K comme Kaléidoscope pour 7 sœurs

Un texte de Mauricette Lesaint

Ce kaléidoscope contient des actes paroissiaux et des actes d’état civil, fragments de vie des sept sœurs. L’Histoire va le secouer et vont apparaître des actes SAGES ou FOUS.

Pour ne pas perdre le fil, j’écris le prénom des sœurs suivi du N° d’ordre, j’ajoute quelques tableaux, et tous mes commentaires sont en italique.

_______________________________

Chut ! Écoutons ces vieux écrits ! Tout commence le 14 octobre 1755 à Maisontiers, par le mariage de Jacques MIOT, laboureur et Françoise RENAULT ; ils ont juste vingt ans. C’est à Verrines de Gourgé, sur la rive gauche du Cébron, qu’ils s’installent et que naissent leurs enfants : Sept filles et seulement des filles ! Deux filles s’appellent Françoise comme leur mère, les cinq autres ont pour premier prénom de baptême Marie. J’ai déjà rencontré à Gourgé des prénoms en plusieurs exemplaires dans une même fratrie. J’ai ouï dire qu’ainsi, le diable ne s’y retrouvait pas. Quand Françoise la maman meurt le 20 avril 1778, la dernière, Françoise7, n’a que deux ans. Le père se remarie deux ans plus tard.

Puis est venu le temps des mariages ! 

Marie Magdelaine3 est peut-être décédée bébé, elle n’a laissé aucun acte. Les époux Jean et François ROUSSEAU sont frères, Jean et René BISLEAU sont aussi frères. Marie Anne5 meurt à 21 ans, le 18 décembre 1789, treize mois après son mariage. Début 1794, le remariage du père à nouveau veuf est le même jour que le mariage de Françoise7. Elles sont âgées de dix-huit à trente-sept ans. Marie1 l’aînée porte son septième enfant. Françoise2 et Marie Magdelaine4 en ont trois. La famille est toujours regroupée à Verrines de Gourgé et Jaunasse de Louin, deux hameaux voisins près du Cébron. Tout semble calme autour des sœurs…

Pourtant de lourds nuages se sont accumulés. Les guerres de Vendée, cette terrible guerre civile, ont embrasé la région. Dans les pages d’Histoire de ce coin de Gâtine se côtoient les écrits des belligérants. La femme du général vendéen Lescure raconte : « Il y avait à Amaillou, … un petit rassemblement de paysans qu’on avait formés pour la sûreté du pays ». Les 14 et 23 juin 1793, c’est d’Amailloux que sont lancées les prises de la ville de Parthenay. Westerman précise qu’il prend et reprend Parthenay les 20 et 30 juin et incendie Amailloux le 1er juillet.

Tout SEMBLE calme autour des sœurs ? L‘acte de naissance du petit Jean, fils de Marie Magdelaine4, le 28 mai 1793 dément ! C’est Françoise2 et son mari qui déclarent l’enfant à la mairie de Louin. Le père « François LAGARDE, bordier, leur voisin et beau-frère, ne pouvant agir, les avait chargés d’apporter son fils dont Marie MagdelaineMIOT sa légitime épouse est accouchée de ce matin ».   

L’officier public de Louin a inscrit sur 37 des 41 actes de naissances de 1793 « père ne pouvant agir », la même formule que pour François LAGARDE. En 1792 déjà, aucun père ne déclare son enfant, ils sont tous « absents »… Où sont les pères de cette commune ? Où est donc François LAGARDE ? Jaunasse est à deux lieues d’Amailloux. Est-il un de ces « hommes formés pour la sûreté du pays » ?

François LAGARDE, lui qui n’a pu déclarer la naissance de son fils le petit Jean, décède à l’infirmerie du Château de Niort le 16 février 1794 (28 pluviôse an second). Sa femme, Marie Magdelaine4 est veuve à 28 ans, mère de trois jeunes enfants.

Vite les registres, poursuivez ! Marie1 et Françoise7 accouchent de Louis et Marie Jeanne, les maris déclarent les naissances les 20 février 1794 et 20 mai 1795 à Gourgé. Et… elles quittent brusquement Verrines et Jaunasse ! Entre le 4 juin et le 18 août 1795, les sœurs sont à Boismé. Le registre de catholicité atteste leur présence. Y sont inscrits les baptêmes des deux bébés, Louis et Marie Jeanne. Y sont aussi inscrits, le mariage de Françoise7 avec René BISLEAU et le remariage de Jacques MIOT le père dont les actes civils ont été enregistrés à Gourgé le 21 janvier 1794. Le dernier acte de Boismé est le mariage de Marie Magdelaine4 veuve de François LAGARDE avec Mathurin GAUFRETEAU. Les sœurs et les trois beaux-frères René BISLEAU, Jean et François ROUSSEAU sont les témoins cités dans ces actes. Seuls, Marie Jeanne6 et son mari en sont absents.  
Cinq lieues séparent Verrines et Boismé qui fut le lieu de résidence du marquis de Lescure cité ci-dessus.
Pourquoi avoir attendu 18 mois pour baptiser Louis et faire bénir ces mariages ?  Les sacrements ont-ils été donnés une première fois par un prêtre assermenté puis renouvelés par un prêtre réfractaire ?

Peu à peu, la région s’apaise. La famille retrouve Verrines. Pas un mot sur Marie Jeanne6 depuis son mariage le 4 février 1794 jusqu’à cette date du 18 octobre 1795, quand meurt sa fille « naturelle » âgée de trois semaines à Verrines. Son mari Jean MIOT ne reconnaît donc pas cet enfant ! À Louin, le 7 septembre 1796 (21 fructidor an quatre), Marie Jeanne6 et Jean MIOT exposent que « depuis leur mariage, n’ayant pu jouir de la paix par incompatibilité de caractère, ils ont vu avec plaisir paraître la loi du divorce », cette loi du 20 septembre 1792 qui décrète la laïcisation de l’état civil et l’autorisation du divorce.  Marie Jeanne6 a 20 ans quand le divorce est prononcé le 4 brumaire an cinq (14 novembre 1796).  Les témoins sont toujours les trois beaux-frères. Le 30 mars 1797, Marie Jeanne6 a encore un enfant naturel reconnu par Pierre LEBLANC. Le mariage de Marie Jeanne6 et Pierre est enregistré un an plus tard à Gourgé, le 14 juin 1798. Ils auront six enfants qui mourront tous jeunes, aucun ne se mariera.

Le 29 juillet 1798, Marie1 ma sosa 33 met au monde son 9e et dernier enfant Pierre René, mon sosa 16. Le 14 novembre de la même année s‘éteint à 63 ans Jacques MIOT, mon sosa 66, le père. Parmi les neuf enfants de Marie, huit se marieront. Que de petits-cousins à venir !

Après la mort du père, les sœurs quittent toutes Verrines ⭐0
Marie1 et Jean s‘installent dans le hameau de Billy de Maisontiers ainsi que Marie Magdelaine4 et Mathurin. ⭐1-4
Marie Jeanne6 et Pierre se fixent au Bas-Mazière de Lageon ⭐6.
Les deux Françoise vont s’éloigner du Cébron. On suit Françoise2 et François avec les actes de mariage de leurs filles. Après Chiché et Geay, ils s’arrêtent enfin à la Boureliere de Luché-Thouarsais ⭐2.
Quant à Françoise7 et René, ils arrivent à la Brosse de Saint-Varent ⭐7 en 1804. René y meurt quatre ans plus tard. Françoise7 est veuve à 31 ans, mère de trois jeunes enfants. Elle attend dix ans pour se remarier avec Pierre DUBALLET. C’est lui qui déclare leur fils Louis né à la Brosse de Saint-Varent le 7 juillet 1817. C‘est le dernier mariage et la dernière naissance enregistrés.

Voici les couples en novembre 1815 :

Les derniers murmures des registres annoncent les décès : 

le 6 mai 1816, Marie Magdelaine4, 51 ans, à Niort,
         le 21 mars 1828, Marie Jeanne6, 56 ans, au Bas-Mazière de la Boissière-Thouarsaise,
                   le 28 octobre 1831, Marie1, 74 ans, à Billy de Maisontiers,
                            le 13 mai 1835, Françoise2, 75 ans, à la Bourelière de Luché-Thouarsais,
                                         le 9 mai 1852, Françoise7 , 76 ans, aux Brosses de Saint-Varent.

Marie Madeleine4 meurt à Niort cinq mois après son mari. Françoise2 est veuve depuis sept ans. Françoise7, la dernière des sept sœurs, s’éteint en 1852 à Saint-Varent, longtemps après son mari, dont l’acte de décès est rédigé en 1834 à Fontevrault.

________________________________

Les registres ont raconté la vie de ces sœurs, pendant près d’un siècle. Mais ils n’ont pas tout dit ! Les actes sont secs, ils indiquent les dates, les lieux, citent des personnes…  Mais il reste tant de questions ! Pourquoi tant de pères absents ou « ne pouvant agir » à Louin ? Pourquoi des actes de catholicité à Boismé quand on habite les communes de Gourgé ou Louin ? Pourquoi l’éloignement des sœurs qui ont vécu si proches ! Pourquoi des actes de décès à Niort, à Fontevrault ?  

Les registres n’ont rien dit des souffrances de Marie Magdelaine4, femme battue, dont la vie bascule une nouvelle fois, une nuit de décembre 1815. La Cour déclare que Magdelaine MIOT, « le 9/12 dernier vers 3 heures du matin, ayant été violemment menacée par le Sieur GAUFFRETEAU, son mari qui était rentré dans la nuit en état d’ivresse complète, et avoir attendu qu’il soit endormi, » pour « provoquer sa mort » … Le procureur du roi écrit : « Cette malheureuse femme a été poussée au désespoir par la mauvaise conduite et les mauvais traitements de son mari ». Mais la femme dépend de son mari. Rien ne la protège. Des hommes la jugent, ne lui accordent aucune circonstance atténuante. Marie Magdelaine4 est condamnée à mort le 14 mars 1816 et guillotinée le 6 mai 1816, à 10 h 30, sur la place de la Brèche à Niort.

Les registres n’ont rien dit non plus sur Françoise7. Elle est toute seule quand son mari Pierre DUBALLET est emprisonné à Fontevrault dans la « prison la plus dure de France, où un prisonnier sur sept a laissé sa vie ». Pierre DUBALLET « enfant trouvé sur le ballet de l’église de Saint-Jean-de-Thouars » sur son acte de baptême, est dit « Bâtard » sur son acte de décès transmis de Fontevrault à Saint-Varent.  J’ignore l’objet de sa condamnation.

 Alors, j‘imagine… J‘imagine ces sœurs, soumises, comme c’était la règle, à l’autorité du père, du mari, de l’église. Je les imagine dans toutes leurs tâches de femmes… Je les imagine désemparées par la mort de Marie Anne5 peut-être due à une grossesse ou un accouchement difficile. J’imagine Françoise2 près de Marie Magdelaine4 qui accouche avec un mari absent, et qui sera bientôt veuve… Je les imagine s‘entraidant encore et encore quand elles suivent en 1795 père et maris, tirant les enfants, portant les bébés, entre Verrines et Boismé en région insurgée. J‘imagine Marie Jeanne6 enceinte, désirant les suivre. J’imagine Françoise7 qui accueille Marie Jeanne6 avec ce bébé mourant. J’imagine Marie Jeanne6 qui divorce soutenue par les sœurs et beaux-frères. J’imagine la détresse de Marie Magdelaine4 face aux violences du mari. Et je les imagine face aux rouages de la justice…

_________________________________________________

Quand Jacques MIOT et Françoise RENAULT ont vu naître leurs filles à Verrines, auraient-ils pu imaginer ces vies ? Victimes des guerres de Vendée, de la violence et de la justice des hommes, quel courage ces sœurs, épouses et mères, ont-elles dû déployer ! Mais… quels furent réellement leurs choix ?
Quand j’ai croisé Marie1 dans mon arbre, c’était « seulement » l’aînée d’une fratrie, prenant mon nom en se mariant, mère de neuf enfants, ayant vécu près de mon Ripère… et c’était déjà beaucoup !

Flânerie dans le cimetière de Lageon

Inspirée par l’article sur le site des cimetières du Mellois, Mauricette Lesaint nous raconte une visite à celui de Lageon en Gâtine. Elle  aime  flâner dans les cimetières parce qu’ils sont un reflet des villages et elle y trouve parfois des tombes insolites.

Trois plaques posées sur une vieille tombe renseignent sur ceux qui reposent là. Les cœurs si fréquents dans ce coin de Gâtine m’émeuvent. Trois écritures différentes d’un même nom sur les trois plaques de cette tombe, c’est surprenant !

flanerie5.jpgPlaque supérieure
Baptiste GORIE :
Ici repose le corps
de Baptiste GORIE
décédé à Lageon
le … décembre 1885
… 56 ans

Plaque intermédiaire
Jean Baptiste GAURY
et Léon Constant GAURY :
Ici reposent les corps
de Jean Baptiste GAURY
décédé à Lageon
le 5 octobre 1885
à l’âge de 55 ans
et Leon Constant GAURY
décédé à Lageon le
7 novembre 1900
à l’âge de 32 ans

Plaque inférieure
Hortense GORIT née LOGEAY :
Ici repose le corps
de Hortense GORIT
née LOGEAY
décédée à Lageon
le 30 janvier 1924
à l’âge de 89 ans

La curiosité bien éveillée, j’ai voulu retrouver qui ils furent et ce qu’ils ont été pour ce village.

flanerie1Je consulte les recensements de population. Première trouvaille sur les recensements de La Boissière-Thouarsaise (Lageon depuis 1896). Il n’y a pas que l’écriture des GORIT qui fluctue, celle de Lageon aussi, ici Ageon !

Après GORIE, GAURY et GORIT, voici GORRY une nouvelle écriture pour la famille. Cette écriture est souvent utilisée dans nos registres paroissiaux.

flanerie2.jpgNotre famille GORRY habite Lageon. Baptiste est cultivateur en 1871, propriétaire en 1876. Hortense GORRY née LOGEAIS est sa femme. Ils ont deux fils, Léon et Eugène.
En 1836, sur les recensements de Maisontiers, Baptiste enfant de sept ans habitait avec ses parents fermiers à la Pinsonnière. Ce gros hameau est tout près de Lageon, comme les fermes Avec, le Temps , le Contretemps, l’Essai, Réussi, Ratil, l’Interrogateur, le Curieux.

Feuilletons maintenant les actes d’état civil. Nouvelle surprise : Aucune trace de deux Baptiste. Baptiste GORIE décédé à Lageon le …décembre 1885 à 56 ans et Jean Baptiste GAURY décédé à Lageon le 5 octobre 1885 à 55 ans semblent une seule et même personne. Un seul acte de décès le 18/12/1885. Comme au cimetière et sur les tables décennales, les graphies du nom varient sur les actes.

Ce problème d’écriture de nom trouve une solution avec le jugement du 20 septembre 1898, retranscrit sur le registre des naissances 1897-1903, pages 12 et 13, qui vient rectifier l’écriture de Baptiste GORIT, fils de François GORIT, mais aussi celle d’Hortense LOGEAY au lieu de LOGÉ. Notre couple portera dorénavant le nom de Baptiste GORIT et Hortense LOGEAY. Plusieurs actes furent annotés après ce jugement, comme ci-dessous.

flanerie6.pngJ’ai réussi à retrouver l’essentiel des actes d’état civil concernant ce couple et reporté les renseignements dans l’arbre ci-dessous. J’ai ainsi retrouvé les deux fils, leur mariage, et leur profession. Ils furent les boulangers de Lageon, d’abord Léon, celui qui meurt en 1900, puis Eugène. Il est avec sa femme, son fils et ses filles sur les recensements de 1901 et 1906. Sur son acte de naissance, une annotation précise qu’il a vécu jusqu’en 1951. Les fils de Baptiste GORIT et Hortense LOGEAY, Constant et Eugène GORIT furent-ils les boulangers de Lageon pendant cinquante ans ?

flanerie3

I comme : Interrogateur, Ratil… et autres fermes

Un article de Mauricette Lesaint qui est une de nos plus anciennes adhérentes. C’est donc une généalogiste fidèle mais aussi très active qui écrit le billet du jour. Elle a toujours vécu aux limites de la Vendée insurgée de 1793, de l’est deux-sévrien, entre Parthenay et Saint-Loup-sur-Thouet, à la partie nord-est angevine,  juste au-delà du Layon, ce qui lui a permis de sentir souvent ces traces de l’Histoire. Mauricette participe volontiers à la rédaction de notre revue et de notre blog.

Ma grand-mère Sidonie fut servante dans la ferme de Ratil en 1906, dit le recensement de population de Louin. Ratil est une des fermes près de la Pinsonnière.

Louin 1906 Lebout Sidonie Ratil 36 39
Sidonie Lebout recensée au Ratil de Louin en 1906 (source AD79)

L’eau n’est pas loin dans ces terres de granit et d’argile, les puits sont peu profonds, ce qui explique sans doute cet habitat très dispersé. Les maisons de ce coin de Gâtine étaient construites en petites pierres de granit et recouvertes de tuiles rondes.
La ferme avaient quelques prés et champs dans lesquels affleure souvent le granit et entourés de haies vives. La mare n’est jamais loin des bâtiments, les bêtes allaient s’y désaltérer.
Sur ces terres ingrates, avec quatre à cinq vaches laitières, quelques chèvres, deux cochons, des poules et des lapins, le fermier assurait la subsistance de sa famille. C’étaient des gens durs à la tache, qui ne sortaient de leur ferme que le dimanche.

Je les ai vus, dans les années cinquante, dans la boutique qu’avaient ouverte Sidonie et son mari après la grande guerre, café, épicerie et quelquefois salon de coiffure.
Les femmes allaient à la messe puis faisaient les achats indispensables. Pendant ce temps, les hommes jouaient à la boule en bois ou aux cartes suivant la saison, parfois se faisaient couper les cheveux, vidaient un verre au café, en discutant de la vache qu’ils avaient eu du mal à vêler, de l’influence du temps sur leur culture, puis rentraient à la ferme, prêts pour une nouvelle semaine de labeur.

interrogateur
L’Interrogateur, près de la Pinsonnière

Ces fermes : Ratil où fut gagée Sidonie ma grand-mère, Avec, l’Essai, l’Interrogateur, Réussi, le Curieux, le Temps et le Contretemps regroupées autour du hameau de la Pinsonnière, sont à cheval sur trois communes.
Elles furent construites juste avant 1881. Sur les recensements de population des communes Maisontiers, Louin et la Boissière-Thouarsaise, (Lageon depuis 1896), aucune de ces fermes ne figure en 1876 et elles y sont toutes en 1881.

Ma grand-mère Sidonie racontait que « ces fermes » appartenaient à un même propriétaire et que… chaque nom de ferme est le fragment d’une phrase.
Il existait déjà dans ce coin de Gâtine de pittoresques noms de hameaux et lieux-dits : La Pinsonnière, la Ronde, l’Orge-Boisseau, L’Ormeau-Pitry, l’Herpinière, Bel-Aise, Bellebouche, Puyrenard, la Roche-aux-Enfants, La Taverne, Rochemenue, les Viollières…
Pour nommer ces nouvelles fermes, le propriétaire utilisa une phrase…

Avec le temps et le contretemps, l’interrogateur curieux réussira-t-il l’essai ?

fermes 2.jpg
Avec, le Temps et le Contretemps, l’Interrogateur, le Curieux, Réussi, Ratil, l’Essai

 

19 enfants… la suite !

Suite à l’article sur la famille très nombreuse de La Boissière-Thouarsaise (Lageon), j’ai reçu des courriers et des réactions qui donnent la matière pour un complément d’enquête.
Ainsi, Serge Jardin, dans ce même registre, a relevé cette remarque du curé Bonnet en charge de la paroisse quelques années plus tard, en 1781 (mais aussi plusieurs années suivantes).

Publication de l'édit d'Henri II
AD79 – BMS Lageon 1722-1792, vue 249

Le prêtre certifie avoir publié « l’édit du roy Henri II de 1556 de trois mois en trois mois au prône* de notre messe paroissiale ». Ce texte dont le but était de décourager les femmes de cacher leur grossesse, ne se rapportait pas évidemment pas à Louise Pignon, notre mère de 19 enfants, qui n’avait sans doute jamais dissimulé son état. Il concernait surtout les jeunes filles et les femmes non mariées ou veuves se retrouvant enceintes. L’objectif réel était d’éviter les infanticides (crime d’autant plus grave que ces enfants promis à la mort n’étaient pas baptisés). Louis XIV avait rendu la lecture de cet édit obligatoire chaque trimestre et c’est resté appliqué jusqu’à la Révolution.

édit henriII
Source Gallica

Nous avons aussi reçu un courrier de Mauricette Lesaint. Elle avait déjà travaillé sur la descendance de Jean Chatry et de Louise Pignon, mariés le 16/10/1725 Maisontiers, car ce couple fait partie de ses ancêtres. Bien gentiment, elle nous fait partager ce qu’elle en sait. Elle a pu retrouver la trace de 14 enfants sur les 19 annoncés. On pourrait donc imaginer que plutôt que de cacher des grossesses, Louise Pignon s’en serait rajoutées, par « vantardise », ce que l’édit d’Henri II de 1556 n’avait pas envisagé. Il semble plus vraisemblable que la cause soit une erreur de calcul du prêtre ou, plus simplement, des actes disparus ou non retrouvés. Voici donc la liste des 14 enfants du couple dont on peut certifier l’existence, avec les dates de naissance, de décès et de mariage :
CHATRY Marie Jeanne, née le 14/04/1728 à Maisontiers – décédée le 15/04/1728 à Maisontiers (1 jour)
CHATRY Jean, né le 26/12/1729 à Maisontiers – décédé le 30/12/1729 à Maisontiers (4 jours)
CHATRY Marie, née le 23/12/1730 à Maisontiers – mariée avec René BICHON le 12/02/1749 à Viennay – décédée le 06/09/1762 à Gourgé (32 ans)
CHATRY Louise, née le 23/03/1733 à Lageon – mariée avec Louis BILLEROT le 16/11/1751 à Viennay – mariée avec Pierre BONNET le 21/02/1753 à Lageon – mariée avec René Mathieu CHIQUET le 10/06/1783 à Châtillon-sur-Thouet – décédée après 1783 (plus de 50 ans)
CHATRY Jean, né le 04/06/1736 à Lageon
CHATRY Jean, né le 17/02/1738 à Lageon
CHATRY Jeanne Henriette, née le 13/12/1740 à Lageon (79) – mariée avec Antoine BRECHOIRE Antoine avant 1766 – mariée avec Charles BILLON le 17/11/1766 à Lageon – décédée après 1766 (plus de 26 ans)
CHATRY Marie Magdelaine, née le 24/07/1743 à Lageon – mariée avec Pierre BOUCHET – décédée le 29/03/1781 à Lageon (38 ans )
CHATRY Jean, né le 29/08/1745 à Viennay – décédé le 07/11/1745 à Viennay (2 mois)
CHATRY Pierre, né le 11/10/1746 Viennay – décédé le 16/04/1781 à Lageon (35 ans)
CHATRY Marie Magdelaine, née le 07/12/1749 à Viennay – décédée le 15/06/1750 à Viennay (6 mois)
CHATRY Louis, né le 23/05/1751 à Viennay – décédé le 07/10/1751 à Viennay (4 mois)
CHATRY Louise, née le 13/08/1752 à Lageon – mariée avec Pierre PITAULT le 11/01/1774 à Lageon – décédée après 1774 (plus de 22 ans)
CHATRY Catherine née le 23/11/1754 à Lageon – mariée avec René THOULOUSE le 28/01/1777 à Lageon – décédée après 1777 (plus de 23 ans)

Pour finir, quelques questions et remarques de Mauricette Lesaint.
« Quand ont-ils pu naître, les 5 enfants manquants et où ? Il y a quelques périodes possibles :
1 – Les parents se marient en octobre 1725, pas d’enfants trouvés avant avril 1728.
2 – Pas d’enfants entre Marie née le 23/12/1730 et Louise née le 23/03/1733.
3 – Pas d’enfants non plus entre Louise née le 23/03/1733 et Jean né le 04/06/1736.
4 – Pas d’enfants non plus entre Jeanne Henriette née le 13/12/1740 et Marie Magdelaine née le 24/07/1743.
5 – Pas d’enfants non plus et enfin entre Pierre né le 11/10/1746 et Marie Magdelaine née le 07/12/1749.

6 de ces 14 enfants meurent avant 1 an. J’ai recensé 8 filles. 6 se sont mariées, l’une d’elle 3 fois, une autre 2 fois. Louise, mariée 3 fois a eu 9 enfants (ou plus) avec son second mari Pierre BONNET. J’ai recensé 6 garçons. Parmi eux, 4 Jean, le premier et le dernier sont morts avant 1 an et je n’ai aucune trace des deux autres. Il n’y a aucune trace de fils qui se soit marié. »

Ainsi, malgré la paternité de 19 enfants, Jean CHATRY n’a peut-être eu aucun petit-enfant qui porte son patronyme.

prône : Instruction, accompagnée d’avis, qu’un prêtre fait aux fidèles à la messe paroissiale du dimanche.

19ème du même père et de la même mère

Suite à une demande d’aide, j’ai découvert cet acte de baptême de Catherine Chatry née le 24 novembre 1754 à La Boissière-Thouarsaise, (aujourd’hui Lageon) dont la mention marginale intriguait :

dix-neuf
AD79 -BMS Lageon 1722-1792, vue 143

Il y a bien écrit « 19ème du même père et de la même mère. » Avoir de nombreux enfants (qui ne survivaient malheureusement pas toujours) n’était pas rare autrefois. On ne peut que plaindre ces malheureuses femmes dans un état quasi permanent de grossesse. Mais découvrir la 19ème naissance d’un même père et d’une même mère surtout, cela devait commencer à marquer les esprits : Guibert, le curé plutôt bavard de cette paroisse,  ne pouvait pas ne pas le signaler.
Pour être bien sûr de ma lecture et de son interprétation, je suis quand même remonté jusqu’au baptême précédent. C’est celui de Louise Chatry, née le 13 août 1752. Il y a là aussi une mention marginale :

dix-huit
AD79 -BMS Lageon 1722-1792, vue 133

« dix-huitième du même père et de la même mère 18«  Ouf ! J’ai donc bien lu !

J’aurais aimé pouvoir remonter, en comptant à rebours, jusqu’à la 1ère naissance du couple, Jean Chatry et Louise Pignon, uni en 1725 à Maisontiers. Malheureusement pour moi, tous les enfants ne sont pas nés à Lageon. Les années précédentes, entre 1745 et 1751, la famille devait résider à Viennay. C’est là que sont baptisés 4 enfants, mais le prêtre de cette paroisse en 1751 ne s’est pas étonné des nombreuses naissances dans cette famille. Il est vrai qu’il n’y en avait eu alors que 17 !

PS : Si vous aussi vous trouvez dans les registres des Deux-Sèvres un acte que vous estimez intéressant ou insolite, n’hésitez pas à nous le signaler (en mentionnant le registre et la vue) via l’adresse du blog. Nous le  partagerons volontiers.