Z comme : Zoom sur une vie brisée

Le dernier article du ChallengeAZ est aussi le deuxième écrit par Marguerite Morisson. Elle a bien voulu cette fois nous raconter le tragique destin d’un pauvre gars de Gâtine. Vous pouvez retrouver Louis Babin dit Polet, mais aussi de nombreux autres Poitevins partis en Nouvelle-France, dans le livre que Marguerite vient tout juste de publier : « Poitevins au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles » (La Geste édition).

azay sur thouetAzay-sur-Thouet, à mi-chemin entre Secondigny et Parthenay, était dès le XVIIe siècle, un gros bourg de Gâtine, fier de son église Saint-Hilaire datant du XVe siècle.
En 1665, sous Louis XIV, « l’église comptait cinq chapelles et son tabernacle tout doré était fort beau. »

C’est ainsi que la décrit Maurice Poignat, dans son Histoire des Communes des Deux-Sèvres.
Mais comme on le sait, le siècle de Louis XIV fut une période noire, avec la misère, les épidémies, la Taille et la Gabelle et les dorures de l’église n’apportèrent pas pour autant l’aisance aux habitants. Certains furent donc obligés pour survivre, de tenter l’aventure très risquée de la contrebande du sel. On sait que la punition était le gibet, les galères ou la déportation.

Nous étions là en pays de basse Gabelle, où le sel était peu cher ; mais il fallait passer la Loire, en pays de haute Gabelle pour le revendre plus cher en essayant d’échapper aux gabelous. Sinon la Tour Grainetière de Thouars, idéalement placée sur le chemin, servait de prison à ceux qui étaient pris ; ils y croupissaient dans des conditions atroces.

Pour l’un d’entre eux, né à Azay-sur-Thouet, ce fut la déportation au Canada. C’est ainsi que Louis Babin dit « Polet », se retrouva de l’autre côté de l’Atlantique sans l’avoir vraiment voulu. Il figure au nombre des pionniers envoyés pour peupler la Nouvelle-France. Il fut embarqué en avril 1730.

Il est né à Azay-sur-Thouet le 21 décembre 1698 (donc sous Louis XIV) mais fut déporté sous Louis XV en 1730. Son père, Hilaire Babin, né le 11 mars 1664 à Azay-sur-Thouet, était gardien des Capucins de Parthenay et sa mère, Françoise Seigneuret née aussi à Azay-sur-Thouet le 4 août 1675 y est décédée le 28 juin 1731 à 56 ans.

Son surnom, « Polet », n’est pas un surnom comme en avaient les soldats ; il est tout simplement celui que portait son grand-père : Paul Babin dit « Paulet » c’est-à-dire « le petit Paul », surnom également porté par son père, puisque dans son acte de baptême Louis Babin est fils de Hilaire Paulet et de Françoise Seigneuret.

La famille d’Hilaire Babin et de Françoise Seigneuret comptait 4 enfants, tous nés à Azay-sur-Thouet. Louis en était l’aîné.

Au Canada, Louis Babin dit « Polet » connut une destinée tragique. Marié le 9 janvier 1731 à Québec, il est décédé le 9 mars de la même année. On ne lui connait pas de descendance.

Coïncidence troublante, sa mère est décédée 3 mois après lui.

Question : a-t-elle appris la nouvelle ? Est-ce la raison de son décès ? À ce moment-là, les nouvelles ne se propageaient pas aussi vite, mais en trois mois un bateau a quand même pu faire la traversée et apporter un courrier. Ceci restera un mystère.

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Y comme : Y’a des guenilloux à Amailloux

Celle qui rédige aujourd’hui notre billet, Nat, écrit régulièrement sur son blog intitulé « Parentajhe à moé ». Elle y parle avec beaucoup d’émotion de ses aïeux qui, pour la plupart, ont vécu en Gâtine. Nat est aussi administratrice du groupe Facebook « Généalogie : la boîte à outils pour tous » : un groupe très convivial, de plus de 3 000 membres, où chacun peut trouver et apporter des infos et de l’entraide.

guenillou1« Qu’est-ce que je m’ennuie ! … Tu parles d’une vie ! …

Ce n’est pas que je n’aime pas ces quatre murs, au contraire, au moins je ne vois pas les autres et je suis tranquille, mais parfois j’aimerais sortir, respirer l’air pur et profiter de grands espaces. J’entends dire autour de moi qu’il ne faut surtout pas que je sorte, que je suis trop fragile et patati et patata, tu parles ! J’ai de la force, moi ! Ne dit-on pas que je suis de la « grande espèce » ?

Mais ils sont tous têtus comme des mules, tout le monde s’imagine que je vais attraper « la mort » juste en sortant ! Je voudrais bien les voir à ma place…

Bon, si ! Il y en a un qui est sympa. Il vient me mettre de petites tapes dans le dos de temps et temps, mais surtout c’est lui qui me donne à manger ! Un ancêtre de Nat, vous savez celle qui fait parler ses aïeux… Drôle d’idée, je trouve, mais bon.

René COLLIN qu’il s’appelle. Y’a son fils aussi, François… Tous les deux s’occupent de moi mais parfois j’aimerais bien qu’ils me lâchent un peu « la grappe ». Qu’ils aillent voir un peu les membres de l’autre sexe qui, ELLES, ont le droit de sortir évidemment !

Soyons honnête, il m’arrive de prendre l’air ou plutôt de juste changer de pièce et là, j’ai intérêt à être au meilleur de ma forme ! D’ailleurs, je crois bien qu’on me garde et me préserve juste pour ces moments-là. C’est un peu horrible quand on y pense… Mais bon du coup, j’ai double ration au dîner et ça, c’est cool.

On m’a dit que j’étais sale et moche… Non mais « what the fuck »?! Bon d’accord, j’ai les cheveux longs et je ne les brosse pas, mais c’est mon style, c’est tout ! En plus c’est bon pour ma peau, ça la protège. Pourtant quand j’étais petit, on me trouvait tout mignon, tout mutin, tout doux et on me caressait les cheveux tout le temps.

Et d’ailleurs ! Vous savez comment on m’appelle ? Le GUENILLOU ! Ou pire encore, le BOURAILLOU ! Tout ça parce que je ne prends pas soin de mon apparence. Mais mon apparence, je n’en ai rien à faire, c’est ce qui permet de me reconnaître en un clin d’œil. Vous comprenez : je suis de noble race.

Et oui, messieurs-dames ! Car je suis un baudet du Poitou.

Sur ce, je vous laisse, j’ai faim ! Mais ne partez pas, hein !… Nat va vous raconter la suite, elle aime mes congénères, vous savez … Et elle en est bigrement fière, cette Poitevine ! »

Bien sûr que je suis fière de nos baudets du Poitou !

Cette race, que ce soit au XVIIIe siècle ou de nos jours, n’a jamais réussi à faire considérablement croître son nombre d’individus. Faite d’aussi peu de sujets, elle fait partie des rares espèces qui purent garder si longtemps une telle renommée.

Voici ce qu’en disait un mémoire publié par le conseil du Roi en 1717 :

« Il se trouve dans le Haut Poitou des animaux qui sont presque aussi hauts que les plus grands mulets, mais d’une figure différente. Ils ont presque tous le poil long d’un demi-pied sur tout le corps ; les boulets, les jambes et les jarrets presqu’aussi larges que ceux des chevaux de carrosses. On les tient à l’écurie séparément, dans des espèces de loges, attachés à des chaînes de fer ; on ne les fait sortir que pour saillir les juments. Ils sont pour la plupart, très vicieux et cruels. Si ces animaux se joignaient, ils s’étrangleraient … »

Élevé pour sa réputation d’étalon géniteur, il est utilisé exclusivement comme reproducteur. Son existence est liée au fonctionnement des haras adonnés à la production de la mule et à la multiplication des chevaux de traits dits de « race mulassière ». La mule, c’est cet animal précieux, devenu indispensable et vivement recherché à cette époque, qui se transforme en pluie d’or pour le pays qui la voit naître. Cette pratique de l’hybridation mulassière existe de temps immémoriaux en Poitou, et l’hybride obtenu est contre nature, troublé dans sa constitution. Preuve en est qu’outre ses qualités exceptionnelles, son infécondité est à peu près absolue.

Revenons-en au Baudet…

guenillou2La mise-bas d’une ânesse dans les haras de baudets est un véritable évènement. C’est qu’on attend le dénouement avec une impatience anxieuse, toute différente de l’intérêt ordinaire qu’on porte à l’accouchement des autres femelles, car le produit espéré sera de valeur très inégale suivant son sexe : si le hasard veut que ce soit un mâle, un « fedon », son arrivée sera fêtée alors comme il se doit.

Le fedon se tient debout dès son premier jour et accompagne rapidement sa mère au pâturage, toujours à proximité cependant de l’habitation de l’éleveur pour que la surveillance puisse continuer à s’exercer.

Le sevrage s’effectue vers l’âge de huit ou neuf mois. guenillou3Une fois réalisé, les jeunes baudets passent souvent entre d’autres mains, surtout si ce sont des mâles. Ils vont ainsi suivre une destinée différente selon s’ils sont un mâle ou une femelle. Celles-ci continuent de mener une vie de plein air alors que les mâles sont brutalement retirés dans leur écurie pour y être claustrés dans une loge réservée à chacun d’entre eux. Pour le futur étalon, c’est désormais la stabulation en permanence, enfermé dans un box de quelques pieds carrés, condamné à une existence solitaire de reclus.

Cependant, autant l’éleveur s’intéresse peu à la femelle, autant il se préoccupe de son jeune bourriquet qui représente à lui seul l’objet de valeur de l’exploitation.

Sa nourriture est alors choisie avec soin : les fourrages sont de la meilleure qualité, du foin de luzerne, des grains en petite quantité et parfois même du pain dont il se montre très friand. Les aliments verts sont quasiment bannis et, l’hiver, quelques carottes ou betteraves suffisent pour corriger son alimentation trop sèche. Pendant la saison des saillies, il est de coutume d’augmenter sa ration et il sera gratifié d’un supplément pour chaque saillie réalisée.

Le jeune baudet est par ailleurs maintenu sans soins corporels, dans une immobilité presque complète, privé de lumière et protégé des intempéries. Ces conditions d’élevage, réalisées depuis toujours, n’ont pas été adoptées sans motif et il est assez aisé d’en deviner les raisons : le petit nombre de mâles reproducteurs, la difficulté de les amener à l’âge de deux ou trois ans et leur grand prix ont fait naître la crainte de les perdre de maladies ou d’accidents.

L’absence de pansage s’explique quant à lui par l’importance primordiale traditionnellement accordée à l’abondance et à la longueur du pelage ; le baudet porte sur tout le corps des poils longs, fins et ondulés et conserve le reliquat de mues précédentes sous la forme d’un manteau déguenillé qui descend en loques de chaque côté et sous le tronc. Ce pelage fait la parure de ces animaux et constitue « le titre de noblesse et d’origine » des baudets du Poitou. En effet, les tondre serait un sacrilège pour les gens du pays.

guenillou6Vers l’âge de deux ou trois ans, on demande au jeune mâle de prouver sa « vigueur » et de s’habituer aux pratiques, mais dès sa seconde saison de monte, il se verra accorder autant de juments que les vétérans, surtout s’il fait montre de beaucoup d’ardeur.

guenillou4.pngIl est donc logé dans une écurie qui présente une disposition assez caractéristique : au centre du bâtiment, un espace libre servant de « salle de monte » avec de chaque côté l’alignement des cases individuelles des étalons. Au milieu de cette salle de monte, pièce obscure d’une vingtaine de mètres carrés, deux barres de bois, obliques, fixées en avant à la muraille à une hauteur d’environ 1,2 m et en arrière au sol. Cette pièce est nommée une trole. Une pièce transversale à laquelle l’étalonnier attache la jument les réunit. Le sol est excavé entre les deux branches de façon à mettre la femelle à bonne hauteur pour l’accouplement, le reproducteur étant presque toujours plus petit. Le baudet est ainsi mené dans la salle de saillie, ou atelier, puis stimulé par des bruits divers : toute une comédie de sifflets, de musique, de chants, jusqu’à l’obtention d’une érection. Et ça marchait !« Le trelandage qu’on appelait ça »*

Les baudets peuvent « servir » huit à dix juments par jour et jusqu’à une centaine de juments pendant tout le temps de la monte.

L’ânesse, quant à elle, est conservée uniquement pour la reproduction et aucun travail ne lui est demandé en dehors de son rôle de mère et de nourrice. Entretenue sans grand soin, elle erre dans les pacages les plus maigres de la ferme et se contente l’hiver d’une ration parcimonieuse de foin. Elle est menée au baudet seulement lorsque la monte des juments est terminée.

Le baudet n’est guère élevé en grand que dans les Deux-Sèvres, plus particulièrement dans l’arrondissement de Melle, mais aussi bien sûr, quoique de façon plus clairsemée, en Gâtine !

Mon ancêtre René COLLIN, garde étalon à Amailloux au XVIIIè, et son fils François, ont-ils réellement œuvré auprès de ces animaux si représentatifs du Poitou ? J’aime à le croire… Mais, une chose est certaine : « y’avait bien des guenilloux à Amailloux ! » La preuve en est que sur l’ouvrage « Mémoire statistique du département des Deux-Sèvres » d’Étienne DUPIN, il est dit que sur cette commune, il se trouve deux haras dont un de baudets.
guenillou5Notes :

Il ne restait en 1977 que 44 baudets de race pure dans tout le Poitou-Charentes et Vendée. Une élève vétérinaire, Annick Audiot, a réussi à alerter les autorités compétentes et à collaborer à un programme de sauvetage. Avec 132 ânes en 1999, 174 naissances de baudets du Poitou en 2009, cette espèce tient le triste privilège de posséder le plus faible effectif des races d’équidés. S’il s’agissait d’espèces sauvages, sur la liste rouge de L’Union Mondiale pour la Nature (UICN), cette race serait probablement rangée dans la catégorie « en danger critique d’extinction » avec quelques espèces emblématiques telles que la tortue Luth, le rhinocéros noir ou le cheval de Przewalski … « Les baudets du Poitou, le trait mulassier et la mule poitevine ont encore toute leur place dans la gestion des prairies. Producteurs d’une énergie aussi peu polluante que bon marché, ce sont en outre d’agréables compagnons, tant pour le travail que pour le loisir. Reste à le faire savoir … »

Je tiens à remercier particulièrement Mr Jean-Luc CLÉMENT, du temps qu’il a bien voulu m’accorder et de sa confiance pour le prêt de ses précieux livres.
Sources :

  • L’âne, les chevaux mulassiers et la mule du Poitou – Léon SAUSSEAU – Ed. LAVAUZELLE
  • De l’industrie mulassière en Poitou – Eugène AYRAULT – Ed. Librairie agricole de la maison rustique.
  • Le Baudet du Poitou – Éric ROUSSEAUX – Geste Éditions
  • Gallica : Mémoire statistique du département des Deux-Sèvres Etienne DUPIN
  • Images : Weheartit et Pinterest

W comme : World War (First)

Le 4ème article de Danièle Billaudeau.

World war first : un titre pour un clin d’œil aux alliés anglophones et un article pour honorer les aviateurs de Gâtine. Avec les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, le conflit a été étudié sous tous les angles ces 4 dernières années. Le Cercle généalogique des Deux-Sèvres a naturellement apporté sa contribution en s’intéressant aux aviateurs et personnels de l’Aéronautique des Deux-Sèvres, « morts pour la France ». 4 sont originaires de Gâtine. Ils étaient pilotes, moniteur Nieuport, mécanicien-mitrailleur ou observateur-mitrailleur.


émile bodinÉmile BODIN – Sergent pilote et moniteur Nieuport. Né le 15 juillet 1892 à Secondigny.  « Mort pour la France » le 17 décembre 1918 par accident d’avion, en service commandé, au Camp d’Avord (Cher). Profession avant la mobilisation : étudiant en médecine. Le brevet de pilote aviateur n° 8711, lui a été décerné le 7 mars 1918, par la Fédération Aéronautique Internationale. Nous ne lui connaissons pas de blessure, pas de citation, pas de décoration non plus. Il a fait la campagne contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 16 décembre 1917.

Roger Camille MAINDRON – Pilote de l’escadrille 282. Né le 10 juillet 1898 à Parthenay. « Mort pour la France » le 3 octobre 1918 au fort de Malmaison (Aisne). Profession avant la mobilisation : charpentier. Le brevet de pilote militaire n° 9973 de la division S Bréguet, lui a été décerné le 19 novembre 1917. Grièvement blessé en combat aérien le 3 octobre 1918, il est transféré au fort de Malmaison – ambulance 12/16 où il décède le même jour des suites de ses blessures. Nous lui connaissons 4 citations dont cette dernière  : « Maréchal des Logis du 20ème régiment d’artillerie détaché à l’escadrille 282. Pilote remarquable qui à maintes reprises a fait preuve des plus belles qualités de sang froid et de témérité. Toujours prêt à voler, ne reculant devant aucun obstacle pour mener à bien les missions qui lui étaient confiées. Est tombé glorieusement le 3 octobre 1918 au cours d’un combat contre les monoplaces ennemis ». Son corps restitué à la famille est inhumé au carré des corps restitués du cimetière du Rondail à Nueil-les-Aubiers (79).

médailleClovis Delphin PLEBER – Mitrailleur et observateur stagiaire escadrille 221. Né le 28 juin 1891 au Busseau. « Mort pour la France » le 7 septembre 1917 en Haute-Alsace. Profession avant la mobilisation : employé de commerce. Incorporé à compter du 9 octobre 1912, il est maintenu sous les drapeaux en vertu du décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Clovis Delphin PLEBER est désigné pour suivre les cours de tir anti-aérien à Courmont (Aisne) du 5 au 12 mars 1918. Il est encore désigné pour suivre le cours de protection contre les gaz et devient observateur stagiaire à l’escadrille 221 le 4 septembre 1918. Il est grièvement blessé en combat aérien le 7 septembre 1918 en Haute-Alsace, puis transporté à l’hôpital auxiliaire n° 31 de Morvillars où il décède le même jour. Il a été inhumé le 9 septembre 1918 au cimetière de Morvillars (Territoire de Belfort) entre Belfort et Delle, selon une note du colonel Fosse, adjoint au colonel commandant le 319ème régiment d’infanterie. Son dossier d’officier nous dit qu’il est mort des suites de ses blessures de guerre. Sa dernière citation : « Le lieutenant Clovis PLEBER (active) du 125ème régiment d’infanterie est un officier de grand mérite, passé dans l’aviation après 4 ans de campagne dans l’infanterie. S’est distingué aussitôt par ses belles qualités d’énergie et de bravoure. A trouvé une mort glorieuse dans un combat aérien pendant une reconnaissance lointaine ». Il a reçu une décoration, la Croix de guerre avec une étoile de bronze et une étoile d’argent.

Arthur Émile RENELIER – mitrailleur de l’escadrille BM 118. Né le 16 mai 1894 à L’Absie.  « Mort pour la France » le 22 août 1918 à Mairy-sur-Marne (Marne). Profession avant la mobilisation : voyageur de commerce. Mobilisé et entré dans le service actif le 7 septembre 1914. Venu de Bordeaux le 3 septembre 1917, il est affecté au 2ème groupe d’aviation – escadrille BM 118, le 16 septembre1917. Il est tué au cours d’un accident d’avion sur le terrain de Mairy-sur-Marne (Marne) le 22 août 1918. [Alors qu’il était à bord d’un « Voisin » avec le pilote et l’observateur et que l’appareil avait atteint une hauteur de 50 à 60 m, l’appareil glissa sur l’aile et vint s’écraser sur le sol. Le pilote et l’observateur furent tués sur le coup. Arthur Renelier blessé mortellement par la mitrailleuse, vécut environ un quart d’heure.] Nous ne lui connaissons pas de blessure, pas de citation, pas de décoration non plus.


On retrouve ces 4 aviateurs de Gâtine morts pour la France dans une exposition de 22 panneaux réalisée pour être présentée lors du 3ème congrès régional de généalogie à Niort en octobre 2014. Elle a depuis été prêtée à de nombreux établissements scolaires et bibliothèques. En approfondissant nos recherches, nous avons trouvé 2 aviateurs supplémentaires. Une brochure complète évoquant leurs parcours individuels vient d’être éditée pour commémorer le centenaire de la fin du conflit. Pour certains d’entre eux, nous avons pu entrer en relations avec les familles, nous procurer quelques photos, celle de leur brevet de pilote parfois. Nous avons découvert quelques tombes, consulté les carnets de comptabilité de campagne, leurs dossiers d’officiers à Vincennes. Nous nous sommes familiarisés avec les avions, les escadrilles, leurs insignes et leurs devises. Ce fut dans tous les cas, une expérience enrichissante.


Hasard de l’actualité, le pilote Roger Maindron a maintenant un visage. Nous ne connaissions aucune photo de lui. Et hier, dans le journal local, grâce au descendant d’un cousin de cet aviateur, nous pouvons enfin le découvrir et en savoir beaucoup plus sur lui.

reger maindron
Roger Maindron devant son avion

 

U comme : Unions de Gâtinais aux Montils (17)

Le 3ème article de Danièle Billaudeau.

En cette fin du 19ème siècle, le phylloxéra en a fini de dévorer les vignes saintongeaises et l’on est persuadé que l’insecte ravageur n’a laissé derrière lui que des terres impropres à toute culture. Elles ont d’ailleurs perdu beaucoup de leur valeur et les vignerons, ruinés, sont partis travailler dans les villes. L’exode rural consécutif à la crise, est encore palpable aux Montils en 1911. Le recensement, nous démontre que malgré l’arrivée de familles nombreuses dès les années 1880, la commune est encore à – 20 % de sa population initiale et 29 maisons demeurent vacantes. Il y a urgence à repeupler la commune qui manque de main-d’œuvre agricole. L’information passe la presse, les marchés et marchands de biens, aidés dans leur tâche par le chemin de fer qui dessert la commune et le tout nouveau télégraphe.

Nos paysans de Gâtine, souvent issus de très grandes familles, possèdent un savoir faire agricole, beaucoup de bouches à nourrir mais peu de moyens financiers et de terres à cultiver, en céréales ou prairies pour l’élevage des vaches laitières. Ils connaissent déjà les Charentes pour leurs emplois saisonniers des vendanges, alors, ils vont venir en nombre s’y installer définitivement, apportant avec eux d’autres méthodes de cultures, d’autres usages. Ces paysans piqueurs de choux, pratiquant la trêve dominicale en allant à la messe, ne sont pas toujours bien accueillis par les saintongeais. Alors, pour faire face à l’adversité, on s’accorde entre cousins ou « pays », on unit les familles, parfois même avant de partir : Les FLEAU aux AIGUILLON, FREMENTEAU et FLEURY, les MOINE aux CANIOT, MICHONNEAU et PUBERT, les METAYER aux METAYER, GUERRY et PILLET.

On s’unit encore au sein de coopératives, pour endiguer les prix des denrées alimentaires (L’Union saintaise est créée à Saintes en 1912).

urgence gâtine.png

On s’unit surtout pour écouler la production locale de lait et de beurre vers les villes. Le Beurre des Charentes-Poitou est né de cette série d’unions.
Parmi les familles gâtinaises recensées aux Montils en 1911, j’en ai retenu quelques unes pour illustrer le propos, le cas de Marie SOULARD par exemple, veuve avec 13 enfants est particulièrement éloquent.

Familles parties du Beugnon entre 1906 et 1911

FLEAU Jean est né le 1er mai 1852 au Beugnon (79) et décédé au même lieu le 12 octobre 1902. Il épouse le 25 janvier 1881 à Scillé (79) Marie SOULARD, couturière, née le 24 juin 1862 à Scillé (79). Leur fille aînée, Mélanie, Marie-Louise, épouse le 9 juin 1902 au Beugnon (79) François, Alexandre AIGUILLON, cultivateur, né le 30 septembre 1874 au Beugnon (79) et décédé le 27 août 1918 à Thoix (Somme) acte transcrit à Thézac (17). Les autres filles connues, sont Léontine, Célina née le 1er août 1884 au Beugnon (79), Alice, Valérie, Marcelle, née le 17 mars 1886 au Beugnon (79), Georgette, née le 8 avril 1889 au Beugnon (79) qui épouse le 26 avril 1905 au Beugnon (79) Jean Auguste FREMENTEAU dont la famille est étudiée plus loin, Anselma, née le 6 mai 1890 au Beugnon (79) décédée aux Montils (17), le 20 mars 1960. Elle avait épousé le 26 août 1909 aux Montils (17) Jean BAPTISTE, né le 19 mars 1890 aux Montils (17). Blanche, née le 6 décembre 1894 au Beugnon (79) épouse le 29 août 1911 aux Montils (17) Jules FLEURY, né en Deux-Sèvres.

Leurs fils, sont Abel, né le 24 mai 1887 au Beugnon (79, Louis , né le 31 décembre 1891 au Beugnon (79) recensé domestique chez FREMENTEAU aux Montils (17) en 1911. Il épouse le 28 mai 1912 aux Montils (17) Juliette FLEURY, Maurice, né le 2 août 1893 au Beugnon (79), Constant, Alfred, Pierre, né le 30 janvier 1896 au Beugnon (79), Célestin né le 22 avril 1898 au Beugnon (79) est décédé le 17 décembre 1980 à Floirac (17), Edmond, né le 23 juillet 1899 au Beugnon (79), épouse en premières noces le 22 juillet 1922 à Pons (17) Marie Isabelle NEBOUT, puis en secondes noces le 19 avril 1949 aux Montils (17) Anne Nadette VIOLIER. Jérôme, Théodore, né en 1901 au Beugnon (79) ne sera pas de l’aventure charentaise, puisqu’il décède au Beugnon le 1er novembre 1901. La famille au complet est recensée au Beugnon en 1901, village de la Proutière. Elle y est toujours en 1906, mais à celui de la Boninière. Malgré sa nombreuse famille, Marie SOULARD, devenue veuve, n’hésite pas à quitter son village pour s’installer aux Montils (17) où nous la retrouvons au recensement de 1911.

Entre 1906 et 1909

FREMENTEAU Jean Auguste, né au Beugnon (79) le 6 juin 1880, fils de Jean Baptiste & Marie Henriette GUERIN, est décédé le 28 janvier 1947 à Médis (17). Il avait épousé le 26 avril 1905 au Beugnon (79), Georgette, Louise, Armande FLEAU, qui précède. Nous connaissons deux fils et une fille à ce couple, Maurice né le 7 novembre 1906 au Beugnon (79), Raphaël ° 1909 aux Montils et Odette ° en 1910 aux Montils (17). La famille est recensée aux Montils (17) en 1911

Entre 1891 et 1898

METAYER Louis, né le18 avril 1842 à Fenioux (79) et décédé le 2 février 1913 aux Montils (17). Il avait épousé le 1er octobre 1867 à Secondigny (79) Marie Marguerite REVAULT, née le 25 octobre 1845 à Secondigny(79) décédée le 2 avril 1898 à Chambon (17). La famille est recensée au Beugnon en 1891, puis aux Montils en 1911. Nous connaissons plusieurs enfants à ce couple, dont trois fils : Jean, Auguste, né le 2 décembre 1868 à Chatillon sur Thouet (79), décédé le 9 mai 1947 aux Montils (17). Il avait épousé le 27 octobre 1890 au Beugnon (79) Marie Amélie PILLET, née le 7 avril 1871 à Secondigny, décédée le 22 janvier 1956 aux Montils (17). Un fils, Léon, André, est né de cette union, le 6 décembre 1907 aux Montils (17). La famille est recensée au Beugnon en 1891 et 1901, puis aux Montils en 1911. Louis, Charles (poseur SNCF), né le 26 janvier 1871 à Chatillon-sur-Thouet (79) et décédé le 28 octobre 1937 à Verrières (16). Il avait épousé le 30 janvier 1899 Chambon (17) Louise, Marie-Augustine BOITEAU, née le 21 septembre 1873 à la Meilleraye Tillay (85), fille de Louis, employé du chemin de fer & Jeanne GRELET. Nous connaissons deux fils à ce couple : Maurice né le 25 juin 1899 Chambon (17) où il est décédé le 22 septembre 1899 et Marcel, Louis, Raymond, né le 10 février 1901 Chambon (17), décédé le 11 juillet 1974 aux Montils (17). La famille est recensée aux Montils en 1906. Louis, Auguste, Flavien, est né le ° 13 mai 1883 au Beugnon et décédé aux Montils (17), le 9 mars 1962. Il avait épousé le 18 novembre 1907 à Cirières (79) Marie-Josèphe, Juliette GUERRY, née le 6 septembre 1888 à Cirières (79). Le couple demeure aux Montils en 1907.

Nous connaissons aussi deux filles : Marie-Thérèse, née le 13 septembre 1873 au Beugnon (79) et décédée le 26 janvier 1910 à Chambon (17), Marie, Léontine, Joséphine née le 27 août 1876 au Beugnon (79) est décédée le 11 juillet 1941 aux Montils (17). Elle avait épousé le 25 juin 1900 à Chambon (17), Pierre Auguste METAYER, né le 17 septembre 1874 au Beugnon (79).

Entre septembre 1892 et 1896

MOINE François, Baptiste, Désiré, né le 28 novembre 1852 à Secondigny (79) épouse le 27 Juin 1881 à Vernoux en Gâtine (79) Flavie, Mélina CANIOT, née le 12 juin 1858 à Scillé (79), fille de Gilles, vannier & de Jeanne-Marie POUSSARD, vannière. Nous connaissons quatre filles à ce couple : Marie-Louise, née le 25 novembre 1883 au Beugnon (79) décédée le 24 mars 1967 à Nercillac (17). Elle épouse François, Louis, Octave MICHONNEAU. Mélanie, Victorine, Gabrielle, née le 30 septembre 1885 au Beugnon (79), épouse Félicien, Louis, Ernest BELAUD le 11 janvier 1908 aux Montils (17). Victorine, Léontine, Mélanie, née le 30 avril 1888 au Beugnon (79) est décédée à Pérignac (17) le 15 septembre 1961. Elle avait épousé Louis, Alexandre, Eugène PUBERT le 11 septembre 1909 aux Montils (17). Enfin Baptistine, Ernestine, née le 24 septembre 1892 au Beugnon (79) est décédée le 23 août 1966 à Cognac (16). Elle avait épousé Jean Fulbert HERPIN le 11 novembre 1911 aux Montils (17). La famille est présente au Beugnon, village de Bois Brûlé au recensement de 1891. Nous la retrouvons aux Montils(17) en 1896.

Familles parties de Vernoux, entre 1891 et 1896

MICHONNEAU François, Louis, Octave, est né POUSSARD le 27 mai 1878 à Vernoux (79), fils naturel de Mélanie, Désirée POUSSARD, couturière et de MICHONNEAU Armand, Henri qui reconnaît être le père de l’enfant à son mariage à Vernoux (79), le 10 juillet 1878. Il épouse Marie-Louise MOINE, fille de François, Baptiste, Désiré & de Flavie, Mélina CANIOT Flavie Mélina, née le 24 novembre 1883 au Beugnon (79), village de Bois Brûlé. Il est décédé le 24 mars 1967 Nercillac (17). Nous connaissons deux fils à ce couple : Henri, Ernest, Octave, né le 25 août 1908 aux Montils (17), et André, Louis, né le 8 octobre 1911 aux Montils (17). François qui a 12 ans au recensement de 1891 est présent au Bas Bourg de Vernoux avec ses parents et ses frères Alphonse, 7 ans, Henri, 5 ans et Ulysse, 14 mois. La famille est recensée aux Montils en 1896 et en 1911 aux Montils (17).

L comme : Lageon

Un article de Serge Jardin, membre du conseil d’administration du Cercle généalogique des Deux-Sèvres. Serge habite au cœur de la Gâtine et il est l’un des responsables des permanences de notre association à Parthenay.

Il n’est pas rare de trouver au hasard des recherches dans les registres paroissiaux des pages qui rompent la monotonie des actes répétitifs. C’est le cas particulièrement d’un registre de la commune de Lageon (BMS 1722-1792) qui cumule exposés-bavardages de curés, dispenses de consanguinité, morceaux de textes imprimés, brouillons de ce qui ressemble à la préparation d’un sermon.
Lageon, commune rurale de 350 habitants au nord de Parthenay s’appelait avant 1897 La Boissière-Thouarsaise, lieu-dit Boissière que l’on retrouve en direction d’Amailloux, près du château de Tennessus.

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Première page de commentaires en 1740 (AD79)

Nous nous intéresserons plus spécifiquement aux écrits des curés. En janvier 1736, François David signe son premier acte comme « prêtre desservant de la paroisse » puis plus tard comme « prieur curé ». Il écrira son dernier acte le 16 février 1749 et sera inhumé le 03 mars 1749. Entre 1740 et 1748, chaque fin d’année, il rédigera un résumé des événements marquants de l’année. Il parle pêle-mêle de sa vie, des travaux effectués dans les biens de l’église, du temps (pluie, froid, sécheresse), des animaux (achats, mortalité), de ses démêlés judiciaires, du prix des certaines denrées, principalement « bled seigle » et vin, et un peu de la situation internationale (guerres).
J. Guibert lui succède dès le 2 mars 1749 jusqu’au 2 janvier 1767. On ne trouve pas trace de son décès à La Boissière-Thouarsaise. Les premières années, il se cantonne à baliser dans le registre les grandes étapes de la vie des paroissiens. De 1754 à 1762, il reprend la chronique de son prédécesseur, la teneur y ressemblant la première année, mais se singularisant à partir de 1755. Il parle un peu des prix des denrées et du temps, mais sans transition il expose beaucoup plus la vie politique (tentative de régicide, rubrique nécrologique du pape et des rois, situation des Jésuites en France, puis leur expulsion), des événements sismologiques ou climatiques (tremblements de terre, notamment celui de Lisbonne de 1755 ; influence de la lune sur le climat) et particulièrement la situation internationale, surtout les guerres, en Europe, en Asie, en Afrique, dans le nouveau monde, avec la guerre de sept ans. Il liste un état très détaillé des différents conflits et des forces en présence. On éprouve un sentiment de malaise devant le catalogue des batailles et la litanie des morts (très impressionnant). Face aux écrits de ce prêtre, on est partagé … entre la consternation devant sa fascination des guerres et des chefs militaires, le peu d’empathie envers les victimes … et la stupéfaction face à la mine de renseignements rapportés (les forces en présence, les commandements des différents corps, l’analyse des stratégies, les bilans matériels et humains) : on se demande comment toutes ces informations peuvent arriver si régulièrement, si précisément et si vite au fin fond de la Gâtine.
Nous ne pourrons malheureusement pas connaître les commentaires suivants et en particulier ceux relatifs à la fin de la guerre de sept ans, non par décision du rédacteur mais malheureusement car les registres sont lacunaires à partir de 1762. Peut-être ceux-ci avaient-ils continué… ?
On a là des exemples qui montrent à quel point la vie pendant l’ancien régime était aussi faite de batailles fréquentes et donc de réquisitions et de morts.

Pour être plus complet, on trouve également au milieu des actes :
-des textes de prêche ? (brouillons) : 71/306, 72, 77, 79, 80
-des morceaux de textes d’époque imprimés : ordonnance du roi : 90, 94 ; mandements d’actions de grâce par l’évêque de Poitiers : 119, 123
-des dispenses de consanguinité de l’évêque de Poitiers : 157, 182

Pour les passionnés, on trouve par ailleurs des textes en latin : folios 151/264, 152, 154, 155 des BMS 1645-1721 de La Boissière-Thouarsaise.

La retranscription de l’intégralité des notes des curés David et Guibert est accessible en cliquant ici.

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Dispense de consanguinité (AD79)

 

 

E comme : Éducation populaire

Aujourd’hui, l’article de notre ChallengeAZ est écrit par Marguerite Morisson. Celle qui fut longtemps présidente du Cercle généalogique des Deux-Sèvres a bien voulu nous raconter ce qui a marqué une grande partie de sa vie : sa participation aux activités de activités de l’UPCP (Union pour la Culture Populaire Poitou-Charentes-Vendée) dont le président fondateur fut André Pacher et dont l’apogée fut le spectacle « La Geste paysanne » à Verruyes en 1974 et 1976.

Éducation populaire ? C’est quoi ça ? Ah oui ! Ce « machin » fait pour distraire ceux qui n’ont rien à faire ! Et bien non ! À Verruyes ce « Festival National d’Animation Rurale » fut la brillante démonstration que l’éducation populaire était non seulement vecteur de notre culture, mais qu’elle apportait du bonheur aux gens, qu’elle ouvrait de nombreuses possibilités aux jeunes participants, donnait à chacun le sens du travail, de la solidarité et pouvait permettre de nouer des amitiés résistant au temps.

Verruyes, haut-lieu de la culture :
Tout est né d’une rencontre : un village et sa population, Verruyes, un auteur, un espace magnifique et une équipe, l’UPCP, (Union Poitou-Charentes pour la Culture Populaire) avec ses quarante associations réparties en Poitou-Charentes-Vendée et ses 3000 membres à ce moment-là.
1970 : L’UPCP a 1 an mais a déjà fait des stages et engrangé de très nombreux témoignages des anciens. Cette année là, Jean-Pierre Pottier, metteur en scène, CTP « Jeunesse et Sports », monte sur les bords de l’étang de Verruyes le « Livre vivant » de Jean Nazet : « La légende de Mélusine » présenté pour la première fois à Cherveux 25 ans plus tôt.

Ceci donne l’idée à André Pacher, président fondateur de l’UPCP, de mettre en scène l’histoire des « absents de l’histoire » comme il aimait à définir les paysans, auxquels il vouait une admiration et un attachement profonds.

1971 : Jean-Pierre Pottier et André Pacher unissent leurs efforts. Avec la participation des « Ballets Populaires Poitevins » et de la population de Verruyes, naît un spectacle, appelé « Les Paysans ». Devant le succès remporté, il est décidé de pousser plus loin cette expérience.

1974 : Après trois ans de travail, de recherches, de réunions, de discussions, textes, musiques, (choisies ou créées pour la circonstance) sont prêts. Il va falloir des soutiens et de l’aide matérielle. Le projet est ambitieux : mettre en scène sur 15 hectares, y compris le plan d’eau, l’histoire de la paysannerie.
Le bilan établi, donnera des nombres gigantesques: 53 000 heures de travail, 600 costumes, 12 points de diffusion pour la sonorisation avec 22 amplis, 3 km de câbles, 15 micros, sans compter les interphones et talkies-walkies.

Pour les éclairages, une tour de régie de 16 m de hauteur a été construite d’où sont commandés les 400 projecteurs de différentes puissances dispersés sur les espaces de jeu, alimentés par 12 km de câbles dont une grande longueur immergée dans l’étang (avec les précautions que l’on imagine) pour éclairer les lointains.
Sans oublier les 50 danseurs et danseuses chorégraphiés par Maurice Pacher.
Si l’on ajoute à tout cela une cavalerie de plusieurs dizaines de chevaux, une dizaine de tracteurs qui en fin de spectacle font un véritable ballet et les 3 ou 4 moissonneuses batteuses sur lesquelles sont juchés des danseurs pour le final, on peut avoir une idée de la démesure de l’entreprise !

Autre démesure l’intendance : 150 stagiaires à faire manger tous les jours… jeunes et travaillant beaucoup, se couchant tard et donc affamés ! Colette Pacher assura le service sans broncher !

En 1976 on remet ça :

Tant de travail pour une seule saison ? Tout est resté en place, on recommence… avec quelques petits aménagements. Cette fois il y aura 2 écrans géants mécaniques qui se lèveront ou s’abaisseront à la demande. Deux tours sont construites pour ceux qui vont projeter les diapos destinées à assurer un soutien visuel pour certaines scènes.

Ce sont 18 000 spectateurs en 1974 et 25 000 spectateurs en 1976 qui sont venus assister à ce spectacle extraordinaire, comme jamais encore il n’y en avait eu dans la région.

Il fut dédié à Jean Nazet, décédé en 1972. Jean-Pierre Pottier fut son élève et c’est bien lui qui est fut à l’origine de cette forme de spectacle.

Ce fut le livre vivant d’un peuple que l’histoire allait oublier.

Ces documents sont des coupures de presse qui ont aujourd’hui un âge respectable,
 d’où leur médiocre qualité.

Aujourd’hui, l’UPCP vit encore à travers ses deux plus beaux fleurons :

  • La « Maison des Cultures de Pays » ou « Maison André Pacher » à Parthenay. C’est là que sont conservées toutes les enquêtes faites au cours des stages UPCP pour le sauvetage de la tradition orale paysanne. C’est le CERDO ( Centre d’Etude Régional De l’Oralité ) qui gère ce fonds de 8 000 h d’écoute, 85 000 négatifs, diapos ou photos papier, 40 000 photos de reportage ethnographique.
    UPCP-Métives est l’organisateur des festivals et des animations qui ont lieu chaque années en Gâtine et qui ont acquit une notoriété nationale.
    Sans oublier les écoles de musique traditionnelle très actives en Gâtine.
  • GESTE éditions, l’autre beau fleuron, qui a su devenir incontournable au point d’avoir étendu son réseau de vente et de distribution dans tout le grand ouest, de la Bretagne aux Pyrénées. Bureaux au centre autoroutier de La Crèche, Librairies à Niort face aux Halles et à La Mude.

L’UPCP fut un mouvement d’Éducation Populaire, dont l’ampleur et la profondeur ont laissé des traces indélébiles dans toute la région du Poitou-Charentes, mais qui eut aussi un retentissement dans la presse parisienne de l’époque.
Deux ans plus tard, en 1978, Christine Authier eut le Grand Prix du disque de l’Académie Charles Cros, avec une chanson écrite par Maurice Pacher, auteur également de l’opéra-ballet « AUNIS » interprété par nos deux virtuoses de l’accordéon, Gérard Baraton (accordéon chromatique) et Christian Pacher (accordéon diatonique) et dansé par 4 danseurs-étoile des plus grands opéras de la planète, de Moscou à Rio et de Milan à Paris et Versailles et ceci en 2018 !
De très nombreux jeunes de l’époque, devenus un peu moins jeunes maintenant, ont trouvé une situation intéressante dans l’activité qui leur plaisait (techniciens de l’image ou du son, gestionnaires ou comptables de structures culturelles ou administratives, responsables d’évènements culturels ou de structures régionales et même luthiers ; d’autres sont carrément devenus des artistes réputés, comme l’accordéoniste Gérard Baraton, la chanteuse Christine Authier, le musicien multi-instrumentiste Jean-François Bercé, ou encore Yannick Jaulin dont la réputation n’est plus à faire.

C comme : Curé Constitutionnel de Champeaux

Marc Bouchet a été longtemps membre du conseil d’administration du Cercle généalogique des Deux-Sèvres. Il adore chercher dans les différentes archives, il a fourni de nombreux articles à notre revue et il continue de le faire. Son sujet de prédilection : les ecclésiastiques et les religieux et religieuses de la période révolutionnaire, comme Louis René Hercule Terrasson qui a bien sûr officié en Gâtine et n’a pas fait les mêmes choix que d’autres prêtres de cette région juste après la Révolution.

Louis René Hercule Terrasson : ex-vicaire de Saint-Pardoux, excuré de La Boissière-en-Gâtine, demeure à Saint-Denis, près de Champdeniers. Il a prêté serment le 1er jour complémentaire de l’an V. Le certificat de résidence de l’administration municipale passé devant Bastard atteste qu’il réside bien à Champdeniers et qu’il est pensionnaire ecclésiastique. Il est président de l’assemblée cantonale de Champdeniers, de l’an III à l’an VIII. Ensuite il devient commissaire, résidant à Saint-Denis.

Voici son acte de non rétractation, rédigé à Saint-Denis, le 7 messidor de l’an VI. Réf L 97.

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Il est né et a été baptisé à Champdeniers, le 25 novembre 1748, fils de René Terrasson et Suzanne Mimault. Son parrain est Louis Hercule Gaboreau des Brosses et sa marraine est Suzanne Ouvrard. À la sépulture de sa mère, le 1er octobre 1771, à laquelle il assiste, il est encore diacre. Ses parents se sont mariés, le 26 août 1733. Son père René, profession charron, est originaire de la paroisse d’Augé et sa mère de Champdeniers. René a été baptisé à Augé, le 15 janvier 1707.

Le jugement porté sur lui dans l’état du clergé de 1800 est le suivant : « curé légitime, jureur, schismatique ». Il dessert Saint-Denis et Champeau. Réf . Archives diocésaines de Poitiers.
Louis René Hercule fut un prêtre engagé et un républicain convaincu. En 1792, il fait partie du corps d’électeurs du canton de Saint-Pardoux, ainsi qu’Antoine Gilbert, J.-Marie Guérineau, René Château, Jean Robin, Jean Guitton, et Pierre Pineau. Réf. 5 F 38.

Le 8 mai 1791, 153 électeurs du département se réunissent à l’église Notre-Dame de Niort, ils doivent élire un nouvel évêque. À la précédente élection, qui avait eu lieu en 1790, le prêtre Jallet, puis Prieur avaient été élus, mais avaient renoncé à cette dignité. Ces électeurs viennent des six districts : Melle, Niort, Saint-Maixent, Parthenay, Châtillon et Thouars. Le curé Terrasson a obtenu une voix. Mestadier a été élu évêque constitutionnel, avec 64 voix. Réf 6 F 13.
En 1793, il dépose ses lettres de prêtrise. Le 4 juillet 1795, il écrit à l’abbé Grégoire* pour lui demander ce qu’il devait faire, car , selon ses propres mots, il séchait de douleur. Réf. Fracard, bulletin de la Société historique des Deux-Sèvres ; 3ème trimestre 1970.

Louis René Hercule Terrasson est à la fois dans le canton de Champdeniers, prêtre et homme politique.

Le premier jour complémentaire de l’an V, devant Bastard, notaire à Champdeniers, par l’administration de Champdeniers est fourni un certificat de résidence pour le curé Terrasson, ecclésiastique demeurant au dit Champdeniers de même que pour Charles André Texier, Joseph Ayrault et Louis Brelay, tous notés pensionnés ecclésiastiques sauf Charles André Texier.
De l’an III à l’an VIII, il est président de l’administration cantonale de Champdeniers et on le retrouve commissaire, selon un état de tous les membres de l’administration du canton de Champdeniers en exercice lors de sa suppression, dressé par Charles Auguste Texier, maire de Champdeniers, le 8 thermidor de l’an IX. Il demeure à Saint-Denis.

Le 14 vendémiaire de l’an V, Terrasson, au nom de l’administration municipale de Champdeniers adresse une lettre à l’administration du département des Deux-Sèvres, à propos de gardes nationales et notamment de l’article 5 de la loi du 28 prairial de l’an III . Il précise que l’administration municipale s’est réunie en séance.
L’article 5 de la dite loi stipule que les citoyens peu fortunés, les domestiques, journaliers et manouvriers ne seront pas compris dans le contrôle des compagnies à moins qu’ils ne réclament contre cette disposition. Deux opinions se sont exprimées à l’administration municipale. Les uns, dont Terrasson, veulent que cette disposition soit restreinte aux villes, mais les autres veulent qu’on l’étende aux campagnes. Chargé par ses collègues de consulter les administrateurs de département, Louis Hercule Terrasson les prie de donner leur réponse sur ce différend.

Le 5 floréal de l’an VI, Lévèque, receveur de l’agence nationale de l’enregistrement et des domaines procède, en présence des administrateurs du canton, à la ferme de la métairie du Luc, confisquée sur le dernier seigneur de Champdeniers, émigré. Ce qui pourrait impliquer la location d’une salle servant vraisemblablement aux délibérations de l’assemblée cantonale.
Ont signé Terrasson, président de l’administration cantonale, Ayrault, secrétaire adjoint et Pruel, sans désignation de fonction.

Le 8 floréal de l’an VI, comme président de cette administration cantonale, il écrit aux agents municipaux du canton, pour qu’ils invitent les époux de leurs communes qui ont une famille nombreuse, des enfants à la défense de la patrie, qui ont versé leur sang pour elle ou qui se sont recommandables dans les arts, à se réunir le 10 floréal, de 10 heures à 11 heures, à l’autel élevé à l’occasion de la « Fête des époux », pour la commune de Champdeniers. Réf. Histoire de Champdeniers par Léo Dessaivre.

Le 7 prairial de l’an VI, un courrier de l’administration de Champdeniers est adressé à l’administration municipale de Saint-Pardoux, par le président Terrasson. Ce courrier contient sept exemplaires de l’arrêté du 30 floréal de l’an VI, concernant la fixation des foires et des marchés.
Voici les mots du président : «  Convaincus que vous sentez tout le prix des communications, faites pour l’avantage du commerce et qu’il tient à la gloire nationale d’en fixer les rassemblements d’après le calendrier républicain, nous nous plaisons à croire que vous voudrez bien lui donner la plus grande publicité. Salut et fraternité. » Terrasson a signé ainsi qu’Ayrault, secrétaire adjoint.
Par arrêté du 12 fructidor de l’an VI, l’administration municipale, créa des marchés, notamment, les 3, 13, 23, de chaque mois en plus de ceux qui existaient déjà. À la délibération de l’administration municipale du canton de Champdeniers ont assisté Terrasson, président, C.A. Texier, secrétaire, Primault, Lambert, Couzinon, et Robert, administrateurs, Chabosseau, commissaire du pouvoir exécutif. Rapporté par Léo Dessaivre, dans son Histoire de Champdeniers qui cite les registres des délibérations municipales.

Il demeure à Saint-Denis dont il avait acheté la « maison curiale » avec ses dépendances, le 19 prairial de l’an IV pour un prix de 40 livres. Réf 1. Q 67.

Le 3 brumaire de l’an IX, un état général donne la composition des membres composant les conseils municipaux. Voici les noms des membres de la commune de Saint-Denis : Terrasson, ex-commissaire, Louis Pied, Pierre Barreau fils, René Bideau, Pierre Barreau, Saboureau dit Lion, Joseph Bonnin, Thavar de Saigné, Jacques Rimbault, François Thomazeau. Réf. Série 3 M.
On peut supposer qu’il était le secrétaire de la municipalité puisque du 5 messidor de l’an V jusqu’à son décès, il a rédigé tous les actes d’état civil. Son écriture caractéristique étant aisément identifiable.

Le 6 floréal de l’an IX, en vertu de l’article de la loi du 13 ventôse de l’an IX, concernant la nomination des directeurs de scrutin et les scrutateurs des communes de l’arrondissement de Niort, Louis René Hercule Terrasson est nommé directeur du scrutin pour les communes de Saint-Denis et Champeau et Pierre Thomazeau et Pierre Barreau scrutateurs. Réf. 3 M 13 et 18. Arrondissement de Niort.

Après le concordat de 1801, il est desservant de Champeaux et Saint-Denis.

Le 19 vendémiaire de l’an XIII, à l’hôtel de la préfecture de Niort, il fait sa déclaration de fidélité à la République française. Voici sa déclaration :  « Je jure et promets à Dieu sur les saintes Evangiles de garder obéissance et fidélité au gouvernement établi par la constitution de la République française. Je promets aussi de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue soit au dedans soit au dehors qui soit contraire à la tranquillité publique. Et si j’apprends qu’il se trouve contre l’Etat, je le ferai savoir au gouvernement ». Pièce n° 174.
Aux Archives diocésaines de Poitiers, on trouve à son sujet,dans un bref historique anonyme de l’histoire religieuse de Champdeniers, le commentaire suivant : « Il paraît par les actes de baptêmes, décès et mariages qu’il se regardait toujours comme curé de la Boissière, car il signait toujours ainsi, d’abord en toute lettres puis en abrégé. » Réf. Série Q/2- 9-1.

Il décède le 21 février 1807, à Saint-Denis. Un inventaire après décès a été établi par Maîtres Baraton et Robert, ses biens ont été évalués à 6251 francs et 15 centimes. Réf 3 E 4718.

Le préfet des Deux-Sèvres adresse au maire de Champeaux, le 3 mars 1807, une lettre dont voici la teneur :  « Je suis informé, monsieur, que Monsieur Louis René Hercule Terrasson, prêtre, desservant de votre commune est décédé, le 21 février dernier. Je vous invite à m’envoyer son extrait mortuaire sur papier libre. » Réf.1 M 35, n° 6496.

*L’abbé Grégoire (1750- 1831) fut député à la Constituante, évêque constitutionnel.