D comme Defaye, Magdeleine

Un texte d’Annie LARROUY

Magdeleine DEFAYE est née à Béceleuf en 1798, d’un père laboureur. À l’âge de 30 ans, elle convole en justes noces avec René PAPET à Cherveux. René est issu d’une famille nombreuse. La dot de René est de 100 francs et celle de Magdeleine 600 francs. Le couple réside à la métairie de la Porte de la Carte de Cherveux avec les parents de René et un de ses frères, François. Magdeleine et René auront trois fils, René, Louis et Pierre. Les deux premiers naissent à Cherveux en 1829 et 1832 et le troisième à Saint-Denis en 1834. Le couple part donc à Saint-Denis, près de Champdeniers, entre 1832 et 1834. Magdeleine y décède à 35 ans, 4 mois après la naissance de Pierre, le petit dernier, elle est dite fermière. Je me suis intéressée à son inventaire après décès qui inventorie des objets aujourd’hui disparus.

L’inventaire nous amène dans les trois chambres du domicile avec la description des meubles et de leur contenu. Ainsi, nous trouvons :

  • L’équipement ménager : une crémaillère et son crémaillon (petite crémaillère attachée à la grande) […] deux mauvais chaneil (chaneuil : sorte de lampe à huile à fond plat suspendue au mur) […] assiettes en cailloux (sorte de céramique)…
  • La literie : 3 lits, chacun composé de son bois à quatre quenouilles […], une baillère (toile pleine de balles de blé qui sert de paillasse ou matelas) de toile une coëte […] une couverte en trois marches (sorte de serge grossière, à chaîne croisée) bleu ciel…
  • Dans une armoire en noyer sont les vêtements de Magdeleine en trois marches, sarge (étoffe de laine qui est croisée à cotes obliques), rase, coton, toile ou droguet (laine commune, étoffe à bas prix), les coëffures en mousseline organdy et coton sans oublier les bijoux : bagues, jonc (bijou circulaire à épaisseur régulière) et claviers (ou crochet de châtelaine), un justin (casaquin, la partie du vêtement qui couvre le haut du corps des femmes à la campagne) en basin (tissu à effet de bandes)…
  • Un vieux coffre sans ferrure est rempli d’étoupes (résidu grossier de fibres textiles, obtenu lors du traitement du chanvre ou du lin) de lin en poil […] d’étoupes de chanvre en poil […] d’étoupes blanc […] de fil écru dit fil reparon (étoupe de deuxième qualité) […] de filasse…

Puis les objets trouvés dans les autres bâtiments et dépendances :

  • Dans le fournil est inventorié le nécessaire à fabriquer le pain, une met à pétrir […] de la méture (méteil : mélange de froment et de seigle ou d’orge) […] douze paillons (corbeille en paille tressée) […] trois pelles de four en bois […] un raballon (râteau utilisé pour retirer les braises du four) …
  • Dans les différentes dépendances nous trouvons divers outils ou ustensiles, une percette (petite vrille), une grèle (tamis, crible) deux hareaux (ou areau : charrue archaïque) sans socs, des planches servant de charclure (peut-être de ridelle ?) de charrette […] un fouillet (sorte de scie à main), un détreau (grande hache, grande cognée), une vrilte (peut-être vrille, sorte de tarière) […] deux piardes (espèce de pioche) […] trois guignettes (genre de petit sarcloir) et un loup à gosses […] un cabasson (garde-genoux, boîte en planches dans laquelle s’agenouillent les femmes qui lavent le linge au bord de l’eau) […] une charrette dont les roues sont à jentes etroites garnie de rancher (panneaux placés à l’avant et à l’arrière de la charrette, c’est la ridelle à claire-voie faite en forme de râtelier) […] une charrue complette charruegarnie de soc et coutre (partie tranchante fixée en avant du soc de la charrue) […] un petit tas de fagots fournille (fagot de ramilles et branchages destiné à chauffer les fours) […] une sivière rouleresse (charrette ou brouette à bras)…

Le couple ne semble pas habiter dans une simple masure. L’inventaire recense plusieurs chambres (ou pièces) et dépendances. Une des dites chambres ne contient pas moins de 60 kg de fibres textiles diverses et des hardes (11 jupes et tabliers, coiffes, justins, bijoux, etc.) pour une valeur estimée à près de 320 francs. Dans la cour est recensé un cheptel d’une valeur de 1 580 francs. Magdeleine et René ne semblent pas vivre dans la pauvreté.

L’inventaire nous apprend la présence de Françoise, une sœur de René. Elle habite la maison depuis la mort de la défunte. Elle y réside toujours lors du recensement de 1836. On peut imaginer qu’elle soit venue aider son frère pour s’occuper des enfants. À noter dans l’inventaire un passif de 14 francs « pour mois de nourrice » chez un habitant de Germond, sans précision de date. Peut-être avant l’arrivée de Françoise ? Pour l’anecdote, Françoise rencontre un journalier à Saint-Denis et se marie à Cherveux, lieu de résidence de ses parents, en 1836.

Pour la fin de l’histoire, en 1836 le père est toujours à Saint-Denis avec ses enfants. Il partira prendre une ferme à la Gachère de Secondigny où la famille PAPET fera souche. Cette ferme est la propriété de THIBAULT de NEUCHÈZE de Saint-Denis. À Saint-Denis, aurait-il déjà exploité une métairie de ce THIBAULT de NEUCHÈZE ?

Sources

  • Le parler de Poitou-Charentes, Vendée, Éric Nowak, Christine Bonneton, 2011.
  • Lexique de l’ancien français, Godefroy, Paris, 1901.
  • Dictionnaire du monde rural – Les mots du passé, Marcel Lachiver, Fayard, Aubin Ligugé, 1997.
  • Glossaire du Patois Poitevin, abbé Lalanne.

J comme : Jureur ou non Jureur

Le 2ème article de Marc Bouchet.

État du clergé dans le canton de Champdeniers, pendant la période révolutionnaire.
Réf. Archives départementales des Deux-Sèvres et état du clergé, de l’année 1800, réf. Archives diocésaines de Poitiers.

Dans le canton de Champdeniers, comme dans la plupart des paroisses de la Gâtine et du Sud des Deux-Sèvres, sauf dans le Bocage, la plupart des prêtres ont prêté le serment à la Constitution Civile du Clergé du 27 novembre 1790.
Les prêtres de ce canton, sauf l’un deux, Arsène Largeau, appartiennent à des familles aisées, petite bourgeoisie locale, artisans, commerçants. Réf. Leur succession après décès. Bureaux cantonaux.

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Les curés jureurs

  • Louis René Hercule Terrasson, excuré de La Boissière-en-Gâtine, il demeure à Saint Denis. Il a prêté serment le 1er jour complémentaire de l’an V. (déjà présenté pour le blog).
  • Jacques Guillemoteau. Il est fils de Jean et Marie Guillon. Prêtre assermenté, il habite Xaintrais, sa fonction est d’être agent municipal du canton de Champdeniers. À ce titre le 13 messidor de l’an VI, avec les citoyens Philippe Augustin Delmotte et Hilaire Debout, gendarmes de la résidence du canton de Champdeniers, en vertu de la loi du 18 messidor, concernant les visites domiciliaires, il va faire la visite de la maison du Breuil. Cette visite s’est effectuée dans tous les appartements et endroits qui paraissaient suspects, ainsi que les granges. La citoyenne Brochard, propriétaire de la maison, a accompagné l’agent municipal et les gendarmes pendant la visite. Aucune personne suspecte n’a été découverte.
  • Gabriel Guirault La Rante demeure à Xaintray, n’a pas prêté serment à la constitution et n’exerçait pas le culte avant ni après la loi, car trop âgé. Le 9 février 1786, il agit en faveur comme curateur de Jacques Benjamin Lambert, son neveu clerc, mineur émancipé, étudiant au grand séminaire d’Angers.
  • Jacques Benjamin Lambert, assermenté demeure à Surin, est agent municipal. Il a été baptisé le 19 septembre 1763, à Xaintray, fils de Jacques et Marie Rocquier. Il a succédé à l’abbé Morin, prêtre de janvier 1782 jusqu’en 1791 à la paroisse de Surin.
  • Charles André Texier, ex-curé de Sainte-Pezenne, assermenté, demeure à Champdeniers, il remplit la fonction de secrétaire de l’administration cantonale. Pensionnaire ecclésiastique. Il a été curé de Sainte-Pezenne jusqu’en décembre 1792.
    Le 20 février 1773, son père, André Texier sieur de la Caillerie, demeurant au logis de la Basse-Folie à Germond, donne une pension viagère de 80 livres, payables chaque année, pour seconder la vocation de son fils, à l’état ecclésiastique, clerc tonsuré, demeurant au séminaire de Poitiers, paroisse de Saint-Porchaire dès son entrée dans l’état de sous diacre. Réf. Acte passé devant le notaire Pruel. 3 E 1433.
    Dans la lettre adressée au préfet, le 27 floréal de l’an X, il écrit à propos de lui-même, qu’il a 51 ans, natif de Germond, comme on l’a vu plus haut, qu’il n’est pas marié. Il prie le préfet de s’informer auprès des habitants de Sainte-Pezenne, dont il a été curé pour savoir s’il aurait la confiance des habitants de cette commune. Il souhaite retourner à Sainte-Pezenne, si on y établit une succursale. Et s’il ne peut retourner dans son ancienne paroisse, dit-il, le préfet pourrait s’informer auprès des habitants de Champdeniers, d’Échiré ou de Saint-Maxire, pour savoir si on lui fait confiance. La lettre se termine par des formules où perce la flatterie. Ainsi il demande « la protection, l’estime et les bonnes grâces du préfet ». Il conclut en affirmant son désir de régler sa conduite de manière à n’agir  « que conformément aux intentions du gouvernement, à le faire aimer ainsi que tous ceux qui gouvernent. » Comme on le verra plus loin, il déteste Joseph Ayrault, curé légitime de Champdeniers.
  • Pierre Louis Brelais, habite Champdeniers, n’a pas prêté serment et n’exerçait pas le culte catholique avant ni depuis la loi. Son certificat de résidence du 1er jour complémentaire atteste bien qu’il est pensionnaire ecclésiastique. Il est né à Champdeniers le 12 mars 1731 et baptisé le 13 du même mois.
    Il est pensionnaire ecclésiastique et par patriotisme, il a offert une somme de 129 francs en numéraire, somme qui lui était due par le trésor public pour sa pension pendant le 1er semestre de l’an V. Ce don a été fait pour la descente en Angleterre. Les administrateurs des Deux-Sèvres adressent le 7 ventôse an VI aux administrateurs de Champdeniers un courrier pour dire qu’ils applaudissent à son patriotisme. Réf. L 47.
    À son sujet, en réponse à un courrier du préfet qui veut savoir quels prêtres sont domiciliés à Champdeniers, Charles André Texier, envoie une lettre, le 27 floréal de l’an X. Il précise que Brelay est âgé de 72 ans, natif de Champdeniers, assermenté, qu’il n’exerce plus depuis 1794. Il n’est pas marié. Il était autrefois curé de Cours. « On aurait certainement de la confiance en lui ». À cause de son âge avancé et de ses infirmités, il est empêché d’exercer activement la fonction de curé ou de desservant. Il dispose d’un revenu annuel de 3 à 4000 francs.
  • Joseph Ayrault, né à Poitiers, le 15 juillet 1731, fils de Michel Pierre, chirurgien de l’Hôpital général de Poitiers et Catherine Elie. Curé assermenté, de Champdeniers. Il est chef de bureau de l’administration municipale. Considéré comme schismatique. Il a fait sa déclaration le 7 messidor an VI et a certifié n’avoir pas rétracté les serments prescrits par la loi du 14 août 1792 et du 5 fructidor de l’an V et a affirmé ne pas avoir l’intention de le faire. Il a déclaré lors de son serment qu’il regardait « comme un des devoir les plus sacrés pour un citoyen d’obéir aux lois de son pays. » Réf. L 96.
    Il est pensionnaire ecclésiastique en l’an V. Dans un tableau des pensionnaires ecclésiastiques, on note qu’il touchait 1500 francs de pension avant le 2 frimaire de l’an II. Réf Série V.
    À son sujet, Charles André Texier écrit au préfet des Deux-Sèvres qu’il est âgé de 67 ans, natif de Poitiers, assermenté. Il exerce à Champdeniers dont il était curé. Il n’est pas marié. Et d’ajouter une critique à l’égard de Joseph Ayrault. « Je vous dois la franchise et la vérité, précise le citoyen Texier, je vous apprends peut-être qu’il n’inspire et n’inspirera jamais aucune confiance à la majeure partie des habitants de cette commune. » Il les a indisposés et irrités et contre lui et contre les prêtres assermentés. Texier l’accuse de « malhonnête intolérance », d’avoir éloigné du culte catholique des personnes religieuses qui l’ont quitté et ne reviendront pas. Ces mêmes personnes protestent tant qu’il exercera dans la commune. Et Texier de demander au préfet de l’envoyer dans une autre paroisse ou succursale, pas trop éloignées de son domicile actuel. Unique concession dans le rapport, Joseph Ayrault est jugé de bonnes mœurs.
    Joseph Ayrault était en fonction depuis 1783 et y était encore, le 21 décembre 1792. Il remit les registres de l’état civil aux officiers publics mais il continua de signer les registres comme officier public.
    Le 29 floréal de l’an VIII, Ayrault écrit une lettre au préfet Dupin dans laquelle il dit avoir exercé paisiblement ses fonctions depuis 18 ans et s’être conformé aux lois. Il dénonce Texier, alors ministre du culte à Souché qui s’est rétracté. Texier apporte le trouble dans la paroisse de Champdeniers où il exerce dans des maisons particulières. Réf. Léo Dessaivre Histoire de Champdeniers.
  • Noël Abel Pastural, ex-bénédictin de l’abbaye de Saint-Maixent, instituteur à Germond.
    Il est né le jour de Noël 1763 et a été baptisé le 26 décembre 1763, à Saint -Didier-sur-Rochefort, aujourd’hui département de la Loire, fils de Pierre Pastural, notaire royal et Jeanne Raisonnier.
    Il a prêté le serment à Poitiers, le 30 septembre 1792, « en la maison commune » devant le maire Mottet. Réf. Extrait du registre du directoire du district de Saint-Maixent. Réf. L 96.
    Selon le recensement de l’année 1798, il est arrivé dans la commune de Germond, en l’an IV, où il est instituteur. Il signe à partir de l’an VIII, en qualité de premier adjoint au maire, les actes de l’état civil. Il terminera sa vie curé de La Chapelle-Saint-Laurent. Réf. Archives communales de Germond. E dépôt 2 -1 D 1 à 9.
  • Arsène Léon Larjault, assermenté, habite Sainte-Ouenne. À partir de 1793, il est officier public et signe les registres d’état civil.
    Il est baptisé, le 17 novembre 1736, par l’abbé Bion, curé de Saint-Maxire. Il est fils d’Arsène Largeau dit Poictevin, cabaretier, et de Françoise Guitteau. Son parrain est Léon Jourdain de Villiers et sa marraine est Françoise Geneviève Jourdain. Le père ne sait pas signer. La famille Jourdain est une famille noble, dont le père Léon, chevalier, seigneur de Villiers, est enseigne colonel du régiment du Poitou.
    Arsène Largeau est vicaire de Saint-Maxire lors du décès de son père qui a été enterré, le 24 août 1769, à l’âge de 72 ans, à Saint-Maxire.
    Il fait une déclaration, le 9 messidor de l’an VI où il affirme être pensionnaire ecclésiastique et n’avoir pas rétracté les serments prescrits par la loi du 14 août 1792. Serments qu’il a fait, ajoute-t-il, dans les délais convenables. Terrasson a entériné et entériné sa déclaration le 17 messidor an VI. Réf. L 96.
    Il devient curé de Surin, où il décède le 3 mai 1811. À la différence des autres prêtres du canton de Champdeniers, assez aisés il n’a pas ni fortune ni fermes, ni rentes. En voici pour preuve la déclaration de succession faite par Louis Largeau, son frère, cultivateur, demeurant dans la commune de Villiers-en-Plaine qui affirme qu’il « dépend de la succession de desservant, que les meubles et effets détaillés » dans un état joint à la déclaration, d’une valeur de 480 francs. Réf 3 Q/7-52.

Les curés non-jureurs

  • François René Bonneau ancien curé et prieur de Germond, non-jureur. Il est parti en Espagne où il est décédé. Ce qui est confirmé par l’état du clergé du diocèse de Poitiers.
    Un acte de la justice de paix de Champdeniers du 7 floréal de l’an VIII, pour une demande en justice contre Me Bonneau, notaire public à Niort, contre Louis Bonneau de la commune de Breloux et contre Corbier veuf de la citoyenne Bonneau, « tous héritiers de François Bonneau, prêtre déporté. »Justice de Paix. L251.
    En effet à Breloux, près de La Crèche, est retranscrit l’acte de décès du dit Bonneau, décédé dans la paroisse de Sainte-Marie de diocèse de Pampelune, royaume de Navarre. Cet acte, extrait des registres des morts, commencé en 1770 et au verso de la 22ème feuille, à l’acte 40 et suivant, atteste que le 25 novembre 1800 « est mort François René Bonneau, âgé de 58 ans, ex curé de Germon au diocèse de Poitiers en France ». Il a reçu les sacrements et n’a point fait de testament. « Il a été enterré solennellement et avec les cérémonies accoutumées pour les prêtres. » L’acte a été rédigé par Joseph Ségara, curé de la dite paroisse de Sainte-Marie.
    Le 30 novembre 1800, deux greffiers publics du royaume de Navarre, Jean Antoine Moriones et Vincent Phelippe attestent que l’acte mortuaire délivré par Dom Joseph Ségara « mérite foi et confiance ainsi que tous les extraits mortuaires et autres actes d’Église qu’il délivre et signe. Et qu’on doit y ajouter foi tant en jugement que hors jugement. »
    François René Bonneau est remplacé le 3 juillet 1791 par Charles Garoteau, curé constitutionnel, qui a prêté le serment le 20 mars 1791. Il décède le 2 pluviôse de l’an II. Réf. Archives communales de Germond. E dépôt 2 -1 D 1 à 9.
  • Le 8 juillet 1790, Jean Maynier, (Mainier) de Germond, vicaire, donne la somme de 8 livres pour la contribution patriotique (pour le terme du mois d’avril et d’octobre).
    Jean Maynier fut aussi prêtre non assermenté, comme en témoigne l’acte de succession après décès, du 9 prairial de l’an II du bureau de Champdeniers. Ce prêtre est décédé à Poitiers, dans la maison des Carmélites, (où il devait se cacher) section de saint Porchaire, le 2 août 1793 à l’âge de 29 ans, selon la déclaration faite à la mairie de Poitiers, par Pierre Louis Jourde et Jean Jahau. La déclaration de sa succession a été faite par Basile Mainier, faisant tant pour lui que pour ses frères et sœurs, au nombre de 6 et par Marie Auguste Texier, receveur des domaines au bureau de Champdeniers. Les frères et sœurs sont héritiers pour chacun une partie et la République pour la septième partie. À savoir une borderie et ses dépendances situées sur la commune de Rouvres, pour un revenu supposé de 17 livres 17 sols et 9 deniers et un capital de 3860 livres 18 sols et 9 deniers. Plus la 8ème partie d’une tannerie, située au bourg de Champdeniers, abandonnée pour les rentes qui s’élèvent à la somme de 49 livres et 3 livres de ferme, ce qui fait pour la 8ème partie de ce capital la somme de 159 livres 7 sols et 8 deniers. Réf 3 Q /7 – 31.
  • L’abbé Morin, ex-curé de Surin, est mentionné dans un état des prêtres du canton de Champdeniers établi le 1er pluviôse de l’an VIII, qui ont été déportés pour n’avoir pas prêté le serment ou l’avoir rétracté, état signé Texier et Berthon. L’état précise qu’il est âgé de 58 ans, insermenté. Il a été sujet à la déportation, mais il a été trouvé sur le territoire de la République, depuis la Constitution de l’an III. Il a été déporté par ordre du directoire à l’île de Ré.

H comme : Hériter en Gâtine

Le deuxième article de Caroline Cesbron du blog La Drôlesse.

Le 28 Messidor de l’An VII de la République française une et indivisible, les Jacobins, chassés de la salle du Manège, s’installent rue du Bac. La veille, Bonaparte a vaincu les Turcs à Aboukir. La période révolutionnaire vit ses derniers soubresauts, après avoir mis à bas l’Ancien Régime.

XVIIIe siècle : diviser coûte que coûte pour être propriétaire

4À Champdeniers, dans les Deux-Sèvres, en pays de Gâtine, ce vendredi 26 juin 1799 (28 messidor an VII), le notaire public fait entrer dans son étude Pierre et Marie Guignard.
Ils habitent ensemble, mais pas en communauté, dans un des nombreux villages de Verruyes, la Petite Vernonière.
En ce début d’été, le frère et la sœur ont décidé de mettre fin à l’indivis qui les unit, en tant qu’héritiers de leur père Pierre, mort en 1779, alors qu’ils n’étaient encore que des enfants.
Marie, en fait mon aïeule* Marie-Jeanne, née en 1765, n’est pas encore mariée. À l’âge de 37 ans, elle épousera en 1802 Louis Texier, un veuf marchand de bestiaux de Saint-Georges-de-Noisné, et n’aura qu’une seule enfant survivante, Modeste, qui se mariera contre l’avis de ses parents. L’identité de son frère, Pierre, est sujette à caution, car ils sont plusieurs dans la fratrie à porter le prénom de leur père, soit en premier prénom, soit en deuxième prénom. Il s’agit peut-être du benjamin de la famille, qui ne porte que ce seul prénom mais dont je ne trouve aucune trace, à part son acte de naissance. Pierre, trente ans – s’il est encore vivant en 1799 – devait vivre encore avec sa sœur célibataire et sa mère en 1799 et ne pas être marié. À moins que Pierre ne soit finalement Pierre François, né en 1758, qui venait tout juste de se marier avec Radegonde Rossard, qu’on appellera toute sa vie François et dont je connais la descendance.

Quoi qu’il en soit, Pierre et Marie ont mis à contribution leurs amis et parents pour répartir, le plus justement possible, en deux lots, les biens à partager qui rapportent 60 francs annuellement. Le notaire en fait une description extrêmement détaillée.

L’héritage se compose ainsi d’une borderie, d’un jardin, des accessoires à la maison, et de quelques terres aux alentours. La description des biens est totalement conforme à celle que fait Jacques Peret dans son ouvrage Les paysans de Gâtine au XVIIIe siècle, d’un habitat gâtineau à cette époque.

Si l’acte notarié permet effectivement de déterminer précisément qui est propriétaire de quoi, il confirme aussi la division d’un bien, la maison, coupée littéralement en deux pour que chacun des deux enfants puisse en jouir, et évidemment le revendre ou le transmettre. Il met aussi en avant un mode d’emploi à respecter pour que cela se passe bien autant entre le frère et la sœur qu’avec les voisins.

S’il existait déjà des servitudes avant cette sortie d’indivision, ce nouveau morcellement va impliquer, pour le frère et la sœur, le respect de nombreuses contraintes et il n’évite pas la communauté de biens, comme l’utilisation et l’entretien du four qui appartiendra pour moitié aux deux enfants, ou l’eau issue des ruages, propriété là aussi commune aux deux héritiers.
Ce système de servitudes, droits d’usage ou encore de passages – très courant en Gâtine – s’avère être un casse-tête infini pour les notaires, qui doivent vérifier encore aujourd’hui, plus de 200 ans plus tard, qui sont en sont les bénéficiaires ou les obligés !

En 1799, Napoléon n’avait pas encore imposé le cadastre qui porte son nom. Mais qu’importe ! Les Gâtineaux savaient être précis, pour faire reconnaître ce qui leur appartenait.
Les pièces de terre portent des noms dont l’origine doit venir du fin fond des âges mais sont avant tout pragmatiques : le pré de la Fontaine, le pré de la Montée, le pré de la Plaisse… c’est on ne peut plus explicite et, au moins, on s’y retrouve. Et si les terrains se multipliaient, ou peut être plutôt se divisaient, on avait de l’imagination et il y avait ainsi aussi le petit pré de la Fontaine, le jardin de la Fontaine…

À défaut de géomètre, pour chaque bout de terrain, le nom du voisin est cité, ainsi que le nom de sa terre, ce qui ne doit laisser aucune place au doute. L’entretien et la propriété des palisses, des haies ou encore des bornes délimitant les terrains sont aussi précisés. Tout est écrit pour que les servitudes et les droits des propriétaires soient respectés et honorés.
Des décennies plus tard, tous ces détails, lorsque le notaire établit l’historique de la propriété, permettent de résoudre des conflits de voisinage, de droit de passage… ou pas.

Acte notarié [extraits] du 28 Messidor An VII
Partage de biens fonciers, commune de Verruyes, entre les citoyens François et Marie Guignard, de revenu annuel à chacun 30 francs, total ci 60 francs
Le premier consiste en :
– une petite borderie, composé d’une chambre basse, avec un mauvais grenier pardessus, tenant à la chambre du second lot,
– Plus la moitié d’une grange du coté de la dite chambre qui sera séparée par une palisse à frais communs avec droits de ruages et courtillages.
– Plus la moitié d’un fournioux dans lequel il y a un four qui sera le tout commun avec le second lot et par la même raison entretenu par moitié.
– Plus un petit jardin contenant à semer environ un demi boisseau de chenevoix menant d’une part au dit fournioux, d’un bout au jardin de la veuve Marseton, d’autre à celui du citoyen Guillon et d’autre part au jardin du citoyen Métayer est aux ruages communs. Les hayes sont autour et dépendants excepté la partie vis avis le jardin de la dite veuve Marseton.
– Plus le champ de la Plaisse contenant environ quatre boisselées tenant d’une part au chemin du dit lieu comme on va a la Fouetiere à droite, et d’autre à la terre du citoyen Brault, à celles des citoyens Métayer, Delaunais, et au jardin du second lot.
– Plus la moitié du pré de la Montée, l’autre moitié appartenant au second lot suivant que les bornes sont posées au nombre de trois, touchant d’une part au chemin du dit village à la fontaine commune du dit lieu àdroit, d’autre au jardin de la veuve Marseton, d’autre au pré de Brault, et d’un bout au pré des héritiers Birot qui est tout ce qui compose le présent lot,
– à la charge de payer en sollicité avec le second lot la rente de dix mesures de seigle au boisseau de Pressigny, dues aux héritiers Brunet et Robert annuellement, le 8 vendémiaire, sauf le plus ou le moins de la susdite rente ensemble les arrérages…
– et quant aux impositions, elles seront continuées d’être payées par moitié jusqu’à ce qu’il en soit autrement réglé entre les copartageants ou suivant une nouvelle estimation.
– Quant à l’eau provenant des ruages communs elle sera partagée entre les copartageants ainsi que le fumier lorsqu’on fera curer les deux ornières accoutumées qui sont dans le chemin ou ruages par chacun une ornière de la même largeur et profondeur en entrant dans leur pré ou a la sortie du chemin ou ruages.

Le second lot est composé premièrement en :
– une petite chambre appelée l’ancienne maison avec un mauvais grenier pardessus tenant d’une part à la chambre du premier lot, d’autre part aux ruages communs, le mur qui sépare les deux chambres sera commun et entretenu par moitié.
– Plus l’autre moitié de la dite grange touchant d’une part au jardin de la veuve Marseton et d’autre part au fournioux commun.
– Plus la moitié du dit fournioux et fourg de la meme manière qu’il est expliqué pour le premier lot.
– Plus le petit champ appelé le Miret, contenant environ une boicellée et demie touchant d’un bout, au chemin du dit lieu à verruye, adroit, d’autre à la terre de l’épouse du citoyen Lavergne d’autre à celle du dit Guillon et au citoyen Chaigneau.
– Plus un petit jardin appelé le jardin de la plaisse, contenant à semer environ deux boisseaux de chenevoix tenant d’autre part à l’ouche de la dite veuve Marseton, d’autre part au champ de Brault, d’autre à celui du premier lot, la haye qui clôt le susdit jardin d’avec le champ du second lot appartiendra au dit jardin, aura la liberté pour l’exploitation du dit jardin de passer et repasser avec boeuf et charrette ainsi que de conduire les bestiaux a moins d’agat? Que faire se pourra tant le dit jardin en champ.
– Plus l’autre moitié du dit pré de la montée tenant d’une part aux ruages communs du dit lieu a la fontaine adroit, d’autre au pré de la fille du citoyen Boyard d’autre part au bout au pré du dit Brault a la charge de payer les dites charges avec le second lot.

3Convenu qu’il sera libre après réquisition de l’un des copartageants de planter un buisson sans pouvoir faire de faussé sous peines de droit pour séparer leur dite portion de pré et lahaye qui en proviendra sera commune entre eux.
Convenu également qu’ils ramasseront le bled, seigle, ensemencé cette présente année dans le sus dit champ de la plaisse et partageront le tout a frais communs et ramasseront aussi la paille est partageront le tout par moitié et ensuite ensemencé le 8 vendémiaire en bled mature (?) par moitié de meme ramassé et partagé en cette considération, le dit Guignard abandonne à la dite Guignard le paitre de son petit champ de l’Eminière pour faire paître ses bestiaux jusqu’à ce que le sus dit blé mature soit emblavé, l’herbe provenant de chaintres appartiendra aussi à la dite Guignard, ne pourra cette dernière y faire paître des chèvres ny sous affermé sous les peines de droits les lenfaits légumes et fruits qui en proviendront des domaines partagés seront également ramassés et partagés par moitié.
Convenu encore de clause expresse entre les dittes parties que les acquits que le dit Guignard a fait seul lui appartiendront en entier attendu que c’est par ses travaux, [?] industries, et qu’il a même fait des emprunts plus que moitié pour ces mêmes acquits ainsi que la dite Guignard le reconnaît et reconnaît au moyen de quoi renonce à toutes prétentions a cet égard, bien entendu que Guignard s’oblige à tenir quitte sa soeur de toutes dettes […]
Reconnaissent les dittes parties s’être fait raison partage et division du peu de mobilier provenant de la succession de leur dit père qui sont de peu de valeur de quoi ils se tiennent quittes.
Evallué les domaines partagés qui sont sur commune de Verruyes de revenu annuel soixante francs, en fonds douze cents francs.
Par ces mêmes presantes a comparus citoyenne Marie Biron veuve et commune du dit feu Pierre Guignard demeurant au chef lieu de la petite Vergnonière de cette commune à laquelle les dits Guignard frère et soeur ont dit que comme elle a peu de fortune et vu son grand âge elle est hors d’état de se trouver sa subsistance, ce qui fait par pure amitié filiale ils veulent suppléer à sa subsistance jusqu’à son décès au moyen de quoi ils promettent et s’obligent de bonne volonté sollicitée ensemble [?] ci après de payer annuellement la rente viagère de quatre vingt francs en exemption de toutes charges créées et à créer ce que celle dite Biron veuve Guignard, stipulante et acceptante, accepte pour commencer à payer cette dite rente de quatre vingt francs le huit vendémiaire prochain cela pour tenir lieu de douaire qu’elle pouvait prétendre sur les biens fonciers de son dit mary et de la moitié de la somme.
En conséquence les dites parties se trouvent bien justement et également partagées pour continuer le payement de la susdite rente viagère de quatre vingt francs annuellement aux sus dits termes jusqu’au décès de veuve Biron en sa demeure sous les peines de droit.
Desquels dits deux lots de la manière qu’ils sont complétés les dits Guignard frère et soeur ont requis nous notaire d’écrire deux billets ensuite ployés et mis dans un chapeau tiré au sort par l’événement le premier est arrivé à la dite Marie Guignard pour ces domaines mentionnés et lots susdits appartenir à chacun des copartageants des jourd’hui […].

XIXe siècle : échanger, acheter ou vendre et éviter les indivisions impossibles

Le 24 avril 1890, Maitre Louis Prudent Allard reçoit en son étude, Pierre Allonneau, cultivateur à Château-Chardon, sur la commune de Verruyes, sa femme, Madelaine Babin, et leur neveu, Joseph Babin, prêtre vicaire à Migné dans la Vienne ainsi que leur frère et beau-frère, François Babin et sa femme, Virginie Nivault, qui vivent ensemble à la Petite Vergnonière à Verruyes.
Les premiers vendent aux seconds la moitié d’une borderie à la Petite Vergnonière qui comprend des bâtiments d’habitation et d’exploitation, une cour, un jardin, des terres labourables, le tout représentant trois hectares et quatre-vingts ares.

2Jusqu’à présent, cette borderie leur appartenait à tous ici présents en indivision, et dépendait de la succession de Modeste Texier, veuve de Pierre Babin.

Modeste, la fille unique héritière de Louis Texier et de Marie-Jeanne Guignard, s’est mariée en 1831 contre l’avis de ses parents avec Pierre Babin, un jeune meunier.
Ensemble, ils ont eu neuf enfants mais quatre seulement, arrivés à l’âge adulte, ont pu bénéficier d’une donation-partage de leurs parents, avant le décès de Pierre en 1881.
Modeste est décédée au début de l’année 1890. Terrible hasard, le même jour, disparaissait un couple d’heures plus tard, son fils aîné, Pierre, le père de Joseph, le prêtre vicaire.
Quelques mois après ces disparitions, Madeleine, François et Joseph se retrouvent donc chez le notaire. Certains biens qui se vendent en ce jour de printemps 1890, entre frère, sœur et neveu, sont les mêmes que ceux partagés en 1799 entre Pierre et sa sœur Marie Jeanne Guignard, la grand-mère et l’arrière-grand-mère des visiteurs de Maître Allard.
Près d’un siècle plus tard, François Babin avec sa femme Virginie, habitent toujours le village de la Petite Vergnonière et ils peuvent, pour 5000 francs, mettre fin, encore une fois, à l’indivision qui les lie, au gré des successions. Mais pas tout à fait aux mêmes conditions qu’en 1799.

1La vente est dite par licitation, ce qui permet de sortir de l’indivision de biens non partageables. Madeleine, habitant un autre village de Verruyes que celui où se situe les biens, n’avait pas vraiment d’intérêt à rester dans cette indivision, source potentielle de conflits, et dont elle ne pouvait pas vraiment profiter. Joseph, lui, n’habitait pas le département et lui non plus ne tirait aucun profit de cette situation.

En cette fin de XIXe siècle, grâce à la licitation, il ne semble plus possible de couper en deux des maisons ! Au passage, l’article 3 de l’acte rappelle que les acquéreurs devront « souffrir » les servitudes passives apparentes ou occultes qui peuvent grever la dite borderie.

XXe siècle : le 26 septembre 1919, les Babin de la Millancherie et de la Petite Vergnonière

Jules Babin a rendez vous chez le notaire, pour acheter à sa jeune sœur Augustine, et à Virginie Nivault, sa mère, des immeubles situés à la Petite Vergnonière où il habite avec sa femme, prénommée aussi Augustine.
La vente de cinq biens sont à l’ordre du jour :
– Une parcelle de trois ares cinq centiares, n°629 du cadastre, qui touchent à deux bouts de courtillages et à un autre la propriété du sieur Guignard (un parent), sur laquelle on trouve une maison d’habitation ayant une chambre basse à feu surmontée d’un grenier, une autre chambre basse sans cheminée, située derrière la précédent.
– Une autre maison d’habitation composée d’une chambre basse, à feu, surmontée d’un grenier, une chambre basse à la latte derrière et surtout le four, dont ils sont propriétaires, mais sur lequel un bien nommé Fournier semble désormais avoir des droits. Elle est enregistrée au cadastre sous les n°630 et 631.
– Un droit à l’aire appartenant à Jules
– Une parcelle de terrain, le Pré de la Montée, n°712 au cadastre
– Trois pièces de terre, dont un jardin et deux champs, le champ Cholet et le Grand Jardin

L’ensemble des biens appartient à Augustine Babin, la sœur de Jules. Elle en a hérité en 1908, lors de la succession partage souhaitée par leurs parents François et Virginie, au profit de leurs neuf enfants.

Le notaire est dispensé par les vendeurs et acquéreurs de refaire l’historique des biens dont ils connaissent la provenance ! Effectivement… les biens sont tracés depuis plus de 120 ans ! La description d’une des maisons ressemble furieusement à celle coupée en deux en 1799 et l’on y retrouve même le four, dont les Babin sont propriétaires certes, mais sur lequel le bien nommé Fournier semble désormais avoir des droits.

François Babin, le père de Jules, au-delà des biens transmis par son arrière-grand-père, Pierre Guignard et sa grand-mère, Marie-Jeanne Guignard a aussi, tout comme ses parents Pierre et Modeste fait fructifier le patrimoine familial.
La donation partage de 1908 a permis à chacun de ses enfants de recevoir des terres et des immeubles qui ont fixé dans les villages de Verruyes, tout au long du XXe siècle, certains de ses descendants.
Les descendants de Jules se sont donc fixés autour de la Petite Vergnonière, à la Millancherie.
Son frère Célestin, mon arrière-grand-père maternel, a fait construire, ce qui allait devenir la maison de mes grands-parents et celle de ma mère, sur un terrain, à coté des biens dont il avait hérité à la Haute Bertière.
Le terrain de la maison avait été échangé avec des Babin, des cousins issus de germains !
La maison a été le lieu de nos séjours gâtineaux pendant de nombreuses années.

* arbre généalogique de Pierre Guignard ou Guinard, époux de Marie Biron

C comme : Curé Constitutionnel de Champeaux

Marc Bouchet a été longtemps membre du conseil d’administration du Cercle généalogique des Deux-Sèvres. Il adore chercher dans les différentes archives, il a fourni de nombreux articles à notre revue et il continue de le faire. Son sujet de prédilection : les ecclésiastiques et les religieux et religieuses de la période révolutionnaire, comme Louis René Hercule Terrasson qui a bien sûr officié en Gâtine et n’a pas fait les mêmes choix que d’autres prêtres de cette région juste après la Révolution.

Louis René Hercule Terrasson : ex-vicaire de Saint-Pardoux, excuré de La Boissière-en-Gâtine, demeure à Saint-Denis, près de Champdeniers. Il a prêté serment le 1er jour complémentaire de l’an V. Le certificat de résidence de l’administration municipale passé devant Bastard atteste qu’il réside bien à Champdeniers et qu’il est pensionnaire ecclésiastique. Il est président de l’assemblée cantonale de Champdeniers, de l’an III à l’an VIII. Ensuite il devient commissaire, résidant à Saint-Denis.

Voici son acte de non rétractation, rédigé à Saint-Denis, le 7 messidor de l’an VI. Réf L 97.

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Il est né et a été baptisé à Champdeniers, le 25 novembre 1748, fils de René Terrasson et Suzanne Mimault. Son parrain est Louis Hercule Gaboreau des Brosses et sa marraine est Suzanne Ouvrard. À la sépulture de sa mère, le 1er octobre 1771, à laquelle il assiste, il est encore diacre. Ses parents se sont mariés, le 26 août 1733. Son père René, profession charron, est originaire de la paroisse d’Augé et sa mère de Champdeniers. René a été baptisé à Augé, le 15 janvier 1707.

Le jugement porté sur lui dans l’état du clergé de 1800 est le suivant : « curé légitime, jureur, schismatique ». Il dessert Saint-Denis et Champeau. Réf . Archives diocésaines de Poitiers.
Louis René Hercule fut un prêtre engagé et un républicain convaincu. En 1792, il fait partie du corps d’électeurs du canton de Saint-Pardoux, ainsi qu’Antoine Gilbert, J.-Marie Guérineau, René Château, Jean Robin, Jean Guitton, et Pierre Pineau. Réf. 5 F 38.

Le 8 mai 1791, 153 électeurs du département se réunissent à l’église Notre-Dame de Niort, ils doivent élire un nouvel évêque. À la précédente élection, qui avait eu lieu en 1790, le prêtre Jallet, puis Prieur avaient été élus, mais avaient renoncé à cette dignité. Ces électeurs viennent des six districts : Melle, Niort, Saint-Maixent, Parthenay, Châtillon et Thouars. Le curé Terrasson a obtenu une voix. Mestadier a été élu évêque constitutionnel, avec 64 voix. Réf 6 F 13.
En 1793, il dépose ses lettres de prêtrise. Le 4 juillet 1795, il écrit à l’abbé Grégoire* pour lui demander ce qu’il devait faire, car , selon ses propres mots, il séchait de douleur. Réf. Fracard, bulletin de la Société historique des Deux-Sèvres ; 3ème trimestre 1970.

Louis René Hercule Terrasson est à la fois dans le canton de Champdeniers, prêtre et homme politique.

Le premier jour complémentaire de l’an V, devant Bastard, notaire à Champdeniers, par l’administration de Champdeniers est fourni un certificat de résidence pour le curé Terrasson, ecclésiastique demeurant au dit Champdeniers de même que pour Charles André Texier, Joseph Ayrault et Louis Brelay, tous notés pensionnés ecclésiastiques sauf Charles André Texier.
De l’an III à l’an VIII, il est président de l’administration cantonale de Champdeniers et on le retrouve commissaire, selon un état de tous les membres de l’administration du canton de Champdeniers en exercice lors de sa suppression, dressé par Charles Auguste Texier, maire de Champdeniers, le 8 thermidor de l’an IX. Il demeure à Saint-Denis.

Le 14 vendémiaire de l’an V, Terrasson, au nom de l’administration municipale de Champdeniers adresse une lettre à l’administration du département des Deux-Sèvres, à propos de gardes nationales et notamment de l’article 5 de la loi du 28 prairial de l’an III . Il précise que l’administration municipale s’est réunie en séance.
L’article 5 de la dite loi stipule que les citoyens peu fortunés, les domestiques, journaliers et manouvriers ne seront pas compris dans le contrôle des compagnies à moins qu’ils ne réclament contre cette disposition. Deux opinions se sont exprimées à l’administration municipale. Les uns, dont Terrasson, veulent que cette disposition soit restreinte aux villes, mais les autres veulent qu’on l’étende aux campagnes. Chargé par ses collègues de consulter les administrateurs de département, Louis Hercule Terrasson les prie de donner leur réponse sur ce différend.

Le 5 floréal de l’an VI, Lévèque, receveur de l’agence nationale de l’enregistrement et des domaines procède, en présence des administrateurs du canton, à la ferme de la métairie du Luc, confisquée sur le dernier seigneur de Champdeniers, émigré. Ce qui pourrait impliquer la location d’une salle servant vraisemblablement aux délibérations de l’assemblée cantonale.
Ont signé Terrasson, président de l’administration cantonale, Ayrault, secrétaire adjoint et Pruel, sans désignation de fonction.

Le 8 floréal de l’an VI, comme président de cette administration cantonale, il écrit aux agents municipaux du canton, pour qu’ils invitent les époux de leurs communes qui ont une famille nombreuse, des enfants à la défense de la patrie, qui ont versé leur sang pour elle ou qui se sont recommandables dans les arts, à se réunir le 10 floréal, de 10 heures à 11 heures, à l’autel élevé à l’occasion de la « Fête des époux », pour la commune de Champdeniers. Réf. Histoire de Champdeniers par Léo Dessaivre.

Le 7 prairial de l’an VI, un courrier de l’administration de Champdeniers est adressé à l’administration municipale de Saint-Pardoux, par le président Terrasson. Ce courrier contient sept exemplaires de l’arrêté du 30 floréal de l’an VI, concernant la fixation des foires et des marchés.
Voici les mots du président : «  Convaincus que vous sentez tout le prix des communications, faites pour l’avantage du commerce et qu’il tient à la gloire nationale d’en fixer les rassemblements d’après le calendrier républicain, nous nous plaisons à croire que vous voudrez bien lui donner la plus grande publicité. Salut et fraternité. » Terrasson a signé ainsi qu’Ayrault, secrétaire adjoint.
Par arrêté du 12 fructidor de l’an VI, l’administration municipale, créa des marchés, notamment, les 3, 13, 23, de chaque mois en plus de ceux qui existaient déjà. À la délibération de l’administration municipale du canton de Champdeniers ont assisté Terrasson, président, C.A. Texier, secrétaire, Primault, Lambert, Couzinon, et Robert, administrateurs, Chabosseau, commissaire du pouvoir exécutif. Rapporté par Léo Dessaivre, dans son Histoire de Champdeniers qui cite les registres des délibérations municipales.

Il demeure à Saint-Denis dont il avait acheté la « maison curiale » avec ses dépendances, le 19 prairial de l’an IV pour un prix de 40 livres. Réf 1. Q 67.

Le 3 brumaire de l’an IX, un état général donne la composition des membres composant les conseils municipaux. Voici les noms des membres de la commune de Saint-Denis : Terrasson, ex-commissaire, Louis Pied, Pierre Barreau fils, René Bideau, Pierre Barreau, Saboureau dit Lion, Joseph Bonnin, Thavar de Saigné, Jacques Rimbault, François Thomazeau. Réf. Série 3 M.
On peut supposer qu’il était le secrétaire de la municipalité puisque du 5 messidor de l’an V jusqu’à son décès, il a rédigé tous les actes d’état civil. Son écriture caractéristique étant aisément identifiable.

Le 6 floréal de l’an IX, en vertu de l’article de la loi du 13 ventôse de l’an IX, concernant la nomination des directeurs de scrutin et les scrutateurs des communes de l’arrondissement de Niort, Louis René Hercule Terrasson est nommé directeur du scrutin pour les communes de Saint-Denis et Champeau et Pierre Thomazeau et Pierre Barreau scrutateurs. Réf. 3 M 13 et 18. Arrondissement de Niort.

Après le concordat de 1801, il est desservant de Champeaux et Saint-Denis.

Le 19 vendémiaire de l’an XIII, à l’hôtel de la préfecture de Niort, il fait sa déclaration de fidélité à la République française. Voici sa déclaration :  « Je jure et promets à Dieu sur les saintes Evangiles de garder obéissance et fidélité au gouvernement établi par la constitution de la République française. Je promets aussi de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue soit au dedans soit au dehors qui soit contraire à la tranquillité publique. Et si j’apprends qu’il se trouve contre l’Etat, je le ferai savoir au gouvernement ». Pièce n° 174.
Aux Archives diocésaines de Poitiers, on trouve à son sujet,dans un bref historique anonyme de l’histoire religieuse de Champdeniers, le commentaire suivant : « Il paraît par les actes de baptêmes, décès et mariages qu’il se regardait toujours comme curé de la Boissière, car il signait toujours ainsi, d’abord en toute lettres puis en abrégé. » Réf. Série Q/2- 9-1.

Il décède le 21 février 1807, à Saint-Denis. Un inventaire après décès a été établi par Maîtres Baraton et Robert, ses biens ont été évalués à 6251 francs et 15 centimes. Réf 3 E 4718.

Le préfet des Deux-Sèvres adresse au maire de Champeaux, le 3 mars 1807, une lettre dont voici la teneur :  « Je suis informé, monsieur, que Monsieur Louis René Hercule Terrasson, prêtre, desservant de votre commune est décédé, le 21 février dernier. Je vous invite à m’envoyer son extrait mortuaire sur papier libre. » Réf.1 M 35, n° 6496.

*L’abbé Grégoire (1750- 1831) fut député à la Constituante, évêque constitutionnel.

L’école autrefois en Deux-Sèvres

La rentrée des classes est faite depuis plus d’un mois. Tous nos écoliers sont maintenant au travail. Mais, comment était l’école autrefois ? Pour le savoir, il y a 2 rendez-vous à ne pas manquer :

    • L’exposition « Et si Jules Ferry n’avait rien inventé ! » du lundi au vendredi de 8h30 à 17h00 jusqu’au 30 juin 2019. Une salle de classe de la fin du XIXe siècle est reconstituée dans le hall des Archives départementales à Niort. De nombreux documents sont présentés sous vitrine et des panneaux expliquent les enjeux des lois Ferry, gratuité, obligation scolaire pour tous et laïcité, et leur application dans notre département.
    • L’exposition « Sur les bancs de l’école » du 9 au 13 octobre à la salle des fêtes de Champdeniers. Présentation de photos de classe des communes de 1898 à nos jours, film, dictée… Tous les renseignements sont dans la 2ème affiche ci-dessous.