Conflits funéraires aux Jumeaux

Le XIXe siècle est décidément riche en anecdotes où s’opposent un maire et un curé, et les Archives départementales des Deux-Sèvres en gardent la mémoire. Ces nouvelles bisbilles, toujours retrouvées et racontées par Marc Bouchet, se déroulent cette fois aux Jumeaux en 1890 et culminent à l’occasion d’enterrements.

Il est possible que les individus mentionnés dans ce témoignage fassent partie de vos ancêtres (sauf le curé, bien sûr). Il a fallu retranscrire le texte, en en corrigeant l’orthographe, et mettre la ponctuation.

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L’église des Jumeaux. Source Delcampe

Le 18 mars 1890, Eugène Cornuault, le maire de la commune des Jumeaux adresse une plainte au préfet à propos du comportement de monsieur Pion, curé du lieu. Plusieurs fois dans sa lettre, le maire lui donne le titre de prélat. Titre particulièrement inadéquat pour un simple curé de campagne. Il vient lui exposer  les faits scandaleux qui se sont produits les 14 et 15 mars à propos du cimetière et dans l’église. Le curé a eu, pendant 27 ans, pour sacristain le nommé Ferbœuf  qui a toujours été digne d’aucun reproche en ce qui concerne les sépultures des défunts. Mais après les élections législatives dernières, le curé a eu des doutes sur les opinions politiques de son serviteur. Il lui a supprimé sa fonction de sacristain et l’a remplacé par le nommé Rimbeau. La population, selon le maire, en est indignée et à chaque enterrement, les parents sont venus exprimer leurs plaintes et leur mécontentement contre les cérémonies.

Et le premier magistrat de souligner que le fait le plus navrant s’est commis, le 26 février dernier. Pierre Pain, qui a été inhumé, ne l’a été qu’à 60 centimètres de profondeur. Il a fallu faire procéder à l’exhumation du cadavre, suite à la réclamation des parents et à cause de la rumeur publique, vendredi dernier. Mais le curé, certainement vindicatif, n’a pas perdu de vue sa revanche. Ainsi, un certain Jacques Laurentin qui venait de rendre le dernier soupir devait être enterré le samedi. Ce même jour, un des parents a remis, vers les 9 heures, au curé, chez lui, au presbytère, le permis d’inhumer. Or, vers le milieu de l’office, ce prélat se retourne vers les paroissiens et d’un ton de fureur il annonce à la famille que Laurentin ne sera pas enterré parce qu’il n’a pas reçu la déclaration du maire. La personne à laquelle le maire avait transmis le permis d’inhumer se lève alors et lui dit : « Pardon, monsieur le curé, je vous l’ai donné chez vous ». Le prêtre soutient le contraire, l’autre persiste à son tour. Et une vive discussion s’engage entre les deux adversaires. (Il faut imaginer la scène qui pourrait être burlesque, s’il ne s’agissait d’une cérémonie religieuse de sépulture). Le curé demande à des témoins de faire une perquisition chez lui. Ce qui est fait, mais après une recherche assez longue on ne trouve rien. Pendant ce temps, le scandale se propage dans l’église. Une personne en train d’atteler sa voiture pour quatre kilomètres va chercher le permis. Mais fort heureusement, celui qui l’avait remis au curé avait remarqué l’endroit où il l’avait introduit, se permit lui-même de le prendre et de le montrer aux témoins.

Le maire insiste : « Monsieur Pion est complètement dans le faux, il ne veut pas adhérer à son erreur, il conserve sa fureur contre moi. » Et d’ajouter que l’énumération serait trop longue pour relater les faits antérieurs. Désabusé, le maire souligne que le prêtre abuse de sa confiance et ne se plaît qu’à jeter le trouble et le désordre. Un bon nombre d’habitants le blâment et le rendent responsable, et tout cela pèsera sur lui tant que Pion administrera la paroisse des Jumeaux. Et de conclure : « Je viens de prier votre haute compétence à débarrasser de ma commune d’un homme qui ne cherche qu’à me créer des misères et des embarras ».

Signé : Eugène Cornuault.

La réponse du préfet est sans ambiguïté : « L’administration n’a pas à intervenir dans le choix que peut faire un desservant à l’occasion d’un sacristain… mais le maire qui a la nomination du fossoyeur et doit user de son droit et de suite faire défense au sacristain de creuser les fosses. ».

Personnes citées :
Pierre Pain, décédé le 24 février 1890. La déclaration faite le 25. Il avait 72 ans. Maréchal.
– Jacques Laurentin, décédé le 13 mars 1890. Déclaration faite le 14. Il avait 65 ans. Cultivateur à Velluché.
Jean-Baptiste Pion, curé. Il a 78 ans au recensement de 1891.
Eugène Cornuault, maire jusqu’en 1892 des Jumeaux.
Hyacinthe Ferbœuf, cordonnier. Il a 56 ans au recensement de 1881. Il serait le sacristain destitué par le curé Pion.
Pierre Rimbaud ou Rambaud, né à Airvault en 1820, sacristain aux Jumeaux selon le recensement de 1906.

Réf. : Série V 52 Archives départementales 79 et registres de l’état civil et de recensements des Jumeaux.

Exposition sur les chamoiseries et la ganterie niortaises

Nicole Bonneau a visité pour nous l’exposition sur la chamoiserie et la ganterie au musée Bernard-d’Agesci à Niort. Cette activité a employé pendant longtemps de nombreux Niortais. Peut-être certains de vos ancêtres ont été mégissiers, chamoiseurs ou gantières… Nicole en est ressortie enchantée et encourage ci-dessous tous ceux intéressés par ce pan de la vie et de l’histoire niortaises à aller la visiter. Cette exposition est à voir jusqu’au 17 septembre.

La chamoiserie et la ganterie sont des éléments incontournables de l’histoire industrielle et économique de Niort. Les premières traces apparaissent dès le XIIIe siècle (deux documents attestent de l’existence à Niort d’une importante industrie de tannerie alors). L’une et l’autre ont connu leur âge d’or dans les années 30 (employant jusqu’à environ 4.000 personnes) pour disparaître définitivement au début des années 2000.

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Finition et contrôles des gants.

boinot3Le musée Bernard-d’Agesci consacre une exposition d’ampleur à ces deux « traditions séculaires », comme elle a été nommée. Pour l’occasion, quelques-uns des 4 500 gants donnés aux musées à la fin des années 90 par les dirigeants des établissements Boinot sont présentés au public pour la première fois. De nombreux documents d’archives ont également été réunis, ainsi que des photographies datant du début du XXe siècle. A ne pas manquer la diffusion de « la peausserie de Niort », un film d’actualités, tourné à Niort en janvier 1968, qui permet de suivre les différentes étapes du traitement des peaux de mouton par chamoisage :délainage, bain de chaux, découpe, foulon, bain d’huile, presse, bain d’eau clair, séchage…

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Chamoiseur. Verrière de l’église Saint-Liguaire

La fête de la Saint-Jean, patron des chamoiseurs, est évoquée au travers d’une magnifique bannière de procession et d’une collection de houlettes de bergers qui étaient portées par les enfants marchant en tête de cortège. Cette fête de la Saint-Jean a été célébrée jusque dans les années 1970. D’étonnants objets sont à découvrir tout au long des six salles consacrées à l’exposition, comme cette valise de représentant de commerce en carton bouilli, métal et cuir, signée Louis Vuitton, ou ces boîtes à gants de la fin du XIXe siècle qui rappellent qu’il existait des gants pour toutes les occasions : gants de ville ou de soirée, gants de conduite ou de chasse, gants beurre-frais pour demander la main de sa bien-aimée… Certaines pièces rares appartiennent à des collectionneurs privés. Cette exposition, on la doit à Fabienne Texier, attachée de conservation du patrimoine qui , à la demande d’Élisabeth Mallard, élue communautaire chargée de la culture, l’a pensée et imaginée.

Un jardin de curé saccagé

 Les jardins de curé sont devenus bien rares, vu qu’il y a de moins en moins de prêtres et qu’ils ont beaucoup à faire avec les nombreuses paroisses qui sont à leur charge. Il y en avait bien davantage au XIXe siècle, et parmi ceux-ci, celui du curé Roulleau, le desservant la paroisse de Moncoutant. C’est Marc Bouchet qui nous raconte une anecdote ayant trait au jardin de ce prêtre.

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Source Delcampe

Le curé de Moncoutant envoie une lettre le 18 juillet 1819 aux autorités de la commune du Breuil-Bernard dans laquelle il se plaint des méfaits commis à son potager par des habitants du bourg qui se comporteraient en ingrats.

Selon lui, comme les habitants de la paroisse sont jaloux de ce qu’il jouit du presbytère et du jardin du lieu (en effet il dessert les deux paroisses), il les accuse de s’efforcer d’anéantir ce qu’il a semé dans le dit jardin : blé, pommes de terre et choux. Leurs enfants arrachent les palisses des haies pour abattre les fruits quoiqu’ils ne soient pas mûrs. Et, par les trouées faites dans les haies entrent les cochons qui ravagent tout.

Un voisin du presbytère prétend avoir la propriété d’une haie. Comme il ne la ferme pas, poules et cochons entrent facilement.
C’est un parti pris de ne rien laisser venir à maturité et, même les paroissiens que le desservant loge ou à qui il permet de mettre à l’abri leur bois et leur charbon agissent de même.

Le curé Roulleau demande donc aux autorités locales de faire cesser la mauvaise volonté des habitants. Il se plaint de leur ingratitude car depuis huit années qu’il leur procure ses secours spirituels comme à ses propres paroissiens, il ne leur a jamais demandé un seul liard ni reçu rien d’eux. L’abbé Roulleau a en effet d’autres raisons de se plaindre. S’il reçoit du gouvernement 1100 francs pour la paroisse de Moncoutant, il a aussi le binage* du Breuil-Bernard depuis 1811, mais il n’a jamais rien touché du gouvernement, ni de cette commune pour la paroisse du Breuil-Bernard. De plus, la commune de Moncoutant ne lui a jamais donné de supplément depuis 16 ans qu’il en est le pasteur.

Le curé estime que les autorités pourraient rendre responsables les habitants du tort qui lui est fait. Et de rappeler que s’il jouit du jardin et du presbytère, c’est en vertu de l’ordre de monsieur le préfet.

Et pour conclure sa lettre, le curé accuse des personnes, mal intentionnées bien sûr, d’aller de maison en maison et de suggérer de lui nuire en disant : « Si vous vouliez, vous empêcheriez le curé de Moncoutant de jouir du presbytère et du jardin. »

Note : le binage est le fait de pouvoir dire deux messes le même jour. Aucun rapport avec le jardinage, même s’il est question de jardin saccagé…

Références :
– Série V le clergé séculier
– Série 11 F

Moncoutant

Carte d’identité

Moncoutant compte plus de 3 200 habitants aujourd’hui. Si vous avez des ancêtres dans cette commune, ils ont peut-être été au cœur d’événements historiques violents : il y a eu au XVIIe siècle des dragonnades contre les protestants, et la région a souffert des guerres de Vendée à la fin du XVIIIe siècle. C’est aujourd’hui un gros bourg apaisé. La preuve, c’est le paradis des pêcheurs puisque c’est sur cette commune que se trouve le Centre international nature et pêche Pescalis.

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Moncoutant par le préfet Dupin vers 1800

Chef-lieu de canton et de justice de paix. Cette commune est au nord-ouest et à 2 myriamètres 12 kilomètres de Parthenay : elle a un notaire, un receveur des domaines, une brigade de gendarmerie à pied et une à cheval. Sa population est de 1766 individus, dont la moitié protestants. Son territoire est borné au midi et à l’ouest par la Sèvre Nantaise, à laquelle vient se joindre la Louine ; il est arrosé au nord par un petit ruisseau sans nom, qui, pendant l’hiver, inonde beaucoup de terrain. La récolte est en seigle, en baillarge, en lin, en pommes-de-terre, en blé noir, un peu de froment, d’avoine, encore moins de mil : les prairies naturelles sont très étendues. Il y existe une fabrique d’étoffes de laine dites trois marches, qui est l’objet du commerce de trois à quatre marchands ; avant la Révolution, ce commerce était bien plus considérable. Il y a des foires très suivies ; elles ont lieu le 13 vendémiaire, le 1er et le 15 frimaire, le 19 nivôse, le 13 germinal, le 13 floréal, le 1er et le 15 messidor, le 16 thermidor, le 19 fructidor.

Les toponymes relevés par Bélisaire Ledain vers 1900

Les Airaux, l’Aubenelière, la Baraillonnière, Beaubreau, Bel-Air, la Bialière, la Bleure, la Bloterie, la Bodinière, Bois-Girard, le Boquet, le Bordeau, les Bordes, la Bouatière, le Bouchaud, la Boucherie, Braud, la Braudière, Bréau, la Burlière, la Caille-Blanchère, la Californie, Chaduyl, la Chagnaye, la Chamaillardère, la Chamillardière, Château-Gaillard, les Chaufetières, la Chaussée (petite), la Chemillardière, Claveau, le Colombier, la Combe, la Condaugerie, la Contrie, la Cornuère, la Cournolière, la Couvière, la Croix, la Dreille, l’Églaudière (haute et basse), l’Esclaucherie, l’Esserbier, la Ferlandière, la Forêtrie, le Fournil, la Genaudière, la Genière (haute et basse), la Guérinière, la Guierche, l’Humeau, la Jarrie, la Javrelière, Laillaudière, les Landes, la Loge, le Logis (grand), les Maisons (trois), Mariolière (grande et petite), les Marsaudières, la Métière, Moncoutant, la Monzie, la Morinière, le Moulin (petit), le Noillon, le Noirveau, la Noue (vieille), les Paquetries, le Pâtis, la Pelletrie, la Pesantière, les Places, la Plaine (grande et petite), le Plessis, la Proutière, Puy-Jean, Puy -Large, Puymarri, Puy-Sec, le Quaireux, le Quairfour, la Renelière, Richer, la Roche, le Rocquet, la Sarrazinière, la Savarière, la Taponière, la Terrasse, la Touche, la Vergne, la Vieille-Lande, Villefollet.

Moncoutant sur la carte de Cassini

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Actes dépouillés par le Cercle généalogique des Deux-Sèvres

-Baptêmes : 5771
-Naissances : 836 (+ 17 non catholiques)
-Mariages : 1510 (+ 1 non catholique)
-Sépultures : 3600
-Décès : 479 (+ 2 non catholiques)
-Abjurations : 396

Sources

Site officiel de Moncoutant
– Bélisaire Ledain Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres. Éditions UPCP
– Claude Dupin Mémoires sur la statistique du département des Deux-Sèvres. Site Gallica
– Cartes postales : Delcampe

Don Camillo dans les Deux-Sèvres

Marc Bouchet continue d’explorer la série 11 F 54 des AD79, riche en anecdotes. Aujourd’hui, c’est une histoire qui semble extraite d’un vieux film de « Don Camillo », hors l’accent du Sud. Cela se passe en 1809 et oppose un maire et un curé, un siècle avant les lois séparant l’Église et l’État. C’est le point de vue du maire, représentant de l’État, que Marc a retrouvé et qu’il nous raconte ci-dessous.

don camilloLe 17 août 1809, Pierre-Jacques Benoît, maire de Clessé demeurant au Plessis, écrit un rapport concernant l’agression qu’il a subi de la part du curé de la paroisse. En soi, l’agression est banale, mais l’intérêt du rapport réside dans la façon dont la victime raconte les événements. Il m’a fallu retranscrire les propos, souvent obscurs du maire de Clessé, en modifier la syntaxe et en rétablir l’orthographe, pour en rendre le propos compréhensible.

Quelques jours auparavant, le 14 août, le maire était à souper avec son épouse et ses enfants et, à la table à côté, étaient François Roucher et René Vincent, les deux journaliers.
L’un des journaliers dit « Voilà monsieur l’abbé qui arrive ! » L’autre a répondu « Bien vrai ! » Sur ces paroles, Pierre-Jacques Benoît sort de table, s’avance vers l’entrée de la porte et reconnaît que le curé est dans le feu de la folie, et qu’il envoyait ses vêtements tout déboutonnés.
Sans doute effrayé, Benoît ferme la porte de la maison, mais le curé essaye de l’ouvrir sans y parvenir.
Le curé se met alors à jurer les jurements les plus affreux et abominables et injuriait le maire des injures les plus mortifiantes. Puis, le curé s’approche, furieux, d’une croisée qu’il a frappée d’un coup de canne et dont il a cassé 7 carreaux d’un seul coup.
Craignant qu’il ne casse le reste, le maire ordonne de lui ouvrir la porte, ce que fait sa fille aînée. Le curé entre donc et frappe Benoît sur la main droite, de l’un de ses bâtons.   Il y a lieu de croire que le coup a bien porté puisque le bâton a cassé.
Puis le curé laisse tomber deux de ses dits bâtons et prend le maire au collet, serrant de toute sa force. Benoît s’écrie alors : « À la force ! » et le nommé Pierre Poyault, un voisin, vient à son secours et oblige le curé à lâcher prise. Benoît dit alors « Envoyons cet homme. » Et le curé de répondre à cela « Où est-ce que tu veux me mener ? Veux–tu me mener dans ton bois ? Veux-tu y venir dans ton bois ? »
Une telle question amène le maire à se demander le sens de ces questions. Après tout nous l’avons chassé de ma cour… Mais le curé a répété plusieurs fois : « Je te tuerai toujours bien quelques jours ! » Le premier magistrat de Clessé déplore alors de voir sa tranquillité troublée, à lui habitant paisible et de devoir fermer sa porte de jour comme de nuit, et de se tenir sur ses gardes par crainte de Proust curé desservant de cette commune.
La canne et les deux bâtons ont été déposés, le lendemain, entre les mains du premier magistrat de l’arrondissement de Parthenay.
Ce qui affecte le plus monsieur Benoît ne sont pas seulement les coups reçus, mais aussi la santé de son épouse, attaquée par le sieur curé, lorsqu’il a frappé de sa canne la croisée. Conséquence pour l’épouse, ça lui porta à la tête et aujourd’hui elle est obligée de garder le lit et… de prendre des remèdes pour la soulager. Auparavant, elle était bien portante, avant que la folie de dit Proust ne l’amène à entrer dans la maison.
Le curé Proust, de l’avis du sieur Benoît ne paraît pas craindre la justice selon le rapport fait au maire. Sorti de chez Benoît, il s’est vanté dans une maison du bourg d’être allé chez le maire, d’y avoir fait beaucoup de ravages, de l’avoir pris à la gorge.
le-retour-de-don-camillo-film-40833Le maire déplore que le curé Proust exerce encore ses fonctions de desservant qu’il a  encore exercées hier.

Dans sa conclusion, le sieur Benoît aime à croire que la justice le fera jouir de la tranquillité qui lui est due et fera interner le dit Proust dans une maison destinée à y mettre les personnes attaquées de folie.

Ce qu’il advint de Proust, interné ou pas… la suite pour plus tard.

Réf. Série 11 F 54 Archives départementales 79
Et si vous voulez en savoir plus sur Clessé,  cliquez pour avoir la fiche de la commune.

Le numéro 100 de Généa79

numéro100Le numéro 100 de la revue Généa79 que nous vous avions annoncé pour bientôt est enfin en ligne pour les adhérents. Pour y accéder, il suffit d’aller le site, onglet Bulletin Généa79. Ceux qui sont abonnés à la version papier l’ont reçue ou la recevront sous peu dans leur boîte aux lettres.

Ce numéro spécial est la rétrospective en 60 pages des 25 années d’existence du Cercle généalogique des Deux-Sèvres et de sa revue. Vous y découvrirez l’évolution de notre association et de notre publication mais aussi de la recherche généalogique dans notre département sur un quart de siècle. Nous avons retrouvé des articles émouvants, drôles, documentés… et nous avons mis en valeur les temps forts de notre association. Comme il s’agit d’un numéro exceptionnel, un tirage supplémentaire, tout en couleur, a été réalisé. Il s’adresse à tous, que l’on soit adhérent ou pas du Cercle. Il est en vente au prix de 10 euros à notre siège situé aux Archives départementales des Deux-Sèvres (les matinées du mardi au vendredi). Si vous préférez le recevoir par la poste, il suffit d’ajouter 3 euros de frais de port (soit 13 euros !) et d’envoyer votre demande et votre chèque (et vos coordonnées) à l’adresse ci-dessous :

Cercle généalogique des Deux-Sèvres
26 rue de la Blauderie
79000 NIORT

Ce numéro 100 est aussi l’occasion d’un petit toilettage de la revue avec une nouvelle couverture. J’espère que cette formule vous plaira. Bonne lecture !

Baptême par césarienne à Moutiers-sous-Chantemerle

Marc Bouchet a déniché aux Archives départementales des Deux-Sèvres un fait divers extraordinaire et tragique qu’il nous fait partager ci-dessous : le baptême d’un embryon par césarienne après le décès (supposé) de la mère. Âmes sensibles s’abstenir !

naissance de César
Naissance de César (anonyme XIVe siècle) – source Wikipédia

Le 17 décembre 1828, le maire de Moutiers envoie une lettre au préfet des Deux-Sèvres, en réponse à un précédent courrier du 13 décembre, pour lui donner le compte-rendu des conditions dans lesquelles le curé desservant la paroisse avait eu « l’imprudence de fendre le ventre » de Marie Rousseau, enceinte de trois ou quatre mois, sans doute pour baptiser l’embryon, « par bonne intention pensant sauver son âme ».

Le décès de la femme n’avait pas été constaté par un chirurgien ou un médecin. On avait pensé qu’il était de la compétence du maire de le faire.

Monsieur Vrignaud, maire, avait consulté le père Courjaud, beau-père de la défunte pour connaître la vérité. Le curé desservant avait fait « cette opération » contre l’avis de l’époux de la défunte.

Le premier magistrat de Moutiers affirme qu’il avait demandé au beau-père s’il s’était bien assuré du décès de sa belle-fille avant le commencement de « cette opération ». Il lui a répondu affirmativement et qu’elle était décédée dans ses bras.

Pour ne pas faire de peine à monsieur le desservant et pensant que « cette affaire » (à noter l’euphémisme pour désigner une acte qu’on qualifierait aujourd’hui de barbare) se passerait dans le secret, le maire n’a pas cru bon de faire de rapport qu’il aurait dû remettre à qui de droit.

Après la lettre du préfet, il a pris de nouveaux renseignements. Il a consulté une fille du voisinage qu’il ne nomme pas. Cette fille lui a dit être entrée dans la maison du dit Courjaud au moment où le prêtre était occupé à faire cette « opération », qu’elle était tombée « comme pâmée et hors d’elle ».

Le maire a alors écrit au curé qui a prétendu avoir agi avec prudence et « n’avoir fait que ce sa conscience lui avait dicté de faire » : seule la femme Rousseau, mère de la défunte, et lui savent au plus juste comment cette opération s’est passée.

Et le maire de conclure sa lettre en soulignant que « d’après tous les rapports, il parait certain que monsieur le desservant a fait cette action, mais il l’a faite par bonne intention » pour sauver une âme. Mais il a causé dans le pays un grand scandale.

Marie Rousseau était décédée quelques mois auparavant, le 8 octobre 1828, âgée de 28 ans. Elle était la fille de Louis Rousseau et l’épouse de Jacques Courjaud.

Réf. Série 11F 40 Archives départementales des Deux-Sèvres.