W comme Westermann, le boucher de la Vendée

Un Texte de Michel GRIMAULT
auteur de Se souvenir de Chauray

Le mariage d’Étienne Augustin Grimaud avec Marie Louise Moreau fut célébré le 31 janvier 1785 au bourg des Épesses, en l’église Notre-Dame-des-Collines, en même temps que celui de sa sœur Claire avec Jean-Marie Lanoue. Étienne Augustin était âgé de 24 ans et Marie Louise de 21 ans. Toute cette partie de la Vendée travaillait pour les toiles de Cholet. Étienne Augustin était tisserand, comme l’était son père Mathurin et même comme son grand-père René l’avait été. Son avenir était tout tracé et il aspirait sans doute à une vie paisible, des enfants, la reconnaissance sociale. Dans ce milieu d’artisans, éloigné des contraintes seigneuriales, les idées nouvelles étaient discutées et semblaient prometteuses d’une société plus juste et plus libre.

La Révolution de 1789 fut favorablement accueillie dans les villes et les bourgs, moins dans les campagnes. L’émigration de beaucoup de nobles et l’exécution du roi avaient certes troublé les esprits, mais c’est surtout la persécution des prêtres qui cristallisa l’hostilité des paysans et de beaucoup autres. En février 1793, la levée en masse de 300 000 hommes pour combattre les ennemis de la République aux frontières provoqua la révolte. Les paysans allèrent chercher quelques nobles encore présents dans leurs châteaux pour les mettre à leur tête et leur faire combattre la République au nom du Roi et de la foi.

Dès le début de l’insurrection, un comité contre-révolutionnaire fut créé aux Épesses à l’initiative de l’état-major des armées vendéennes. Dans un premier temps, l’armée royaliste remporta de nombreux succès face aux Bleus, des soldats républicains désorganisés et mal commandés. Puis la Convention affecta à la Vendée des généraux énergiques avec un supplément de troupes. Cette guerre fut implacable. On n’y faisait pas de prisonnier et les Bleus massacraient vieillards, femmes et enfants, parfois même des citoyens qui avaient fait preuve de leur civisme. Le général Westermann, fier de sa férocité, fut même surnommé le boucher de la Vendée. Le 1er août 1793, la Convention décréta l’évacuation des patriotes pour mieux détruire cette Vendée rebelle.

Le 8 novembre, une garnison de Cholet fut chargée de « révolutionner » le bourg des Épesses et ses environs. Les soldats de la République profanèrent les sépultures de la crypte de l’église Notre-Dame-des-Collines, non pour se venger des aristocrates inhumés là, dont ils entassèrent les cadavres dans un coin, mais pour récupérer le plomb des cercueils et le fondre pour faire des balles. Le notaire du Puy-du-Fou, un républicain qui avait un temps été détenu par les insurgés, remit aux Bleus une liste de 26 habitants des Épesses qui furent arrêtés (sauf un qui ne fut pris que plus tard) puis envoyés à la commission militaire de Saumur, où ils furent jugés, condamnés et exécutés.

À la fin de l’année, après de sanglantes défaites, l’armée royale vendéenne était vaincue, mais il restait à pacifier le territoire par la terreur. En janvier 1794, le château du Puy-du-Fou, proche des Épesses, fut incendié. Plusieurs personnes du bourg furent tuées par les soldats républicains. C’est alors que fut décidée l’évacuation des autorité locales et des habitants patriotes vers Fontenay. La plupart choisirent de se réfugier à Poitiers, Étienne Augustin et son épouse choisirent Niort. Le général Turreau, avec ses colonnes infernales, entreprit alors de faire de la Vendée un désert. Les soldats de la République massacrèrent indistinctement les populations, incendiant les villes et les fermes, abattant le bétail, coupant les arbres.

Niort restait une ville en état de siège. Elle était surchargée de soldats, tant pour sa protection qu’en attente d’affectation dans les compagnies qui se constituaient pour aller combattre les insurgés. Les prisonniers y étaient si nombreux, insurgés vendéens, nobles et suspects de tous poils, qu’il avait fallu réquisitionner des maisons pour les loger, faute de places suffisantes dans les prisons.  L’hôpital y était plein de malades et de blessés et la mortalité y était effrayante. Les problèmes d’approvisionnement étaient récurrents et l’afflux des réfugiés ne fit qu’aggraver la situation. À leur égard, l’attitude des autorités comme de la population était mitigée, partagée entre compassion et méfiance. Certes, il y avait parmi eux d’authentiques patriotes, certainement une foule de malheureux qui cherchaient seulement à échapper à la guerre, mais aussi, probablement, des gens affectant un civisme de façade mais qui étaient acquis à la cause des insurgés et, peut-être, les renseignaient.

Un arrêté de février 1794 demanda aux autorités locales d’éloigner les réfugiés de plus de vingt lieues de la zone des combats. La municipalité de Niort y répondit tardivement et chercha à conserver les réfugiés occupant des emplois laissés vacants par le départ des hommes mobilisés par l’armée. C’est sans doute ainsi qu’Étienne Augustin Grimaud resta à Niort, comme tisserand. Il y habitait avec son épouse, hors les remparts, rue de la Carmagnole (ci-devant rue Limousine et aujourd’hui rue de l’Yser).

La chute de Robespierre, en juillet 1794, provoqua un réel soulagement. À Niort, les personnages les plus impliqués dans la politique de la terreur démissionnèrent de leurs fonctions ou en furent écartés. La Société Populaire réintégra ses membres qui en avaient été exclus. En Vendée, la Convention abandonna la politique de destruction et négocia avec les chefs insurgés. Des armistices furent signés en février et mai 1795, cependant rompus dès le mois de juillet suivant par les insurgés qui avaient espéré un secours des troupes de la noblesse émigrée.

Marie Louise Moreau décéda chez elle le 21 mars 1798. Veuf et sans enfants, Étienne Augustin pensa-t-il retourner aux Épesses ? Les deux chefs insurgés avaient été pris et fusillés en 1796, mais la sécurité n’était pas encore tout à fait revenue en Vendée, encore agitée par les mouvements sporadiques. Un des derniers combats eut d’ailleurs lieu en novembre 1799 dans les bois entre Les Épesses et Le Puy-du-Fou. Surtout, il y avait eu trop de crimes, trop de haine et de rancœurs. Étienne Augustin préféra rester à Niort, ville républicaine et modérée.

Les réfugiés vendéens de Niort se fréquentaient sans doute, comme le font tous les exilés en terre étrangère. C’est sans doute ainsi qu’Étienne Augustin Grimaud avait fait la connaissance de Perrine Marguerite Lucas, venant de Saint-Paul, une paroisse voisine des Épesses où son père était meunier. Peut-être même se connaissaient-ils avant d’avoir été déplacés. Toujours est-il qu’ils se marièrent le 21 octobre 1798. Perrine Marguerite avait 30 ans et Étienne Augustin en avait 36.

Les époux Grimaud logèrent en location rue du Chaudronnier, où naquit Pierre Étienne, leur premier enfant et mon ascendant. Puis ils furent locataires rue du Vieux-Marché. Ce n’est qu’après la naissance en 1803 de leur troisième enfant, André, que le couple acheta une petite maison rue Saint-Gelais. C’était renoncer définitivement à retourner aux Épesses. Les Grimaud étaient niortais et leur nom s’écrivit désormais Grimault, à l’imitation d’autres familles de la ville portant ce nom.

Le château du Puy-du-Fou, incendié par les Bleus en janvier 1794.

3 commentaires sur « W comme Westermann, le boucher de la Vendée »

  1. Difficile probablement de revenir, quand on est parti pour survivre… Mon ancêtre eut moins de chance, c’est aussi en essayant de rejoindre Fontenay qu’il fut « assassiné » par des vendéens.

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