Quadruplés à Clavé

Un record qui sera difficile à battre (et heureusement) pour le XVIIIe siècle : la naissance de quadruplés. Le 26 mai 1765, à Clavé, Marie HUBERT, épouse du maréchal Jean ENARD, a donné naissance à 4 enfants prénommés Renée, Marie, Jacques et Louise.

l’an mil sept cent soixante cinq et le vingt six
may ont été baptisés quatre enfants nés de légitime
mariage de jean enard et de marie hubert
la première a été nommée renée et a eu pour
parrein et mareine joseph oreguy (?) et renée
dupeux la seconde marie a eu pour parrein
et mareine françois hubert et marie athelet (?)
le troisième a été nommé jacques et a eu pour
parrein et mareine jacques chauvineau et
louise grimaud, la quatrième a été nommée
louise et a eu pour parrein et mareine
françois bordage et louise éculeur (?) qui ont
déclaré ne scavoir signer sauf les soussignés

Ils étaient suffisamment viables pour pouvoir être baptisés tous les quatre. Je doute toutefois qu’ils aient survécu même si les registres ne mentionnent pas leur décès.

Quelques années plus tard, en 1773, les Affiches du Poitou nous apprennent que la pauvre mère devait être particulièrement féconde puisque elle aurait également accouché de jumeaux par 2 fois, avant et après les quadruplés.

J’ai voulu vérifier dans les registres paroissiaux. Le couple Jean ENARD et Marie HUBERT qui s’était uni le 2 juillet 1754 à Clavé a eu au moins 13 enfants. Les registres de la paroisse de Clavé ne mentionnent pas la naissances de jumeaux avant les quadruplés mais ils confirment bien la naissance de jumelles, Marie-Madeleine et Françoise, le 8 septembre 1766. La maman accoucha encore de jumelles, Madeleine et Radegonde, le 22 mars 1770. Elles sont peut-être, avec une erreur de datation, celles évoquées par les Affiches du Poitou.

Marie HUBERT, la prolifique maman qui avait résisté à ces grossesses multiples, meurt à 48 ans le 15 août 1780 à Clavé 11 années avant son mari, Jean ENARD, qui décède le 18 novembre 1791 à l’âge estimé de 67 ans.


Si de votre côté vous trouvez mention de naissances très multiples dans les Deux-Sèvres, ne manquez pas de nous le signaler en commentaire.

René Rochais, un enfant de Gâtine épris de liberté

Un texte de Jean-Pierre David.

René Denis  Rochais arrive au monde le 9 octobre 1788 à La Chapelle-Seguin, le premier enfant de Louis, métayer et Marie-Jeanne Beaujeau. Trois garçons et quatre filles agrandiront la famille.

Conscrit en 1808, il refuse l’incorporation et, en tant que réfractaire, partage début 1808 une cellule à la maison d’arrêt de Niort avec Louis Cartier et Paul Gué, vraisemblablement réfractaires eux aussi.

Puis, on le retrouve en 1812 soldat mineur dans un bataillon engagé dans la guerre d’Espagne. Nul ne sait comment et pourquoi il se retrouve à Sainte-Marie (je n’ai pas réussi à déterminer l’endroit exact).

Ne voulant toujours pas faire la guerre, on le retrouve  errant dans la campagne ce qui va causer sa perte comme l’atteste le procès-verbal ci-dessous.

René était le frère de mon quadrisaïeul Pierre Rochais.

AD79 Décès La Chapelle-Seguin (1803-1816), vue 75/99

L’an mil huit cent douze le dix du
mois de décembre je soussigné Maire de la
commune de la Chapelle-Seguin faisant les
fonctions d’officier public de l’Etat Civil de la
ditte commune canton de Montcoutant
département des Deux-Sèvres ai inscrit sur
le présent registre en exécution de l’article
quatre vingt dix huit Code Napoléon l’expédition
de l’acte dont suit la teneur

L’an mil huit cent douze le vingt septième
jour du mois de mai avons nous Maurice
Désiré Declos Le Peley commissaire des guerres
adjoint chargé du service de la place de Sainte
Marie sur l’avis qui nous a été donné par
Monsieur Renard capitaine commandant la
3e Compagnie du 2e Bataillon de mineurs qu’un
de ses soldats venait d’être apporté mort à
la caserne, nous nous sommes transportés sur
les lieux accompagnés de Monsieur Ignacio
Granados adjudant major de place, où là
étant nous avons reconnu un corps percé d’’une
balle. Le Capitaine Renard nous a déclaré
être celui du Sieur Rochais (René) fils de Louis
et Jeanne Beaujaud né à La Chapelle-Seguin
département des Deux-Sèvres nous avons
confronté avec le signalement porté sur
le registre matricule de la Compagnie nous
en avons reconnu l’identité
ayant demandé les causes de la mort
du Sieur Rochais, nous a déclaré le
Sieur Granados que ce soldat ayant été pris
en maraude dans la campagne il le conduisit
au poste prochain là le caporal commandant
le poste donna l’ordre à un soldat de garde
de le conduire chez le commandant de la place
qu’au coin d’une rue le Sieur Rochais voulant
s’échapper se mit à courir que la soldat le
menaça deux fois et qu’à la troisième son
prisonnier ayant continué de s’enfuir il
lui tira son coup de fusil qui le tua sur le champs
Nous n’avons trouvé aucun papier sur le
défunt en foi de tout que nous avons classé
le présent procès-verbal que les personnes désignées ont signé avec nous.
Fait à Sainte Marie les jour, mois et an que
dessus en six expéditions
Signé Renard capitaine commandant la Compagnie
Granados adjudant de place – Duclos       

Certifie la copie ci-dessus conforme au
Procès-verbal qui nous est parvenu le huit dudit mois

Une bien triste fin pour un jeune réfractaire !

Écrasé par sa charrette

Un texte de Mauricette Lesaint.

Sur le site de Généa79, dans les curiosités des registres des Deux-Sèvres, voici un décès  circonstancié qui concerne le beau-frère de mes sosas 424 et 670. Ces «faits divers » sont une fenêtre ouverte sur la vie de nos ancêtres.

AMAILLOUX, 16 juillet 1754  écrasé par sa charrette BMS 1723-1769, vue 312/475

Voici la transcription de cet acte paroissial d’Amailloux du 16 juillet 1754, écrit par le prêtre TUZELET.

« Le seize de juillet 1754, a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Louis GERMON métaier de la métairie de la Breviere paroisse de Boussais, âgé d’environ cinquante ans décédé du jour précédent dans cette paroisse, la charrette qu’il conduisait l’aiant écrasé dans le chemin d’Amailloux à Villeneuve… »  

L’accident de Louis GERMON, ça a dû faire causer à la sortie de la messe du dimanche à Amailloux.  Comme chaque dimanche, y’a du monde à la messe. C’est là que circulent les nouvelles. On ne cause pas du roi de France, Louis XVI vient pourtant de monter sur le trône.  Non, Paris, c’est trop loin. On cause de l’accident de Louis GERMON. Les conversations sont en patois bien sûr, avec ces intonations si caractéristiques qui ont bercé mon enfance.

Louis GERMON, tout l’monde en a entendu parler. Il est marié avec la Renée, la fille des défunts Jacques SERVANT et Louise BERNARD. Elle est la sœur d’Antoine, charbonnier  et de Louis, bordier et puis la demi-sœur de l’autre Renée, celle qui est mariée avec Pierre RIFFAULT lui aussi charbonnier. Les beaux-frères habitent tous sur Amailloux. Lui, Louis GERMON, il est métayer à la métairie de la Brévière de Boussais,  à environ deux lieues.

On connaît la date de l’accident, c’était le 15 juillet 1754. Les foins sont déjà rentrés, les moissons sont commencées. On connait le lieu, Louis GERMON était sur le chemin d’Amailloux à Villeneuve, peut-être le même chemin que celui emprunté par maman pour aller à l’école, 180 ans plus tard. Il y conduisait sa charrette, et c’est sa charrette qui l’a écrasé ! On ignore tout le reste.

« Pauvre gars ! C’est-y Dieu possible de finir comme ça, écrasé par sa charrette !
– Est-ce qu’on sait comment ça y est arrivé ?  Que faisait-il sur ce chemin ?
– Il est peut-être allé chez l’Antoine, ou chez un Louis, ses beaux-frères à cause de sa femme, ils sont bordier ou charbonnier, tous sur Amailloux.
– C’était peut-être le soir alors qu’il revenait chez lui à la Brévière.
– Qu’est ce qu’il transportait dans sa charrette ? du foin, de la paille ou du charbon de bois, pour que la Renée cuisine ?
– Sa charrette devait être trop chargée ou mal chargée ?
– La charrette a peut-être pris une ornière ou versé dans le fossé ?
– Il est pas bon ce chemin, comme tous les chemins de la paroisse.
– sauf ceux du château…
– La bête qui tirait sa charrette est peut-être bien vieille et fatiguée ?
– A la fin de la journée, tout le monde est fatigué, les bêtes et les gens.
– Est-ce qu’il était tout seul ?
– C’est sa pauvre femme qui va être bien seule avec ses gosses.
– Le plus grand doit bien avoir vingt ans.
– Tant mieux, il va pouvoir faire à la métairie. »

Questions , réponses et suppositions se bousculent.

La sépulture de  Louis GERMON eut lieu dès le lendemain à Amailloux, la sépulture  a toujours lieu dès le lendemain. Ont assisté à la sépulture le beau-frère Pierre RIFFAULT  et un neveu Jean, fils d’Antoine SERVANT, les deux étaient charbonniers.

On ne sait si sa femme Renée est venue. Elle décédera à Boussais en mars 1771, 17 ans plus tard, non remariée.

Une curieuse famille

Pêchant des actes généalogique d’une famille de cousins éloignés vers Mazerolles dans la Vienne et je suis tombé sur une curiosité, jugez plutôt.

En 1912 à Mazerolles naît un enfant nommé Portail BAUDET, fils de Bienvenu et de Juliette LASNIER. Ne trouvant aucune trace de Bienvenu BAUDET, je me suis intéressé à Juliette LASNIER sur l’acte m’est renseigné qu’elle est native d’Exireuil et âgée tenez vous bien de 10 ans. Je me dis que c’est une erreur, que ce doit être dix-sept, dix-huit.

Sauf que dans le registre d’Exireuil en 1902, je trouve bien l’acte de naissance de Juliette LASNIER mais sur l’acte n’est mentionné que le père ! Martin LASNIER dit La Fleur, lui aussi âgé de 10 ans natif de la Roche Piché de Ste Eanne.

Je remonte le registre de Sainte Eanne en 1892, effectivement Martin LASNIER dit La Fleur fils de Martin LASNIER dit La Fleur et de Anne BOURAILLOUSE. Son père âgé de 11 ans et sa mère de 8!

M’en voilà confus. Je me demande bien ce que j’ai pris dans mes filets…

Je pense que vous l’aurez compris, cette histoire généalogique incroyable n’est pas humaine, ni aquatique mais asine. En effet, aux Archives départementales des Deux-Sèvres, sont conservés des livrets généalogiques dits « Stud-books » permettant quand c’est complet de retracer le lignage depuis 1884 des races équines et asines et notamment nos célébrissimes baudets du Poitou.

Ces ouvrages recensent les animaux vivants ou décédés sur une période donnée et éventuellement leur sort s’ils partaient à l’étranger. Il y a deux parties par classe animale, la partie des chevaux et ânes retraités de la reproduction et les animaux actifs.

Bien sûr au fil des ans, aujourd’hui le stud-book est informatisé et disponible aux éleveurs au même titre que les accréditations LOF etc pour les chiens par exemple.

Nous retrouvons ici notre fameux Portail BAUDET fils de Juliette II par Bienvenue VIII, ce numéro le 732, est attribué la durée de vie de l’animal et n’est plus attribué après puisque dans certains livrets il est écrit par exemple de 340 par 234.
Nous retrouvons ici la mère de Portail, Juliette II dont l’ascendance est limitée au seul nom du mâle.
Le père de Juliette II, La Fleur XI fils de Bouraillouse (et non pas Bourailloux puisque ce dernier est un mâle) et de La Fleur)
Et comme j’ai eu beaucoup de chance, il se trouve que La Fleur I fut le premier baudet du Poitou recensé au stud book dans la première édition de 1884.
Bouraillouse, mère de La Fleur XI.

Bonne journée à tous, et attention aux poissons, et aux ânes.

La verrerie royale de La Chapelle-Seguin à travers les actes

Jean-Philippe Poignant a découvert la brève exploitation d’une verrerie royale à La Chapelle-Seguin à la fin du XVIIIe siècle. Son très documenté article paraîtra dans un futur numéro de la revue Généa79. En attendant ce jour, j’ai extrait de son texte ce que les registres paroissiaux de La Chapelle-Seguin lui ont appris sur cette verrerie et sur ceux qui y vivent ou y travaillent, pour certains venus de très loin.


La Chapelle-Seguin est un petit village de la commune de L’Absie. Autrefois c’était une paroisse. En 1836, L’Absie est devenu le chef-lieu communal et La Chapelle-Seguin a sombré dans l’oubli. Pourtant, il aurait pu en être autrement. Quelques années avant la Révolution, La Chapelle-Seguin a connu une notoriété régionale grâce à l’installation dans son bourg d’une verrerie qui a employé jusqu’à 40 ouvriers. Pour lancer la production, des verriers allemands, lorrains, parisiens ou sarthois s’y sont installés. Mais la Révolution, la guerre civile vendéenne et aussi quelques incendies ont tout bouleversé.

Lire la suite de « La verrerie royale de La Chapelle-Seguin à travers les actes »

Sosa 2022 ? Tout en double voire plus !

C’est La Drôlesse (du blog La Drôlesse) qui nous propose son Sosa n° 2022 aujourd’hui.

Emery Juin , XVIIe siècle, Gâtine poitevine

 Si en janvier, nous sommes en plein hiver, je vous propose un peu de printemps, voire d’été, avec mon ancêtre Sosa n° 2022 pour vous souhaiter une année nouvelle plus sereine que les deux précédentes.

J’ai ainsi le plaisir de vous présenter Emery Juin.

2022            Emery JUIN
1011              Françoise Juin
505                Françoise Moreau (ou Morin)
252                Jacques Michel Couturier
126                Jacques Couturier
63                   Madelaine Couturier
31                   Madelaine Justine Goudeau
15                   Marie Louise Niveau
7                     Marie Louise Babin
3                     la mère de La Drôlesse
1                     La Drôlesse

2022, vous l’aurez remarqué, se place clairement sous les auspices du chiffre 2, du double, présent ici trois fois.  Et bien pour mon Sosa du même millésime, c’est un peu la même chose !

Emery est en effet deux fois mon Sosa, le père de deux enfants – dont la mère est Andrée Margnat -,  seuls connus à ce jour et qui, adultes, se sont mariés deux fois.

Il est aussi présent dans trois des branches de mon arbre, car non seulement content d’être mon Sosa n° 2022 et n° 1560, et ainsi l’ancêtre de mes deux grands-parents maternels, il est de surcroît un double Sosa de ma grand-mère maternelle Marie-Louise Babin.

Ascendance de la mère de la Drôlesse

Tous les éléments  connus à ce jour de la vie d’Emery le sont grâce aux contrats de mariage passés par son fils Louis Jean Juin  (Sosa n° 780 et n° 972) lors de ses deux mariages.

À Mazières-en-Gâtine, Louis a ainsi contractualisé chez notaire le 30 juin 1695 sa première union avec Françoise Girault, et a priori son père était encore vivant.  Puis veuf très rapidement, Louis se remarie avec Marie-Françoise Pelletier (Sosa n° 781 et n° 973)  le 13 avril 1696, le contrat de mariage portant  l’indication qu’Emery était décédé.

Françoise Juin (Sosa n° 1011), la fille aînée d’Emery et Andrée, la sœur de Louis,  s’est mariée elle aussi deux fois, mais seul le contrat de mariage de sa seconde union a été relevé. En 1734, il ne nous apprend rien sur ses parents, Françoise, la mariée, est alors âgée de 71 ans, et veuve de Pierre Moreau (ou Morin, Sosa n° 1010).

En partant de l’âge de Françoise et Louis Juin à leurs décès, il est possible de définir leurs dates supposées de naissance : respectivement aux alentours de 1663 pour l’une et 1667 pour l’autre.

En résumé… Emery serait donc décédé entre le 30 juin 1695 et le 13 avril 1696, né dans la première moitié du XVIIe siècle en Gâtine poitevine, aux alentours de Saint-Georges-de-Noisné et Verruyes (pour l’une, les actes sont lacunaires à cette période, et pour l’autre, ils n’existent pas avant 1701). Probablement paysan, très certainement aisé donc peut être laboureur, il se serait marié avec Andrée Margnat – qui peut aussi s’écrire Margnacq ou Marniac – avant 1663, année de naissance supposée de leur premier enfant connu, Françoise.

De manière très intuitive, il pourrait s’avérer qu’Emery – ou sa femme – soit issu d’une famille protestante ou nouvellement convertie à la religion catholique apostolique et romaine ce qui expliquerait aussi les difficultés à les trouver dans les archives de l’État civil tenu par les curés de paroisse. D’autres branches présentes dans mon arbre, notamment protestantes, semblent vouloir s’entremêler avec celles d’Emery et Andrée. Les recherches et les vérifications sont en cours.

Enfin, pour tenter d’en savoir plus sur Emery, peut être est il amusant de décrypter le sens de son prénom et de son nom ?

Emery vient de la langue germanique, et est composé de deux mots (encore un double !) : heim et rick, qui signifient maison et roi. Était-il roi chez lui ? Probablement.  À cette époque,  les femmes avaient peu de pouvoir.

Sa fête est célébrée le 4 novembre en hommage à saint Emery, le fils de saint Étienne de Hongrie et de sainte Gisèle, qui vécurent au XIe siècle.

Selon Geneanet, le patronyme Juin a  aussi 2 (toujours !) origines possibles : soit il fait référence au mois de juin, à un enfant trouvé à cette époque de l’année ou né à cette période de l’année, soit il s’agit d’une variante de l’ancien nom de baptême, Jovin, provenant de Jovinus, un diminutif de Jovis, Jupiter en somme, rien de moins ! C’est aussi dans deux départements (encore !) français , les Deux-Sèvres (sans commentaire 🙂 !) et la Manche (je rappelle qu’il en faut deux pour faire une chemise, un pull, un manteau …), que le nom de Juin est le plus porté.

Emery était-il double dans son comportement ? Car si on en croit l’analyse du caractère des Emery proposée par Le journal des femmes et prenoms.com, sa personnalité pouvait peut être s’avérer contradictoire : pour le premier site, il s’agit d’un enfant jovial et volontaire, le genre de personne qu’on aime avoir pour ami, doux et attentif,  pour le second, les Emery sont aussi décrits comme combatifs, qui aiment gagner et réussir, fiers de leur personne, exigeants et peu tolérants.

Selon qu’il était en société ou à la maison, Emery était-il peut-être les… deux ? Ah et quand on arrive en juin, en fait, nous en sommes à  la moitié de l’année 😉

La Drôlesse – Janvier 2022

L’ânerie du chirurgien aux boutons d’or

Bien qu’il ne soit pas très difficile à lire, je ne résiste pas au plaisir de retranscrire cet acte trouvé dans un registre de Germond (BMS 1721-1757, vue 87/195). J’ai juste adapté l’écriture aux règles actuelles.

Le 13 juillet 1738 a été inhumé dans le tombeau des prieurs à la droite du chœur dans l’église de Germond Annet Chalmette, prieur de Germond, après avoir reçu tous les sacrements et avec une résignation admirable quoique dans des grandes souffrances causées par l’ânerie du chirurgien nommé François Denis de cette paroisse qui lui appliqua des oignons de bouton d’or pilés sur les jambes pour les faire fluer, ce qui les lui brûla entièrement et ce en présence de toute la paroisse qui n’a néanmoins pas signé Ph Corraud

François Denis, responsable du décès d’Annet Chalmette qui était prieur de Germond depuis 17 ans, est pourtant qualifié de maître chirurgien quand il se marie, le 26 novembre 1736, à l’église Saint-André de Niort avec Jeanne Pouzin. Leur union est féconde puisque 9 enfants naissent à Germond entre 1737 et 1752. Hélas, 7 d’entre eux (au moins, peut-être tous) meurent en bas âge ; je n’ose supposer que ce soit encore à cause d’âneries de leur chirurgien de père, les décès des jeunes enfants étant chose courante autrefois. Je perds la trace des malheureux parents le 23 décembre 1752, au dernier enterrement d’enfant.

Le prieur Philibert Corraud qui a rédigé l’acte de sépulture de son collègue n’a sans doute pas dû choisir François Denis comme praticien mais il a quand même réalisé les nombreux baptêmes et nombreuses sépultures des enfants du chirurgien. Il est à peu près certain que Philibert Corraud a également évité d’être soigné avec des boutons d’or pendant les 41 ans qui ont séparé la mort d’Annet Chalmette de son propre décès le 13 août 1779 à Germond à l’âge vénérable pour l’époque de 80 ans.

Et quant à moi, je regarderai désormais d’un autre œil le joli bouton d’or.

Mon SOSA 2022

Après Mauricette Lesaint, c’est Jean-Pierre David (adhérent 1663) qui nous emmène sur les traces de son Sosa 2022. L’occasion de découvrir ou redécouvrir le vieux métier de faiseur de bois chantant.

2022 : Pierre CHABOCEAU
1011 Hilaire CHABOCEAU x François CHASTIN
505 : Marie CHASTIN x Jean JOLLY
252 : Jacques JOLLY x Jacquette LEAUD
126 : Jacques JOLLY x Marie AUDURIER
63 : Marie-Louise JOLLY x Jacques DECOUX
31 : Marie Julienne DECOUX  x René Pierre GUIGNON
15 : Rose GUIGNON x Alexis CAMUZARD
7 : Françoise CAMUZARD, ma grand-mère maternelle

Pierre CHABOCEAU est né le 2 janvier 1622 à Azay-sur-Thouet, fils de Pierre et Marie CHAUVIN

Il exerce la profession de « faiseur de bois chantant ». Il s’unit, le 7 octobre 1669 – à 47 ans –  à Jeanne GIRARD 19 ans ! Cinq enfants répertoriés :  Pierre, Hilaire, Jeanne, René et Renée. Il décèdera entre 1686 et 1693.

L’intérêt de Pierre c’est sa profession. En effet, à cette époque, on trouve à Azay-sur-Thouet un grand nombre de professionnels du « bois chantant » : tourneurs, faiseurs, vendeurs qui utilisaient ce bois « résonnant » (épicéa, érable sycomore ondé, etc) pour le négoce ou la fabrication d’instruments de musique.

Pour mieux connaître ce métier, voici un lien vers un article sur le bois chantant à Azay paru sur le site de l’association « Histoire et patrimoine de Secondigny en Deux-Sèvres ». Pierre CHABOCEAU y est cité parmi ceux qui exercent cette profession :
– Jacques ROUSSEAU, marchand de bois chantant, 1664
– François BARRAULT, faiseur de bois chantant, 1668
– MORISSET, tourneur de bois chantant 1668
– POUSSARD, faiseur de bois chantant, 1668
– GELIOT, tourneur de bois chantant, 1668
– Jean JANVRET, faiseur de bois chantant, 1668
Pierre CHABOCEAU, maître faiseur de bois chantant, 1669
– René BRACONNIER, faiseur de bois chantant, 1669  – hameau de Beaupuits, paroisse d’Azay
– BARRAULT, faiseur de bois chantant, 1669 – la Jousselinière – Azay
– SEIGNEURET, faiseur de bois chantant, 1670 – La Verdoisière – Azay
– Jean AUDOUIN, faiseur de bois chantant, 1673
– Charles JULLIOT, « maître tourneur en bois chantant », 1649, La Draire d’Azay-sur-Thouet.

Et si vous voulez en savoir encore davantage sur ce métier, vous pouvez aussi consulter le site La Gâtine poitevine d’Albéric Verdon qui donne quelques informations sur plusieurs artisans du bois chantant, le bel article de Stéphane Dallet dans le numéro 256 (juillet-août 2019) de la revue « le Picton » et bien sûr celui de J.F. Guilleux dans le numéro 79 (décembre 2011) de notre revue « Généa79 ».

J’ai retrouvé mon sosa 2022

Un article de Mauricette Lesaint qui nous souhaite ainsi à sa façon une bonne année 2022. Si comme elle vous avez retrouvé votre sosa 2022, vous pouvez envoyer votre proposition d’article pour le blog à cette adresse mail : genea79blog@laposte.net

Après le sosa 2020, voici le sosa 2022.
2020 était le père de Jacques GOULARD, mon sosa 1010,
2022 est le père de sa femme Marie AUBRY, ma sosa 1011.

Il n’est pas très bavard Michel AUBRY, mon sosa 2022.

Pourtant, ça commence plutôt bien. Sur l’acte de baptême le 26 octobre 1643, Michel est fils de Bertrand AUBRY et Philippe MARIOCHEAU, baptisé en l’église du Chillou. Michel a au moins deux frères, Élie et René, et une sœur, Isabeau née en 1650.

Sa mère Philippe MARIOCHEAU meurt le 31 octobre 1671 au Chillou. Il a 28 ans.

Il est au mariage de son frère René avec Jacquette MOREAU le 29 juin 1676 au Chillou. Son père Bertrand AUBRY meurt trois mois plus tard, le 3 septembre 1676.

Sa femme Marie MOREAU a-t-elle un lien de parenté avec Jacquette la femme de son frère ?  Pas d’acte de mariage pour préciser !  A-t-il vécu au Chillou toutes ces années-là avant de vivre à Saint-Loup-sur-Thouet ? Ses quatre filles Marie, Anne, Renée et Marie nées en 1681, 1684, 1688, et 1695 y sont toutes baptisées. Ces actes n’apportent rien, ni sur son métier, ni sur l’adresse exacte du domicile, ni sur sa femme Marie MOREAU. Marie sa femme meurt à trente-sept ans en 1698 à Saint-Loup-sur-Thouet.

La maison de Voltaire à Saint-Loup et le pont roman sur le Thouet à Gourgé

Les actes de mariage de ses filles Marie et Renée avec deux frères sont un peu plus loquaces. Les mariages sont à Gourgé. Un gendre Jacques GOULARD y est meunier. Marie se remariera après son veuvage avec François GUILLEBAULT, maréchal à Gourgé. Sont présents, le grand-père Noël MOREAU, père de Marie, et un oncle Jean FOUQUET.

Michel meurt et est inhumé le 3 mai 1710 à Gourgé ; sont présents, Marie et Renée ses filles, Jean FOUQUET son neveu à cause de sa mère, Pierre AUBRY son neveu et Jacques GOULARD son gendre meunier.

Même si j’ai tracé les grandes lignes de sa vie, je suis insatisfaite, il reste trop de zones d’ombres…  Michel n’est cité dans les actes que comme « fils de », « frère de » ou « père de ».  Il ne signe pas. Les membres de sa famille sont là, mais des liens familiaux ne sont pas établis, comme ceux de Jean FOUQUET, l’oncle des enfants, le beau-frère ; est-il marié avec la sœur de Michel AUBRY ou avec la sœur de Marie MOREAU ? J’aurais aimé savoir si Michel vivait dans le bourg, un hameau ou  un lieu-dit, connaître son métier, ses relations…

Je sais  quand même qu’il fut baptisé en l’église du Chillou, que ses filles furent baptisées en l’église de Saint-Loup-sur-Thouet et qu’il fut inhumé dans le cimetière de Gourgé. Je connais aussi le contexte historique ; il a passé toute sa vie sous le règne de Louis XIV, il y eut révocation de l’édit de Nantes en 1685. La région n’était pas isolée, il y eut des abjurations  dans les paroisses du Chillou, de Gourgé,  donc il a entendu, côtoyé des « protestants ».

Comment éteindre un incendie dans l’urgence

Ah, si seulement un sacristain comme Jean Thiolet de Ménigoute avait été présent à la cathédrale Notre-Dame à Paris le jour de son incendie ! Dans le registre BMS 1700-1712 Ménigoute, à la vue 152/164, on trouve une note plutôt inattendue du curé : comment la destruction de l’église a été évitée de façon très originale mais efficace.

Le vingt et huictième jour de juillet entre une et deux
heures le tonnerre tomba sur le clocher de la grande eglise, otta
toutes les ardoises et descouvrit l’église des deux costes du
clocher sans pourtant rien bruler parce que le sacristain, jean
tiolet monta a la hauteur et eteignit le feu avec son
urine.
Dieu nous preserve de ces fleaux.

S Bourceau, ptre curé de Menigoute

à un moment, il faut faire appel aux professionnels !

J’aime beaucoup la conclusion religieuse faite par le curé à propos de ce drame évité de justesse : on se demande si le fléau est l’incendie ou l’urine du sacristain. L’acte a été signalé par Thierry Peronnet à Stéphane Dallet qui a donné sur le site Geneanet une analyse très complète et très juste de ce départ de feu à Ménigoute. Merci à tous les deux. Je retranscris tel quel le texte de Stéphane :

Soit l’incendie n’était pas vraiment menaçant, soit le sacristain pissait comme Gargantua sur La Rochelle. Que sait-on du pisseur héroïque de Ménigoute ? Peu de choses, d’autant plus qu’il y a plusieurs Jean Thiolet qui ont vécu à la même époque dans ce village. Le premier, marié à Radegonde Pin en 1703, a trois enfants dont Pierre qui devient maréchal. Le second qui épouse Elizabeth Coulongeat en 1715 est peut-être notre homme car il a quelques relations avec les notables du cru parmi lesquels le chapelain et la sœur du curé qui est marraine de l’un de ses enfants. Plus tard, la veuve Thiolet ira habiter chez les Dames religieuses de La Mothe-Saint-Héray et mariera deux de ses filles à Chenay et à Saint-Maixent. La date de décès du sacristain est incertaine, les actes donnant peu d’information sur les défunts. En fait, les deux homonymes pourraient bien être frères et les enfants de Nicolas Thiolet et Catherine Pillac qui font baptiser à Vasles deux petits Jean en 1670 et en 1676. Les dates concordent. Cependant, on n’affirmera rien faute de mariages filiatifs et compte tenu de l’abondance des Thiolet entre Latillé, Vasles et Thénezay…