui donne quelques informations sur plusieurs artisans du bois chantant, le bel article de Stéphane Dallet dans le numéro 256 (juillet-août 2019) de la revue « le Picton » et bien sûr celui de J.F. Guilleux dans le numéro 79 (décembre 2011) de notre revue « Généa79 ».

J’ai retrouvé mon sosa 2022

Un article de Mauricette Lesaint qui nous souhaite ainsi à sa façon une bonne année 2022. Si comme elle vous avez retrouvé votre sosa 2022, vous pouvez envoyer votre proposition d’article pour le blog à cette adresse mail : genea79blog@laposte.net

Après le sosa 2020, voici le sosa 2022.
2020 était le père de Jacques GOULARD, mon sosa 1010,
2022 est le père de sa femme Marie AUBRY, ma sosa 1011.

Il n’est pas très bavard Michel AUBRY, mon sosa 2022.

Pourtant, ça commence plutôt bien. Sur l’acte de baptême le 26 octobre 1643, Michel est fils de Bertrand AUBRY et Philippe MARIOCHEAU, baptisé en l’église du Chillou. Michel a au moins deux frères, Élie et René, et une sœur, Isabeau née en 1650.

Sa mère Philippe MARIOCHEAU meurt le 31 octobre 1671 au Chillou. Il a 28 ans.

Il est au mariage de son frère René avec Jacquette MOREAU le 29 juin 1676 au Chillou. Son père Bertrand AUBRY meurt trois mois plus tard, le 3 septembre 1676.

Sa femme Marie MOREAU a-t-elle un lien de parenté avec Jacquette la femme de son frère ?  Pas d’acte de mariage pour préciser !  A-t-il vécu au Chillou toutes ces années-là avant de vivre à Saint-Loup-sur-Thouet ? Ses quatre filles Marie, Anne, Renée et Marie nées en 1681, 1684, 1688, et 1695 y sont toutes baptisées. Ces actes n’apportent rien, ni sur son métier, ni sur l’adresse exacte du domicile, ni sur sa femme Marie MOREAU. Marie sa femme meurt à trente-sept ans en 1698 à Saint-Loup-sur-Thouet.

La maison de Voltaire à Saint-Loup et le pont roman sur le Thouet à Gourgé

Les actes de mariage de ses filles Marie et Renée avec deux frères sont un peu plus loquaces. Les mariages sont à Gourgé. Un gendre Jacques GOULARD y est meunier. Marie se remariera après son veuvage avec François GUILLEBAULT, maréchal à Gourgé. Sont présents, le grand-père Noël MOREAU, père de Marie, et un oncle Jean FOUQUET.

Michel meurt et est inhumé le 3 mai 1710 à Gourgé ; sont présents, Marie et Renée ses filles, Jean FOUQUET son neveu à cause de sa mère, Pierre AUBRY son neveu et Jacques GOULARD son gendre meunier.

Même si j’ai tracé les grandes lignes de sa vie, je suis insatisfaite, il reste trop de zones d’ombres…  Michel n’est cité dans les actes que comme « fils de », « frère de » ou « père de ».  Il ne signe pas. Les membres de sa famille sont là, mais des liens familiaux ne sont pas établis, comme ceux de Jean FOUQUET, l’oncle des enfants, le beau-frère ; est-il marié avec la sœur de Michel AUBRY ou avec la sœur de Marie MOREAU ? J’aurais aimé savoir si Michel vivait dans le bourg, un hameau ou  un lieu-dit, connaître son métier, ses relations…

Je sais  quand même qu’il fut baptisé en l’église du Chillou, que ses filles furent baptisées en l’église de Saint-Loup-sur-Thouet et qu’il fut inhumé dans le cimetière de Gourgé. Je connais aussi le contexte historique ; il a passé toute sa vie sous le règne de Louis XIV, il y eut révocation de l’édit de Nantes en 1685. La région n’était pas isolée, il y eut des abjurations  dans les paroisses du Chillou, de Gourgé,  donc il a entendu, côtoyé des « protestants ».

Comment éteindre un incendie dans l’urgence

Ah, si seulement un sacristain comme Jean Thiolet de Ménigoute avait été présent à la cathédrale Notre-Dame à Paris le jour de son incendie ! Dans le registre BMS 1700-1712 Ménigoute, à la vue 152/164, on trouve une note plutôt inattendue du curé : comment la destruction de l’église a été évitée de façon très originale mais efficace.

Le vingt et huictième jour de juillet entre une et deux
heures le tonnerre tomba sur le clocher de la grande eglise, otta
toutes les ardoises et descouvrit l’église des deux costes du
clocher sans pourtant rien bruler parce que le sacristain, jean
tiolet monta a la hauteur et eteignit le feu avec son
urine.
Dieu nous preserve de ces fleaux.

S Bourceau, ptre curé de Menigoute

à un moment, il faut faire appel aux professionnels !

J’aime beaucoup la conclusion religieuse faite par le curé à propos de ce drame évité de justesse : on se demande si le fléau est l’incendie ou l’urine du sacristain. L’acte a été signalé par Thierry Peronnet à Stéphane Dallet qui a donné sur le site Geneanet une analyse très complète et très juste de ce départ de feu à Ménigoute. Merci à tous les deux. Je retranscris tel quel le texte de Stéphane :

Soit l’incendie n’était pas vraiment menaçant, soit le sacristain pissait comme Gargantua sur La Rochelle. Que sait-on du pisseur héroïque de Ménigoute ? Peu de choses, d’autant plus qu’il y a plusieurs Jean Thiolet qui ont vécu à la même époque dans ce village. Le premier, marié à Radegonde Pin en 1703, a trois enfants dont Pierre qui devient maréchal. Le second qui épouse Elizabeth Coulongeat en 1715 est peut-être notre homme car il a quelques relations avec les notables du cru parmi lesquels le chapelain et la sœur du curé qui est marraine de l’un de ses enfants. Plus tard, la veuve Thiolet ira habiter chez les Dames religieuses de La Mothe-Saint-Héray et mariera deux de ses filles à Chenay et à Saint-Maixent. La date de décès du sacristain est incertaine, les actes donnant peu d’information sur les défunts. En fait, les deux homonymes pourraient bien être frères et les enfants de Nicolas Thiolet et Catherine Pillac qui font baptiser à Vasles deux petits Jean en 1670 et en 1676. Les dates concordent. Cependant, on n’affirmera rien faute de mariages filiatifs et compte tenu de l’abondance des Thiolet entre Latillé, Vasles et Thénezay…

Anniversaires à ne pas oublier !

Acte insolite dans le registre 1649-1710 de Secondigné-sur-Belle

En parcourant le registre paroissial de Secondigné-sur-Belle de 1649-1710 pour mes recherches personnelles, je suis tombée, en fin du registre, sur un acte rédigé avec une très belle écriture par Messire Pierre FEYTY prêtre curé de Secondigné : les anniversaires à ne pas oublier !

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/58825/vta64ed806b8e955ae2/daogrp/0/261

Mention marginale : Requiescant in Pacce

Je dois faire Anniversaires tous les

1 Ans durant ma vie les onzièmes

jours du mois de mars pour Defunct

Messire Pierre LUSSAUD Prestre

Curé de Villefollet mon Prédécesseur

en cette église de Secondigné

2 Le onzième jour du mois d’avril pour feu

Sicaire FEYTI mon père

3 Le vingt septième jour du mois

de juin pour fêter Messire Jean LE FOULLON

 Prestre Vicaire de Seligné

4 Le quinzième jour du mois d’octobre pour Defuncte

Marie DUDOUBLE veuve de Defunct Noble homme

Sicaire FEYTI bourgeois de la ville de Périgueux

5 Un jour durant l’octave de Toussaint pour

tous mes Defunct parentz

6 Et le treizième jour de décembre pour Defuncte

Marie DE VILLEREYNIER ma mère

PFEYTI Prestre Curé de Secondigné

7 Le 26 juillet 1666 pour Catherine DOUMEN

8 Allain COUZIN âgé d’environ 36 ans décédé le 7 janvier 1670

9 Alexandre DUDOUBLE Prestre Curé de Séligné âgé d’environ 34 ans décédé le 26 août 1670

Cet acte m’a intriguée et après quelques recherches, j’ai pu découvrir les liens de ce prêtre avec la plupart des personnes citées.

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Décès insolites dans le registre de Secondigné (2)

Tué d’un coup de boule de quille en 1676

Lors des recherches sur mes ancêtres, j’ai été amenée à parcourir les registres paroissiaux de Secondigné-sur-Belle, autrefois Secondigné-sur-Chizé. J’y ai découvert quelques anecdotes et actes insolites.  Aujourd’hui  je vais vous parler d’un homme tué d’un coup de boule de quille en 1676 :

Jean mettayer agé de vingt cinq ans ou environ de la paroisse de la chapelle baton en gastine décéda le troisième jour du mois d’aoust mil six cent soixante et saize après avoir reçu sur la teste un coup d’une boule de quilles jetté sans penser qu’elle tomberait sur aucune personne etant lancée dela main Son corps a este inhumé dans le cimettiere de céans entre les estrangers après avoir esté bien informé deses bone vie et moeurs et davoir mesme faict ses pasques et a assisté a ses obsèques Messire Alain Tarin Curé de Villefollet et a son enterrement Jean Traver Pierre Benoist de la paroisse des Fosses Jacque et Antoine Beauchapet qui ont desclaré ne scavoir signer à la réserve des soussignés Faict par moy Curé de Sousigné aux jour et an que dessus. Tarin Curé de Villefollet PFeyti Curé de Secondigné

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/58825/vta64ed806b8e955ae2/daogrp/0/153

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Décès insolites dans le registre de Secondigné (1)

Noyade sur la Boutonne en 1673

Lors des recherches sur mes ancêtres, j’ai été amenée à parcourir les registres paroissiaux de Secondigné-sur-Belle, autrefois Secondigné-sur-Chizé. J’y ai découvert quelques anecdotes et actes insolites. Aujourd’hui  je vais vous parler d’un sinistre incident qui est arrivé en 1673 : la noyade de trois personnes sur la Boutonne.

René Izambard Pierre Bonnet
Marie Cochon femme du Sieur du Rocq et
Marie Nadault tous de leur vivant
demeurant au lieu de Sard [1]  en cette paroisse
de Secondigné sont décédés par le
Sinistre accident arrivé
sur la Riviére de la Boutonne entre le dit
lieu du Sard  de Genouillé à leur retour
de Chizé et du dit Genouillé * ce mercredy
dernier huict … de mars mille six cent
soixante et treize et leur corps
onte este enterrés scavoir les dit Izambard et  Bonnet en cette paroisse et la dite Cochon
et Nadault en celle de St-Hiller de Ligné
le dit Izambard par Messire Louis Reynaud
prestre Curé de Bruslain le dixième du dit prnt mois de mars et le dit Bonnet par Claude
Hannequin prestre Curé de Chizé Soubsigné
 
*… noyéz

Ce treizième jour de mars 1673 faisant pour monsr le Curé dudit lieu en son absence

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/ark:/58825/vta64ed806b8e955ae2/daogrp/0/145

J’ai retrouvé les actes de décès de Marie Cochon et Marie Nadault sur le registre de la paroisse de Saint Hilaire de Ligné :

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Belle Suzon, que fais-tu là seulette…

En dépouillant pour nous un registre d’état civil de Marnes (naissances 1793-an X), Serge Jardin a trouvé sur plusieurs pages (les vues 19 et 20) un poème ou une chanson qu’il nous a transcrit. Ce texte un peu coquin avait déjà été découvert en 2018 par le site GE86 mais, comme il concerne les Deux-Sèvres, il a toute sa place sur notre blog. Le rédacteur d’antan avait pris sa plus belle plume et s’était entraîné à former de belles lettres (vues 18 et 19) avant de se lancer dans l’écriture de ce texte d’inspiration bucolique.

Le suspense est total ! Quel amant va choisir la bergère Suzon, le riche poète en herbe ou bien Colinet ? Va-t-elle quitter ses agneaux pour Monseigneur ? Vous le saurez (peut-être) en lisant ci-dessous !

Belle Suzon que fais tu la seulette
Sur le gazon je veux faire ton Bonheur
accorde moi sur la plaisante herbette
le Doux plaisir de posséder ton tra deri dera la la
Le doux plaisir de posséder ton Coeur
Je n’entens pas monsieur votre langage
allez allez Chercher fortune ailleurs
Je suis Simple bergere du village
et je ne veux pas vous Donner mon tra deri lalat
et je ne veux pas vous donner mon Coeur
Charmante enfant ton air simple m’enchante
Crois moi ne refuse pas ton bonheur
Je sens pour toi que mon amour augmente
Si tu me fais le maitre de ton tra deri dera la la
Si tu me fais le maitre de ton Coeur
Que dira ton de moi dans le village
Si je m’en vais avec vous mon Seigneur
L’on vit que Suzon ne fût pas sage
Sur le gazon elle a perdu son .. Coeur
oui monsegneur avec vous je m’engage

Soyez mon tout cher amant enchanteur
Adieu agneaux houlette et paturage
Et je vous fais Le maître de mon Coeur
C’est en vain que tu m’abuse
toujours mon coeur te cherit
ce sourit qui t’embellit
Je le vois bien n’est qu’une ruse
mais non …
Si je te donne une rôse
tu l’attache a ton corset
mais celle que t’offre colinet
c’est sur ton sein que tu la pôse
sur ta bouche si mignonne
si je veux ceuillir un baiser
tu ôse me le refuser

Tandis qu’à d’autres tu le donne
Mais mon amour est toujours
Le plus fort, joli minois n’a jamais corti (?) du foyer
Le plus fort mais mon amoure o as fait

La fin est un peu confuse, l’œuvre est sans doute inachevée. Elle se conclut même par quelques calculs qui n’ont plus rien de poétiques.

Quel dommage ! Nous ne saurons sans doute jamais si Suzon aurait préféré la poésie (et une certaine aisance) à sa vie simple de bergère.

Réconciliation du cimetière d’Usseau

Un acte insolite trouvé dans le registre d’Usseau

 Le vingt neufième jour d’août mille sept cens a este par moy curé prieur soussigné réconcilié le cimetière de ce lieu d’Ussaud lequel avait este pollu par trois soldats dragons de la ville de Niort qui s’y estaient battus et dont il y avait un qui avait reçu un coup de fusil avec epanchement de sang et par ordre de Monseigneur de Saintes en datte du vingt cinq du mesme mois d’aoust et signé G évêque de Saintes et plus bas par Monseigneur Chabot loco secretarii ( = secrétaire du lieu) et ay fait la dite réconciliation avec les cérémonies ordinaires de l’église à laquelle ont assisté les Rds (Rds = Révérends) pères de Pallée religieux de la compagnie de Jésus missionnaire du Roy à Mauzé qui a presché a la cérémonie le Rd pére Monvoisin religieux de St-Dominique de la Ville de Saintes + et Messire Pierre Robert prestre prieur Curé de Saint-Pierre et de Nostre Dame de Mauzé qui se sont avec nous soussigné + servant in divinis (au nom de Dieu) la cure de Cormenier+

Signature : Mess. Robert pre.pr.curé d’Ussaud

Mention marginale : Réconciliation du cimetière d’Ussaud

Mais qu’est-ce qu’une réconciliation ? Et pourquoi ?

La réconciliation d’un lieu sacré fait suite à une profanation. En principe une église ne peut être consacrée qu’une seule fois, sauf si elle est détruite par le feu. Mais si un lieu sacré (église, cimetière) est profané, il est considéré « pollué ». Avant qu’il ne puisse être de nouveau utilisé pour tout acte ou cérémonie sacrés, il doit être purifié par une cérémonie de réconciliation. La cérémonie de réconciliation est constituée de prières et d’aspersion d’eau bénite ; elle est plus ou moins longue et complexe selon l’acte qui l’a profané.

Quelles peuvent être les causes d’une profanation?

La profanation peut être due à l’un des actes suivants :

  • Homicide ;
  • Épanchement de sang par la violence, selon trois critères :
    • Le sang doit être répandu par un acte criminel (un saignement suite à un accident ne profane pas l’église)
    • L’épanchement de sang doit être important (quelques gouttes d’un saignement de nez suite à un coup reçu ne sont pas suffisantes pour profaner l’église)
    • L’acte amenant l’épanchement de sang doit être perpétré dans l’église (si l’acte est en dehors de l’église puis que le blessé entre dans l’église et y répand son sang, l’église n’est pas profanée ; d’un autre côté, l’église est profanée si l’acte a été perpétré dans l’église, même si le blessé sort et que le sang ne coule pas dans l’église;
  • Épanchement de sperme (per voluntariam humani seminis effusionem in ea factam), acte sexuel ;
  • Consécration du lieu par un évêque excommunié ;
  • Inhumation d’un hérétique.

Dans le cas présent, le cimetière d’Usseau a été « pollué » par un épanchement de sang, suite à une rixe entre des soldats dragons de la ville de Niort.

Et j’ai trouvé quelques informations relatives à cet incident dans le livre de Christian Simon « Usseau dans l’histoire » [1] [2] :

« Un incident bizarre, attesté par un document d’époque, a lieu le 23 août 1700, à la veille du déclenchement de la guerre de Succession d’Espagne. Trois ans après la paix de Ryswick mettant fin à la guerre de la ligue d’Augsbourg, une troupe de dragons venue de Niort se présente à Usseau (les protestants n’en sont pas la cause). Trois d’entre eux vont s’affronter au cours d’une rixe sanglante à l’intérieur du cimetière paroissial. Que venaient faire ici ces dragons, probablement éméchés (ils en avaient l’habitude)? En cette période de paix, on peut songer à un retour des dragonnades. Pour lère première fois les soldats se trouvaient désœuvrés. Etaient-ils destinés à s’installer chez les protestants de Mauzé? Songeait-on à les envoyer à l’Île de Ré pour la protéger un débarquement anglais toujours possible? Les documents en notre possession ne permettent pas d’en décider.

Toujours est-il que Messire Robert, prêtre d’Usseau, en accord avec l’évêque de Saintes et en présence de plusieurs autres ecclésiastiques, fait procéder, six jours plus tard, à la cérémonie rituelle de réconciliation. »

Si vous voulez en savoir plus sur les cérémonies de réconciliation, vous pouvez prendre connaissance des pages suivantes extraites du Rituel romain, pour l’usage du diocèse de Toulon (Rituel romain, pour l’usage du diocèse de Toulon – Google Livres)

[1] « Usseau dans l’histoire » de Christian Simon, imprimé par les impressions DUMAS, à Niort. Novembre 2014.

[2] S.M.H.L. N°76, 1er trimestre, 1988, p.7 – Jean Deveau : nouvel écho du temps des dragonnades – la réconciliation du cimetière d’Usseau – Soc.Hist. 2/5 Mem.I p.400 : H.Gelin : « Réconciliation du cimetière, 1700 ».