T comme Texier Andrée Ellen Lucie, institutrice

Un texte de Matteo Madier

Andrée Ellen Lucie TEXIER naît le 18 mars 1894 à Sainte-Soline, elle est la fille de Charles TEXIER instituteur stagiaire âgé de 30 ans alors en poste à Sainte-Soline depuis le 1er janvier de la même année. C’est son deuxième poste d’instituteur, son premier fut aussi un poste de stagiaire à Romans de 1883 à 1894. La mère d’Andrée est Julienne Adèle MOCHON alors âgée de 27 ans, elle est sans profession d’après l’acte de naissance de sa fille mais d’après le dossier d’instituteur de son mari, elle apprend la couture aux jeunes filles de l’école de son mari.

Le 1er Janvier 1896, alors qu’elle va avoir 2 ans, son père est nommé instituteur titulaire à Champeaux à environ 45 kilomètres de Sainte-Soline, un déménagement s’impose donc ! Ce poste est le troisième et le dernier de son père, il y sera instituteur pendant 27 ans et 9 mois jusqu’en 1924. Fille unique, elle deviendra institutrice comme son père, on ne sait pas si elle fut poussée par ses parents à faire cette profession ou si elle le fit de son plein gré.

De 1910 à 1914, Andrée TEXIER obtient 3 diplômes :

Le premier c’est le brevet élémentaire qu’elle obtient le 30 juin 1910, ensuite, elle obtient son diplôme de fin d’études secondaires le 12 juillet 1911 puis le 18 juillet 1914 elle obtient le brevet supérieur. Tous ces diplômes sont obtenus à Niort. Pour le brevet élémentaire et le brevet supérieur, les résultats sont publiés dans le Mémorial des Deux-Sèvres dans la rubrique Chronique départementale. Andrée TEXIER n’échappe pas à la règle, on peut voir son nom dans les résultats, la première fois le samedi 2 juillet 1910, trois jours après l’obtention de son brevet élémentaire et une seconde fois le mardi 21 juillet 1914, trois jours après l’obtention de son brevet supérieur.

Le brevet en poche, elle continue un peu ses études tout en travaillant dans le but d’avoir le certificat d’aptitude pédagogique, certificat qu’elle obtiendra en février 1918. Elle obtient un premier poste le 3 décembre 1914 à Saint-Gelais, c’est un poste de suppléance et elle y reste vingt-et-un jours jusqu’au 24 décembre.

Ensuite elle obtient une autre suppléance à l’école de Pairé commune de Saivres, un peu plus longue que la précédente, du 1er février 1915 au 31 mars 1915.

Après deux suppléances, on lui confie des postes d’intérim qui lui permettent de visiter le département !

– Pioussay du 17 avril 1915 au 16 novembre 1915
– Cours du 16 novembre 1915 au 30 septembre 1917
– Sainte-Ouenne du 4 octobre 1917 au 3 avril 1918
– La Chapelle-Seguin commune de L’Absie du 9 avril 1918 au 30 septembre 1918
– Les Aubiers du 1er octobre 1918 au 12 octobre 1918
– Le Retail du 12 octobre 1918 au 27 juin 1919
– Champdeniers du 27 juin 1919 au 1er octobre 1919
– La Véquière commune de Surin du 1er octobre 1919 au 4 janvier 1920
– Marnes du 4 janvier 1920 au 26 janvier 1920
– Cours du 26 janvier 1920 au 30 mai 1920
– Terves du 30 mai 1920 au 15 juin 1920
– Cherveux du 15 juin 1920 au 1er octobre 1920
– Noirterre du 1er octobre 1920 au 1er janvier 1921
– Chanteloup du 1er janvier 1921 au 15 octobre 1921, c’est ici qu’elle aura sa première inspection le 6 avril 1921, elle a alors 14 élèves dans sa classe
– Fenioux du 15 octobre 1921 au 1er février 1922

Après ce 17e poste, elle devient enfin institutrice stagiaire à titre provisoire. Elle est nommée à l’école des filles de Fenioux par arrêté de l’inspecteur du 1er février 1922 pour remplacer Mme TESSON, en congé de longue durée. Elle partira le 1er avril 1922 car elle est nommée institutrice stagiaire par l’inspecteur par arrêté du 1er avril 1922 à l’école des filles de L’Hôpiteau, commune de Boussais pour remplacer Mme BOUJU en congé. à peine arrivée, elle est inspectée pour la 1re fois le 20 mai 1922. La classe dont elle est en charge est alors composée de 21 élèves. Mais le 1er octobre 1922, elle est nommée institutrice stagiaire à l’école publique du Chillou, par arrêté de l’inspecteur en date du 23 septembre 1922, en remplacement de M. VEILLET. Le 1er janvier 1923, elle passe institutrice de 6e classe, et ce même jour, elle est nommé à Marnes en remplacement de PASSEBON en congé pour convenance personnelle. Mais là aussi, elle n’y reste pas longtemps, elle y reste jusqu’au 1er février 1923. Ce même jour, elle est nommée institutrice aux Jumeaux en remplacement de Marie Louise DEFAYE appelée à Marigné (Maine-et-Loire) par arrêté du préfet en date du 18 janvier 1923. Le 9 février 1924, Madame BROSSARD, comme on doit l’appeler maintenant suite à son mariage le 10 septembre 1923 avec Gustave Fernand François BROSSARD, est inspectée dans sa classe de 17 élèves. Après plus d’un an et demi aux Jumeaux, elle ne peut pas refuser la proposition de son père, celui-ci partant à la retraite, qui demande à ce que sa fille le remplace dans son école de Champeaux. Le 1er octobre 1924, elle y est nommée par arrêté du préfet en date du 11 juillet 1924, elle a enfin le poste qu’elle voulait. Elle est alors institutrice de 5e classe depuis le 1er janvier 1924. Elle continue tranquillement sa vie à Champeaux mais trois fois, elle doit subir les redoutées inspections académiques : le 16 juillet 1925, le 8 décembre 1926 et le 9 mai 1928. L’inspecteur trouve qu’elle fait un bon travail et qu’elle s’en sort bien avec quand même 35 élèves dans sa classe. En 1929, elle est promue institutrice de 4e classe. Le 16 novembre 1930, elle adresse une lettre à l’inspecteur d’académie de Niort pour lui demander de changer de poste. Elle demande « l’Angevinière (s’il est vacant) ou un poste assez rapproché de Champdeniers me permettant de pouvoir voir mon bébé de 7 mois en nourrice à Champdeniers et m’éloignant pas trop de ma grand-mère  (87 ans) de la région où elle a toujours vécu ou un poste dans les environs de Niort (centre de travail de mon mari) » L’inspecteur est favorable à un changement de poste mais l’Angevinière n’étant pas vacant, il redemande à Mme BROSSARD de bien vouloir faire une autre lettre de demande de poste en précisant un peu plus les écoles qu’elle voudrait. Le 29 novembre 1924, elle demande alors « Cherveux (adjointe) ou Saint-Symphorien ou les environs de Champdeniers et de Niort ». Le 1er janvier 1931, elle est nommée institutrice à l’école des filles de Cherveux par arrêté du préfet en date du 18 décembre 1930 en remplacement de Mme LESPARRE appelée à Fors.

Une fois à Cherveux, elle monte vite dans les échelons. Le 1er janvier 1932, elle devient institutrice de 3e classe, en 1937 elle passe en 2e classe puis s’enchaîne la 1re classe en 1942 jusqu’à devenir hors-classe en 1947.

Après 16 ans de bons et loyaux services à l’école des filles de Cherveux, l’inspecteur d’académie nomme Mme BROSSARD directrice adjointe en remplacement de Mlle MÉTAIS le 1er octobre 1947. Elle est très souvent inspectée : 10 fois en 17 ans ! Le 25 avril 1934, le 25 mars 1936, le 20 décembre 1937, le 22 mars 1939, le 14 février 1941, le 12 février 1943, le 12 janvier 1945, le 8 janvier 1947, le 1er février 1949 puis le 16 janvier 1951. À chaque inspection, elle obtient entre 12 et 13 sur 20. On pourrait croire que c’est peu mais comment serait-elle devenue directrice adjointe si elle était une mauvaise institutrice ? L’inspecteur note en 1939 « Mme BROSSARD travaille régulièrement et les résultats sont satisfaisants », elle était donc une bonne institutrice.

Après tout ce travail, elle est admise à faire valoir ses droits à une pension de retraite par arrêté ministériel du 11 décembre 1951, elle part donc à la retraite le 1er janvier 1952. Elle profite de sa retraite à Cherveux mais le 20 octobre 1962, son mari décède. L’année d’après est marquée par un heureux événement, sa fille se marie le 8 juin 1963. Mais ce bonheur sera de courte durée car Andrée Ellen Lucie BROSSARD née TEXIER décède le 12 février 1964 à 69 ans, à peine 12 ans après avoir pris sa retraite.

Je vous laisse sur une photo de cette institutrice que m’a envoyée Marguerite MORISSON, notre ancienne présidente du Cercle généalogique, qui eut Mme BROSSARD en institutrice vers 1937-1938.

Sources :

1 T 700 pour le dossier d’institutrice d’Andrée Ellen Lucie
1 T 547 pour le dossier d’instituteur de Charles TEXIER
F PER 26 / 72 et F PER 26 / 76 pour les extraits du Mémorial de l’Ouest
Et bien sûr Marguerite MORISSON pour la photographie.

N comme Nelly, Eva, Marguerite Fouillet dite Claire Sainte-Soline

La dame de Melleran

Un texte de Marguerite Morisson

Dix-huit ans ont passé depuis que, dans notre revue de mars 2002, était paru un article concernant ce personnage bien connu. Cette brillante intellectuelle, presque hors normes, (à 3 ans elle savait lire !), cette élève de l’école normale supérieure de Sèvres qui réussit une double agrégation de physique-chimie et de sciences naturelles, à une époque où les femmes n’avaient pas vraiment accès à l’instruction et à la culture en général et qui devint en plus une écrivaine bien connue, est peu à peu tombée dans l’oubli.

Le grand-père Barbeau

Nelly Fouillet est née à la fin du XIXe siècle, le 18 septembre 1891 à Melleran, dans la maison de son grand-père maternel, Pierre Barbeau, le forgeron du village. Ses parents, Pierre Armand Marie Fouillet et Henriette Léontine Barbeau sont instituteurs. Elle va donc les suivre au gré de leurs nominations dans différents villages des Deux-Sèvres.

La maison natale à Melleran

Si la famille Barbeau est de Melleran depuis plusieurs générations, la famille Fouillet par contre est originaire de la Gâtine. Pierre Fouillet est né le 5 mai 1867 à La Ferrière-en-Parthenay. Les générations antérieures sont de La Peyratte, Vautebis, La Chapelle-Bertrand ou Saint-Martin-du-Fouilloux.

Pierre Fouillet sort de l’École normale de Parthenay en 1886. Il est l’un de ces « hussards » de la République ; les lois Jules Ferry de 1881 et 1882 viennent d’être votées pour que l’école soit « Gratuite, Obligatoire et Laïque ». Son premier poste est à Terves. Mais la rentrée de 1890 se fait à Montalembert. Ce n’est sans doute pas vraiment un hasard puisque cette année-là, le 9 septembre 1890, il épouse à Melleran Henriette Léontine Barbeau, la fille du forgeron, une fille du sud du département.

Nelly lycéenne

Ils vont rester à Montalembert jusqu’en 1896, date à laquelle « l’instituteur d’élite » Pierre Fouillet est nommé à Rom ; ils vont y rester 14 ans jusqu’au 1er octobre 1910. La famille déménage alors à Saint-Romans-lès-Melle, ce sera le dernier poste du ménage Fouillet. Lorsque la famille quitte Rom, Nelly a 19 ans. Elle a brillamment terminé ses études secondaires au lycée de jeunes-filles de Niort, puis à Bordeaux et rejoint Paris et la prestigieuse école normale supérieure de Sèvres, d’où elle sortira professeur agrégé de sciences. Elle participe un temps à la recherche scientifique en chimie avec Camille Matignon, élève de Marcellin Berthelot.                                                    

Puis à son tour elle va se déplacer au gré de ses nominations qui la mèneront de La Châtre à Blois et à Paris au lycée Fénelon, en passant par Auxerre et Grenoble, pour finir à Fès au Maroc où elle terminera sa carrière de 1956 à 1958… le Maroc qui restera son pays de cœur avec la Grèce.

Le mariage (Archives Anne Gaud)

Vie privée

Là n’est pas vraiment le sujet de notre article. Mais on sait bien quels retentissements peuvent avoir les épreuves les plus intimes sur le cours d’une vie. Nous allons donc les évoquer rapidement.

Le 18 septembre 1918, à Saint-Romans-lès-Melle, Nelly Fouillet épouse Louis Coquard, artiste peintre originaire de l’Indre. Elle a 27 ans et lui 23 ans.

Le 16 novembre 1919 nait une petite fille, Paulette-Nelly. Mais esprit scientifique et esprit artistique sont-ils compatibles ? Assez vite, le ménage ne va pas très bien, mais le divorce ne sera prononcé qu’en juin 1941 à Versailles. Sans doute n’est-elle pas ressortie indemne de cette épreuve.

Sa fille, Paulette-Nelly, deviendra la même année 1941, l’épouse de Pierre Moinot, l’écrivain et académicien bien connu qui a donné son nom à la médiathèque de Niort et dont nous aurons l’occasion de reparler. Ils se marient à Saint-Romans-lès-Melle. Mariage convenu ?… car en réalité tous se connaissent très bien puisqu’ils sont cousins du côté Barbeau. Vous en aurez l’explication et la preuve avec le tableau réalisé en 2002 par madame Jacqueline Higelin-Moinot et reproduit à côté. Claire Sainte-Soline elle-même évoque d’ailleurs cette parenté dans son ouvrage « Les Années Fraîches ».

« Après une pause à La Pommeraie, chez nos cousins Moinot, nous nous élancions sur une route semblable aux montagnes russes, sur laquelle nous faisions des prouesses »

Mais les liens de parenté ne semblent pas avoir été suffisants ; très vite le couple Pierre Moinot et Paulette Coquard va se séparer. Pierre Moinot se remarie en 1947.

Les années passant, les parents instituteurs ont pris leur retraite et sont venus s’installer à Niort. En 1928, ils habitent rue René Cailler. Pierre Fouillet fut maire de Niort de 1932 à 1935.

C’est pendant cette période, en 1934, que va paraître le premier roman de Nelly Fouillet « Journée » et qu’elle va prendre le joli pseudonyme de Claire Sainte-Soline, en souvenir de ses années d’enfance, lorsque ses parents étaient instituteurs à Rom, tout près de ce village au nom poétique. Elle donne les raisons de son choix.

« Le vocable est féminin et je confie que je ne pouvais faire le choix que d’un surnom d’origine melloise, car j’adore les Mellois que je pense bien connaître et qui sont selon moi de caractère indépendant, l’esprit jovial et suprêmement amusants. »

Le bourg de Sainte-Soline

Pendant la guerre, Claire Sainte-Soline devenue un écrivain célèbre, vient enseigner provisoirement au lycée Fontanes à Niort. En 1942, elle fait même une conférence à l’Université Populaire à Niort.                    

Un écrivain fécond

À partir de 1934, les publications vont se suivre de très près, presque une chaque année.
1934 : Journée (Ed Rieder) chronique d’un village poitevin
1935 : D’une Haleine (Ed Rieder), récit d’une femme du peuple de Paris
1936 : Antigone ou l’Idylle en Crète (Ed Riede) récit d’un voyage en Grèce
1937 : Les Sentiers Détournés (Ed Rieder)
1938 : Le Haut du Seuil (Ed Rieder)
1940 : La Montagne des Alouettes (Presses Universitaires de France) chronique villageoise
1942 : Irène Maurepas (Presses Universitaires de France)
1943 : Petite Physique pour les non Physiciens (Presses Universitaires de France)
1944 : Et L’enfant que je fus (Presses Universitaires de France)
1947 : Belle (Presses Universitaires de France)
1950 : Le Mal venu (Ed Stock)
1952 : Le Dimanche des Rameaux (Ed Grasset) Une femme se libère de la tyrannie de son époux.
1953 : Reflux (Ed Grasset)
1954 : Mademoiselle Olga (Ed Grasset) recueil de nouvelles
1954 : Maroc (Ed Pierre Cailler Genève)
1955 : D’Amour et d’Anarchie (Ed Grasset) vie d’un couple d’artisans avant la 1re Guerre mondiale
1957 : La Mort de Benjamin (Ed Grasset) manque d’une seule voix le Prix Fémina
1959 : Castor et Pollux (Ed Grasset)
1961 : Le Menteur (Ed Grasset)
1962 : De la Rive étrangère (Ed Grasset), nouvelles écrites à la première personne
1964 : Si J’étais Hirondelle (Ed Grasset), tragédie où les personnages accomplissent un destin qu’ils réprouvent
1965 : Noémie Strauss (Ed Grasset) une femme perverse conduit ses amies au suicide
1966 : Les Années Fraîches (Ed Grasset) souvenirs autobiographiques d’une enfance solitaire et mal aimée
1969 : En Souvenir d’une Marquise (Ed Grasset posthume). Pardon pour les titres manquants.

C’est en 1958 qu’elle entra au jury du Prix Fémina. Mais n’oublions pas qu’elle siégea aussi en 1950 au jury du Roman Populiste, qu’elle fut vice-présidente du Penclub de France et qu’elle reçut l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur.

Outre l’admiration d’André Gide, ce qui n’était pas rien, c’est sans doute François Nourrissier, auteur contemporain et critique exigeant qui lui rendit le plus bel hommage : « … découvrir quelles passions sommeillent sous l’apparente banalité des lieux, des visages ; jeter vers les fonds ombreux de brusques coups de projecteur et nous offrir soudain, d’une honte, d’un secret, d’un désir informulé des images cruelles que nous n’oublierons plus. »

Malheureusement, malgré ces prédictions optimistes, Claire tomba dans l’oubli pendant de longues années. Et puis, petit à petit, ce fut un article dans la NR en 1997 : Enquête sur un écrivain disparu d’Yves Revert. En 2017 à Melleran pour le cinquantenaire de sa mort, on baptise l’école maternelle en présence de ses trois petites-filles et de son arrière-petite-fille.                                                                   

À Niort, une allée porte son nom. Dans notre département elle eut un indéniable succès et son joli pseudonyme reste connu…. mais c’était de la littérature féminine… d’une autre époque disait-on ! Et pourtant quelle richesse, quelle énergie, quelle clarté, quelle précision dans cette écriture de scientifique où se mêlent l’intuition littéraire, la finesse d’observation, l’intérêt pour les plus démunis et tous les êtres en souffrance. « Il y a trop d’inégalités par le monde. La misère des autres pèse sur moi » disait-elle.

Voici ce qu’en dit Michelle Clément-Mainard dans le fascicule « Signatures en Deux-Sèvres » édité en 1994 par le Conseil général des Deux-Sèvres : « Il n’y a ni fadeur, ni sentimentalisme, ni sensiblerie chez Claire Sainte-Soline. C’est au contraire une œuvre dérangeante, aux personnages ambivalents, où la grisaille du quotidien laisse entrevoir des fractures douloureuses de révoltes non abouties, de lâchetés inavouées, de violence sourde. Une œuvre où les seules douceurs semblent venir d’un amour de la nature qui fait entendre, en opposition à l’ambiguïté des rapports humains, ses harmonies sereines de lumière, de couleurs, de parfums. »                          

À Chef-Boutonne, « Le Toit aux livres »

Mais pendant toutes ces années de soi-disant oubli, il y avait en Deux-Sèvres, un endroit récemment découvert, où Claire Sainte-Soline n’était pas oubliée. Tout ce qui touche Claire Sainte-Soline est là, réuni en ce lieu extraordinaire, devenu par la volonté d’un homme, une bibliothèque où il a réuni non seulement l’œuvre de Claire Sainte-Soline, mais aussi d’autres écrivains du Mellois : Auguste Gault, Emilien Travers et bien d’autres… le fonds ethnographique de « la Vestegaille » groupe traditionnel, des écrits libertaires, des publications de L’école Moderne Française (pédagogie Freinet), les Girouettes et le vent, Gens du voyage, contes, poésies… il est impossible de tout nommer.                                                              

Mais la part belle revient à Claire Sainte-Soline, à laquelle le propriétaire des lieux voue une admiration sans borne. « Claire-Sainte-Soline, rebelle et indomptable » est le titre du livre qu’il lui a consacré et qu’il a présenté fin avril dernier à Chef-Boutonne. Le tirage est épuisé mais on peut le trouver à emprunter à la médiathèque Pierre Moinot de Niort.

Jean-Claude Pommier, le propriétaire des lieux a tout imaginé, tout fait, réuni les documents, les a agencés, disposés, assemblés par thème. Ce creux de maison situé en haut d’une venelle pentue, non loin des sources de la Boutonne est en plus un lieu presque historique : c’est la maison natale de Jean-François Cail, personnage important des Deux-Sèvres que nous avons déjà évoqué dans notre revue, devenu un pionnier de la Révolution Industrielle du XIXe siècle, constructeur de locomotives, de chemins de fer et du pont Alexandre III à Paris et dont l’hôtel particulier à Paris n’avait rien d’un creux de maison. C’est aujourd’hui la mairie du VIIIe arrondissement.

À Chef-Boutonne, son buste se dresse au milieu de la place Jean-François Cail et un lycée professionnel porte son nom. Sans doute n’avait-il pas oublié ses origines, puisqu’il fut un patron social créant maisons, écoles et sécurité sociale pour ses ouvriers. Un caractère bien trempé.

Mais de ce côté-là, Claire Sainte-Soline n’était pas en reste !… elle qui dut sans doute se battre pour s’affirmer dans le milieu scientifique essentiellement masculin. À cette époque, il n’était pas si simple d’être une femme agrégée et qui en plus, eut le culot de se lancer en littérature ! L’équivalent masculin existe-t-il ?

Claire à la fin de sa vie

Jusqu’à la fin de sa vie, elle garda son esprit indépendant, voire frondeur, rebelle et anticonformiste. « Seule, elle n’était elle-même qu’à ce prix ! » Seule, c’est ainsi que Claire Sainte-Soline eut à lutter contre un ennemi plus sournois encore. Pendant dix ans elle soigna un cancer du sein qui finit par avoir raison de sa résistance. Claire est décédée à Paris le 14 octobre 1967 dans le XIVe arrondissement. Mais elle fut inhumée à Niort, au cimetière des Sablières, où elle repose près de ses parents.

Souhaitons que ce modeste article aide à réveiller les souvenirs et surtout à prendre conscience que nous possédons ici en Deux-Sèvres des richesses littéraires dont l’auteure est une femme d’exception.

                                                                                                            

Sources :
Signatures en Deux-Sèvres
Wikipédia              
Jean-Claude Pommier et « Son Toit aux Livres » à Chef-Boutonne               
Notre revue n° 40 de mars 2002              

Remerciements à monsieur Jean-Claude Pommier qui m’a consacré du temps dans son « Toit aux Livres » dont la porte ne s’ouvre que sur RV. (Contact : 05 49 29 87 43)

En Deux-Sèvres, on n’a pas de pétrole mais… Vous en êtes sûrs ? Histoire de Gérard GUERIN (1883-1965).

Situons un peu le personnage.

Gérard GUERIN naît le 16 décembre 1883 à Antignac (Charente-Maritime, aujourd’hui Saint-Georges-d’Antignac), il est le fils de Charles GUERIN, instituteur et de Emma Ferdinande FRERE. Ses parents se sont mariés à Saint-Aiguilin (Charente-Maritime), la famille de Charles GUERIN est originaire de La Tremblade (Charente-Maritime) et la famille de Emma FRERE est originaire de Charonne (rattachée à Paris en 1860). Gérard GUERIN se passionne pour la biologie sous toutes ses formes et obtint un doctorat. 1912, marque l’année de son mariage à Fontenay-le-Comte (Vendée) avec Marie Thérèse Clémence MADY, issue d’une famille de la ville. A cette époque il est répétiteur au collège de Fontenay, il le sera jusqu’en 1914 et enseignera jusqu’en 1928 en étant notamment membre de jurys d’examen à Poitiers. Charles GUERIN n’échappe pas au drame de la première guerre mondiale et fut mobilisé au 51ème régiment d’artillerie, fut aviateur de chasse et cité à l’ordre de l’Armée. Passionné d’ornithologie, il se consacra notamment à l’étude des chouettes, auxquelles il consacrera notamment deux livres en 1928 et en 1932 et fut le fondateur, toujours à Fontenay du musée ornithologique du Bas-Poitou dont il fit don d’une énorme collection d’oiseaux toujours visible (enfin quand le confinement sera terminé). Gérard GUERIN sera également actif pendant la Seconde Guerre mondiale sous le pseudonyme de Jean Chouan, menant des actions dans la région de Fontenay. Titulaire de nombreuses décorations dont la légion d’honneur, Gérard GUERIN s’éteint à Fontenay-le-Comte, le 10 octobre 1965.

Alors jusque là vous me dites, c’est bien gentil, un Charentais-Maritime, vivant en Vendée, quel lien avec les Deux-Sèvres ?

Il se trouve que Gérard GUERIN comme beaucoup d’érudits étaient des touche-à-tout, il s’intéressa notamment à l’archéologie et également à la radiesthésie. Le champ d’application de la radiesthésie que nous connaissons tous est représenté par le sourcier pouvant selon la croyance déterminer la présence d’eau pour les forages de puits notamment.

Ce champ de la géobiologie (qualifié de pseudoscience) bien que peu scientifique intéressa Gérard GUERIN, et il se mit en quête de trouver du pétrole. Son érudition et beaucoup de chance lui en ont fait trouver à Sainte-Soline près de Melle dans les Deux-Sèvres.

Ne trouvant rien de probant sur la découverte même de GUERIN à part une mention dans :

Dictionnaire historique des Vendéens célèbres : Additionné des incontournables, de Joël Pérocheau.

J’ai tenté de voir s’il était plausible de trouver du pétrole à Sainte-Soline.

La base du pétrole est un savant mélange de roches-mères, de dépôt argileux et de périodes géologiques permettant de déterminer si cela est plausible.

Sainte-Soline se situe dans une poche partant de Saint-Maixent-l’Ecole jusqu’à à peu près Montalembert qui dénote de la constitution géologique du reste du département. En effet d’après http://sigespoc.brgm.fr/IMG/pdf/atlas_geol.pdf , Sainte-Soline doit sa formation géologique au Jurassique, si nous affinons le résultat via le site Géoportail nous trouvons que Sainte-Soline se situe sur une formation du Kimmergérien dite J6 qui est connue pour ses dépôts argileux et ses sources pétrolifères à l’instar du nord du Royaume-Uni. Ensuite Sainte-Soline possède des dépôts (marnes) datant du Toarcien, autre époque du Jurassique (bien connu chez nous (car découvert à Thouars mais rare dans le sud du département) où les dépôts peuvent également être des sources pétrolifères enfin d’autres dépôts plus récents datent de l’Eocène (Géoportail abréviation RcJa). Ce cumul d’indices concordants a dû dans une démarche scientifique conduire Guérin à l’idée que potentiellement il y avait du pétrole à Sainte-Soline (rappelons que la découverte du Toarcien par Alcide d’Orbigny date de 1849 et a forcément eu un écho local fort dans l’apprentissage du jeune Guérin vers 1900). Ensuite il fallait trouver le pétrole, aussi infime soit-il, et pour cela, il a dû s’appuyer sur la radiesthésie ou d’autres méthodes géobiologiques. Science et chance l’ont conduit à la découverte.

A tout hasard si les habitants de Sainte-Soline, me lisent et essayent de creuser dans leur jardin, la chance de trouver un gisement exploitable de pétrole est infime vu la taille de la zone définie mais la question pourrait se poser en matière environnementale si le pays était amené à changer sa doctrine sur les pétroles dits de schistes.