Curé contre école publique

Marc Bouchet nous raconte aujourd’hui comment les prêches du curé de Moutiers-sous-Argenton contre l’école publique ont semé le désordre dans ce village.

Le 2 octobre 1882, le sous-préfet de Bressuire adresse une plainte du maire de Moutiers au préfet de Niort. Le curé de la paroisse, l’abbé Albert, tient en chaire des propos outrageants contre la loi de l’Enseignement primaire obligatoire.

Le préfet demande un enquête, le 16 octobre auprès de la gendarmerie.

Le brigadier Jean Jolly accompagné du gendarme Jean Banlier se rendent chez le maire le 20 octobre et vont rédiger un rapport de gendarmerie après avoir reçu les témoignages de certains administrés et paroissiens de Moutiers.

Voici la teneur de ce rapport.

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L’église de Moutiers-sous-Argenton. Source Delcampe

D’après les affirmations de plusieurs personnes, le curé a commencé, le 17 septembre 1882, à tenir, en chaire, des propos et commentaires contre l’Enseignement primaire obligatoire. Il aurait affirmé que les écoles publiques laïques d’aujourd’hui étaient de véritables écuries, que le Christ en était banni, que les instituteurs ne faisaient point faire la prière et n’enseignaient pas le catéchisme aux enfants.

Le premier octobre, il aurait annoncé la rentrée des classes chez les bons frères et bonnes sœurs et aurait ajouté qu’il ne connaissait pas la date de la rentrée de l’école communale. Il engageait beaucoup les parents à mettre leurs enfants dans les écoles chrétiennes. Il soulignait qu’il n’y avait pas encore, disait-il, des affiches sur les murs qui affirmaient que les parents étaient tenus, sous peine d’amende, d’abord et de prison ensuite de faire à la mairie de la commune la déclaration de la classe choisie pour leurs enfants. Mais ces affiches devaient être considérées comme nulles. Il n’y avait aucune loi qui obligeait à faire de déclaration. Les parents n’encouraient rien.

Le curé engageait donc les pères et mères qui mettraient leurs enfants dans les écoles publiques à aller les conduire et de recommander aux instituteurs de leur faire apprendre leurs prières et le catéchisme. L’abbé Albert invitait surtout les pères à faire cette démarche, car il jugeait les mères trop faibles.

Voici les personnes qui ont bien voulu témoigner. (Vos ancêtres pas si lointains, peut-être).
Auguste Blanchin, 73 ans, rentier demeurant au bourg.
Mathurin Caduc, 67 ans, adjoint au maire, demeurant aux Hurmeaux.
René Barreau, 45 ans, fermier à la Sorinière.
René Gelé, 44 ans et sa femme Perrine Barreau, 41 ans de la Sorinière.
François Bernier, 59 ans, marchand de bœufs de Lespoix.

Les déclarations ont été reçues, chez le maire pour Blanchin et Caduc et à leur domicile pour les autres.

Le 23 octobre, le préfet envoie une lettre au ministre de l’Intérieur et des Cultes pour lui donner copie d’une autre lettre, adressée par ses soins, à l’évêque de Poitiers. Dans celle-ci le préfet demandait le changement du desservant Albert. Si aucun changement n’était fait le préfet demandait l’application d’une peine exemplaire.

Réf. : 2 V5 (Archives départementales des Deux-Sèvres)

Le retour de Don Camillo (dans les Deux-Sèvres)

Comme promis, Marc Bouchet nous raconte la suite de l’affaire du curé de Clessé (ou ce qu’il advint du curé après la rixe avec son maire). Il y a quelques temps, il vous avait fait le récit de la rixe entre l’abbé Proust, desservant de Clessé et Benoît, le maire de la commune. Dans la série 2 V, Marc a trouvé le dénouement de cette affaire.

le-retour-de-don-camillo-film-40833Le 18 avril 1809, le sous-préfet de Parthenay, Charbonneau dans un premier courrier qu’il adresse au préfet de Niort précise qu’il a donné l’ordre d’arrêter le curé et de la conduire à la maison de détention. « Ce prêtre atteint d’accès de folie depuis très longtemps (il aurait agressé d’autres personnes à Clessé) » méritait d’aller dans une maison de détention mais que « par souci d’indulgence et d’humanité » le sous-préfet a préféré le laisser libre.

Dans une seconde lettre, datée du 2 juin 1809, Charbonneau rappelle au préfet qu’il lui a envoyé les procès verbaux des agressions commises par le desservant. Pour les mettre « sous les yeux du tribunal de première instance » qui doit prononcer son interdiction et le faire arrêter par la gendarmerie.

Mais la prison, bien loin de rendre le prêtre plus calme et plus tranquille n’a fait que l’irriter davantage. Il a été porté à des excès plus répréhensibles. Le sous préfet a préféré le faire soigner et les « soins de la médecine qui lui furent prodigués l’ont insensiblement ramené à des idées plus saines. »

Charbonneau lui a permis de rester dans une maison de santé, où son état s’améliore et cette liberté qui lui a été provisoirement accordée  « ne peut porter aucunement atteinte à la sûreté publique » affirme le sous-préfet. Et de conclure que « cette crise passera, il va jouir de quelques moments lucides ». Mais comme en vieillissant, l’abbé Proust éprouve des accès de folie plus forts, on ne peut plus permettre de l’employer dans d’autres fonctions.

Le garde champêtre et le curé

Marc Bouchet continue d’explorer, dans les Archives des Deux-Sèvres, des documents relatant des rapports difficiles entre certains curés et certains villageois au XIXe siècle. Aujourd’hui, Marc nous emmène à Saint-Aubin-le-Cloud où le prêtre se plaint au préfet Dupin des claies (les barrières des champs ou des chemins) et du garde-champêtre.

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Source : 365 jours en Deux-Sèvres (Geste édition)

Le 1er mai 1811, l’abbé Germon, curé de Saint-Aubin-le-Cloud, envoie au préfet des Deux-Sèvres une lettre dans laquelle il déplore que la loi sur la liberté des chemins vicinaux qui vont d’un bourg à un autre ne soit pas observée dans la commune. « Les chemin se trouvent entravés par un nombre de claies qui exposent les voyageurs à se faire arriver quelques accidents » affirme-t-il.

Lui-même a failli périr et se noyer à cause d’une claie qui « se trouva engagée à la sangle de sa monture » alors qu’il exerçait son ministère. La monture s’est débattue et a arrachée deux « vairons » (barreaux) de la claie. Le prêtre a été jeté dans le cours d’eau proche de la claie.

Le curé de Saint-Aubin-le-Cloud a porté plainte auprès de monsieur Garnier, sous-préfet de Parthenay. Ce dernier a peut-être cru que cet incident ne relevait pas de sa compétence puisqu’il n’a rien fait. Le maire a donné des ordres au garde-champêtre qui n’a rien fait aussi. « Car pour quelques régalades, il permet tout ce que l’on veut » accuse l’abbé Germon.

Selon le pasteur de Saint-Aubin-le-Cloud, le garde-champêtre a même dit tout haut à la sortie de la messe, il y a environ deux mois que « personne n’est capable de faire ôter telle ou telle claie, qu’il les prend sous sa protection et devrait-on le casser, briser qu’il n’en ferait rien. » « C’est un ivrogne fieffé, on peut même le regarder comme un exacteur* et un concussionnaire* » souligne le prêtre.

Et le prêtre d’accuser le garde-champêtre de prendre les bêtes qu’il trouve dans les champs des autres, de s’arranger avec les possesseurs des dites bêtes et se faire payer pour qu’il leur rende. Avec les chasseurs qu’il trouve, il les menace de procès verbal, s’ils ne veulent pas s’arranger avec lui. « Alors on en vient aux accommodements et il tire ce qu’il peut. »

Le jugement de l’abbé Germon est sans appel, le garde-champêtre est un « homme absolument incapable de remplir la place de garde champêtre, qui ne remplit pas son état et n’exécute point les ordres que lui donne le maire. » Et le curé donne le nom de ce garde-champêtre : un nommé Dutoy (Dutoit), fendeur ou faiseur de merrains (planche pour faire les tonneaux) et de lattes. Et s’il faut des preuves, il est prêt à en apporter. Et de demander que le préfet fasse ôter les claies sur les chemins qui vont de Saint-Aubin-le-Cloud à Secondigny, à Pougne, à Hérisson et à Adilly.

Il insiste une dernière fois, en soulignant qu’ils ont failli être blessés, sa jument et lui, il y a peu, « par la fermeture précipitée d’une claie » qui ne lui laissa pas le temps de passer. Et il rappelle encore qu’il a adressé une plainte, il y a trois mois, à monsieur Garnier, sous-préfet. « Mais peut-être, ajoute-t-il, que le sous-préfet ne connaît pas les dangers encourus par les voyageurs et que la fermeture des claies ne relève pas de sa compétence. »

Notes : vers 1821, l’abbé Germon dessert Fénéry alors qu’il est toujours curé de Saint-Aubin. Il touche 750 francs pour cette dernière paroisse.

*Exacteur : Celui qui exige, généralement par la force, le payement de ce qui n’est pas dû.
*Concussionnaire : Celui qui fait un profit illicite, dans l’exercice d’une fonction publique.

Réf. 11 f 40. Archives départementales des Deux Sèvres.

Conflits funéraires aux Jumeaux

Le XIXe siècle est décidément riche en anecdotes où s’opposent un maire et un curé, et les Archives départementales des Deux-Sèvres en gardent la mémoire. Ces nouvelles bisbilles, toujours retrouvées et racontées par Marc Bouchet, se déroulent cette fois aux Jumeaux en 1890 et culminent à l’occasion d’enterrements.

Il est possible que les individus mentionnés dans ce témoignage fassent partie de vos ancêtres (sauf le curé, bien sûr). Il a fallu retranscrire le texte, en en corrigeant l’orthographe, et mettre la ponctuation.

les jumeaux
L’église des Jumeaux. Source Delcampe

Le 18 mars 1890, Eugène Cornuault, le maire de la commune des Jumeaux adresse une plainte au préfet à propos du comportement de monsieur Pion, curé du lieu. Plusieurs fois dans sa lettre, le maire lui donne le titre de prélat. Titre particulièrement inadéquat pour un simple curé de campagne. Il vient lui exposer  les faits scandaleux qui se sont produits les 14 et 15 mars à propos du cimetière et dans l’église. Le curé a eu, pendant 27 ans, pour sacristain le nommé Ferbœuf  qui a toujours été digne d’aucun reproche en ce qui concerne les sépultures des défunts. Mais après les élections législatives dernières, le curé a eu des doutes sur les opinions politiques de son serviteur. Il lui a supprimé sa fonction de sacristain et l’a remplacé par le nommé Rimbeau. La population, selon le maire, en est indignée et à chaque enterrement, les parents sont venus exprimer leurs plaintes et leur mécontentement contre les cérémonies.

Et le premier magistrat de souligner que le fait le plus navrant s’est commis, le 26 février dernier. Pierre Pain, qui a été inhumé, ne l’a été qu’à 60 centimètres de profondeur. Il a fallu faire procéder à l’exhumation du cadavre, suite à la réclamation des parents et à cause de la rumeur publique, vendredi dernier. Mais le curé, certainement vindicatif, n’a pas perdu de vue sa revanche. Ainsi, un certain Jacques Laurentin qui venait de rendre le dernier soupir devait être enterré le samedi. Ce même jour, un des parents a remis, vers les 9 heures, au curé, chez lui, au presbytère, le permis d’inhumer. Or, vers le milieu de l’office, ce prélat se retourne vers les paroissiens et d’un ton de fureur il annonce à la famille que Laurentin ne sera pas enterré parce qu’il n’a pas reçu la déclaration du maire. La personne à laquelle le maire avait transmis le permis d’inhumer se lève alors et lui dit : « Pardon, monsieur le curé, je vous l’ai donné chez vous ». Le prêtre soutient le contraire, l’autre persiste à son tour. Et une vive discussion s’engage entre les deux adversaires. (Il faut imaginer la scène qui pourrait être burlesque, s’il ne s’agissait d’une cérémonie religieuse de sépulture). Le curé demande à des témoins de faire une perquisition chez lui. Ce qui est fait, mais après une recherche assez longue on ne trouve rien. Pendant ce temps, le scandale se propage dans l’église. Une personne en train d’atteler sa voiture pour quatre kilomètres va chercher le permis. Mais fort heureusement, celui qui l’avait remis au curé avait remarqué l’endroit où il l’avait introduit, se permit lui-même de le prendre et de le montrer aux témoins.

Le maire insiste : « Monsieur Pion est complètement dans le faux, il ne veut pas adhérer à son erreur, il conserve sa fureur contre moi. » Et d’ajouter que l’énumération serait trop longue pour relater les faits antérieurs. Désabusé, le maire souligne que le prêtre abuse de sa confiance et ne se plaît qu’à jeter le trouble et le désordre. Un bon nombre d’habitants le blâment et le rendent responsable, et tout cela pèsera sur lui tant que Pion administrera la paroisse des Jumeaux. Et de conclure : « Je viens de prier votre haute compétence à débarrasser de ma commune d’un homme qui ne cherche qu’à me créer des misères et des embarras ».

Signé : Eugène Cornuault.

La réponse du préfet est sans ambiguïté : « L’administration n’a pas à intervenir dans le choix que peut faire un desservant à l’occasion d’un sacristain… mais le maire qui a la nomination du fossoyeur et doit user de son droit et de suite faire défense au sacristain de creuser les fosses. ».

Personnes citées :
Pierre Pain, décédé le 24 février 1890. La déclaration faite le 25. Il avait 72 ans. Maréchal.
– Jacques Laurentin, décédé le 13 mars 1890. Déclaration faite le 14. Il avait 65 ans. Cultivateur à Velluché.
Jean-Baptiste Pion, curé. Il a 78 ans au recensement de 1891.
Eugène Cornuault, maire jusqu’en 1892 des Jumeaux.
Hyacinthe Ferbœuf, cordonnier. Il a 56 ans au recensement de 1881. Il serait le sacristain destitué par le curé Pion.
Pierre Rimbaud ou Rambaud, né à Airvault en 1820, sacristain aux Jumeaux selon le recensement de 1906.

Réf. : Série V 52 Archives départementales 79 et registres de l’état civil et de recensements des Jumeaux.

Un jardin de curé saccagé

 Les jardins de curé sont devenus bien rares, vu qu’il y a de moins en moins de prêtres et qu’ils ont beaucoup à faire avec les nombreuses paroisses qui sont à leur charge. Il y en avait bien davantage au XIXe siècle, et parmi ceux-ci, celui du curé Roulleau, le desservant la paroisse de Moncoutant. C’est Marc Bouchet qui nous raconte une anecdote ayant trait au jardin de ce prêtre.

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Source Delcampe

Le curé de Moncoutant envoie une lettre le 18 juillet 1819 aux autorités de la commune du Breuil-Bernard dans laquelle il se plaint des méfaits commis à son potager par des habitants du bourg qui se comporteraient en ingrats.

Selon lui, comme les habitants de la paroisse sont jaloux de ce qu’il jouit du presbytère et du jardin du lieu (en effet il dessert les deux paroisses), il les accuse de s’efforcer d’anéantir ce qu’il a semé dans le dit jardin : blé, pommes de terre et choux. Leurs enfants arrachent les palisses des haies pour abattre les fruits quoiqu’ils ne soient pas mûrs. Et, par les trouées faites dans les haies entrent les cochons qui ravagent tout.

Un voisin du presbytère prétend avoir la propriété d’une haie. Comme il ne la ferme pas, poules et cochons entrent facilement.
C’est un parti pris de ne rien laisser venir à maturité et, même les paroissiens que le desservant loge ou à qui il permet de mettre à l’abri leur bois et leur charbon agissent de même.

Le curé Roulleau demande donc aux autorités locales de faire cesser la mauvaise volonté des habitants. Il se plaint de leur ingratitude car depuis huit années qu’il leur procure ses secours spirituels comme à ses propres paroissiens, il ne leur a jamais demandé un seul liard ni reçu rien d’eux. L’abbé Roulleau a en effet d’autres raisons de se plaindre. S’il reçoit du gouvernement 1100 francs pour la paroisse de Moncoutant, il a aussi le binage* du Breuil-Bernard depuis 1811, mais il n’a jamais rien touché du gouvernement, ni de cette commune pour la paroisse du Breuil-Bernard. De plus, la commune de Moncoutant ne lui a jamais donné de supplément depuis 16 ans qu’il en est le pasteur.

Le curé estime que les autorités pourraient rendre responsables les habitants du tort qui lui est fait. Et de rappeler que s’il jouit du jardin et du presbytère, c’est en vertu de l’ordre de monsieur le préfet.

Et pour conclure sa lettre, le curé accuse des personnes, mal intentionnées bien sûr, d’aller de maison en maison et de suggérer de lui nuire en disant : « Si vous vouliez, vous empêcheriez le curé de Moncoutant de jouir du presbytère et du jardin. »

Note : le binage est le fait de pouvoir dire deux messes le même jour. Aucun rapport avec le jardinage, même s’il est question de jardin saccagé…

Références :
– Série V le clergé séculier
– Série 11 F

Don Camillo dans les Deux-Sèvres

Marc Bouchet continue d’explorer la série 11 F 54 des AD79, riche en anecdotes. Aujourd’hui, c’est une histoire qui semble extraite d’un vieux film de « Don Camillo », hors l’accent du Sud. Cela se passe en 1809 et oppose un maire et un curé, un siècle avant les lois séparant l’Église et l’État. C’est le point de vue du maire, représentant de l’État, que Marc a retrouvé et qu’il nous raconte ci-dessous.

don camilloLe 17 août 1809, Pierre-Jacques Benoît, maire de Clessé demeurant au Plessis, écrit un rapport concernant l’agression qu’il a subi de la part du curé de la paroisse. En soi, l’agression est banale, mais l’intérêt du rapport réside dans la façon dont la victime raconte les événements. Il m’a fallu retranscrire les propos, souvent obscurs du maire de Clessé, en modifier la syntaxe et en rétablir l’orthographe, pour en rendre le propos compréhensible.

Quelques jours auparavant, le 14 août, le maire était à souper avec son épouse et ses enfants et, à la table à côté, étaient François Roucher et René Vincent, les deux journaliers.
L’un des journaliers dit « Voilà monsieur l’abbé qui arrive ! » L’autre a répondu « Bien vrai ! » Sur ces paroles, Pierre-Jacques Benoît sort de table, s’avance vers l’entrée de la porte et reconnaît que le curé est dans le feu de la folie, et qu’il envoyait ses vêtements tout déboutonnés.
Sans doute effrayé, Benoît ferme la porte de la maison, mais le curé essaye de l’ouvrir sans y parvenir.
Le curé se met alors à jurer les jurements les plus affreux et abominables et injuriait le maire des injures les plus mortifiantes. Puis, le curé s’approche, furieux, d’une croisée qu’il a frappée d’un coup de canne et dont il a cassé 7 carreaux d’un seul coup.
Craignant qu’il ne casse le reste, le maire ordonne de lui ouvrir la porte, ce que fait sa fille aînée. Le curé entre donc et frappe Benoît sur la main droite, de l’un de ses bâtons.   Il y a lieu de croire que le coup a bien porté puisque le bâton a cassé.
Puis le curé laisse tomber deux de ses dits bâtons et prend le maire au collet, serrant de toute sa force. Benoît s’écrie alors : « À la force ! » et le nommé Pierre Poyault, un voisin, vient à son secours et oblige le curé à lâcher prise. Benoît dit alors « Envoyons cet homme. » Et le curé de répondre à cela « Où est-ce que tu veux me mener ? Veux–tu me mener dans ton bois ? Veux-tu y venir dans ton bois ? »
Une telle question amène le maire à se demander le sens de ces questions. Après tout nous l’avons chassé de ma cour… Mais le curé a répété plusieurs fois : « Je te tuerai toujours bien quelques jours ! » Le premier magistrat de Clessé déplore alors de voir sa tranquillité troublée, à lui habitant paisible et de devoir fermer sa porte de jour comme de nuit, et de se tenir sur ses gardes par crainte de Proust curé desservant de cette commune.
La canne et les deux bâtons ont été déposés, le lendemain, entre les mains du premier magistrat de l’arrondissement de Parthenay.
Ce qui affecte le plus monsieur Benoît ne sont pas seulement les coups reçus, mais aussi la santé de son épouse, attaquée par le sieur curé, lorsqu’il a frappé de sa canne la croisée. Conséquence pour l’épouse, ça lui porta à la tête et aujourd’hui elle est obligée de garder le lit et… de prendre des remèdes pour la soulager. Auparavant, elle était bien portante, avant que la folie de dit Proust ne l’amène à entrer dans la maison.
Le curé Proust, de l’avis du sieur Benoît ne paraît pas craindre la justice selon le rapport fait au maire. Sorti de chez Benoît, il s’est vanté dans une maison du bourg d’être allé chez le maire, d’y avoir fait beaucoup de ravages, de l’avoir pris à la gorge.
le-retour-de-don-camillo-film-40833Le maire déplore que le curé Proust exerce encore ses fonctions de desservant qu’il a  encore exercées hier.

Dans sa conclusion, le sieur Benoît aime à croire que la justice le fera jouir de la tranquillité qui lui est due et fera interner le dit Proust dans une maison destinée à y mettre les personnes attaquées de folie.

Ce qu’il advint de Proust, interné ou pas… la suite pour plus tard.

Réf. Série 11 F 54 Archives départementales 79
Et si vous voulez en savoir plus sur Clessé,  cliquez pour avoir la fiche de la commune.

Baptême par césarienne à Moutiers-sous-Chantemerle

Marc Bouchet a déniché aux Archives départementales des Deux-Sèvres un fait divers extraordinaire et tragique qu’il nous fait partager ci-dessous : le baptême d’un embryon par césarienne après le décès (supposé) de la mère. Âmes sensibles s’abstenir !

naissance de César
Naissance de César (anonyme XIVe siècle) – source Wikipédia

Le 17 décembre 1828, le maire de Moutiers envoie une lettre au préfet des Deux-Sèvres, en réponse à un précédent courrier du 13 décembre, pour lui donner le compte-rendu des conditions dans lesquelles le curé desservant la paroisse avait eu « l’imprudence de fendre le ventre » de Marie Rousseau, enceinte de trois ou quatre mois, sans doute pour baptiser l’embryon, « par bonne intention pensant sauver son âme ».

Le décès de la femme n’avait pas été constaté par un chirurgien ou un médecin. On avait pensé qu’il était de la compétence du maire de le faire.

Monsieur Vrignaud, maire, avait consulté le père Courjaud, beau-père de la défunte pour connaître la vérité. Le curé desservant avait fait « cette opération » contre l’avis de l’époux de la défunte.

Le premier magistrat de Moutiers affirme qu’il avait demandé au beau-père s’il s’était bien assuré du décès de sa belle-fille avant le commencement de « cette opération ». Il lui a répondu affirmativement et qu’elle était décédée dans ses bras.

Pour ne pas faire de peine à monsieur le desservant et pensant que « cette affaire » (à noter l’euphémisme pour désigner une acte qu’on qualifierait aujourd’hui de barbare) se passerait dans le secret, le maire n’a pas cru bon de faire de rapport qu’il aurait dû remettre à qui de droit.

Après la lettre du préfet, il a pris de nouveaux renseignements. Il a consulté une fille du voisinage qu’il ne nomme pas. Cette fille lui a dit être entrée dans la maison du dit Courjaud au moment où le prêtre était occupé à faire cette « opération », qu’elle était tombée « comme pâmée et hors d’elle ».

Le maire a alors écrit au curé qui a prétendu avoir agi avec prudence et « n’avoir fait que ce sa conscience lui avait dicté de faire » : seule la femme Rousseau, mère de la défunte, et lui savent au plus juste comment cette opération s’est passée.

Et le maire de conclure sa lettre en soulignant que « d’après tous les rapports, il parait certain que monsieur le desservant a fait cette action, mais il l’a faite par bonne intention » pour sauver une âme. Mais il a causé dans le pays un grand scandale.

Marie Rousseau était décédée quelques mois auparavant, le 8 octobre 1828, âgée de 28 ans. Elle était la fille de Louis Rousseau et l’épouse de Jacques Courjaud.

Réf. Série 11F 40 Archives départementales des Deux-Sèvres.