X comme « X »

Un texte de Stéphane Dallet

S’il désigne simplement le chromosome féminin en biologie, X a surtout des acceptions négatives. Quand il signifie anonyme, X est pathétique, laisse entrevoir un drame intime, (« né sous X »), une origine indicible, un scandale… X nomme l’innommable (le père inconnu), les parents de l’enfant trouvé. X sert encore à censurer, à masquer (« classé X ») l’obscénité, la violence, le sexe… Bref, X cache presque toujours un tabou : une absence, une naissance scandaleuse, des violences sexuelles, un crime odieux. Les quelques bribes de la vie de Mathurine DEVOYSE qui nous sont parvenues sont marquées par la violence, le malheur, le mystère évoqués par cette lettre de l’alphabet. L’histoire sans doute banale de cette femme pose aussi quelques problèmes au généalogiste, comme on le verra.

À l’été 1647, Mathurine DEVOYSE, fille de ferme du côté de St-Maixent, est victime d’un « rapt ». Si le rapt de violence est sans aucun doute au XVIIe siècle un crime « digne de mort par l’Ordonnance », comme le rappelle Furetière dans son Dictionnaire universel, le récit des faits présente la même ambiguïté qui fait qu’aujourd’hui encore, la justice, (la société), a du mal à définir le viol. La question, lancinante, reste la même : y a-t-il eu consentement ? On apprend que l’agresseur de Mathurine, qui a saisi la justice, « l’aurait par ses blandices (c’est-à-dire ses charmes trompeurs) fait condescendre à s’abandonner à lui ». Le prévôt de St-Maixent ordonne donc la « prise de corps » du don Juan et l’envoie en prison. En effet, on ne doute pas de la parole de la plaignante parce qu’elle est enceinte de son séducteur et doit déclarer sa grossesse aux autorités. Cela débouche sur « des actions civiles et criminelles » et, donc, sur une demande de réparation. Bientôt, alors que Mathurine « est à deux ou trois mois d’accoucher et n’a moyen de continuer lesdites poursuites », elle cède et transporte la somme de 60 livres obtenues en son « instance de rapt » à un nommé Jacques DUPUY, marchand laboureur à la Grange au Prieur de Pamproux, qui se chargera de recouvrer l’argent auprès du père de l’accusé. Le cessionnaire « promet bailler et payer à icelle dite Devoyse cédant savoir la somme de 30 livres tournois lors et au temps qu’elle sera accouchée du fruit dont elle est enceinte et la nourrir et entretenir et gouverner en ses gésines (autrement dit ses couches) ». La suite est plus inattendue puisqu’il est question de ne donner l’autre moitié (30 livres) qu’à la condition que Mathurine se marie « deux ou trois mois après ledit accouchement ou autre plus long ou moindre temps et même auparavant qu’elle fut accouchée ». Ainsi, la réparation est double : la fille déshonorée aura un mari, l’enfant du rapt un nom et un père légitime. En aucun moment on ne parle de marier la victime à son séducteur. La transaction aboutit très vite car dès le 12 janvier 1648, Mathurine DEVOYSE, dotée de ses 60 livres, conclut un contrat de mariage avec un journalier nommé François DESFORGES. L’enfant, née au mois d’avril ou de mai 1648, qui est probablement Françoise DESFORGES, portera le nom et le prénom de son père adoptif.

On trouve rarement de ces demandes de justice au grand jour qui équivalaient, pour les victimes d’agressions sexuelles, à mettre sur la place publique leur honte et leur déshonneur. En effet, comme l’écrit l’historien Georges Vigarello dans son Histoire du viol (XVIe – XXe: « Le viol est d’abord une transgression toute morale (…) il appartient à l’univers de l’impudeur avant d’appartenir à celui de la violence, il est jouissance illicite, avant d’être blessure illicite ». La victime est donc coupable elle aussi, de luxure (encore un X), « de stupre forcé ». De « corruption charnelle », disent les juges de St-Maixent. Combien de jeunes filles pauvres et vulnérables dans la société rurale de l’Ancien régime, n’ont jamais dénoncé leur agresseur, qu’elles fussent enceintes ou pas ? L’historien poitevin Fabrice Vigier, dans son étude intitulée À propos de quelques procès pour violences sexuelles dans le Poitou du XVIIIe siècle, n’a trouvé « que » 14 affaires de violences sexuelles sur plus de 3000 procès criminels intentés dans quinze juridictions poitevines au XVIIIe siècle, y compris le Siège présidial de Poitiers, la Prévôté royale de Melle et le Siège royal de St-Maixent. Ne nous étonnons pas ! D’après plusieurs enquêtes diffusées par la presse, un cinquième des victimes d’agressions sexuelles portent plainte aujourd’hui en France et seulement un dixième aboutit à une condamnation pour viol et ce, malgré l’effet MeToo et une prise de conscience quasi mondiale du problème… Enfin, on croyait sous l’Ancien régime (et on croit toujours dans certains milieux conservateurs farouchement anti-avortement) qu’une femme ayant subi un « vrai » viol ne peut tomber enceinte !

Gravure de Gerlier XIXe siècle

Mais revenons à Mathurine DEVOYSE. Elle a le profil typique des victimes de viol, tel qu’il ressort dans l’étude de F. Vigier, notamment. Jeune, pauvre, elle est servante dans des fermes du côté de Soudan, St-Georges-de-Noisné, Exireuil, relativement loin de son village d’origine – elle viendrait d’Availles-Thouarsais, ravagé par la « contagion » en 1631 – et vit donc loin de sa famille, si elle en a encore une. Ses parents Pierre DEVOYSE, un charpentier, et Marie LEVESQUE, morts au moment des faits, sont peut-être, eux-mêmes, des gens venus d’ailleurs puisqu’on ne rencontre guère le patronyme DEVOYSE en Poitou. Maîtresse de ses droits en 1648, vivant à la Coussaye de St-Georges-de-Noisné, elle épouse donc un journalier et laboureur, si démuni que la dot de la mariée, si dérisoire soit-elle, suffit à lui faire prendre la femme et le bébé à naître. Ils auront trois autres enfants au moins dont le dernier est baptisé en 1654 à Chantecorps. En 1669, Mathurine DEVOYSE est veuve avec ses deux filles et qualifiée de « mendiante » par les collecteurs de taille d’Exireuil. La situation s’améliore quand elle épouse en 1678 un voisin, peut-être le maître de sa fille, et veuf lui aussi : le maçon Pierre GUERAULT. Celui-ci fait inscrire au contrat que « considérant les bons plaisirs, traitements (…) que lui a toujours fait porter et rendre Charlotte Desforges fille deladite Devoise et dudit feu Desforges (…) lui donne un lit composé, une coiste, deux oreillers et quatre plats d’étain ». Cette convention de mariage, qui revient à une association entre deux vieillards, n’oublie pas la fille sans fortune restée célibataire. Ensuite, on ne trouve plus de trace de Mathurine DEVOYSE, à commencer par son acte de sépulture, ce qui ne signifie pas qu’elle ait quitté la région.

Le séducteur s’appelle Thomas BARRIQUAULT. Jeune également, il est le fils de Jean, un marchand laboureur de Soudan. On ignore si Mathurine DEVOYSE servait chez ses parents ou chez un voisin. On ne connaît pas non plus le rôle exact de Jacques DUPUY, avant qu’il devienne le cessionnaire de Mathurine. Mais il est fort possible que Thomas ait séduit la servante de la ferme en lui promettant le mariage, par exemple. Qu’il s’agisse d’un rapt de violence ou d’un rapt de séduction, l’abus de faiblesse est évident, de même que l’ascendant du jeune homme sur la servante. Or, la réponse juridique à ces deux types de rapt semble à peu près la même avant l’ordonnance sur les matières criminelles de 1670 qui, selon G. Vigarello, « fait du rapt par force et violence, contrairement au rapt de séduction, un cas royal échappant aux juges subalternes et soustrait à toute rémission de peine ». Avant cette date, la confusion entre les deux types de rapt est générale. Les déclarations de grossesse illégitime, imposées par l’édit d’Henri II de 1556, sont censées prévenir les infanticides et les avortements et impose aux femmes de dénoncer le père. Vigarello précise encore : « la déclarante fait de la violence une simple circonstance excusante, un fait rendant plus urgent l’arrangement financier et moins un fait imposant la condamnation de l’accusé. Elle transforme insensiblement le viol en récit de séduction plus qu’en récit de barbarie ». Les dictionnaires de Furetière (1690) et de l’Académie française (1694) confirment cet amalgame entre viol, rapt et séduction au XVIIe siècle, puisqu’ils n’ont pas d’entrée « violeur » (le terme est inusité), mais une entrée « séducteur » qui occulte la violence, évoquant, de nos jours, des figures relativement aimables comme Don Juan et Casanova plutôt que celle de Gilles de Rais. Quant au mot « rapt », il est employé à la place de « viol », mot plus cru, se confond avec le terme ambigu de « ravissement » et fait penser à des épisodes mythologiques ou historiques : les amours de Zeus, le rapt des Sabines, etc. Le langage utilisé masque la violence.

Le généalogiste est un optimiste. Non seulement, il veut croire à la vertu des aïeules (qui appartenaient à un temps où il n’y avait pas que des mariages d’amour), mais aussi il doit faire semblant d’ignorer qu’une généalogie comporte forcément des victimes d’abus, de viol, d’inceste. Et des violeurs… L’histoire sans doute banale de cette femme, découverte par hasard, pose aussi des problèmes au généalogiste. Si Françoise DESFORGES est la fille légitime de DESFORGES et, selon de fortes présomptions, la fille naturelle de BARRIQUAULT, faut-il la relier à l’arbre de ces derniers ou remonter la généalogie des DESFORGES ? Les généalogistes ne sont pas tous d’accord. D’ailleurs, aucun arbre généalogique ne tient devant la révélation d’un secret de famille ; les tests ADN en vogue actuellement anéantissent les efforts de bien des généalogistes.

Généalogie de Mathurine DEVOYSE :

Pierre DEVOYSE x Marie LEVESQUE
—- Mathurine DEVOYSE x François DESFORGES laboureur à Chantecorps et Exireuil
—-/—- Françoise DESFORGES x Michel GIRAULT laboureur à Augé
—-/—-/—-/—- Marie GIRAULT x Jean MENANT laboureur à Augé
—-/—-/—-/—- Françoise GIRAULT
—-/—-/—-/—- Jean GIRAULT journalier x1 Louise TIRE, x2 Françoise DAZELLE, x3 Marie GIRARD
—-/—-/—-/—- Marie Scolastique GIRAULT
—-/—- Jacquette DESFORGES x François ESNARD journalier à Vautebis
—-/—- Pierre DESFORGES
—-/—- Charlotte DESFORGES
—- Mathurine DEVOYSE x Pierre GUERAULT maçon à Exireuil

Remarque :

Le baptême de Françoise DESFORGES (peut-être célébré à St-Georges-de-Noisné où Mathurine vivait vers la fin de sa grossesse et dont les registres sont lacunaires) et le contrat de mariage sont introuvables. Son mariage n’est pas filiatif, mais l’acte de sépulture indique qu’elle est née vers 1648, comme l’enfant du rapt. D’autres indices – sa proximité avec les GUERAULT, l’absence d’autres DESFORGES dans la région d’Augé – rendent cette filiation probable.

Autre mystère : Jacquette DESFORGES baptisée sous ce nom le 29/07/1649 à Exireuil est nommée DEVOIS(E) par le curé de Vautebis sur l’acte de baptême de sa fille Françoise le 18/12/1682 et DESFORGES au baptême de ses autres enfants ! Pourtant, Jacquette n’est pas l’enfant du rapt qui est né au printemps 1648. La légitimité des enfants du couple DEFORGES x DEVOISE a-t-elle été contestée ?

Sources :
– Archives départementales des Deux-Sèvres : registres paroissiaux, archives notariales (3E 531, 3 E 1908)
– Georges Vigarello, Histoire du viol (XVIe-XXe siècles), Paris, 1998, Éd. du Seuil,
– Fabrice Vigier, « À propos de quelques procès pour violences sexuelles dans le Poitou du XVIIIe siècle » in Le corps en lambeaux. Violences sexuelles et sexuées faites aux femmes, Rennes, 2016, Presses universitaires de Rennes, collection Histoire.

P comme Pamproux et son village Vieilpain

Un texte de Michèle RIVIÈRE

Écrire l’histoire de la maison où j’habite à Pamproux m’a donné envie d’en savoir plus sur le passé du village de Vieilpain. D’après le « Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres » de Bélisaire Ledain, le village de Vieilpain s’écrivait Viel Pin en 1568, Villepin en 1573, Veilpin en 1603 et Vieilpin.

Je me suis intéressée de très près à un document probablement unique dans le département des Deux-Sèvres. En 1776, le curé Pierre Joseph Gaultier, prêtre en la paroisse de Pamproux de 1747 à 1784, a réalisé un recensement des familles du bourg et des 16 villages existants à l’époque. C’est une mine de renseignements sur les familles de Pamproux. Le curé Gaultier y note les noms, prénoms, dates de baptêmes, de mariages, de sépultures, les métiers, et surtout la religion des habitants, maison par maison, en commençant par la première, la cure. Les valets et les servantes, au service des habitants, y figurent également ainsi quel leur résidence dans la paroisse ou ailleurs.
À la fin du registre, le curé Gaultier a reporté une table alphabétique des habitants et leur numéro de maison. Il est en ligne sur le site des AD 79. (1)

Il existait 2 paroisses à Pamproux : Saint-Martin de Pamproux et Saint-Maixent de Pamproux. Le curé Gaultier était aidé d’un vicaire, François Boyer. Pamproux dépendait de l’archiprêtré d’Exoudun et de l’évêché de Poitiers. On peut penser que ce document avait comme but le dénombrement des paroissiens catholiques et surtout des protestants.
L’Édit de tolérance n’a été signé par Louis XVI à Versailles qu’en 1787. Il autorisait les pasteurs à tenir des registres de baptêmes, mariages et sépultures des protestants, leur permettant d’avoir un état civil. Mais la religion officielle restait le catholicisme. D’après le recensement du curé Gaultier, il y avait 351 maisons dont 265 dans le bourg de Pamproux et 86 réparties dans les 16 villages. Ainsi, dans le village de Vieilpin (orthographe de 1776), il y avait 7 maisons du n° 271 à 277, habitées majoritairement par des protestants et peu de catholiques.

La maison 271 (2) était habitée par Magdeleine SENVET ou SAIVET, née à Rouillé (Vienne) en 1716, baptisée catholique. (3) Elle est mariée avec MAYE Daniel Germain, catholique, en 1737, à Pamproux, paroisse de Saint-Martin, par le curé La Michelière d’après leur acte de mariage. (4). Son mari est né en 1705 à Pamproux, (5) et il est veuf de Jeanne Martineau. Son métier de laboureur consistait à travailler la terre. En effet, de petits propriétaires possédaient des terres qu’ils souhaitaient transmettre à leurs enfants. La fable de Jean De La Fontaine « Le laboureur et ses enfants » nous éclairent sur ce métier. (6) En 1776, Magdeleine MAYE est veuve et vit avec ses 5 enfants. Elle déclare au curé Gaultier être protestante ainsi que ses 5 enfants qui ont été baptisés au prêche. Cependant 3 enfants sont présents dans 3 autres maisons du bourg : les maisons 266, 267 et 289.

1.jpg

En effet, la maison 266 est le moulin à eau de la Ronze (Actuellement la Ronce, propriété privée). Le meunier employait le fils, Jean MAYE, âgé de 32 ans. Dans la maison 267, Pied Frouin, autre moulin au bord du Pamproux, on retrouve Pierre MAYE, second fils du couple, âgé de 33 ans. Ce moulin est devenu une ferme privée. Et dans la maison 289, village de la Ville-Dé, actuellement, la Villedieu-du-Perron, proche de Vielpin sur la route royale n°3, vit Louise, la dernière fille de la fratrie, âgée de 26 ans, servante, chez le couple ROUX Jean, laboureur, et THIOT Jeanne, qui n’ont pas d’enfants, mais un neveu et un valet. Tous sont protestants.
Le pain ; c’était la vie et il restait l’alimentation principale de la population. Le meunier était un personnage important dans le village. Jusqu’à la Révolution, le seigneur oblige les habitants du village à utiliser le moulin banal qu’il soit à eau ou à vent. Le meunier touche en guise de salaire une rétribution en nature, « la mouture ». Il travaille avec un apprenti qui va chercher le grain dans les fermes. (7)

La maison 272 (8)) était occupée par BONNET Jean, né le 28 septembre 1724 à Pamproux, (8) baptisé catholique et GATINEAU Louise, née le 20 mars 1729 à Pamproux, (9) baptisée catholique. Laboureur, ils sont mariés, par le curé Aymard, le 7 février 1752 dans la paroisse Saint-Léger de Saint-Maixent d’après leur acte de mariage, signé par le vicaire Rinet, dans lequel sont mentionnées leurs abjurations et en particulier celle pour leur fille Magdeleine (10) âgée de 12 ans. Ils ont 5 enfants vivants avec eux et un valet, ROULEAU Jacques, âgé de 32 ans, dont les parents habitaient la maison 321 dans le village de la Connonière de l’autre côté de la route royale précédemment citée.

2Dans la maison 273 (11) vivaient MOUSSAULT Jean Charles, né le 4 octobre 1736 à Bénassais (maintenant Benassay en Vienne) et baptisé catholique par le curé Brault. (12). Garçon teinturier, il a épousé GUITTON Marie, née le 6 août 1741 à Salles, baptisée catholique (13), le 19 août 1760 à Pamproux (14) par le curé Pierre Joseph Gaultier. Le père de Marie Guitton était maître sergier ; c’est-à-dire tisserand.
Les métiers de la teinture étaient très diversifiés. Il y avait les teinturiers de grand et bon teint, de petit teint, de soie, de laine. Au XVIIIème siècle, la teinturerie n’est pas un travail isolé mais elle est liée à la fabrication des étoffes, donc aux tisserands.
Ils ont eu 5 enfants, tous baptisés catholiques à Pamproux. Une servante, Magdeleine GUENIGAULT vivait chez eux. D’après ce recensement, elle n’avait pas de famille à Pamproux. Une sixième fille est née le 3 mars 1777 et baptisée catholique à Pamproux.

3.jpgLa maison 274 (15) était habitée par PIESSE Richard, journalier, né en 1733 ou 1734 à St Germier. Il se déclare baptisé protestant Il a rencontré HYPEAU Gabrielle, baptisée protestante en 1738. Ils se sont mariés en 1772 au prêche. Ils ont eu 2 enfants baptisés au prêche. Le métier de journalier, homme ou femme, signifiait travailler à la « journée » chez un artisan, un commerçant ou un patron agriculteur. Ce terme était encore employé au XXe siècle dans certaines provinces françaises. La mère de PIESSE Richard, CAILLON Michelle, vivait avec eux et se déclare également protestante. Elle est née aux environs de 1704.

4.jpgDans la maison 275 (16) se trouvait MARTIN Daniel, laboureur, célibataire et sans enfant. Il a été baptisé protestant le 13 février 1729 à Pamproux. Le laboureur est un paysan qui possède au moins un attelage et les prête à ceux qui n’en ont pas. C’est un personnage important dans les villages. Mais à la Révolution le terme de laboureur va disparaître au profit de celui d’agriculteur. Un valet, ROULEAU Pierre habitait avec lui. Il a aussi été baptisé protestant le 22 ou 23 juin 1758 à Pamproux.

5.jpgLa maison 276 (17) était occupée par BESVIN ou BAIVIN Louis, maréchal, né, protestant, le 8 avril 1748 à Pamproux et baptisé catholique le 2 février 1752 (18). Il a été marié le 20 février 1776 au prêche de Pamproux, par le pasteur Gamain, (19), avec MARTIN Louise, née le 17 octobre 1734 et baptisée catholique (20) par le Curé Drouhaut à Pamproux. Elle est décédée protestante le 2 mai 1777, selon le recensement de 1776. Ils n’ont pas eu d’enfants. Vivaient avec eux un valet FERRAND Louis né protestant aux environs de 1753 à Pamproux et une servante GUESSARD Françoise née protestante aussi en 1758 à Pamproux. Ces deux personnes n’avaient pas de famille à Pamproux en 1776.

6.jpgLa dernière maison 277 (22) du village de Vieilpain était habitée par BERNARD Jean, tisserand, né en 1708, environ, à Rouillé (86) et baptisé protestant, décédé à Bougon (79), et marié avec Marguerite BABINEAU, décédée au moment du recensement de 1776. Ils ont eu 4 enfants dont l’aîné, Jean, baptisé catholique, le 18 janvier 1746 à Pamproux (23) par le curé Drouhault, contrairement à ce qu’il est mentionné. (Protestant). Âgé de 30 ans, il résidait à Bougon en 1776. Les trois autres enfants sont baptisés protestants au prêche de Pamproux.

7Comme il l’écrit au début du registre, (24), Baptiste Souché, domicilié à la Jarrye, village de Pamproux, en 1882, la visite a dû être faite vers le mois d’août 1776 et ne comprend que la paroisse de Pamproux. Baptiste Souché suppose l’existence d’un supplément fait en 1781, ainsi qu’un registre des naissances, dont il serait fait mention dans ce présent document.

Dans la table, à la fin du document, à partir de la lettre P, l’écriture n’est plus la même. Baptiste Souché, comme il l’écrit, a complété cette table en septembre 1882 à La Jarrye.
D’autre part, sur les 38 habitants du village de Vieilpain, dont 4 sont dans une autre paroisse ou autre maison, il y a 31 protestants et 7 catholiques. Ces derniers étaient dans les maisons 272 et 273.

Pour terminer ce travail, je ne résiste pas à l’envie de reproduire les signatures des curés Aymard, Brault, Drouhaud, Gaultier, Lamichelière curé de Saint-Martin de Pamproux, du vicaire Rinet et du pasteur Gamain.

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Retrouvée également au milieu des actes, la prise de possession de la paroisse Saint-Maixent de Pamproux par le curé Pierre Joseph Gaultier le 6 août 1747 (25) à la suite du curé François Drouhault certainement souffrant car il est décédé le 2 décembre 1747 à Pamproux. (26).

15Travailler sur ce document rare qu’est le recensement de 1776 de Pamproux a été un véritable plaisir. On peut remercier le curé Gaultier de l’avoir réalisé.

Sources :
1. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776
2. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 65/104
3. AD86 Rouillé BMS 1716-1723 Vue 1/94
4. AD79 Pamproux Saint Martin BMS 1731-1740 1 MI EC 28R55 Vue 34 et 35/53
5. AD 79 Pamproux BMS 1700-1710 1 MI EC 28R51 Vue 34/88
6. Carnets-voyage.com/carnets-famille-annexeslaboureur.html
7. Blog « Le meunier et les moulins ».
8. AD 79 Pamproux BMS Abjurations 1679-1781 1 MI EC 28R53 Table Vue 63/126
9. AD 79 Pamproux BMS Abjurations 1679-1781 1 MI EC 28R53 Table Vue 67/126
10. AD 79 Saint Maixent L’Ecole Saint Léger (Paroisse de) BMS 1740-1764
16 R 493 Vue 257 et 258/542
11. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 66/104.
12. AD 86 Bennassay BMS 1724-1739 E DEPOT 21GG4 Vue 181/193
13. AD 79 Salles BMS 1713-1765 1 MIEC 323R858 Vue 96/169
14. AD79 Pamproux BMS 1753-1762 1 MIEC28R52 Vue 135 et 136/181
15. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MI EC 28R54-1776 Vue 66/104
16. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
17. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
18. AD 79 Table 1 MIEC 28R53 Vue 92/126
19. AD 79 2 MI 10 Registres du Désert N° 9509 Vue 87/120
20. AD 79 1 MIEC 28R52 Vue 93/142
21. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
22. AD 79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
23. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1 MIEC 28R52 Vue 31/113
24. AD79 Pamproux Recensement de 1776 1 MIEC 28R54-1776
25. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1 MIEC 28R 52 Vue 47/113
26. AD 79 Pamproux BMS 1741-1750 1MIEC 28R 52 Vue 50/113
Wikipédia mesgenealogies.blogspot.com/2013/04/metierlaboureur.html

Les recensements dans les Deux-Sèvres

Les généalogistes le savent bien, les recensements sont des outils précieux pour reconstituer l’histoire de nos ancêtres. On y trouve un instantané des familles à une date donnée : l’endroit où elles habitaient, les personnes qui la composaient et d’autres renseignements (profession, âge…) qui varient selon les années. Institués après la Révolution, ils se sont longtemps déroulés tous les 5 ans (sauf fait de guerre). Ce type de document occasionne parfois de belles découvertes : retrouver l’enfant d’un couple dont on ignorait l’existence, connaître les domestiques qui travaillaient sur une ferme ou dans une maison… On rencontre parfois des détails inattendus : un tel était boiteux ou bossu et tel autre était sourd ou « imbécile », tel jeune était réfractaire ou soldat… Cherchez et vous trouverez !
Pour rappel, en ligne sur le site des Archives départementales des Deux-Sèvres, vous avez le recensement de 1836, et ceux entre 1866 et 1906 (et même de 1911 pour Pamproux, Saint-Liguaire, Sauzé-Vaussais et Vernoux-en-Gâtine). Sans oublier que vient de s’ajouter récemment, pour une centaine de communes, celui de 1796 à 1798.

De plus, en allant aux AD à Niort, vous aurez accès sur les écrans de la salle de lecture aux recensements plus récents entre 1921 et 1975 (attention, certaines communes n’ont pas tout). Si vous êtes né avant 1975, vous pourrez ainsi vérifier si l’agent recenseur d’alors a bien fait son travail pour ce qui vous concerne.

Pamproux a bien de la chance. Je vous ai dit que cette commune est une des 4 à avoir le recensement de 1911 en ligne. Elle bénéficie en plus d’un recensement rare, en 1776, sans doute fait par le curé, Pierre-Joseph Gaultier, et peut-être dans un but fiscal. L’archive renseigne sur la religion catholique ou protestante des habitants des 351 maisons visitées et elle possède même à la fin une table alphabétique des paroissiens. Pour vous faire une idée, voici ci-dessous les renseignements donnés sur les 5 habitants de la 1ère maison recensée, la cure, forcément.

recensement pamproux
source AD79

P.S. Les recensements peuvent servir aussi à appréhender l’environnement social, économique et culturel de la commune où vivaient nos ancêtres. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire (sur mon blog personnel) une recherche faite à partir du recensement de Terves en 1836. Les 3 articles sont en lien ci-dessous :
La population
Les métiers
Les autres renseignements