S comme Seguin (La Chapelle-)

Un texte de Josiane AUBINEAU

L’origine du village de La Chapelle-Seguin

Elle semble être romaine et remonter à une chapelle qui aurait pris le nom de son fondateur, un certain Seguini, d’où Capella Seguini : Chapelle-Seguin.
La présence romaine sur ce site est d’ailleurs confirmée par deux voies romaines :
1. la première, allant d’Angers à Saintes, le long de laquelle se sont installés les villages du Freigné, Grand et Petit ;
2. Elle croisait une deuxième voie, allant de Périgueux à Nantes, au niveau du village de la Morinière et non loin d’un lieu de foires appelé « le Jeudi-Saint ».

Une situation économique précaire

Située entre Bocage et Gâtine, la situation économique de La Chapelle-Seguin semble avoir toujours été médiocre et on relève encore en 1856 dans « État sur l’élection de Niort », la description suivante de La Chapelle-Seguin :
« Elle est couverte de bois de futaies et de taillis, les prairies sont très mauvaises et en partie recouvertes de bruyère. Les terres labourables sont humides et on y récolte peu de blé. »
Il n’est pas mentionné que ces prairies sont également parsemées de « chirons » c’est-à-dire des rochers de granit affleurant le sol, sans doute tombés de la « dorne » de Mélusine, autrement dit de son tablier remonté aux deux coins dans lequel, selon la légende, elle transportait des cailloux.
Mais la présence de ces nombreux rochers explique sans doute que le labour y est impossible.
L’élevage est donc la seule activité agricole envisageable.
« On y élève quantité de vaches, veaux et bœufs »

Des activités complémentaires permettent de compléter le revenu.
« À la Morinière, des tisserands fabriquent des tiretaines qui sont des étoffes de laine sur fil. Les habitants […] vont vendre dans les villes voisines […] du charbon de bois et des balais de bouleau. »
Le métier de « balaisous », fabricant de balais de bouleau, a d’ailleurs persisté jusque vers le milieu du XXe siècle. La matière première était facilement accessible avec la proximité des bois de L’Absie et de Vernoux mais aussi du bois des Gâts et la forêt de Chantemerle. L’hiver, ils récoltaient le bouleau dans les bois et préparaient les brins à la veillée, l’été ils fabriquaient les balais.
Les balais étaient vendus aux paysans des alentours, épiciers, droguistes et quincailliers ou à des grossistes, pour nettoyer les cours de ferme surtout au moment des battages, les écuries ou pour balayer les rues des villes.

En 1805, on trouvait pourtant dans le bourg de La Chapelle-Seguin une verrerie renommée pour la qualité de sa production.

L’origine de L’Absie

Le nom de L’Absie pourrait venir du latin « abscisus » : carrefour, en référence aux deux voies romaines citées plus haut.

L’Absie est mentionnée pour la première fois dans une charte de Charles le Chauve du 19 janvier 854 sous le terme de Villa Apiacum.
Il pourrait s’agir d’une « maison des champs », une métairie, qui possédait alors deux églises, l’une à La Chapelle-Seguin et l’autre à L’Absie.

Dévastée au cours des invasions normandes, la première église de L’Absie était en ruine au milieu des bois lorsqu’un religieux contemplatif, Pierre de Bunt, la découvrit et y installa un ermitage, encouragé dans sa démarche par l’évêque de Poitiers, Pierre II.

L’abbaye bénédictine de L’Absie : de l’essor à la décadence

Vers 1120, Giraud de la Salles, disciple de Robert d’Arbrissel, lui-même fondateur de Fontevrault, érige sur ce site, à l’écart du bourg de La Chapelle-Seguin et de ses villages alentours, une abbaye dont les moines étaient astreints à la règle de saint Benoît.
C’était la naissance de l’abbaye de L’Absie.
Au début du XIIIe siècle, les moines de L’Absie ont rendu à ce coin de Gâtine d’importants services à l’agriculture en constituant de nombreuses exploitations grâce à leur zèle de défricheurs. Ils sont également connus pour avoir participé, avec les moines de Maillezais, à l’assèchement du marais poitevin.

Le monastère a connu une belle prospérité durant les deux premiers siècles de son existence. Mais l’abbaye a beaucoup souffert de la guerre de Cent Ans au cours de la laquelle elle a été pillée et son église dévastée.

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Le blason en clé de voute

Au XVe siècle, la famille d’Appelvoisin, seigneurs de Saint-Paul-en-Gâtine, entreprennent la reconstruction de l’abbatiale. La trace de leur intervention est toujours présente dans l’église par le biais de leur blason en clé de voute.

À partir du XVIe siècle, la décadence de l’abbaye s’accentue d’année en année. En 1615, le mauvais état des bâtiments du couvent met fin à la vie communautaire des moines. Les biens sont vendus aux enchères à la Révolution en 1791. De l’abbaye ne subsistent alors que l’église.

La décadence de La Chapelle-Seguin

Après la Révolution, l’église de La Chapelle-Seguin se trouve être en très mauvais état. Et suite à la disparition tragique de son abbé, lors des guerres de Vendée, l’église de La Chapelle-Seguin est fermée en 1794 et le culte est transféré en l’église de l’abbaye, à la demande des habitants de La Chapelle-Seguin.

La grande église de l’ancienne abbaye est donc affectée aux besoins de culte des habitants de La Chapelle-Seguin et ses environs en remplacement de la petite chapelle tombée en ruine.

La commune rejoint le lieu de culte et la paroisse

L’Absie n’était encore qu’un modeste village, avec seulement quelques maisons éparpillées autour de l’église et de l’ancienne abbaye. Mais sa situation géographique, au carrefour de deux voix importantes, en faisait un lieu propice au commerce. Les foires qui se tenaient le 12 de chaque mois, y étaient renommées.
Le 6 nivôse an XIV (27 décembre 1805) le maire Aimé Marcollay fait placarder l’avis suivant :
« [Selon le souhait] manifesté par les habitants de La Chapelle-Seguin […] la foire qui se tient d’ordinaire au champ appelé le Jeudi-Saint [sera] transférée au lieu des autres foires de L’Absie […], et se tiendra à perpétuité comme les autres, à l’emplacement du champ de foire de L’Absie. »

De la même façon, après délibération du conseil municipal de La Chapelle-Seguin de 1835, les élus réclament à une très large majorité (unanimité moins une voix) que L’Absie devienne officiellement le chef lieu de commune. Ce qui a été fait par ordonnance du 14 juillet 1836. Autrefois moins importante que La Chapelle-Seguin, L’Absie devient le chef-lieu de la commune.

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Sources :

Mille ans d’histoire de L’Absie de Raoul Dubois
Le pays du Bocage de Maurice Poignat
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Absie
https://monumentum.fr/ancienne-abbaye-pa00101162.html
http://chemins-secrets.eklablog.com/la-chapelle-seguin-a3371968
https://fr.geneawiki.com/index.php/79001_-_L%27Absie
https://armorialdefrance.fr/page_blason.php?ville=11549

W comme : World War (First)

Le 4ème article de Danièle Billaudeau.

World war first : un titre pour un clin d’œil aux alliés anglophones et un article pour honorer les aviateurs de Gâtine. Avec les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, le conflit a été étudié sous tous les angles ces 4 dernières années. Le Cercle généalogique des Deux-Sèvres a naturellement apporté sa contribution en s’intéressant aux aviateurs et personnels de l’Aéronautique des Deux-Sèvres, « morts pour la France ». 4 sont originaires de Gâtine. Ils étaient pilotes, moniteur Nieuport, mécanicien-mitrailleur ou observateur-mitrailleur.


émile bodinÉmile BODIN – Sergent pilote et moniteur Nieuport. Né le 15 juillet 1892 à Secondigny.  « Mort pour la France » le 17 décembre 1918 par accident d’avion, en service commandé, au Camp d’Avord (Cher). Profession avant la mobilisation : étudiant en médecine. Le brevet de pilote aviateur n° 8711, lui a été décerné le 7 mars 1918, par la Fédération Aéronautique Internationale. Nous ne lui connaissons pas de blessure, pas de citation, pas de décoration non plus. Il a fait la campagne contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 16 décembre 1917.

Roger Camille MAINDRON – Pilote de l’escadrille 282. Né le 10 juillet 1898 à Parthenay. « Mort pour la France » le 3 octobre 1918 au fort de Malmaison (Aisne). Profession avant la mobilisation : charpentier. Le brevet de pilote militaire n° 9973 de la division S Bréguet, lui a été décerné le 19 novembre 1917. Grièvement blessé en combat aérien le 3 octobre 1918, il est transféré au fort de Malmaison – ambulance 12/16 où il décède le même jour des suites de ses blessures. Nous lui connaissons 4 citations dont cette dernière  : « Maréchal des Logis du 20ème régiment d’artillerie détaché à l’escadrille 282. Pilote remarquable qui à maintes reprises a fait preuve des plus belles qualités de sang froid et de témérité. Toujours prêt à voler, ne reculant devant aucun obstacle pour mener à bien les missions qui lui étaient confiées. Est tombé glorieusement le 3 octobre 1918 au cours d’un combat contre les monoplaces ennemis ». Son corps restitué à la famille est inhumé au carré des corps restitués du cimetière du Rondail à Nueil-les-Aubiers (79).

médailleClovis Delphin PLEBER – Mitrailleur et observateur stagiaire escadrille 221. Né le 28 juin 1891 au Busseau. « Mort pour la France » le 7 septembre 1917 en Haute-Alsace. Profession avant la mobilisation : employé de commerce. Incorporé à compter du 9 octobre 1912, il est maintenu sous les drapeaux en vertu du décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Clovis Delphin PLEBER est désigné pour suivre les cours de tir anti-aérien à Courmont (Aisne) du 5 au 12 mars 1918. Il est encore désigné pour suivre le cours de protection contre les gaz et devient observateur stagiaire à l’escadrille 221 le 4 septembre 1918. Il est grièvement blessé en combat aérien le 7 septembre 1918 en Haute-Alsace, puis transporté à l’hôpital auxiliaire n° 31 de Morvillars où il décède le même jour. Il a été inhumé le 9 septembre 1918 au cimetière de Morvillars (Territoire de Belfort) entre Belfort et Delle, selon une note du colonel Fosse, adjoint au colonel commandant le 319ème régiment d’infanterie. Son dossier d’officier nous dit qu’il est mort des suites de ses blessures de guerre. Sa dernière citation : « Le lieutenant Clovis PLEBER (active) du 125ème régiment d’infanterie est un officier de grand mérite, passé dans l’aviation après 4 ans de campagne dans l’infanterie. S’est distingué aussitôt par ses belles qualités d’énergie et de bravoure. A trouvé une mort glorieuse dans un combat aérien pendant une reconnaissance lointaine ». Il a reçu une décoration, la Croix de guerre avec une étoile de bronze et une étoile d’argent.

Arthur Émile RENELIER – mitrailleur de l’escadrille BM 118. Né le 16 mai 1894 à L’Absie.  « Mort pour la France » le 22 août 1918 à Mairy-sur-Marne (Marne). Profession avant la mobilisation : voyageur de commerce. Mobilisé et entré dans le service actif le 7 septembre 1914. Venu de Bordeaux le 3 septembre 1917, il est affecté au 2ème groupe d’aviation – escadrille BM 118, le 16 septembre1917. Il est tué au cours d’un accident d’avion sur le terrain de Mairy-sur-Marne (Marne) le 22 août 1918. [Alors qu’il était à bord d’un « Voisin » avec le pilote et l’observateur et que l’appareil avait atteint une hauteur de 50 à 60 m, l’appareil glissa sur l’aile et vint s’écraser sur le sol. Le pilote et l’observateur furent tués sur le coup. Arthur Renelier blessé mortellement par la mitrailleuse, vécut environ un quart d’heure.] Nous ne lui connaissons pas de blessure, pas de citation, pas de décoration non plus.


On retrouve ces 4 aviateurs de Gâtine morts pour la France dans une exposition de 22 panneaux réalisée pour être présentée lors du 3ème congrès régional de généalogie à Niort en octobre 2014. Elle a depuis été prêtée à de nombreux établissements scolaires et bibliothèques. En approfondissant nos recherches, nous avons trouvé 2 aviateurs supplémentaires. Une brochure complète évoquant leurs parcours individuels vient d’être éditée pour commémorer le centenaire de la fin du conflit. Pour certains d’entre eux, nous avons pu entrer en relations avec les familles, nous procurer quelques photos, celle de leur brevet de pilote parfois. Nous avons découvert quelques tombes, consulté les carnets de comptabilité de campagne, leurs dossiers d’officiers à Vincennes. Nous nous sommes familiarisés avec les avions, les escadrilles, leurs insignes et leurs devises. Ce fut dans tous les cas, une expérience enrichissante.


Hasard de l’actualité, le pilote Roger Maindron a maintenant un visage. Nous ne connaissions aucune photo de lui. Et hier, dans le journal local, grâce au descendant d’un cousin de cet aviateur, nous pouvons enfin le découvrir et en savoir beaucoup plus sur lui.

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Roger Maindron devant son avion