Les pierres tombales de l’église de Saint-Vincent-La-Châtre (1)

J’ai visité l’église de Saint-Vincent-La-Châtre par une belle journée de juin avec pour objectifs de recueillir des informations pour l’article paru en avril dernier sur la bénédiction de la  cloche de cette église.

La nef a une allure trapue, sans sa voûte, perdue sans doute aux guerres de Religion. Blanchie à deux couches de lait de chaux (1853), verres blancs aux fenêtres. Deux colonnes romanes signent l’espace avec leurs chapiteaux historiés : chien chassant un cerf, au nord, chien poursuivi par un animal fabuleux, de même facture qu’au portail, au sud. Le chœur consiste en une grande travée à voûte gothique surbaissée.

J’avais lu dans une notice sur cette église qu’on pouvait voir au sol dans le chœur ainsi que dans la nef des pierres tombales. La revue Poitevine et Saintongeaise dans son numéro de 1892 donne une description détaillée de ces pierres tombales :

Lire la suite de « Les pierres tombales de l’église de Saint-Vincent-La-Châtre (1) »

Quadruplés à Clavé

Un record qui sera difficile à battre (et heureusement) pour le XVIIIe siècle : la naissance de quadruplés. Le 26 mai 1765, à Clavé, Marie HUBERT, épouse du maréchal Jean ENARD, a donné naissance à 4 enfants prénommés Renée, Marie, Jacques et Louise.

l’an mil sept cent soixante cinq et le vingt six
may ont été baptisés quatre enfants nés de légitime
mariage de jean enard et de marie hubert
la première a été nommée renée et a eu pour
parrein et mareine joseph oreguy (?) et renée
dupeux la seconde marie a eu pour parrein
et mareine françois hubert et marie athelet (?)
le troisième a été nommé jacques et a eu pour
parrein et mareine jacques chauvineau et
louise grimaud, la quatrième a été nommée
louise et a eu pour parrein et mareine
françois bordage et louise éculeur (?) qui ont
déclaré ne scavoir signer sauf les soussignés

Ils étaient suffisamment viables pour pouvoir être baptisés tous les quatre. Je doute toutefois qu’ils aient survécu même si les registres ne mentionnent pas leur décès.

Quelques années plus tard, en 1773, les Affiches du Poitou nous apprennent que la pauvre mère devait être particulièrement féconde puisque elle aurait également accouché de jumeaux par 2 fois, avant et après les quadruplés.

J’ai voulu vérifier dans les registres paroissiaux. Le couple Jean ENARD et Marie HUBERT qui s’était uni le 2 juillet 1754 à Clavé a eu au moins 13 enfants. Les registres de la paroisse de Clavé ne mentionnent pas la naissances de jumeaux avant les quadruplés mais ils confirment bien la naissance de jumelles, Marie-Madeleine et Françoise, le 8 septembre 1766. La maman accoucha encore de jumelles, Madeleine et Radegonde, le 22 mars 1770. Elles sont peut-être, avec une erreur de datation, celles évoquées par les Affiches du Poitou.

Marie HUBERT, la prolifique maman qui avait résisté à ces grossesses multiples, meurt à 48 ans le 15 août 1780 à Clavé 11 années avant son mari, Jean ENARD, qui décède le 18 novembre 1791 à l’âge estimé de 67 ans.


Si de votre côté vous trouvez mention de naissances très multiples dans les Deux-Sèvres, ne manquez pas de nous le signaler en commentaire.

Bénédiction de la cloche de l’église de Saint-Vincent-La-Châtre, le 14 décembre 1653

L’église de Saint-Vincent-La-Châtre est déjà citée dans la liste des églises données à l’abbaye de Saint-Jean-d’Angély par Guillaume 1er, évêque de Poitiers : Sancti Vincentii Charianensis ecclesiam.

Au XIVe siècle Saint-Vincent-la-Châtre (de castrum = lieu fortifié) dépendait de l’abbaye de Saint-Séverin-sur-Boutonne qui faisait alors partie du diocèse de Poitiers. Le curé-prieur, sous la règle de Saint Augustin, gardera ce titre jusqu’à la Révolution, où l’église, très pauvre, n’a pas été vendue. Profondément remaniée depuis le XIIe siècle, l’église se présente pourtant unifiée par un large toit de tuiles courbes. Celui-ci recouvre à la fois : les restes de la nef romane, le chœur à chevet plat et la chapelle latérale gothiques, l’espace du puits de l’ancien presbytère, et il forme balet pour le portail d’entrée, au nord.

De puissants contreforts, trapus, sont aussi intégrés à ces aménagements, sans trop paraître, sauf du côté sud. Peut-être devaient-ils épauler un clocher plus important, mais dès 1653, le curé-prieur fait bâtir à ses frais un petit campanile et le dote d’une cloche.

Après bien des avatars, c’est encore la solution actuelle d’un « ignoble pigeonnier à jour qui s’ébranle au moindre coup de vent » écrit le desservant en 1853. Mais vient là encore une nouvelle cloche, «Marie-Louise » fondue en 1866 par Bollée, au Mans.

Lire la suite de « Bénédiction de la cloche de l’église de Saint-Vincent-La-Châtre, le 14 décembre 1653 »

Les pierres tombales de l’église de Saint-Romans-Lès-Melle

J’ai visité l’église de Saint-Romans-lès-Melle avec Jacqueline par une belle journée de mars : elle est nichée dans un vallon, entourée de verdure. L’édifice, sans doute pour s’adapter au terrain, n’est pas orienté comme la plupart des églises médiévales : son chevet, où se trouvait jadis le cimetière, est au sud.

La porte a trois voussures et des colonnettes dont les chapiteaux s’ornent de feuillages et de gros masques dont l’un engloutit sa colonne, thème fréquent en Poitou et Saintonge : les engoulants, gueules dévorant le fût de la colonne (comme à Périgné).

On pénètre dans l’église en descendant quelques marches : une nef unique charpentée, une travée droite de chœur et une abside voûtée en cul-de-four.

Deux dalles funéraires ont été encastrées dans le mur sud de la nef lors de la réfection du dallage en 1846. Dans les deux épitaphes, le mot « baronnie » a été bûché, probablement à l’époque de la révolution.

La première est celle de Me François ALLAIN, fermier général de la Baronnie de Saint-Romans :

CY GIST LE CORPS DE

Me FRANCOIS ALLAIN

FERMIER GENERAL DE LA

BARONNIE DE ST

ROMANS AAGE DE

42 ANS DECEDE LE 21

DECEMBRE 1734

PRIES DIEU POUR SON AME

J’ai trouvé son acte de décès :

AD 79 – BMS 1700-1792 E DEPOT 109 / 2 E 285-2  – Vue 211/513

Selon les « Mémoires – Société historique et scientifique des Deux-Sèvres » de 1909 [1], François Louis ALLAIN, sieur Dumont ou du Mont, fermier général de la baronnie de Saint-Romans, fils de Louis Allain, maitre chirurgien et de Jeanne Texereau, du bourg de Fressines, épousait en 1730 Suzanne Pallardy, fille de François Pallardy, fermier général du château de Saint-Georges-de-Longue-Pierre et de Marguerite Gallard.

Du mariage de François-Louis Allain et de Suzanne Pallardy sont issus :

1° François-Louis, en 1755 lieutenant particulier civil au siège royal de Niort. En 1757, Président des traites foraines et domaniales de la Ville de Niort, Conseiller de Ville, 1765-1782.

Le 27 mars 1765 il épousait demoiselle Barré Élizabeth, fille de Alexis Barré procureur-échevin de la Ville de Niort.


2° Marie-Anne-Marguerite, épouse Monnet, Sieur de Lorbeau, seigneur du château de Bougouin de la Renaudière, la Tour-Chabot de Saint- Maixent.

Il mourait en 1734 et le 16 mars 1735 il était fait un inventaire de tous les biens meubles appartenant à la communauté. Nous avons extrait de cet inventaire quelques renseignements qui nous ont parus intéressants en ce qu’ils témoignent de la situation de fortune d’un fermier général, de sa situation sociale, de la façon dont il était logé, habillé, en quoi consistaient ses fonctions et aussi quelle était l’importance des fermages de la Terre-baronnie de Saint-Romans appartenant au comte de Choizeul.

Suzanne Pallardy est, elle, décédée en 1775 et a été inhumée le 30 octobre 1755 en l’église de Mougon.

Je vous parlerai plus longuement de François Louis ALLAIN dans un prochain article sur les fermiers généraux.

La deuxième dalle funéraire est celle de Daniel François CHABOT de BOISRENOU, lui aussi fermier général de la Baronnie de Saint-Romans :

CY GIST LE CORPS DE

DANIEL FRANCOIS CHABO

FERMIER GENERAL DE LA

BARONNIE DE S ROMANS

AAGE DE 45 ANS

DECEDE LE 9 JANVIER 1752

PRIES DIEU POUR SON AME

J’ai trouvé son acte de décès :

AD 79 – BMS 1670-1791 E DEPOT 109 / 2 E 285-1  – Vue 049/123

J’ai trouvé quelques informations sur les CHABOT de la branche de BOISRENOUX dans le Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, Tome 2/ Beauchet-Filleau via Gallica [2] :

§ II. — BRANCHE DE BOISRENOUX.

8. — Chabot (Abraham), sr de Boisrenoux (Ste- Blandine, D.-S.), second fils de Jacques, sr de Moulin-Neuf, et de Jeanne Rivet (7e deg., § Ier), fut fermier général des abbayes de Celles et des Châtelliers, et mourut en 1750. Il avait épousé, le 15 janv. 1702, sa cousine, Catherine PEROT DE BEL-ISLE, fille de Daniel et de Marie Chabot (6° deg., §Ier), dont il eut:

1° MARIE, née en 1704, décédée le 1er sept. 1778 à Salles, s’était mariée d’abord, le 14 juin 1723 (Boissard, not. à St-Maixent), à Pierre Bonneau, sr de la Touche, puis le 7 juin 1738, à Etienne Nivennedes Châtelliers;

2° MARIE-FRANÇOISE, mariée, le 18 juin 1731, à François Rouget, sr de la Barbinière, lieutenant-général civil au siège de Niort, décédée le 6 sept. 1775;

3° DANIEL-FRANÇOIS, qui suit.

9. — Chabot (Daniel-François), fermier-général de la Bnie de St-Romans, épousa, le 3 janv. 1736, Marie FILLEAU, fille de Blaise-Félix, fermier général de la Bnie de St-Romans, dont il eut:

1°BLAISE-FÉLIX, né en 1738, mort sans postérité;

2° MARIE, née en 1739, morte en1750;

3° MARIE-ANNE-THÉRÈSE, née en 1740, décédée à Niort, le 6 juil. 1815, mariée, le 14 oct.1767, à André- Michel-Jacob Piet de Boisneuf;

4° ETIENNE-THOMAS; qui suit;

5° PIERRE-HENRI, rapporté au § IV;

6° LOUIS-FRANÇOIS, né en 1746, mort sans postérité;

7°LOUISE-JEANNE, née en1747, mariée, le 15 oct. 1767, à Louis- Charles Cuvillier, sr de Champoyau;

8° FRANÇOISE-HENRIETTE, née en 1749, mariée en 1767 à Jacques-Claude Jard-Panvilliers.

François Daniel CHABOT est un cousin issu de germain de Suzanne PALLARDY, l’épouse de François Louis ALLAIN.

Marie-Françoise CHABOT, sœur de François Daniel, a épousé François ROUGET, lui-même frère de Pierre ROUGET DE BOISGROLLIER dont le corps est inhumé dans l’église de Saint-Gelais (cf. Article les pierres tombales de l’église de Saint-Gelais).

Revenons à l’église : Au XVIIIe siècle, une chapelle seigneuriale a été construite à gauche de la travée du chœur, en hommage à la famille DE CHAMPAGNE, propriétaire du logis de Saint-Romans à cette époque. On y pénètre par une grande arcade coupant une baie romane. Le chapelain était choisi par les barons de Saint-Romans. Les armoiries de Madeleine Françoise de CHAMPAGNE DE LA SUZE, furent gravées dans la chapelle avec la date 1720 :

Selon le Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume de Nicolas Viton de Saint-Allais [3], Magdeleine Françoise DE CHAMPAGNE a été inhumée dans l’église de Saint-Romans le 17 avril 1731. Je n’ai pas trouvé l’acte de décès. Par contre j’ai trouvé l’acte de décès de son fils François Hubert,  comte de Villaines, lieutenant au régiment du Roi, décédé à l’âge de 19 ans et qui a été inhumé dans l’église de Saint-Romans le 16 novembre 1721.

Comme vu précédemment, Saint-Romans-Lès-Melle était le siège d’une baronnie. On peut voir, aux contreforts de la façade de l’église, des écussons aux armes de Jan de POIX, seigneur de Saint-Romans et de sa fille Jane.

Blason Jan DE POIX
Blason Jane DE POIX

J’ai trouvé quelques notes sur la généalogie de la maison DE POIX dans le Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine [4] :

Deux arrêts de la Chambre de Reformation de la Noblesse des 27 janvier et 10 mars 1671 ont maintenu la famille DE POIX dans la double qualité d’écuyer et de chevalier : ils lui ont reconnu le droit de porter pour armes : d’or à deux vols de gueules et de gueules à la bande d’argent accostée de six croix recroisettés d’or, 3 et 3.

Comme nous l’avons déjà dit, les demandeurs ont du y renoncer, fautes de pièces justificatives, à faire consacrer officiellement leurs prétentions de se rattacher directement à la grande famille de Picardie; ils se sont contentés de l’énoncer dans leur induction et d’y relater complaisamment des traditions qui leur étaient chères, sauf à faire partir de Mathurin seulement le cours de leurs degrés de filiation incontestablement prouvés.

I- Mathurin de POIX, seigneur de Saint-Romand (1), de Melle, de Parigné (Perigné) , vivait au XIVe siècle et habitait la province du Poitou, il est mort avant 1505. Il épousa Louise LE FRANC ou DES FRANCS, dont il eut deux fils : 1° Émery 2° Élie.

(1) La Seigneurerie de Saint-Romand ou plus exactement Saint-Romans, était située dans la paroisse de Saint-Romans-les-Melle, à peu de distance de Melle, (aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement des Deux-Sèvres). D’après un document des Archives de la Vienne, elle appartenait en 1405 à Aimeri Richin à cause d’Hilaire Thibaude sa femme. Nous ignorons comment elle est passée aux mains de la Maison DE POIX. Après Mathurin, la Seigneurerie paraît avoir appartenu à son fils puiné Élie, indiqué comme seigneur de saint-Romans dans deux aveux du 8 juin 1590 et du 20 juin 1498.

André de POIX, son neveu, a porté, il est vrai, le même titre, jusqu’en 1509. Mais tout indique qu’il n’avait plus depuis longtemps les droits utiles de seigneurerie, car les aveux conservés aux archives de Poitiers sont dès 1490 au nom d’Hélie DE POIX, et dès 1509 au nom de son fils Jean.

La terre de Saint-Romans est restée en la possession du représentant de la branche poitevine de cette maison. Jeanne de Poix, dernière du nom de cette branche, l’apporta à son second mari, Guillaume Fouquet de la Varenne, entre les mains duquel elle fut érigée en baronnie par lettres royales de 1607. Elle passa, au siècle suivant de Guillaume Fouquet, marquis de la Varenne, dernier de ce nom, aux enfants et petits-enfants de Catherine Fouquet sa sœur, mariée en 1644 à Hubert de Champagne. Le 4 décembre 1716, Brandelis de Champagne, marquis de Vilaines, fit aveu de la baronnie de Saint-Romans, tant en son neveu qu’au nom des autres neveux de Guillaume Fouquet.

J’ai ainsi pu reconstituer la généalogie des familles DEPOIX et  DE CHAMPAGNE :

Saint-Romans-Lès-Melle était une halte sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle (la voie de Tours) : on peut voir une croix avec trois coquilles sur le linteau de la porte de la tour d’escalier extérieure, octogonale, menant au clocher, sur le côté latéral ouest.

En sortant de l’église, allez voir le cimetière ancien accroché au coteau, à l’ouest du monument. Pendant longtemps un autre cimetière se trouvait au chevet et sur le côté est de l’église. Le « petit cimetière » et le « cimetière du haut » coexisteront durant plusieurs années.

Vous pouvez également admirer de loin le logis de Saint-Romans, propriété privée aujourd’hui, en empruntant les chemins de randonnée autour et dans le village. C’est certainement dans cette demeure qu’ont vécu les familles DE POIX, ALLAIN et DE CHAMPAGNE évoquées dans cet article.

On peut voir quelques photos de ce logis dans le livre «Châteaux, Manoirs et Logis des Deux-Sèvres» [5] qui en fait également une description: «  Il siège au cœur d’un magnifique site paysager entretenu avec goût. Le corps de logis traversé par un ruisseau qui court dans le parc forme un long rectangle auquel sont adossés perpendiculairement les communs. La façade est ornée d’une tour crénelée en demi-cercle. Le logis de St-Romans contient une belle cheminée du XVème siècle ainsi que les armoiries des De Poix soutenues par deux animaux au-dessus d’une porte des communs. »

On peut situer Saint-Roman-lès-Melle sur la carte de Cassini   Feuille 101 La Rochelle : le sud-ouest (Niort, Mauzé, Brioux…) [6]:

Sources:                                           

[1] Mémoires – Société historique et scientifique des Deux-Sèvres de 1909 Source Gallica.

[2] Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, Tome 2/ Beauchet-Filleau Source Gallica.

[3] Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume de Nicolas Viton de Saint-Allais Source Gallica.

[4] Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine – 1881 (T15). Auteur : Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine Edité en 1881 Source Gallica.

[5] Livre «Châteaux, Manoirs et Logis des Deux-Sèvres», éditions A.P.P. 1991, réalisé par l’association Promotion Patrimoine

[6] Carte de Cassini   Feuille 101 La Rochelle : le sud-ouest (Niort, Mauzé, Brioux…).

[7] Saint-Romans.pdf : L’église de Saint-Romans-Lès-Melle © PARVIS – 1998 Réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI Centre théologique de Poitiers http://www.poitiers.catholique.fr/parvis.

Une curieuse famille

Pêchant des actes généalogique d’une famille de cousins éloignés vers Mazerolles dans la Vienne et je suis tombé sur une curiosité, jugez plutôt.

En 1912 à Mazerolles naît un enfant nommé Portail BAUDET, fils de Bienvenu et de Juliette LASNIER. Ne trouvant aucune trace de Bienvenu BAUDET, je me suis intéressé à Juliette LASNIER sur l’acte m’est renseigné qu’elle est native d’Exireuil et âgée tenez vous bien de 10 ans. Je me dis que c’est une erreur, que ce doit être dix-sept, dix-huit.

Sauf que dans le registre d’Exireuil en 1902, je trouve bien l’acte de naissance de Juliette LASNIER mais sur l’acte n’est mentionné que le père ! Martin LASNIER dit La Fleur, lui aussi âgé de 10 ans natif de la Roche Piché de Ste Eanne.

Je remonte le registre de Sainte Eanne en 1892, effectivement Martin LASNIER dit La Fleur fils de Martin LASNIER dit La Fleur et de Anne BOURAILLOUSE. Son père âgé de 11 ans et sa mère de 8!

M’en voilà confus. Je me demande bien ce que j’ai pris dans mes filets…

Je pense que vous l’aurez compris, cette histoire généalogique incroyable n’est pas humaine, ni aquatique mais asine. En effet, aux Archives départementales des Deux-Sèvres, sont conservés des livrets généalogiques dits « Stud-books » permettant quand c’est complet de retracer le lignage depuis 1884 des races équines et asines et notamment nos célébrissimes baudets du Poitou.

Ces ouvrages recensent les animaux vivants ou décédés sur une période donnée et éventuellement leur sort s’ils partaient à l’étranger. Il y a deux parties par classe animale, la partie des chevaux et ânes retraités de la reproduction et les animaux actifs.

Bien sûr au fil des ans, aujourd’hui le stud-book est informatisé et disponible aux éleveurs au même titre que les accréditations LOF etc pour les chiens par exemple.

Nous retrouvons ici notre fameux Portail BAUDET fils de Juliette II par Bienvenue VIII, ce numéro le 732, est attribué la durée de vie de l’animal et n’est plus attribué après puisque dans certains livrets il est écrit par exemple de 340 par 234.
Nous retrouvons ici la mère de Portail, Juliette II dont l’ascendance est limitée au seul nom du mâle.
Le père de Juliette II, La Fleur XI fils de Bouraillouse (et non pas Bourailloux puisque ce dernier est un mâle) et de La Fleur)
Et comme j’ai eu beaucoup de chance, il se trouve que La Fleur I fut le premier baudet du Poitou recensé au stud book dans la première édition de 1884.
Bouraillouse, mère de La Fleur XI.

Bonne journée à tous, et attention aux poissons, et aux ânes.

Les inscriptions funéraires de l’église Saint-Pierre de Chauray

Un texte de Michel Grimault, préambule par Monique Bureau

Préambule

J’ai visité l’église de Chauray après une randonnée par une belle journée ensoleillée mais froide, début janvier. Construite autrefois pour une petite paroisse rurale, l’église se dresse au milieu de l’ancien bourg, juste à côté de la mairie et de l’ancien temple dans un univers verdoyant. Les décorations de Noël sont encore en place.

On pénètre dans l’église par un magnifique portail roman, en descendant une marche.

La crèche de Noël est encore en place :

Lors des travaux de restauration de l’église en 1991, Michel Grimault avait pris des photos des pierres tombales, objets du présent article. Mais lors de cette première visite de l’église, je n’ai pas vu de traces des pierres tombales décrites par Michel ; aussi vendredi dernier, j’ai visité à nouveau l’église de Chauray accompagnée de Michel qui avait relevé la trace d’une des pierres tombales lors d’un récent enterrement auquel il avait assisté. Après quelques investigations, nous avons découvert la trace de trois autres pierres tombales ainsi que la présence d’un dessin. Rendez-vous en fin d’article pour en savoir plus.

Lire la suite de « Les inscriptions funéraires de l’église Saint-Pierre de Chauray »

Bénédiction de St-Ignace, la cloche de l’église de Montalembert, le 10 mars 1777

Le village de Montalembert est le berceau de l’illustre famille des Montalembert qui tire son nom de Mons Aremberti en latin – le Mont d’Arembert – Montralembert.  Une maison bourgeoise  a été bâtie sur les fondements de l’ancien Château des Montalembert, à quelques dizaines de mètres de l’église.

On aborde l’église Saint-Sylvestre par une petite place précédée d’un tilleul très ancien, qui a été planté sur les ordres du Grand Voyer [1] de France, Maximilien de Béthune, Baron de Rosny et Duc de Sully. Il est l’auteur de la célèbre formule « Labourage et pâturage sont les deux mamelles qui nourrissent la France, les vrais mines et trésors du Pérou ».

Paroles du tilleul [2], classé arbre remarquable de France: « Depuis plus de 400 ans installé ici, j’en ai vu des événements, agréables comme les mariages, les baptêmes et fêtes diverses. Bien plus tristes sont les enterrements … Et entendu des discours et de nombreuses palabres ».

Sur la place sont disposées deux grandes dalles de pierre :

  • L’une vient d’une tombe avec la croix de Montalembert, sur toutes ses faces,
  • L’autre a l’apparence d’une table d’autel mais sans croix de consécration et est entourée d’un petit ruban étroit et brisé nommé « ruban angevin ».

En 1790 l’église était trop petite pour contenir les habitants, et on avait construit un hangar sans style devant la façade. Vers 1860, on allongea l’église d’une travée à l’ouest.

Un chemin de croix a été réalisé en 2001 par un artisan mosaïste : les 14 stations sont éclairées par derrière et figurent des dispositions de main.

Revenons aux cloches : le clocher présente une petite baie sur chacune de des faces au premier niveau et deux larges baies de chaque côté pour l’étage qui le surmonte. La cloche actuelle a été fondue en 1820 par Forgeot.

Lire la suite de « Bénédiction de St-Ignace, la cloche de l’église de Montalembert, le 10 mars 1777 »

Les pierres tombales carolingiennes de Saint-Pierre de Melle

Un texte de Jacqueline Texier

Dans la triade romane des églises de Melle, Saint-Hilaire, Saint-Savinien et Saint-Pierre, édifiées sur la voie de Tours «la Via Turonensis » du chemin de Saint-Jacques de Compostelle,  je vais aujourd’hui m’intéresser à cette dernière et à ses tombes carolingiennes.

On peut découvrir dans cette église une importante collection d’épitaphes funéraires carolingiennes (6ème-10ème siècle). Deux d’entre elles ont été découvertes dès 1876 (aujourd’hui conservées au Donjon de Niort), puis un sarcophage fut découvert en 1971 et, enfin, une importante opération archéologique menée en 1992, lors de travaux d’assainissement du site par les monuments historiques, a permis de mettre à  jour un nombre important de tombes dans ce qui était le cimetière médiéval au pied de l’église d’origine sur laquelle est édifiée l’église actuelle.

L’importance de ce site semble directement liée à l’exploitation des mines de plomb argentifère de Melle (dont le nom provient de Metullum ou Metallum faisant référence à un gisement de métal), qui a donné sa période de prospérité à l’époque carolingienne.

Le livret de présentation d’une exposition présentée en 2009*,  conçue et réalisée par la Société archéologique et spéléologique du mellois et le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Université de Poitiers/CNRS) précise : « La mise en œuvre matérielle des inscriptions diffère suivant leur caractère plus ou moins officiel et leur fonction. Tracées sur des supports de taille et de qualité variables, elles présentent des écritures diverses, voire mixtes. Quant à leur composition textuelle, elle peut être très simple (quelques mots sur une pierre tombale) ou beaucoup plus élaborée, allant jusqu’au poème épigraphique long de plusieurs dizaines de vers.

La collection épigraphique de Melle est originale et exceptionnelle. Il s’agit quantitativement d’un des plus grands et importants ensembles datant de cette période à l’échelle de l’Empire. Pour la plupart parfaitement et intégralement conservées, les épitaphes présentent en outre une cohérence, qui les distingue des productions poitevines, tourangelles ou angevines de même époque, par leur apparence matérielle, leur taille, leur support, leur écriture, leur forme littéraire ».

Détail un peu frustrant pour un généalogiste, les épitaphes carolingiennes indiquent  rarement l’année de la mort, seuls, le jour et le mois sont mentionnés pour célébrer la date anniversaire. Elles invitent à la prière pour le salut de l’âme du défunt. Les vivants prient pour ceux qui sont déjà morts en espérant que ceux qui leur survivront prieront pour eux.

Le livret précise encore : « L’efficacité de cet appel à la prière est évidemment limitée par l’incapacité d’une partie de la population à lire le texte… L’originalité graphique et textuelle des épitaphes de Melle suggère l’existence d’une petite société aristocratique qui possède non seulement la capacité d’écrire mais également un goût prononcé pour la création littéraire et l’évocation poétique. C’est donc un groupe de lettré, cultivé, doté d’une sensibilité particulière pour les lettres et les mots, dont les membres sont inhumés autour de l’Eglise Saint-Pierre ».

Si vos pas vous mènent à Melle, n’hésitez pas à faire un détour par l’Eglise Saint-Pierre, la moins connue des 3 églises, certes un peu à l’écart du centre, cachée en contre-bas de la ville. Outre ces pierres tombales exceptionnelles,  elle recèle des chapiteaux intéressants, un très beau tabernacle du 17ème ainsi que d’autres particularités dont je vous parlerai ultérieurement.

*Exposition intitulée « Un chemin de pierre : les épitaphes carolingiennes de Melle ». Un livret très riche et documenté y a été consacré consultable en ligne. 

Les pierres tombales de l’église de Saint-Gelais (2)

J’ai visité l’église de Saint-Gelais, une première fois, en mai par une belle journée ensoleillée. Je l’ai fait découvrir fin juin à mes amis randonneurs du mardi par une forte canicule. Et à l’occasion d’une randonnée début janvier au départ de la prairie de la Futaie, j’y suis revenue pour vérifier les emplacements des tombes et faire quelques photos supplémentaires. J’ai pu ainsi y admirer la jolie crèche qui était encore en place.

Dans le premier article publié, je vous ai présenté les dix pierres tombales situées dans le chœur de l’église. Poursuivons la découverte des pierres tombales : à droite du chœur, il y a une petite chapelle en demi-cercle avec trois belles pierres tombales :

  • Celles de Gédéon d’AUZY (à droite) et de sa femme Céleste CHEVALEAU DE BOISRAGON (à gauche), toutes les deux  accolées et remarquables avec chacune un blason,
  • Une troisième pierre tombale accolée perpendiculairement  à celle de Céleste CHEVALEAU DE BOISRAGON : il s’agit de celle de Moyse DE LOUBEAU, écuyer, sieur de Chalusson, de Suiré.
Lire la suite de « Les pierres tombales de l’église de Saint-Gelais (2) »

Les pierres tombales de l’église de Saint-Gelais (1)

Le village de Saint-Gelais occupe le flanc d’un coteau dominant la Sèvre niortaise, sur sa rive gauche.

L’église Saint-Gelais a été fondée en 1109 par Raoul, seigneur du lieu, fils d’Hugues de Lusignan et de sa femme Sarrasine, et elle a été par lui donnée à l’abbaye de Cluny. Ce sera donc une église priorale, desservie par quelques moines, le curé étant nommé par le prieur jusqu’à la Révolution. Le village connut d’importants ralliements au protestantisme. Sous la menace des « dragonnades » (logement de dragons imposés aux protestants), il y eut, au moment de la révocation de l’édit de Nantes (1685), 430 abjurations en 1681-1689 [Etude de R.Durand, Saint-Gelais au péril des dragons, Niort, 1981).

Pillée lors de la Révolution, l’église était dans un état si précaire qu’elle dut être fermée en 1933. Classée à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, elle a fait l’objet d’importants travaux de restauration et  a été ré ouverte au culte en 1964.

L’église est située en haut du coteau qui domine la Sèvre. Son parvis et son côté Nord sont bien dégagés.

A l’intérieur, sous la voûte du clocher se trouvent les armoiries des Saint-Gelais de Lusignan avec Mélusine.

Dans le pavement du chœur, de la croisée du transept, du croisillon sud, on peut voir vingt-trois pierres tombales dont une quinzaine gardent des noms (1670-1752) relevés dans l’ouvrage « Saint-Gelais au péril des Dragons » de 1981 de René DURAND [2]. Grâce aux écrits de R.Durand, j’ai ainsi pu compléter certaines épitaphes que je n’avais pas pu déchiffrer entièrement.

Lire la suite de « Les pierres tombales de l’église de Saint-Gelais (1) »